Présidentielle : "Si nous avons deux candidats à droite, nous serons balayés", juge Éric Ciotti
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France Inter, Karine Bécard, Éric Delvaux, le 6-9 du week-end.
Bonjour Éric Ciotti. Bonjour. Vous êtes candidat pour représenter le mouvement Les Républicains à la prochaine présidentielle, député à l'air. Vous êtes aussi conseiller départemental des Alpes-Maritimes et vous êtes en direct de Nice. Et on remercie les équipes de France Bleu Azur. Pour commencer, avant de parler de politique en France, deux, trois questions d'actualité. C'est la mort cette nuit de l'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika. Il avait quitté le pouvoir en 2019 sous la pression de l'armée et de la rue. Il incarnait une conception du pouvoir absolu. Quels souvenirs garderez-vous de ces 20 années de présidence algérienne Bouteflika ?
C'est une période qui a fait reculer l'Algérie ou en tout cas qui ne l'a pas fait avancer. C'est une période également de tension dans les relations franco-algériennes. Nous n'avons toujours pas tourné cette page. Pourtant, il y a une relation historique extrêmement forte entre l'Algérie et la France. Nous avons une histoire commune. Mais cette histoire, elle doit aussi passer par l'Algérie, par une reconnaissance de ce qu'a apporté la France à l'Algérie et de rompre avec cette vision caricaturale que, d'un autre côté, le président Macron a entretenue lorsqu'il avait parlé de crimes contre l'humanité. C'est peut-être une nouvelle période qui s'ouvre, je le souhaite.
Et cette nouvelle période, je le dis, c'est un autre sujet, mais elle devrait aussi, 60 ans plus tard, permettre d'abroger les accords déviants, puisque ces accords déviants, je le dis, c'est une proposition aussi que je formule, sont lourdes conséquences en matière d'immigration algérienne et qui est toujours facilité, notamment dans l'octroi des visas. Ça avait été envisagé à un moment, mais jamais conduit à terme. Je crois que c'est le temps de le faire aujourd'hui.
Et il vous semble que cette coopération franco-algérienne se passe mieux déjà en mai avec l'actuel président algérien, Abdelhamadjid Tebboune, qui entretient des relations un peu compliquées avec ses voisins, mais c'est un autre sujet.
En tout cas, l'Algérie est un pays qui compte, qui doit compter dans le Maghreb, dans la lutte aussi contre l'islamisme. C'est un pays qui a été traversé par le conflit avec les islamistes, avec le GIA. Et nous avons besoin d'avoir des relations refondées avec l'Algérie. C'est en tout cas le vœu que je forme.
Éric Ciotti, un mot également sur ce qui est en train de devenir l'affaire des sous-marins. La France a décidé de rappeler immédiatement hier soir ses ambassadeurs à Washington et à Canberra, après l'annulation jeudi par l'Australie d'un contrat de vente de 12 sous-marins français. L'Australie, qui je le rappelle, a soudainement donc changé de partenaire pour privilégier les anglo-saxons. Éric Ciotti, est-ce que la France a bien fait ? Est-ce que c'était la bonne décision de rappeler nos ambassadeurs ?
C'est une conséquence de la Bérezina que nous avons subie. Cette affaire est tragiquement symbolique du déclin et du déclassement de la France. C'est une forme d'humiliation, une humiliation commerciale, puisque c'est un contrat extrêmement important et lourd de conséquences en termes d'emploi pour Naval Group qui tombe. Mais c'est aussi une humiliation diplomatique. Cela veut dire que la France d'Emmanuel Macron ne compte plus que la France d'Emmanuel Macron est quelque part effacée. Il y a les Etats-Unis, il y a la Grande-Bretagne. C'est un mépris total qui nous est opposé. On a accusé Donald Trump de tous les maux et on a loué l'arrivée de Biden.
On voit que Biden, c'est peut-être Trump en pire dans les relations internationales. Après ce qu'il a déjà fait en Afghanistan, laissant un territoire aux mains des islamistes, créant un État islamiste, laissant des armes par milliards aux mains de ces islamistes. Et aujourd'hui, il écarte la France de la zone pacifique. Cela veut dire qu'il faut en tirer les conséquences en termes de diplomatie, en termes d'indépendance, en termes de puissance militaire. Monsieur Macron est dans les discours et on voit que ces discours intéressent peu à l'international.
Mais je vous pose la question à vous maintenant. La question qui se pose ce matin, c'est on tient combien de temps ? Combien de temps est-ce qu'il faudrait tenir ? Et on fait quoi après ?
