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interviewfranceinter· 15 juin 2026 10 min

L'accord entre l'Iran et les États-Unis est "important pour la stabilité internationale", salue la ministre Alice Rufo

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, la grande matinale. Et à 7h48, vous avez face à vous Benjamin Duhamel, la ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants. Bonjour Alice Ruffo. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter après l'annonce d'un accord entre les Etats-Unis et l'Iran qui doit être signé vendredi prochain en Suisse. Son contenu n'est pas encore totalement connu mais Donald Trump revendique la réouverture du détroit d'Hormuz une fois l'accord pas rafait. Côté iranien on met en avant de grandes victoires, une humiliation de ses adversaires. Qui peut ce matin se déclarer gagnant de cette guerre Alice Ruffo ?

0:36
Alice Rufo

Je crois d'abord qu'il faut saluer résolument l'accord trouvé dans les dernières heures. C'est important, c'est la première chose qu'il faut dire. Ensuite vous avez décrit évidemment la bataille des récits qui est assez classique en fait dans ces cas-là. Mais au fond ce qu'il faut c'est se concentrer sur ce que nous nous souhaitions. Nous appelions de longue date parce qu'au fond la question du détroit d'Hormuz soit neutralisée pour ouvrir une phase de négociation sur les autres questions. Et nous nous dirigeons vers cela dans une phase diplomatique qui s'ouvre qui va être très intense.

1:04
Présentateur

Et on va rentrer dans le détail sur le rôle de la France notamment dans la sécurisation du détroit d'Hormuz. Mais c'est important de poser un constat, de faire un cadrage. Les Etats-Unis obtiennent la réouverture d'un détroit qui était ouvert avant le début de la guerre. Sur le nucléaire ça ressemble furieusement à l'accord de 2015, l'accord de Vienne que Donald Trump avait déchiré. On se dit en voyant tout cela, tout ça pour ça. Alice Ruffo ?

1:27
Alice Rufo

Cette guerre en fait, nous ne l'avons pas choisie. Après on vit avec le monde dans lequel on est. Voilà, il fallait arriver à cet accord.

1:36
Présentateur

Est-ce qu'on peut dire que c'est un succès stratégique pour les Etats-Unis ?

1:39
Alice Rufo

Cet accord est important pour nous. Voilà, il est important pour nous, il est important pour la stabilité internationale. Il ouvre une opportunité pour la stabilité dans la région. Ce n'est pas à moi de juger d'un succès ou pas américain. Je note que les autorités américaines s'en félicitent.

1:55
Présentateur

Une question dans ce cas la plus ouverte, cette guerre elle aura servi à quoi ? Alice Ruffo ? Et notamment, on se souvient de ce qui était dit au mois de janvier quand il était question de libérer le peuple iranien massacré par le régime. Plusieurs mois après, cette guerre elle aura servi à quoi ?

2:08
Alice Rufo

Oui, je pense que vous avez raison de rappeler la pensée qu'on doit avoir pour le peuple iranien qui a subi beaucoup les conséquences d'abord du régime, qui a mené des répressions tout à fait terribles au début de l'année et puis de la guerre. Cependant, il se trouve que je ne peux pas expliquer une décision stratégique que nous n'avons pas prise. La décision stratégique que nous nous avons prise, c'était de passer par la voie diplomatique. Nous y sommes, allons de l'avant et c'est pour ça que je disais qu'il faut le saluer résolument, c'est-à-dire avec la résolution à ce que cet accord soit mis en œuvre de manière efficace et robuste.

2:40
Présentateur

Et je crois que certains de vos silences sont assez éloquents ce matin. Alice Ruffo, il faut qu'on s'arrête sur deux points précis. Le premier, vous l'évoquiez, c'est le détroit d'Hormuz. Est-ce que des informations dont vous disposez, la perspective, c'est une réouverture inconditionnelle, sans aucun droit de péage ? Ou est-ce que l'Iran garderait d'une manière ou d'une autre une forme de contrôle sur le détroit d'Hormuz ?

