La chronique de Patrick Kanner du 29/04/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci d'être avec nous sur Radio-J et nous sommes à présent en direct, je vous le disais, en ligne avec Patrick Cannaire, ancien ministre, président du groupe socialiste, écologiste et républicain au Sénat. Bonjour Patrick. Bonjour Yéda. Merci d'être avec nous ce matin. Alors que le conflit en Iran va entrer dans son troisième mois déjà, le détroit d'Ormous par lequel transite près de 20% du pétrole mondial demeure bloqué. Et c'est une situation, Patrick, qui provoque, on l'a vu, une flambée des prix de l'énergie. En quelques semaines, le litre de gazole a augmenté de près de 50 centimes. Les Français qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise au Moyen-Orient.
Est-ce que vous le voyez, vous, sur le terrain, dans votre département du Nord, par exemple ?
Oui, comme vous-même, je suppose, dans votre territoire. Et ça ne date pas d'hier. Le plein d'essence coûtait déjà bien cher. Aujourd'hui, il explose. Vous parliez du gazole. Il faut aujourd'hui à peu près 120 euros. 120 euros pour faire son plein de gazole. C'est énorme, imaginez-vous, pour un SMICAR. Donc c'est une situation qui est terrible, en particulier pour nos concitoyens ruraux et périurbains qui n'ont pas de transport collectif, parfois même gratuit, comme dans mon département à Dunkerque. Ils prennent leur voiture tout le matin parce qu'ils n'ont pas le choix pour aller au boulot. Des femmes, des hommes sont contraints de renoncer à se déplacer, même, pour se faire soigner.
Ce sont de véritables drames humains qui frappent nos territoires à bas bruit. C'est dans ces territoires que les Français réduisent le plus, d'ailleurs, leur consommation. Quand les prix flambent, autrement dit, ce sont eux qui payent le prix fort. Ils ont à choisir entre essence et nourriture, parfois. Malgré la crise, mais la crise n'explique pas tout. Si les Français souffrent aujourd'hui, c'est aussi parce qu'il n'y a pas eu de politique salariale dynamique depuis de très nombreuses années. Et nous avons même eu, je dirais, des stagnations de pouvoir d'achat, des années qui ont creusé des inégalités, aggravé la pauvreté, la precarité de notre pays.
Alors, on a entendu Emmanuel Macron qui a dit qu'il faisait tout, en tout cas qu'il travaillait pour faire réduire le prix de l'essence. Est-ce que les mesures annoncées par le gouvernement sont suffisantes, selon vous ?
Alors, le gouvernement tente de répondre, vous avez raison de le souligner, mais il le fait dans la confusion. Madame Bréjean déclare que les prix doivent baisser. Monsieur Lescure brandit un décret de plafonnement des marches sur les distributeurs, puis il recule, alors que les chiffres sont infacables. Aujourd'hui, sortent les chiffres du premier trimestre, résultats de total. Vous allez voir les gains pour ce grand pétrolier. Donc, quand certains se privent, d'autres engrangent, prospèrent tranquillement. Et face à cela, le gouvernement propose des aides à l'emporte-pièce, souvent au doigt bouillé, sans cohérence, sans vision d'ensemble.
Et pour cause, parce que les leviers financiers de l'État ont disparu, les uns après les autres. Avec le dogme du mois d'impôt, bien la puissance publique n'a plus les moyens d'agir en faveur de ceux qui subissent ce choc pétrolier. Et les travailleurs de ce pays, les agriculteurs, les ouvriers, tous ceux qui dépendent de leurs véhicules, ont besoin de réponses structurelles. Et notamment, une revalorisation significative des salaires, un filet de sécurité énergétique qui ne soit pas redessiné après chaque crise, et une taxation sérieuse des super-profits des pétroliers. On devrait se souvenir du mouvement des Gilets jaunes qui a commencé dans une station service.
En tout cas, situation pour l'instant très anxiogène en attendant pour les Français. Alors sur un tout autre sujet, mais c'est important aussi pour nous sur Radio G d'en parler, vous avez participé hier à une réunion convoquée par la ministre Aurore Berger à la suite de la proposition de loi visant à lutter contre toutes les formes renouvelées de l'antisémitisme après le retrait de la loi, controversé la loi de Caroline Yadant. Qu'est-ce que vous avez retenu de cette réunion avec Aurore Berger ?
Déjà, un consensus, c'était intéressant de le souligner. Mais tous les groupes politiques étaient représentés, tant de l'Assemblée nationale que du Sénat. Donc moi, je vais représenter mon groupe du Sénat à cette réunion provoquée par Mme Berger. Ce consensus a consisté d'abord à constater le retrait de la loi Yadant, un retrait qui a eu lieu, vous le savez, en séance à l'Assemblée nationale le 16 avril.
Consensus pour dire qu'il fallait reconnaître que l'antisémitisme montait dans notre pays, avec notamment la moitié des actes antireligieux sont des actes antisémites, alors que la population juive ne représente que nos confessions de français, nos citoyens, pardon, français de confession juive ne représentent qu'un pour cent aujourd'hui de la population. Donc il faut lutter contre ce phénomène, et aussi de racisme. Et de racisme, donc, un nouveau texte va arriver au Sénat en juillet prochain, un projet de loi intégrant les notions de racisme à côté de celui de l'antisémitisme, sans nier pour autant la spécificité de l'antisémitisme.
Et nous aurons là des mesures très concrètes, en tout cas on l'espère, nous y prendrons notre part. Il faut combattre l'antisémitisme comme un mal de notre société, avec une vision de cohérence nationale. Les Juifs de France doivent ne pas avoir peur d'être Juifs dans notre pays. Ils ont contribué à l'histoire de notre pays, et ce projet de loi va notamment enlever ce qui était le plus compliqué, vous le savez bien, c'est d'essentialiser de fait les Juifs de France à la politique menée en Israël. Donc le conflit à 3000 kilomètres ne doit pas venir perturber une politique nationale de lutte contre toute forme de racisme et d'antisémitisme. C'est cette idée-là qui a été mise en œuvre.
Rapidement, en moins d'une minute, Patrick, est-ce que vous êtes favorable, vous, justement, à la peine d'inéligibilité pour des élus qui tiennent des propos antisémites ?
Totalement, je pense que ce sera dans le texte. Si ce n'est pas dans le texte, on proposera des amendements en ce sens. Un élu qui est définitivement condamné pour des propos ou des actes antisémites ou racistes ne doit pas pouvoir représenter la République, très clairement. Et donc, ça a été un des éléments de consensus hier dans cette réunion, comme par exemple la lutte aussi contre la haine en ligne sur les réseaux sociaux. Donc nous verrons quelles sont les propositions du gouvernement en la matière.
Eh bien, merci beaucoup, Patrick Caner, d'avoir réagi ce matin sur Radio-J, président du groupe socialiste au Sénat. On vous retrouve une semaine sur deux le mercredi matin sur YouTube, évidemment, et en podcast sur Radio-J pour FR. Merci.
Patrick Kanner