Aujourd'hui, je crois qu'il faudra tirer des conséquences à long terme, des conséquences européennes et des conséquences françaises. Il faut revenir à l'esprit de la politique internationale du général de Gaulle. Le général de Gaulle avait vu juste à peu près sur tout, sur la puissance industrielle, sur l'indépendance de la France. Il avait bâti cette puissance militaire, il nous avait doté de l'arme nucléaire, il avait toujours tenu à rester à l'écart d'une dépendance totale vis-à-vis des Etats-Unis. Nous avons aujourd'hui une politique à revoir, une Europe forte, qui doit aussi nous aider dans une puissance militaire, si c'est possible.
Mais pour cela, il faudra que l'Europe soit moins naïve, mais surtout une souveraineté nationale refondée, un effort militaire qui aille beaucoup plus loin. Je pense qu'il est urgent d'avoir deux porte-avions nucléaires pour avoir une présence maritime tout au long de l'année. Là, avec un porte-avions nucléaires, ce n'est pas possible. Je prends cet exemple parce qu'il en va de notre présence dans le Pacifique. Si on avait été présent avec une puissance militaire forte, on n'aurait pas été exclu du jeu. Tout cela se tient. Et la France d'Emmanuel Macron, c'est une France déclassée sur ce sujet, comme sur bien d'autres, hélas.
On vous entend bien en tant que candidat. On entend dans vos propos, et ça nous ramène à l'actualité politique en France, avec votre mouvement Les Républicains, qui va enteriner d'abord en bureau politique mercredi, et puis samedi prochain, les deux options possibles pour choisir le candidat LR. Soit une primaire ouverte, soit un congrès réservé aux seuls adhérents. Quelle méthode préférez-vous, personnellement ?
Moi, je fais confiance au président de notre famille politique, Christian Jacob, et aux militants. Je m'adapterai aux deux méthodes. L'essentiel, c'est qu'on ait un processus de sélection, qui soit maintenant établi, qui soit définitif, et qui soit clair. Je crois que les deux options sont sur la table aux militants. Pas de préférence, donc ? De décider à ce stade, voilà. Moi, ce que je souhaitais, c'est qu'on ait un débat candidat face à des candidats, programme contre programme, et qu'on ait une volonté commune, ça je crois qu'elle est établie, d'être tous unis au terme du processus de sélection.
J'en suis certain, il y aura un candidat à la fin du processus de sélection, au tournant de l'année, mais d'ici là, nous devons avoir un débat, parce qu'il y a des différences.
Mais un candidat, vous êtes sûr d'un seul candidat ? Parce que qu'est-ce que ça résout, en fait, votre processus, que ce soit la primaire ou le congrès ? Si Xavier Bertrand n'y participe pas, tout cela ne sert pas à grand-chose. Parce que ça ne va pas empêcher la présence de deux candidats à droite au premier tour. Donc, qu'est-ce que ça résout vraiment, tout ça ?
J'ai entendu le message de Xavier Bertrand, notamment devant les parlementaires républicains à Nîmes. Il ne souhaite pas... Il n'a fermé aucune porte, en tout cas, notamment sur la seconde option. Il ne souhaite pas faire échec à la famille de droite. C'est ce qu'il a dit. Donc, je sens de sa part, comme de la part de tous les candidats, un grand esprit de responsabilité. Il y a une forme de concurrence. Et finalement, dans la mesure où on n'a pas un candidat naturel, où on n'a pas le leader naturel, comme ce fut le cas avec Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy, eh bien, de cette faiblesse, faisons une force. Donc, vous dites qu'il saura se retirer. Il saura se retirer. Je ne dis pas ça.
Je dis qu'il sera, je le pense, je le souhaite, en tout cas, comme ceux qui sont candidats aujourd'hui, et c'est mon cas, je crois que nous sommes tous animés par un esprit de responsabilité. On sait très bien que s'il y a deux candidats, ce n'est même pas la peine d'envisager d'aller à l'élection présidentielle. Nous serons balayés. Donc, vu l'état du pays, nous en avons parlé au début, vu ce qu'a conduit Emmanuel Macron comme politique au cours de ces quatre dernières années, avec les échecs à peu près sur tout, que ce soit sur la sécurité, sur l'immigration, un bilan des finances publiques catastrophique, une place sur la scène internationale qui décroche...
Un bilan économique catastrophique, ce n'est pas l'avis du gouvernement,
qui montre qu'il y a quelques signes de reprise. Ah ben, c'est naturellement pas l'avis du gouvernement, puisque ce sont les acteurs de cette politique. Aujourd'hui, on vit sous anesthésie, mais le réveil va être terrible. Quand on a 120% de dettes...
Ça ne vous a pas échappé qu'il y a une crise sanitaire entre-temps ?