3:01
Alice Rufo

Alors, l'accord n'est pas publié, le protocole sera signé dans les prochains jours. Ce qui compte, c'est qu'elle soit rapide, la réouverture du détroit d'Hormuz. Vous savez qu'il y avait un blocus américain, donc il sera levé, d'après les informations dont nous disposons, et nous, nous souhaitons qu'il n'y ait pas de péage ni de conditions mises au fond à cette réouverture.

3:23
Présentateur

Donc un rétablissement de la liberté de circulation maritime

3:26
Alice Rufo

conforme aux droits internationaux. C'est d'ailleurs cela que nous sommes prêts à soutenir.

3:30
Présentateur

Que vous êtes prêts à soutenir, avec ce qui était évoqué par le président de la République, par vos alliés, notamment la Grande-Bretagne, cette mission de sécurisation du détroit d'Hormuz une fois le conflit terminé. Est-ce que vous pouvez là, Alice Ruffo, ce matin, comme ministre déléguée aux armées, nous en dire plus sur les conditions ? Quand, comment pourrait être lancée cette mission de sécurisation du détroit d'Hormuz ?

3:52
Alice Rufo

Oui, nous sommes prêts. Nous sommes prêts à contribuer, en tout cas, à la mise en œuvre d'un accord qui permettra la reprise de la liberté de circulation maritime rapide et robuste et efficace, en fait, dans le détroit d'Hormuz. En avril, il y a eu une réunion internationale à Paris, à l'Élysée, où une quarantaine de pays se sont mis d'accord, au fond, sur les paramètres d'une mission internationale ou d'une initiative internationale qui permettrait de reprendre cette liberté de circulation. J'insiste, à distance des belligéens. Bon, la condition première, c'était cet accord.

C'était qu'il puisse y avoir une cessation des hostilités, un arrêt des combats, parce qu'il était hors de question d'y aller dans une situation, ni pour une ouverture de vive force, comme à un moment donné, les États-Unis le demandaient, ni dans une conflictualité. Bon, ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est qu'il faut qu'il y ait un accord des partis,

4:37
Présentateur

de toutes les parties. Et donc, que l'Iran soit d'accord pour cette mission de sécurisation.

4:42
Alice Rufo

Absolument. Donc, c'est ce qu'il va falloir travailler dans la semaine. Il y a plusieurs acteurs qui vont se réunir au G7 autour d'une réunion sur le Moyen-Orient, plusieurs pays du Golfe, le Qatar, qui a contribué, d'ailleurs, à cet accord. Et bien sûr que, dans les prochains jours, les discussions vont porter là-dessus, étant entendu que, par ailleurs, nous, et vous m'interrogez comme ministre délégué auprès de la ministre des Armées, il y a une planification qui a été faite, une planification militaire qui a été faite avec nos partenaires britanniques, mais aussi avec d'autres.

5:10
Présentateur

Mais la France est prête, c'est ce que vous dites ce matin, à participer à cette mission, notamment à contribuer au déminage du Détroit d'Hormuz. Ça fait partie des missions de cette, d'effectivement, des bateaux et des frégates françaises.

5:21
Alice Rufo

Oui, si les conditions sont réunies, nous sommes prêts à appuyer avec nos partenaires des opérations qui seraient nécessaires, de déminage, mais tout cela, vous voyez bien qu'on a le cadre général. Maintenant, il faut le construire, ce cadre.

5:35
Présentateur

Un mot plus général sur la présence française dans la région. Il a été question ces derniers jours par voie de presse du départ du porte-avions Charles de Gaulle, notamment pour maintenance. Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin si le porte-avions Charles de Gaulle va rester dans la région, notamment dans la perspective de cette mission de sécurisation ?

5:51
Alice Rufo

Oui, bien sûr. Jusqu'à nouvel ordre, c'est ce qui a été dit hier par l'état-major des armées. Le porte-avions reste sur zone et de toute évidence, on voit bien l'intérêt qu'avait aussi cette présence dans la région pour avoir une appréciation autonome et surtout crédibiliser la démarche diplomatique qui vise à la liberté de circulation maritime, c'est-à-dire à quelque chose qui contribue à nos intérêts, c'est-à-dire à la reprise du trafic pour l'économie mondiale et pour le prix à la pompe comme ça vient d'être dit.

