Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBLAST· 19 janvier 2022 19 min

MALTRAITANCE, ÉPUISEMENT, DÉMISSIONS : L'HÔPITAL AU BORD DU GOUFFRE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les gens se retrouvent à passer des jours entiers dans le couloir alors qu’il y a des chambres vides partout. Moi j’aurais plus envie de pleurer que de rire quand je vois que des gens de 80 ans restent parfois 24, 48 à 72 heures dans un couloir. On est obligé de transformer les urgences en service de soin.

J’ai pris la décision de quitter ce métier. J’ai l’impression que ça va dans le mauvais sens, que je n’arrive pas à l’arrêter et que les conditions de travail sont difficiles. Tout ça fait que voilà j’arrête.

Comme l’hôpital ici de Vitré est fermé la nuit, que Fougères, je ne sais plus ce qu’il se passe, que Laval ça ferme et ça ouvre et ça referme, donc tous les patients, jusque assez loin, ils convergent tous vers les urgences de Rennes. Les gens ne veulent plus être soignants, on a démotivé les équipes et on n’a plus personne pour s’occuper des gens. On a cassé des vocations parce qu’on a perdu l’humanité qu’il y avait dans notre métier, notre cœur de métier.

Tous les dominos quand ils s’effondrent, ils s’effondrent sur nous les urgences. Donc c’est pour ça qu’on est un petit peu le baromètre du système de santé. Si nous on commence à aller mal c’est que ça va mal partout.

Ce que je demande c’est que les citoyens s’approprient la détresse de l'hôpital et nous aident et nous soutiennent dans ce combat pour nous aider à changer les choses. Il ne faut pas tolérer l’intolérable, il ne faut pas s’habituer à ce qui est inacceptable. L’État nous doit cet accès à la santé, c’est son devoir.

Et il ne le remplit pas. Bonjour à toutes et à tous. Aujourd’hui Blast sort de Paris pour aller en région.

Le député France insoumise François Ruffin a décidé de faire la tournée des hôpitaux publics pour aller à la rencontre du personnel de santé, dans des zones touchées par la désertification médicale. Nous en avons profité pour le suivre pendant deux jours et terminer ici au CHU de Rennes. Nous avons pu rencontrer les hommes et les femmes qui font vivre l’hôpital public, et qui nous ont expliqué à quel point leur métier était devenu dur, à cause de l’épidémie de Covid-19, mais surtout à cause de l’état général de l’hôpital.

C’est parti. Ça va ? Ouais ça va.

On va à l’hôpital puisque le service des urgences, il ferme, il rouvre, il ferme, il rouvre, il ferme, il rouvre, ça dépend des jours, quoi. Les jours impairs c’est fermé, les jours pairs c’est ouvert, ou un truc comme ça. Hier vous étiez au Mans, pourquoi aujourd’hui Laval, Vitré et Rennes ?

On a des copains qui tiennent un truc qu’on appelle “AllôVéran”, qui sont des tweets envoyés au ministère et avec à chaque fois quand il y a un service d’urgence ou un hôpital qui ferme la nuit, ferme le week-end, ferme ses urgences pédiatriques, on en a beaucoup on doit avoir 70, 80, mais j’avais noté que Mamers, tu connais Mamers toi ? Tu ne connais pas Mamers, tu vois. Saint Calais, tu ne connais pas non plus… Qu’est-ce qu’il y avait d’autre ? … La Flèche.

Peut-être que tu connais un petit peu plus ? Tu avais toute une série de petits bleds comme ça, dans ce coin-ci, et il y avait une espèce de concentration avec des soucis dans le service d’urgence. Et puis Laval, c’est quand même une grande ville.

Enfin, pour moi c’était une grande ville parce que compte tenu de son histoire de foot dans les années 80 où ils avaient rencontré, fait la coupe de l’UEFA et battu le Dynamo de Kiev, je m’en souviens très bien, donc pour moi, c’est une métropole. Mais Laval qui est quand même une préfecture, il me semble, je ne connais pas toutes mes préfectures, et pourtant son service d’urgence est en train de fermer. Et on est en train de s’habituer à ça.