Oui, mais la crise sanitaire, elle n'est pas à l'origine de toute cette dette. On estime aujourd'hui que lorsqu'il y a 9% de déficit, budgétaire, 6% sont un déficit structurel. On voit que le quoi qu'il en coûte devient un quoi qu'il en coûte électoraliste aujourd'hui. Oui, mais 6% de croissance, 8% de chômeurs... M. Macron a le chéquier ouvert, l'arrosoir électoral ouvert. C'est ça la réalité. Et cette dette, elle hypothèque l'avenir de nos générations, de notre jeunesse. On ne peut pas vivre dans un État où il y a deux tiers de dépenses publiques par rapport à la richesse nationale. C'est presque un État étatisé.
Donc, je mets en garde sur un réveil extrêmement douloureux après l'élection présidentielle.
Sur vos mesures, on va parler des mesures économiques. Qu'est-ce qui vous distingue de vos autres concurrents, puisqu'on parle notamment du pouvoir d'achat des Français ?
Ce qui me distingue de façon globale, c'est peut-être sur le constat. Moi, je fais le constat d'une France qui est menacée par le déclassement, le déclin, je l'ai dit. Et face à cette situation, il faut un choc. Il faut une rupture profonde. On ne peut pas poursuivre les lignes ou les modifier à la marge. On ne peut pas jouer sur le curseur. Quel type de rupture ? Il faut changer de cadre. Au plan économique, je pense qu'il faut d'abord arrêter avec l'assommoir fiscal. Nous sommes le pays qui détient le record du monde des impôts. Donc, il faut arrêter avec cela. Je propose plusieurs mesures.
Une très symbolique, la suppression des droits de succession et des donations, pour transmettre aujourd'hui des générations anciennes vers la jeunesse, qui en a besoin, un patrimoine, et donc faire un immense plan de relance par la transmission de ce patrimoine vers ceux qui peuvent investir, les jeunes. Moi, je veux détruire cet impôt sur la mort. L'impôt sur les successions, c'est un impôt sur la mort.
Oui, sauf qu'on va vous reprocher de ne vous intéresser économiquement qu'aux plus riches, ceux qui ont un capital.
Il y a aussi toutes les classes moyennes qui ont un appartement dans une ville où le prix de l'immobilier a accru de façon importante. Donc, c'est à cela que je m'adresse, comme je m'adresse aussi aux Français qui paient un impôt sur le revenu, qui est devenu confiscatoire. Éric Chioty,
vous parlez de changer de cadre. Vous venez de dire qu'il est grand temps de changer de cadre. Quand je lis votre programme économique, on retrouve la plupart des propositions économiques de François Fillon d'il y a 5 ans, retour aux 39 heures, retraite à 65 ans, suppression de 250 000 fonctionnaires. Est-ce que c'est adapté à la nouvelle situation économique du pays ?
Je le crois. Alors, j'ai fait des...
Donc, on ne change pas de cadre, en fait.
Si, parce que j'ai fait des modifications. Quand je propose la flat tax sur l'impôt sur le revenu, c'est nouveau. Quand je propose la fin de l'impôt sur les successions, des donations facilitées pour les grands-parents vers les jeunes, quand je demande une exonération des plus-values immobilières à 10 ans, ce sont des mesures nouvelles. mais l'esprit libéral du programme de François Fillon, je le fais mien parce que c'était un programme responsable, il faut dire la vérité aux Français. Moi, ce que je veux défendre dans cette campagne, ce sont des valeurs d'autorité, de liberté et d'identité. La liberté économique, elle est importante et c'était l'esprit du programme de François Fillon.
Mais pour cela, il faut aussi dire la vérité. Quand je propose ces mesures, je sais qu'elles auront un coût, face à cela, il faut qu'il y ait des recettes. Quand on va mettre la retraite à 65 ans, c'est un gain de 20 milliards d'euros d'argent public. Je propose également en compensation une augmentation comme l'avait fait pour le coup François Fillon de deux points du taux supérieur de TVA. Donc c'est un programme qui veut dire aussi la vérité sur la situation de la France. C'est un programme de crédibilité et c'est un programme de clarté au plan politique.
Mais est-ce qu'on peut être ultra-libéral, comme on l'entend là, Éric Ciotti, quand les prix de certains produits de base sont en train de s'envoler comme c'est le cas en ce moment, les pâtes, la farine, le café, certains supermarchés ont déjà commencé à répercuter ces augmentations sur les consommateurs et je ne parle pas de la hausse de l'essence, de la hausse du gaz également. Comment est-ce que vous percevez cette rentrée ? Qu'est-ce que vous observez ? Est-ce que vous n'avez pas peur que ça déborde ?
