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interviewRMC· 6 octobre 2023 21 min

L'interview politique intégrale de Vincent Jeanbrun sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 sur RMC et BFM TV. Bonjour Vincent Jambrun. Vous êtes le maire à Les Républicains de La Île-et-Rose. On avait tous découvert ou redécouvert votre visage, tristement au moment de ces émeutes, puisque vous étiez en première ligne. Votre femme, vos enfants avaient été touchés. Une de ces nuits des émeutes de début juillet, trois mois après, on en est où ?

0:22
Vincent Jeanbrun

Écoutez, on est malheureusement au même point. C'est même peut-être encore un peu plus grave, puisqu'on a des émeutiers qui ont goûté au sang, entre guillemets, et qui n'ont pas eu véritablement de sanctions. Donc le sentiment que je peux en avoir, c'est qu'on est toujours au même point. Voir peut-être pire, parce qu'il y a une tentative de dire « on met la poussière sous le tapis en espérant que ça ne redémarre pas tout de suite ».

0:41
Présentateur

Ce qui s'est passé hier soir, vous étiez reçu avec une trentaine d'autres maires pour un CNR, un Conseil national de la refondation, avec Elisabeth Borne et un certain nombre de ministres. Il n'en est pas sorti grand-chose ?

0:55
Vincent Jeanbrun

Moi, je veux être positif et constructif. La vérité, c'est qu'il y a eu au moins une analyse lucide. On a eu, y compris le ministre de l'Intérieur, qui a fait un bilan très franc, très sincère, sur le fait que l'organisation de la police n'était pas prête à vivre ce type d'émeutes, c'est-à-dire des émeutes qui sortent des quartiers, qui vont aux quatre coins de la France, y compris dans les zones rurales. Donc il y a là-dessus un constat lucide et une volonté de transformer les choses. une volonté de la Première ministre d'écouter ce qu'on avait à dire. Et vous vous en souvenez, elle était venue à la Île-et-Rose tout de suite après les attaques.

Et pour l'essentiel, j'avais essayé de la sensibiliser sur le fait que nos polices municipales devaient absolument avoir des moyens de police judiciaire supplémentaires. Ça a été entendu, semble-t-il, puisqu'hier, ils nous ont annoncé qu'ils allaient travailler en ce sens. Donc, pour dire les choses, comme bien souvent, les mots étaient justes, les paroles étaient là. Maintenant, on attend les actes.

1:46
Présentateur

Alors, on va rebondir justement sur la situation chez vous à la Île-et-Rose, mais plus globalement aussi sur les solutions qu'il faudrait, selon vous, apporter pour ne plus que ça se passe. Quand vous dites que Gérald de Darmanin a dit hier, avec une certaine lucidité, que la police, à ce moment-là, n'était pas prête à faire face, est-ce qu'aujourd'hui, elle serait prête ?

2:05
Vincent Jeanbrun

Non, je pense qu'elle ne le serait pas. Mais d'ailleurs, il n'a pas essayé de nous dire le contraire. Il a dit que l'organisation, elle était en train de se mettre en place pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'on le voit bien, on a en France déjà deux systèmes. Il y a les zones police et les zones gendarmerie. Vous avez besoin de renforts en zone police, vous devez appeler vos collègues, qui sont peut-être à 45 minutes de voiture, pour pouvoir venir vous prêter main forte. Alors que la gendarmerie, peut-être, aurait été plus proche. Donc, il y a des enjeux très structurels, techniques, qui sont une première chose.

2:32
Présentateur

En fait, il y a des blocages, quoi.

2:33
Vincent Jeanbrun

Il y a énormément de blocages administratifs, bureaucratiques. Moi, je me souviens de cette affaire des munitions. Vous savez, j'étais justement la veille de l'attaque à mon domicile, en train de parler sur les plateaux, en disant qu'il nous reste 20 munitions de flashball, on en a tiré 80 la veille. Comment on fait ? Et c'est uniquement des blocages administratifs, de formulaires. En fait, on ne fait pas confiance aux gens dans ce pays. On est toujours dans le principe de précaution, alors qu'on devrait être dans un principe de responsabilité. Mais on aurait dû faire confiance à qui, ce soir-là ?

Ce soir-là, on aurait dû faire confiance aux polices municipales depuis bien longtemps, c'est-à-dire les équipés. Ça a été, j'espère, entendu. En tout cas, hier, on a dit à la Première Ministre qu'il fallait que les polices municipales aient des pouvoirs de police judiciaire. Pas pour mener des enquêtes, ce n'est pas le sujet, mais pour pouvoir faire une palpation, faire un contrôle d'identité, faire une fouille au corps, ouvrir un coffre de voiture. Vous savez que j'ai des collègues qui, aujourd'hui, nomment des policiers municipaux garde-champêtre, parce qu'un policier municipal, il n'a pas le droit d'ouvrir un coffre.

Un garde-champêtre, c'est un vieux reste, a le droit d'ouvrir un coffre.