Donc que ça soit vrai à la fois dans les bourgs, les campagnes, mais que ça devienne vrai aussi dans les préfectures, c’est une espèce de contagion inquiétante. Donc du coup, qu’est ce qu’il se passe ? Puisque tu as un chauffeur là qui est de Rennes, qui travaille à l’hôpital de Rennes.

Tu vois, Il est venu nous filer un coup de main. C’est que tout, comme ça ferme partout autour, on envoie tout le monde sur le gros hôpital de la grande région, et donc ça fait une concentration, une espèce d’embouteillage. Moi j’aime beaucoup prendre la situation de l’AVC pour lequel il y a quatre heures et demie pour intervenir.

Si déjà ils en passent une sur la route, c’est 20% de perdu. Quatre heures et demie… Quand on fait un AVC, on a quatre heures et demie sinon les quatre heures et demie, c’est pas … Ce sont des séquelles qui vont rester, alors que si on fait les choses proprement dans les quatre heures et demie, ce sont des gens qui vont n’avoir aucune séquelle. C’est l’histoire de la grenouille quand l’eau elle se réchauffe, bah voilà, c’est ce qui est en train de se passer à l’hôpital.

On s’habitue à une dégradation constante alors qu’il nous avait été promis qu’au contraire le Covid ça serait la secousse qui ferait que l’hôpital public serait remis au coeur de la cité, et qu’on se dirait que c’était un vrai lieu de soins pour tous et qu’on investirait là-dedans. C’étaient les grandes promesses qui nous ont été faites, quoi. Quand une ville comme Laval est en voie de se faire grignoter son service d’urgence qui devient un peu bancal et tout ça, c’est une alerte je pense, pas seulement pour les bourgs des campagnes qui me préoccupent, mais aussi pour toutes les villes en dehors.

Est-ce que tout doit se concentrer sur les très grosses métropoles type Rennes, Nantes, enfin vous voyez, Lille, ou bien est-ce qu’il y a la possibilité quand même de maintenir dans chaque département au moins, mais moi je penserais à plusieurs sites dans chaque département, des services hospitaliers ? Comment vous expliquez, qu’est-ce qu’il s’est passé pour que ce soit la crise à Laval ? C’est notamment les médecins, le manque de médecins urgentistes.

Si on parle essentiellement des urgences, déjà il y a une problématique sur l’ensemble de l’hôpital, on met l’accent aujourd’hui sur les urgences mais ça fait des années que les services de l’hôpital de toute la “Tour”, ce qu’on appelle, ferment depuis de nombreuses années. Les urgences effectivement, c’est un service qui est censé être ouvert 24/24, 7 jours sur 7. Aujourd’hui, on a un manque d’effectif médical, pas paramédical, c’est-à-dire, on n’est pas en manque d’infirmiers et d’aide-soignantes aux urgences.

On a l’effectif requis mais on ne peut pas ouvrir parce qu’il nous manque 70% de l'effectif médical, donc de médecins. C’est pour ça qu’on ferme certaines nuits, c’est la mise en danger de toute la population, et on sait qu’il y a un désert médical et que tous les Mayennais et Lavallois, Lavalloises, viennent aux urgences par manque de médecins aussi généralistes. Donc en fait là, je suis passée ce matin dans le service, il y a treize patients qui ont dormi aux urgences par manque de lits sur l’hôpital.

Donc ce n’est pas une faute du personnel dans les services qui fait au mieux et qui aimerait pouvoir accueillir ces patients, mais quand on voit qu’on ferme des lits depuis de nombreuses années, les patients restent, stagnent aux urgences. Sur l’établissement en fait, on a certains services qui ont été fermés. Donc on a une réduction du nombre de lits, ce qui fait que les patients ne peuvent être hospitalisés dans les étages, donc ils peuvent rester 24, 48 jusqu’à 72 heures parfois, dans le couloir des urgences du fait qu’il manque des lits dans les étages.

