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interviewBFMTV· 25 mai 2025

Colère des agriculteurs: l'interview en intégralité de Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Et revoilà sur le terrain les agriculteurs cette fois. Vous vous souvenez de la crise agricole au début de l'année dernière ? Eh bien, ils sont de retour parce qu'ils disent que rien, en quelque sorte, n'est réglé pour les réserves d'eau et pour l'utilisation de certains pesticides.

Il y a bien une loi qui devrait voir le jour dans les prochains jours. Mais cette loi est en train de se vider, semble-t-il, de sa substance au Parlement. Il s'agit de la loi Duplon dont l'examen débute demain à l'Assemblée nationale, la FNSEA.

Et les jeunes agriculteurs, d'ailleurs, appellent à des rassemblements demain devant l'Assemblée. Voici d'ailleurs pour en parler notre rubrique « Les éclaireurs ». Vous êtes avec nous en plateau, Frédéric Fernandez.

Que prévoit cette loi au juste qui est au cœur des débats qui débutent demain ? Alors, cette proposition de loi émane du Sénat et a pour objectif de lever les contraintes sur les agriculteurs avec notamment un assouplissement de certaines démarches administratives ou obligations environnementales en matière, regardez, de produits phytosanitaires, de bâtiments agricoles ou de stockage de l'eau. On rappelle aussi que les agriculteurs s'étaient déjà mobilisés à deux reprises en 2024 pour que soient justement levées toutes ces contraintes.

Alors, Frédéric, pourquoi les agriculteurs ont décidé de se mobiliser demain ? Demain, les jeunes agriculteurs et la FNSEA seront devant l'Assemblée nationale car ils considèrent qu'il y a une tentative d'obstruction du texte, notamment par les députés de la France Insoumise et les députés écologistes. Il faut bien noter que déjà, vous le voyez, près de 3 500 amendements ont été déposés. 1 500 amendements ont été déposés uniquement par les députés écologistes qui, eux, considèrent que le projet de loi est un recul environnemental.

Par contre, du côté de la FNSEA, le texte est considéré comme vital et répond aux attentes des exploitants après la crise agricole de l'an passé. Et justement, je vous propose d'écouter à ce sujet la réaction d'agriculteurs que nous avons rencontrés. On entend beaucoup de choses de cette loi parce que ce serait la loi qui finaliserait les événements que nous avons passés il y a maintenant plus de 18 mois.

S'il faudra ressortir dans la rue, on sortira, ça c'est pas un problème. On ne va pas rester comme ça. Les agriculteurs, vous l'avez compris, sont donc déterminés.

L'examen de la loi du plomb devrait s'étaler sur plusieurs jours, voire jusqu'au mardi 3 juin. Et on en parle avec notre invité sur BFM TV. Il s'agit de Luc Smessard, un des vice-présidents de la FNSEA.

Bonjour, monsieur. Vous êtes en duplex depuis votre ferme à Roi-Boissy dans le département de l'Oise grâce aux moyens techniques de Mathieu Delvalet. Première question, pourquoi la pression demain sur le terrain, concrètement ?

Juste parce qu'on ne peut pas nous avoir promis il y a 15 mois, quand on a fait des manifestations historiques, tous des engagements pour simplifier la vie des agriculteurs, pour redonner du revenu, pour qu'on puisse enfin produire en France notre alimentation. Je le rappelle, on importe 50% de notre alimentation et chaque année, on importe un peu plus parce qu'on ne nous donne pas les moyens de produire. Et donc ce texte, il est attendu.

Et comme vous venez de le dire, cette obstruction parlementaire nous met en colère. Aujourd'hui, je peux vous dire que la colère est grande puisqu'on est en train d'abandonner, voire on est même en train de condamner notre agriculture française. – Je lis bien sur votre tracteur derrière, l'État nous plombe notre métier.

En plus, vous faites des jeux de mots par rapport à cette loi du plomb qui est attendue demain. Et vous me disiez hier en préparant cette émission que cette loi a du plomb dans l'aile parce que tout simplement, on est en train, les députés sont en train de la vider de sa substance. Ce sera une coquille vide ? – En tout cas, on a des députés qui sont complètement hors sol.

