Jeunesse : l'appel au secours - C dans l’air - l’invité - 12.06.2025
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Questions et réponses
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Comment répondre à la violence d'une partie de la jeunesse ? Que propose le plan santé mentale du gouvernement ?
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C'est une erreur d'une partie de la classe politique d'essayer de trouver des explications de ce côté-là ?
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Le procureur de la République a dit qu'à ce stade, il n'y avait pas de troubles identifiés de santé mentale chez ce jeune garçon. Comment faut-il l'analyser ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Pourquoi amalgammer violence des jeunes et santé mentale est un réflexe dangereux ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Ce rapport différent à la violence d'une partie de la jeunesse est à chercher dans la société, dites-vous ?
- 3:45OuverteRéponse directe
On est d'accord pour dire que la santé mentale des jeunes ne s'améliore pas. Pourquoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Dr N.GodardFait
« On fait souvent l'amalgame entre ce genre de violence et la santé mentale. Ce sont 2 phénomènes qu'il faut dissocier. »
- 2:30Dr N.GodardFait
« La jeunesse vit dans notre société et notre société est violente. La jeunesse exprime souvent son malaise par des comportements. »
- 3:30Dr N.GodardFait
« Le covid a été un stress de société important, avec une déprivation des relations sociales. Ca a impacté de manière très importante les enfants et les adolescents de l'époque. »
- 5:30Dr N.GodardFait
« Je vois des gens en situation de souffrance, que l'on soigne. On a dépassé le mal-être. Je vois des gens malades qui ont besoin de soins. »
- 7:00Dr N.GodardFait
« Tous les adultes autour des jeunes doivent collaborer. L'école est autour et avec les jeunes. Elle est en position d'aider à ce repérage précoce et à cet adressage précoce. »
- 8:30Dr N.GodardFait
« On y arrive quand, vraiment, il s'est passé quelque chose, un acte ou une souffrance majeure. C'est vraiment le dernier niveau. »
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un pari toujours gagnant. ... - C.Roux: Bonsoir à tous.
Bienvenue dans "C dans l'air". Après le drame de Nogent, de nombreux responsables politiques ont semblé un peu démunis, évoquant une dérive de la société. Ils ont réagi en insistant sur la santé mentale des jeunes.
L'auteur des faits, lors de sa garde à vue, a affirmé n'avoir aucun regret ni aucune compassion. Comment répondre à la violence d'une partie de la jeunesse? Que propose le plan santé mentale du gouvernement?
Nous en parlons ce soir avec N.Godard. Vous êtes pédopsychiatre, professeure des universités en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent.
Vous êtes également présidente d'honneur de la Fédération française Anorexie Boulimie. Nous allons parler plus généralement de la santé mentale des jeunes. Je voulais votre ressenti... "Je ne regrette rien." - Dr N.Godard: On fait souvent l'amalgame entre ce genre de violence et la santé mentale.
Ce sont 2 phénomènes qu'il faut dissocier. Je renverrai les auditeurs à ce très beau livre, "Une si jolie petite fille". C'est l'histoire d'une jeune fille de 11 ans qui avait étranglé 2 enfants.
Derrière cette histoire, il y a une histoire de vie imprégnée de violence qui n'a rien à voir avec la santé mentale. En termes de troubles et de pathologies...
Il faut séparer les 2 dossiers. - C.Roux: C'est une erreur d'une partie de la classe politique d'essayer de trouver des explications de ce côté-là?
Il a peut-être un parcours personnel qui l'a conduit à ça. - Dr N.Godard: Le parcours personnel n'est pas forcément lié à la santé mentale, à un trouble psychiatrique. - C.Roux: Le procureur de la République a dit qu'à ce stade, il n'y avait pas de troubles identifiés de santé mentale chez ce jeune garçon.
Il y a une inquiétude parce que, globalement, il y a la santé mentale, mais aussi une forme de dérive, de violence gratuite avec une partie de la jeunesse. Comment faut-il l'analyser? Vous considérez qu'il y a une forme de déconnexion d'une partie de cette jeunesse, avec une violence gratuite, facile, sans conséquences? - Dr N.Godard: La jeunesse vit dans notre société et notre société est violente.