C’est paradoxal parce que, ce que tu me racontais c’est qu’il y a des lits. Physiquement il y en a. Il y a des ailes entières de l'hôpital qui sont laissées à l’abandon.

Ca ressemble à un couloir avec des chambres fermées à clé où derrière la porte, quand on entrouvre la porte, il y a des lits, des adaptables, un cabinet de toilettes, un PC infirmier, mais il n’y a pas de personnel et il n’y a pas de patients. Les gens se retrouvent à passer des jours entiers dans le couloir, alors qu’il y a des chambres vides partout. Dans plusieurs services, effectivement, on se retrouve à garder les gens aux urgences à dormir, parce que, par manque de personnel depuis de nombreuses années du fait qu’on ait fermé des lits, on a réduit le personnel, et donc effectivement, on a des lits physiquement, on a des adaptables, on a des cabinets de toilettes, on a un PC infirmier mais on a des couloirs dans le noir.

Ils ont fermé des lits, du coup ils ont réduit le personnel et du coup, on ne peut pas rajouter des lits. Aujourd’hui ils souhaitent ouvrir, de ce qu’ils nous disent, ils souhaitent ouvrir des lits mais ils n’ont pas de personnel. C’est le serpent qui se mord la queue.

Voilà, exactement. On tourne en rond en fait. Et ça donc, on pourrait presque en rire mais ça a des conséquences très graves.

Non j’aurais plus envie de pleurer que de rire quand je vois que des gens de 80 ans restent parfois 24, 48 à 72 heures dans un couloir, qu’on est obligé de transformer les urgences en service de soin, non, je n’ai pas forcément… ou rire jaune dans ce cas-là. Mais non, ça fait mal au cœur et pour les patients, et pour les soignants, parce qu’on n’est pas là pour maltraiter les patients et notre cœur de métier, c’est de prendre soin. Et là, on arrive à un point de non-retour où on ne peut pas.

On voudrait prendre soin mais on ne nous donne pas les conditions pour bien prendre en charge nos patients. Dans ces patients, il y a des gens qui vont être potentiellement graves, d’autres qui ne vont pas être graves, d’autres qui n’ont rien à faire aux urgences, donc déjà ça, ça met la boule au ventre. On sait qu’en plus on a des patients qui viennent des fois de Vitré quand c’est la nuit, de Fougères, parce que Fougères à côté a pu fermer aussi pendant l’été, Laval de temps en temps ferme, donc on a l’impression d’être un peu le seul phare dans la nuit.

Ce qu’il se passe aussi, c’est qu’on a le sentiment d’être le bout de chaîne de dysfonctionnements à la fois sanitaires et sociaux, c’est-à-dire les gens vont venir, ça vous le savez déjà, mais les gens vont, comme le disait Marie, les gens qui n’ont pas de médecin généraliste arrivent chez nous. Donc on a des angines, on a des rhumes parce que les gens… Après, je pense que les gens sont de bonne foi, ils n’arrivent pas à trouver de médecin généraliste. On a les généralistes qui nous envoient aussi leurs demandes d’examens complémentaires, d’échographies, parce qu’ils n’arrivent pas à avoir de radiologue.

Donc ça, ça finit aux urgences. Et nous, dans tout ce bordel, on doit trouver ceux qui ont vraiment besoin de soins urgents. J’ai pris la décision de quitter pour faire tout à fait autre chose, j’aimerais bien faire de la librairie.

Donc vraiment un autre métier parce que, comment dire, le sentiment d’utilité, le sentiment du travail bien fait, le plaisir que j’avais à faire ce travail est contrebalancé par des conditions actuelles de travail qui sont trop dures. Des conséquences sur mon humeur, sur mon sommeil, voilà. Et une anxiété importante qui fait que je n’y trouve plus mon compte.

Depuis tout petit, depuis le primaire, je voulais faire ça. Je voulais faire ça dans le public, parce qu’on considérait que l’hôpital public, c’est un très bel outil qui accueille les gens sans aucune distinction. Voilà, cet accueil inconditionnel du public pour le soigner, c’est quelque chose auquel je suis très attaché.