6:17
Présentateur

Alice Ruffo, pour que cet accord puisse être pleinement accepté par les partis, il faut que le conflit cesse au Liban et pour cela que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, cesse de frapper Beyrouth et de frapper le Hezbollah. Quand on voit ces derniers jours la façon dont il a délibérément refusé de suivre ce qui lui était demandé par le président américain, est-ce que ça peut vraiment rendre optimiste sur la possibilité que les armes se taisent entre Israël et le Hezbollah ?

6:42
Alice Rufo

Vous avez raison de rappeler l'épisode d'hier, qui n'est pas un épisode puisqu'il y avait déjà eu des précédents au fond sur les frappes sur Beyrouth. Bon, d'abord, d'après les informations dont on dispose, mais encore une fois, qui sont indiquées par le Premier ministre du Pakistan par exemple, le Liban, et c'est une bonne chose, fait partie de l'accord sur la cessation des hostilités. Bon, on sait bien qu'Israël n'est pas favorable au fond à un accord depuis longtemps. Il n'y a rien de nouveau. Même à l'époque du JCPOA, de l'accord sur le nucléaire en 2015, Israël n'était pas favorable à cet accord.

Bon, s'agissant du Liban, il est temps que le Liban cesse d'être l'otage au fond des gardes des autres. Et là, je crois que vraiment, on a une opportunité très importante avec les Américains, avec les Américains, en discussion avec nos partenaires, notamment golfiques, en lien avec l'Iran, puisque nous avons gardé des canaux ouverts pour imposer le fait que les armes se taisent et qu'on puisse travailler à la reprise de la souveraineté libanais, c'est-à-dire au contrôle de l'État sur les milices. C'est important.

7:51
Présentateur

Oui. Un dernier mot, Alice Ruffo, Donald Trump qui va donc arriver aujourd'hui en France pour le G7 des viandes. Bien évidemment, cet accord sera au menu des discussions. Et pour un dîner de gala, mercredi à Versailles, au menu, on a appris feu d'artifice, visite de la galerie des glaces. Est-ce qu'on a vraiment besoin, Alice Ruffo, de dérouler le tapis rouge à un dirigeant dont l'agenda stratégique consiste méthodiquement à nous affaiblir, nous, Européens ?

8:14
Alice Rufo

C'est un allié qui célèbre, enfin, les États-Unis d'Amérique célèbrent leurs 250 ans.

8:20
Présentateur

Oui.

8:21
Alice Rufo

Encore une fois, d'abord, Versailles est un outil diplomatique majeur. Et deuxièmement...

8:25
Présentateur

Mais on a besoin d'en rajouter à ce point. L'idée n'est pas de contester que les États-Unis soient notre allié et qu'il y ait des discussions bilatérales.

8:31
Alice Rufo

Mais quand on invite un chef d'État, on célèbre une histoire commune et à travers lui, un peuple, une amitié entre les peuples. Bon, j'ajoute que les États-Unis sont... Moi, je n'ai jamais dit que ce n'étaient pas nos alliés, ce sont nos alliés. Et donc, voilà, il faut travailler. On a quand même là une séquence qui s'ouvre. Je veux insister là-dessus parce que les symboles comptent énormément. Mais en fait, la France se retrouve avec le G7 aussi parce qu'elle a pris des initiatives assez positives, aidantes, sur le Liban, sur Hormuz, sur le Luterte. Mais juste pour comprendre, Alice,

8:59
Présentateur

il faut l'inviter à Versailles. C'est une façon d'essayer de l'amadouer, de le convaincre, de rester jusqu'au bout du G7. On a un président des États-Unis qui menace les pays de l'OTAN, qui coupe en tropique un service d'intelligence artificielle pour tous les non-américains. Et on le remercie en l'invitant de cette manière au château de Versailles.

9:15
Alice Rufo

Écoutez, diplomatique, la qualité de la réception qu'on doit, c'est de la courtoisie. Un chef d'État n'empêche jamais... Tous ne bénéficient pas du même régime. Non, mais certains n'empêchent jamais la franchise et la clarté dans la défense de nos intérêts.

9:31
Présentateur

Merci beaucoup, Alice Ruffeau, d'être venue ce matin au micro d'Inter. Et merci.