On est les boucs émissaires de ce chaos politique. Que des écologistes, que des gens aujourd'hui de la gauche nous disent qu'il vaut mieux importer notre alimentation, qu'il vaut mieux l'importer de l'autre bout de la planète. Je ne vous dis pas le coût carbone qu'on est en train d'importer de façon une agriculture industrielle de l'autre bout de la planète.

Alors que chez nous, on a des femmes, des hommes passionnés qui font avec vraiment méthode, avec bien sûr, on produit, mais on a aussi un vrai intérêt de maintenir l'environnement, la biodiversité. Et je crois que juste qu'on a aujourd'hui des gens qui ne savent pas ce qu'ils veulent. C'est les premiers à avoir voté contre le Mercosur avec nous et qui nous disent aujourd'hui, non, on ne veut pas.

On ne veut pas de bâtiment. On ne veut pas de bâtiment pour produire enfin la volaille qu'on achète dans nos rayons. On ne veut pas stocker un peu d'eau parce que pour produire des légumes, pour produire des fruits, oui, on a besoin d'eau.

Quand on est dans les Pyrénées-Orientales, quand on est en Ardèche, on a besoin d'eau. C'est indispensable. Et puis, stocker un peu d'eau, c'est éviter qu'elle parte à la mer et c'est aussi éviter que nos ruisseaux, que nos cours d'eau soient asséchés cet été alors qu'on est en pleine sécheresse.

À un moment donné, il faut juste du bon sens. Il faut qu'on arrête de nous enfumer et que ces extrêmes, ces anti-tout sont en train de tuer l'initiative. Et comment dire à un jeune, demain, je vais faire ce métier alors qu'on ne nous donne pas les mêmes moyens puisqu'on nous avait promis d'éviter ces distorsions avec nos voisins européens.

On parle des produits phytosanitaires. C'est juste 26 pays sur 27 autorisent ces substances et que nous, on sera simplement demain en dérogation avec ce texte. Donc arrêtons de nous dire qu'on fera de la décroissance.

On est en train de faire de la décroissance de la production. Et c'est pour ça que cette mobilisation, demain, elle sera forte. Et si on n'aboutit pas avant les moissons, je peux vous dire que, oui, les mouvements vont reprendre et vont reprendre de plus belle.

Quand rapidement, c'est-à-dire que demain, vous serez au Parlement, vous irez mettre la pression aux députés, mais vous pourriez revenir dans la rue ? Il pourrait y avoir de nouvelles initiatives dans les prochains jours dès que vous aurez terminé justement les moissons ? Oui, bien sûr, même avant puisque, en tout cas, en ce moment, on est en plein dans les foins.

On a énormément de travail sur nos exploitations. Mais nous, on ne va pas faire un pas en avant, trois pas en arrière. On n'est pas question que ces paroles ne soient pas transformées.

Je le disais, on ne va pas accepter cet enfumage politique. On veut absolument des textes avant la moisson, c'est-à-dire pour le 15 juin. Quelles que soient les tractations politiques, là, on nous parle d'une motion de rejet pour faire avancer le texte.

Vous savez, c'est difficile à comprendre quand on est sur le terrain. En tout cas, ce qu'on veut, nous, c'est un texte et il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités, qu'on ait des dates et que derrière, il y ait un vote. Alors, vous ne bougez pas, Luc Smesser, je reviens vers vous pour de nouvelles questions dans quelques secondes.

D'un mot, Charles Sapin, il y avait eu des promesses avec, je me souviens, dans la région toulousaine, au pied des Pyrénées, l'an dernier, en plein milieu de la crise, Gabriel Attal, Marc Fénaud qui était descendu dans le sud et qui avait tapé dans la main de Jérôme Bayle. Tout ça, ça a disparu ? En fait, c'est ça.

Pour comprendre la colère des agriculteurs, il faut revenir un petit peu en arrière. Il faut revenir au mois de février 2024, où le Premier ministre de l'époque, Gabriel Attal, avait, au milieu des bottes de paille, multiplié les mesures et les propositions pour les agriculteurs, des mesures qui étaient alors considérées comme vitales par les agriculteurs. Le problème, c'est que la mise en application de ces mesures a pris du temps.