Et je trouve qu’on le fait dans des situations de plus en plus dégradées et qu’en plus des mesures notamment sur le forfait urgences, que les gens vont devoir payer actuellement, qui ne sont pas du tout dans le sens d’un accueil large du public. Toutes ces raisons-là font que j’ai l’impression que ça va dans le mauvais sens, que je n’arrive pas à l’arrêter et que les conditions de travail sont difficiles. Tout ça fait que, voilà, j’arrête.

On va où et on va retrouver qui ? On va à Rennes faire la galette des reines d’ailleurs. Donc oui, parce qu’il y a une grève à l’hôpital de Rennes, qui dure maintenant depuis un bail, parce qu’en fait l’hôpital de Rennes est submergé.

Comme l’hôpital ici, de Vitré, est fermé la nuit, que Fougères, je ne sais plus ce qui se passe, que Laval ça ferme et ça ouvre et ça referme. Donc tous les patients, jusque assez loin, ils convergent tous vers les urgences de Rennes. Du coup aussi, ça fait craquer les urgences de Rennes, d’où aussi, tu as vu, le médecin qui en a marre parce que ses services sont embouteillés.

Il n’y a plus de repos, ils ne traitent plus des gens mais ils traitent des dossiers. Donc on va aller rencontrer les soignants là-bas. On a fait, si tu veux, on a fait de l’hôpital de campagne, un peu ici aussi, on a fait l’hôpital de métropole mais qui se porte mal, Laval, et là, on se tape le CHU, là c’est la grosse structure.

Elle, elle ne va pas fermer, ce n’est pas possible. Par contre, elle est embouteillée parce que tout le reste ferme. On aura fait tous les cas de figure.

Voilà, un peu ouais. Il reste l’hôpital parisien, parce qu’il y a une spécificité des hôpitaux parisiens. C’est que là, eux, ce qu’ils n’ont pas, ce sont les infirmiers, ce sont les paramédicaux parce qu’il leur faut une heure de bagnole comme ils habitent en troisième couronne de banlieue parisienne, il leur faut une heure de bagnole ou de métro pour arriver au boulot.

Ils sont mal payés donc ils ne peuvent pas se payer des logements sur Paris, et donc là, il y a une crise, il y a deux crises. Il y a une crise des médecins souvent dans les hôpitaux comme celui-là, et en revanche à Paris, c’est la crise du paramédical, des infirmiers, tu vois, aide-soignants, où ils n’arrivent pas à avoir ça. Ils sont en crise des deux côtés mais pas pour les mêmes raisons, en gros.

L’État doit, nous doit en fait, ce recours aux soins, et qu’il existe le droit opposable au logement, il faut qu’il y ait le droit opposable à la santé, il faut qu’on se mobilise tous, les citoyens. La situation, elle est complexe parce qu’il y a des problèmes d’effectifs mais médicaux et aussi paramédicaux. En fait, on est dans une situation qui est un petit peu différente de ce qu’il y avait il y a quelques années.

Il y a quelques années les politiques souhaitaient réduire le nombre de lits et en fait actuellement, on a des directions des ARS qui souhaitent ouvrir des lits. Mais il n’y a plus de soignants, en fait, pour ouvrir des lits et s’occuper des gens. Donc même si on dit : “On ouvre des lits, on donne de l’argent” les gens ne veulent plus être soignants.

On a démotivé les équipes et on n’a plus personne pour s’occuper des gens. On a cassé des vocations parce qu’on a perdu l’humanité qu’il y avait dans notre métier, notre coeur de métier. Ce qui fait qu’on se retrouve dans des situations catastrophiques avec des urgences de Laval qui ferment, alors qu’on est l’hôpital principal de notre département, avec des personnes âgées qui vont passer 36 heures sur un brancard dans un couloir des urgences.