La jeunesse exprime souvent son malaise par des comportements. Ca n'a rien à voir avec des pathologies au niveau psychiatrique du terme. C'est un réflexe dangereux que d'amalgamer les deux. - C.Roux: Pourquoi? - Dr N.Godard: Parce qu'on stigmatise les personnes qui souffrent de santé mentale, qui, pour la plupart, n'ont pas de comportement violent si ce n'est à leur propre égard et pas du tout à l'égard des autres.
Ces comportements violents à l'égard des autres sont plutôt rares. - C.Roux: Ce rapport différent à la violence d'une partie de la jeunesse est à chercher dans la société, dites-vous...
On cherche des explications du côté des réseaux sociaux, par exemple? Vous pensez que la surexposition à des images de violences...
En l'occurrence, ce jeune garçon consultait beaucoup de sites de jeux en ligne, des jeux vidéo plutôt violents. Ca n'existait pas il y a quelques années? Vous voyez quelque chose changer? - Dr N.Godard: C'est très compliqué.
Les gens qui vivent une situation de violence vont avoir une sorte d'appétence pour ce type de sites et de réseaux. - C.Roux: Nous allons évoquer la santé mentale sur la situation de la jeunesse.
On est d'accord pour dire que ça ne s'améliore pas. Les troubles dépressifs et les tentatives de suicide sont en forte hausse depuis 2020. - Dr N.Godard: Le covid a été un stress de société important, avec une déprivation des relations sociales.
Ca a impacté de manière très importante les enfants et les adolescents de l'époque. On est à 5 ans maintenant, et ceux qui étaient enfants sont maintenant adolescents. On voit les conséquences. - C.Roux: Qu'est-ce que ça a changé dans leur attitude, dans leur comportement, dans le sens qu'ils donnent à leur existence?
Pourquoi il y a eu cet effet? - Dr N.Godard: Nous avons été enfermés et on a privé ces jeunes d'un élément très important: les relations avec leurs pairs.
On ne savait pas ce qui nous arrivait. Le retour à la vie normale a été très long. Les enfants n'ont pas été protégés parce que les adultes eux-mêmes ne savaient pas où ils allaient. - C.Roux: Au moment où ils se construisent, ils avaient cette peur qu'on avait tous à l'époque? - Dr N.Godard: Oui.
L'école n'était pas là. Leurs parents ne savaient que leur dire. Le retour à l'école, on ne savait pas comment ça allait se passer.
Il y a eu des mois et des mois d'incertitude. Ca a laissé des traces. Il y a eu des dépressions, des troubles des conduites alimentaires.
Ca a beaucoup augmenté. - C.Roux: Chez des jeunes de tous milieux, des jeunes garçons, des jeunes filles? - Dr N.Godard: L'expression de la souffrance n'est pas la même chez les garçons et chez les filles.
Il y a une augmentation plus importante chez les filles, mais il y a aussi une augmentation chez les garçons. L'expression est souvent émotionnelle et verbalisée chez les filles. Ca se traduit plus dans le comportement, chez les garçons. - C.Roux: On cherche des explications.
Vous en donnez une: le covid. Mais ce n'est pas uniquement le covid? - Dr N.Godard: Non.
Notre société est en difficulté. Il y a de la violence, de l'incertitude, de l'éco-anxiété, de la guerre, des propos insécurisants...
C'est quelque chose auquel les jeunes doivent faire face. - C.Roux: Et les réseaux? - Dr N.Godard: Ils amplifient les phénomènes qui existent.
L'utilisation des réseaux peut être positive ou compliquée... - C.Roux: Vous ne voyez pas d'incidence? - Dr N.Godard: Je mets des liens entre les choses, mais je suis prudente.
On découvre ce phénomène et on le vit avec les jeunes. - C.Roux: Le ministre de la Santé disait ce matin: "Ce n'est pas possible.
Sur les réseaux sociaux, on a des tutos pour se suicider. On apprend avec une vidéo comment démonter un taille-crayon pour se scarifier. On apprend qu'on est toujours trop grosse." Le ministre de la Santé considère que ça a une incidence et que ça peut encourager certains jeunes qui sont fragiles et sensibles à passer à l'acte.