Pourquoi ? Parce qu'il y a eu la dissolution, ensuite il y a eu la chute du gouvernement Barnier. Et jusqu'à ce que ces mesures soient reprises dans cette loi, loi Duplomb, jusque-là tout va bien, qui a été adoptée au Sénat en janvier dernier.

Et puis, lorsque cette loi a été examinée la semaine dernière à l'Assemblée nationale, elle a été totalement détricotée en commission. Pire, vous avez les groupes écologistes et de la France insoumise qui ont multiplié les amendements, près de plus de 1000 amendements chacun sur le texte, pour faire de l'obstruction parlementaire, pour que ce texte, en fait, n'arrive pas à son terme. Donc, exit l'idée d'une souveraineté alimentaire gravée dans le marbre de la loi, exit les dérogations pour l'utilisation de certains pesticides, comme c'était promis, exit le caractère d'intérêt général supérieur reconnu aux retenues d'eau.

C'est quelque chose de très inflammable. Pourquoi ? Parce qu'il faut le rappeler, vous avez un suicide d'un agriculteur tous les deux jours.

Depuis 30 ans, 60% des exploitations ont fermé. Le Premier ministre sait que cette situation est très inflammable. Il avait fait de la colère paysanne l'un des principaux axes de sa campagne présidentielle en 2007.

Là, il se prépare à y faire face. Lux Bessard, dernière question. On vous sent très en colère, très remonté.

Vous pouvez mettre la pression, vous nous dites, dans les prochaines semaines, ça c'est sûr, c'est-à-dire la FNSEA, les jeunes agriculteurs et les amis de Jérôme Bayle, les ultras de la 64 ? Oui, très clairement, puisqu'on est déterminés, on ne va pas nous la faire à l'envers. Nous, ce qu'on demande, c'est de travailler, qu'on nous donne la boîte à outils pour justement répondre à cet enjeu de produire chez nous notre alimentation.

Je peux vous dire que tout le monde s'en portera mieux. Le porte-monnaie des Français, l'environnement, il faut qu'on arrête ces escrolos, ces gens qui sont aujourd'hui des extrémistes, des anti-tout, qui veulent tuer la France. Nous, on a envie de travailler et on a envie de continuer à produire les bons produits, le bon lait ici, le bon blé, c'est tous ces éléments-là.

Et je peux vous dire qu'il y a des jeunes qui veulent faire ce métier. Donc demain, on attend des députés de nous donner un signe et ne nous la faites pas à l'envers. Sinon, oui, la France sera debout pour réagir, pour que justement, on ne tue pas notre agriculture.

D'un mot, Lux Messa, ça ne vous a pas échappé. Il y a des taxis dans la rue en ce moment, très en colère. La convergence des luttes, c'est possible avec les chauffeurs de taxi dans les prochains jours ?

Je pense que la France, aujourd'hui, a besoin de se relever. Elle n'a pas besoin d'être au chaos. Le problème, c'est que si on est tous ensemble à bloquer Paris, à bloquer la France, on sait faire.

Mais on est là surtout aussi pour aider et ne pas bloquer les gens qui vont au travail demain, qui vont aller aussi se retrouver pour ce pont de l'ascension. On a aujourd'hui besoin surtout d'un gouvernement qui tienne ses engagements. On ne croit plus en la parole politique, c'est ça qui est grave en France.

Et on fait encore partie de ces professions qui disent, oui, donnez-nous les moyens. Et comme ça a été dit par votre reporter, on a besoin aussi de tous ces engagements sur la simplification. Ramenons du bon sens.

Et je peux vous dire que le bon sens, nous, on l'a encore. On veut simplement pouvoir produire notre alimentation. Et aussi, oui, faire des avancées, continuer à ces transitions, pour que demain, on puisse faire aussi encore mieux d'environnement et mieux de biodiversité.

Je pense que sur les exploitations et notamment ici, quand on a 22 kilomètres de haie, moi j'attends tous ces gens-là qui viennent aussi passer une journée avec nous et ils verront que finalement, ah oui, ils étaient complètement hors sol. Merci Lux Messart pour ce témoignage ce matin et ce rassemblement prévu à l'appel de la FNSEA et des JIA demain devant le Parlement à Paris. Merci également à Mathieu Delvalet pour les moyens techniques.

Merci.