Des gens qui vont devoir faire pipi derrière un petit paravent parce que nos urgences, elles sont trop petites pour accueillir tous les patients qui arrivent et on n’a pas d’endroit privilégié pour avoir un peu d’intimité. On a une qualité de vie au travail pour les soignants qui est déplorable. On a même des jeunes médecins, des jeunes infirmiers qui arrêtent prématurément leur exercice professionnel, et c’est terrible.

La spécificité des urgences, c’est que quand la médecine générale de ville elle est débordée parce que les pauvres, il y a des déserts médicaux parce qu’ils font des horaires pas possibles parce qu’ils ont aussi la permanence des soins, bah ils renvoient vers les urgences. Quand il n’y a pas de spécialistes, on renvoie vers les urgences. Quand les spécialistes des hôpitaux n’ont pas de lits, ils disent aux médecins généralistes : “Envoyez votre patient aux urgences.” Et donc en fait, on est à la fois et le premier et le dernier recours parce qu’on est les urgences, parce qu’on est ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Donc en fait, tous les dominos, quand ils s’effondrent, ils s’effondrent sur nous, les urgences. C’est pour ça qu’on est un petit peu le baromètre du système de santé. Si nous, on commence à aller mal, c’est que ça va mal partout.

Vous ne choisissez pas de venir aux urgences, vous venez parce que vous êtes obligé. Et du coup, il y a une détresse, il y a un besoin en hospitalisation, il y a un besoin en soin, il y a un besoin en prise en charge, et le premier médicament, c’est l’humain. Et si on n’a pas le temps de vous apaiser et de vous prendre en charge dans votre globalité, il y a une insatisfaction palpable et du soignant et du patient, et ça crée un climat désagréable pour tout le monde.

C’est ce que je revendique, c’est ce que je demande, c’est que les citoyens s’approprient, en fait, la détresse de l’hôpital et nous aident et nous soutiennent dans ce combat pour nous aider à changer les choses. Vous ne pouvez pas dire à quelqu’un qui vient aux urgences : “Allez voir votre médecin traitant” s’il n’a pas de médecin traitant. C’est une façon polie de lui dire : “Débrouillez-vous.” Et on ne peut pas tolérer ça, il ne faut pas tolérer l’intolérable.

Il ne faut pas s’habituer à ce qui est inacceptable. Quand on ferme les urgences parce qu’on n’a pas de médecin, et que personne ne dit rien, c’est accepter l’inacceptable et c’est s’y habituer. L’État nous doit cet accès à la santé, c’est son devoir.

Et il ne le remplit pas. Le fait d’avoir les gens en face de toi qui te racontent des histoires, comme cette soignante à Laval, qui te dit qu’il y a une personne âgée qui est sur un lit dans un couloir, sous les néons depuis trois jours et trois nuits, et donc qu’elle ne peut pas dormir, qu’elle ne peut pas se reposer alors qu’elle est supposée être aux urgences pour se soigner, avoir des trucs concrets comme ça à ramener dans l'hémicycle où c’est un lieu où finalement la réalité n’existe pas, tu vois. Tu es dans le juridique, tu es dans le statistique, donc venir ramener des petits morceaux de réalité comme ça pour leur claquer dans la figure, je pense que c’est ma fonction, quoi.

C’est ma fonction de venir tendre l’oreille et ensuite aller porter cette voix-là dans des endroits où ce n’est pas entendu ainsi. Je pense que cette tournée, elle participe à poser la question : Qu’est-ce que c’est le progrès dans la société ? Est-ce que c’est le téléphone 6G, connecté au frigo et qui informe Carrefour Market quand il n’y a plus d’olives à l’intérieur, puisque c’est l’innovation technologique qui fait figure de progrès maintenant ?

Ou est-ce que le progrès, c’est d’avoir de l’éducation, des soins, du lien pour nos personnes âgées, nos enfants, et nos malades ? Je pense que sur ce chemin-là, on a un progrès qui est immense à faire parce qu’en vérité, ça fait vingt années qu’on régresse, au moins vingt années qu’on régresse sur ce terrain-là. Donc voilà, il y a du boulot.