Il a tort? - Dr N.Godard: Je ne pense pas.
Ca peut faciliter l'accès à certaines informations ou certains comportements, voire les inciter, avec des phénomènes de groupe. Mais on a vu ça aussi dans des phénomènes de société, autour des Printemps arabes, ce genre de choses. Ca augmente et ça amplifie les phénomènes qui existent. - C.Roux: Les jeunes que vous voyez savent toujours mettre les mots sur ce dont ils souffrent?
Est-ce qu'ils essayent de chercher des explications? Est-ce qu'ils vous en demandent? Est-ce que c'est juste un mal-être? - Dr N.Godard: Je vois des gens en situation de souffrance, que l'on soigne.
On a dépassé le mal-être. Je vois des gens malades qui ont besoin de soins. On peut voir, au travers des études épidémiologiques sur la santé des jeunes, que le niveau de souffrance a effectivement augmenté.
Mais la plupart d'entre eux vont bien, quand même. - C.Roux: La plupart des jeunes en France vont bien?
La jeunesse va bien? - Dr N.Godard: Elle va globalement bien, même si elle va moins bien qu'à une certaine époque. - C.Roux: Le gouvernement a présenté son plan de santé mentale pour pallier le manque de personnels, en attendant des effectifs.
Il propose des kits de repérage et d'intervention précoce pour l'ensemble des communautés éducatives. Ca peut être utile? - Dr N.Godard: Tous les adultes autour des jeunes doivent collaborer.
L'école est autour et avec les jeunes. Elle est en position d'aider à ce repérage précoce et à cet adressage précoce. Je trouve ça intéressant.
Après, ça ne répond pas aux besoins de soins. - C.Roux: Qu'est-ce qui manque? - Dr N.Godard: Il manque déjà des personnes investies, du personnel.
Après le covid, beaucoup de soignants ont arrêté leur métier. Il manque une réorganisation de notre système de soins, globalement, autour des enfants et des adolescents. Et puis d'intégrer ce qui existe avec de nouveaux dispositifs innovants. - C.Roux: Vous avez des idées? - Dr N.Godard: La Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent a fait des propositions.
Nos corps professionnels en font. On a beaucoup d'idées. - C.Roux: Quand un jeune est en urgence psychiatrique aujourd'hui, vers qui il se tourne? - Dr N.Godard: Vers les adultes qui sont proches de lui.
Ca peut être l'école, ses parents, son médecin généraliste, son pédiatre dans certaines situations, une psychologue...
Ce sont souvent aussi ses amis. - C.Roux: Et les urgences? - Dr N.Godard: On y arrive quand, vraiment, il s'est passé quelque chose, un acte ou une souffrance majeure.
C'est vraiment le dernier niveau. - C.Roux: Vous avez l'air de nous raconter une prise en charge assez calibrée.
Dans les récits qu'on a pu avoir ces dernières semaines, il suffit de regarder l'ensemble des reportages sur la santé mentale des jeunes, on a l'impression aussi qu'il y a peut-être un manque de structures, de capacités d'accueil. Vous parliez des jeunes filles qui sont anorexiques ou boulimiques, qui doivent parfois attendre des semaines avant d'avoir une place dans un centre d'accueil spécialisé. - Dr N.Godard: Ce constat est vrai, mais c'est vrai aussi pour d'autres pathologies.
Actuellement, le réseau de soins n'est pas suffisamment développé en France. Il y a des inégalités d'accès aux soins. - C.Roux: Vous sonnez l'alerte sur la santé mentale des jeunes?
Ou alors, vous êtes assez confiante? - Dr N.Godard: Je sonne l'alerte sur le manque de moyens, de réponses, de structures.
Il faut qu'on puisse augmenter l'accompagnement des jeunes. Mais je suis de nature optimiste! Avec les moyens qu'on a, il faut qu'on puisse avancer. - C.Roux: On va rester sur cette note d'optimisme.
Merci beaucoup d'avoir été mon invitée.