Ces hausses, elles sont très clairement la conséquence de la perte de souveraineté industrielle et énergétique de notre pays. Quand on voit l'augmentation extrêmement forte du prix de l'électricité, c'est la conséquence, c'est une des conséquences de cette augmentation, une des causes plutôt, c'est l'abandon, en tout cas l'affaiblissement de l'énergie nucléaire. On parlait du général de Gaulle qui avait eu cette vision au départ. Quand on veut le tout électrique aujourd'hui, mais quand on affaiblit la principale source de production électrique et l'énergie nucléaire, on commet une erreur grave. Donc il faut retrouver de la souveraineté.
Quand on est contraint d'importer du bois aujourd'hui, alors qu'on a une des forêts d'Europe la plus dense, ça veut dire qu'il y a un problème. Quand on a vu au cœur de la crise, ne confondez pas. Pardon, pardon,
j'allais vous interroger justement.
Ce n'est pas une insulte pour moi comme certains le font sur votre entête.
Parce que vous partagez parfois avec Éric Zemmour le même champ lexical. Par exemple, vous souhaitez que la France reste la France.
Pourquoi vous, vous ne souhaitez pas que la France reste la France ? Qu'est-ce que vous y mettez,
vous ?
Moi, j'y mets l'amour de notre histoire, de notre patrimoine, le maintien de nos modes de vie. Nous sommes les héritiers d'une civilisation qui a éclairé le monde, la civilisation judéo-chrétienne, la civilisation des Lumières. Et je ne souhaite pas demain que par la violence, que par la force, que par le terrorisme, on vienne nous imposer des modes de vie qui ne sont pas fidèles à cette histoire. C'est aujourd'hui la journée du patrimoine. Nous sommes les héritiers d'un patrimoine matériel et immatériel qui a bien des égards à éclairer le monde et je veux que ce message universel de la France se perpétue et qu'il ne soit pas gommé et effacé. C'est peut-être ça. Il n'y a pas de patrimoine
en France avec un brassage multiculturel ? Ce n'est pas possible pour vous ?
Je crois que ce n'est pas notre identité et notre culture. J'ai toujours combattu le multiculturalisme. La France, elle est ce creuset qui se moule républicain, je le dis, autour de notre histoire, autour de nos valeurs, autour de notre roman national. Et le multiculturalisme, c'est une société à l'anglo-saxonne. Ce n'est pas la société, ce n'est pas l'histoire de France. La France, elle doit être une et indivisible. C'est d'ailleurs notre constitution. Et je récus ceux qui veulent diviser la France, la séparer, la ghettoiser, mettre des étrangers dans des quartiers.
Une dernière question, Eric Ciotti. Vous parlez de ne pas diviser la France. Vous avez dit que vous préféreriez voter pour Éric Zemmour plutôt que pour Emmanuel Macron. Or, d'autres à droite n'ont pas le même discours que vous. Ils ne sont pas sur la même longueur d'onde car ils estiment justement qu'Éric Zemmour est trop clivant. Est-ce que Zemmour n'est pas en train de réussir son pari d'enfoncer un coin chez les républicains pour mieux diviser la droite ?
Je crois qu'il faut rester dans notre couloir, j'allais dire. Nous sommes les héritiers de la famille Gaulliste. Nous sommes les héritiers de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy. Notre famille politique a une histoire. Nous n'avons pas à nous référer aux uns aux autres. Mais pour autant, ce n'est pas parce que un tel ou un tel dit des vérités qu'il faut dire l'inverse. N'ayons pas peur de nos valeurs. Assumons-les. Moi, je le dis, ma campagne, elle sera celle de la vérité et aussi celle de la clarté parce que je le dis et je demande la même chose à mes concurrents.
Je ne prône aucune alliance, jamais, avec le pouvoir macronien, avec Emmanuel Macron et je demande dans cette campagne aussi à ce que mes concurrents s'engagent.
Mais vous pourriez rejoindre Éric Zemmour si le candidat de la droite qui est choisi ne vous convenait pas ?
C'est le candidat des républicains qui peut battre Emmanuel Macron. Moi, je souhaite qu'on batte demain Emmanuel Macron parce qu'il a abîmé la France. Mais vous pourriez
rejoindre Éric Zemmour ?
La question ne se posera pas. J'ai répondu dans une émission une hypothèse. Et il nous faut conclure. Elle ne se posera pas. Donc, c'est le candidat républicain qui battra Emmanuel Macron. J'en suis persuadé.
Merci Éric Ciotti, député des républicains et donc candidat pour représenter les républicains à la présidentielle. Et merci aussi aux équipes de France Bleu Azur à Nice pour la mise en place de ce duplex. Merci.
Merci. Merci.
Éric Ciotti