3:28
Présentateur

Ah, donc, en fait, s'ils ont les doubles casquettes, ils auront le droit d'ouvrir un coffre, parce qu'ils n'ont pas le droit s'ils n'ont pas l'appellation

3:34
Vincent Jeanbrun

garde-champêtre ? Exactement, c'est pas sérieux. Donc, à un moment donné, il faut faire un choc de confiance avec les polices municipales, ce qui, d'ailleurs, serait le meilleur moyen de faire un choc de confiance pour les maires. J'ai beaucoup entendu le fait que le gouvernement, et on les en remercie, voulait mieux protéger les élus. Et nous, ce qu'on leur dit, c'est protégez pas mieux les élus, protégeons mieux la population. Et si vous voulez, au passage, bien protéger les élus, donnez-leur les moyens d'avoir une police municipale efficace à qui on fait confiance.

Vous vous rendez compte qu'on est dans un pays où on fait confiance à les policiers municipaux, sous contrôle du préfet, bien sûr, pour porter une arme. Mais aujourd'hui, on ne leur fait pas confiance pour faire décoller un drone, pour avoir une vue de situation qui, pendant les émeutes, aurait pu tout changer. Donc, ça pose un vrai sujet.

4:10
Présentateur

Et tout cela, aujourd'hui, n'est pas encore mis en place. C'est-à-dire qu'on en est encore au moment où vous discutez un soir, à Matignon, mais sans prendre de décision ?

4:18
Vincent Jeanbrun

La vérité, c'est que pour l'instant, on en est au diagnostic. Donc, c'est très frustrant pour tous les collègues maires qui, eux, ont été à toute vitesse pour réparer les stigmates, pour faire en sorte de fonctionner les écoles, les cantines, tous les services publics.

4:35
Présentateur

Est-ce que ça marche, d'ailleurs, ça, Vincent Jambrun ? Est-ce qu'en effet, on avait entendu au moment de la rentrée que certaines écoles n'avaient pas réouvert ? Est-ce que dans votre coin, autour de l'Île-et-Rose et ailleurs, vous avez l'impression quand même que les stigmates sont peut-être encore là, mais que ça fonctionne à nouveau, que les écoles, que les médiathèques, que les médias... C'est très, très variable.

4:55
Vincent Jeanbrun

Sur ma commune, j'ai eu la chance de pouvoir réparer assez rapidement le marché. Et ça y est, depuis quelques jours, on peut à nouveau rentrer dans l'hôtel de ville par la porte d'entrée classique. Donc, il y a des endroits où ça s'est bien passé. Je pense à mon collègue maire d'Aulnay, qui était avec moi hier soir au CNR, Bruno Béchisa, qui a eu plus de 10 millions d'euros de dégâts. Bien sûr que tout n'a pas été réparé. Et là encore, on en a beaucoup parlé hier, la question des assurances. Les assurances ne remboursent pas. Ou de toute façon, on n'avait pas le temps de les attendre. Et là, on a un vrai enjeu.

5:24
Présentateur

C'est-à-dire que quand vous avez une cantine qui brûle, on ne peut pas attendre les assurances. Les assurances, non seulement ne remboursent pas, mais on entend de plus en plus de maires qui nous appellent, y compris sur AMC, on en avait des témoignages, qui nous disent, en fait, les assureurs veulent revoir les contrats. Tout à fait. Et donc, on se retrouve dans des situations ex-dramatiques, en tout cas très difficiles. Qu'en est-il ?

5:46
Vincent Jeanbrun

Je vous confirme, ce n'est pas un sujet technique. Il faut que nos concitoyens et nos auditeurs entendent bien que si une mairie n'a plus d'assurance, elle ne pourra plus du tout agir sur un certain nombre de sujets. J'étais avec notre collègue maire d'Evreux, Guy Lefranc, mercredi soir. Il a lancé une très belle initiative sur la cohésion, la cohésion des villes, la cohésion des territoires. On échangeait sur la suite des émeutes. Il me racontait qu'effectivement, son assurance dénonce le contrat et qu'aujourd'hui, il ne sait pas comment il va pouvoir avoir une nouvelle assurance. C'est dramatique parce que ça veut dire que demain, ça va recommencer.

Et si demain, ça recommence et qu'on lui brûle l'hôtel de l'agglomération, je crois que c'est. On a pour 20, 30 millions d'euros. Personne ne saura reconstruire un hôtel de ville, un hôtel d'agglomération à 20 ou 30 millions d'euros. Donc c'est ça le sujet. Et là-dessus, le gouvernement nous a dit avoir entendu. Mais là aussi, on attend une réponse forte, à la fois parce qu'à mon avis, ils doivent mettre toutes les assurances autour de la table avec l'Association des maires de France.

6:40
Présentateur

Ils doivent leur dire, écoutez, vous êtes assureur, vous assurez, point barre. Vous êtes assureur, vous assurez. Soit lui-même l'assureur des collectivités locales.

6:48
Vincent Jeanbrun

Moi, je pense qu'on a de plein d'outils en France, comme la Caisse des dépôts, par exemple. Peut-être que créer une assurance des collectivités fraissances, moi, j'y serais favorable. Mais déjà, en attendant dans l'urgence, il n'y a pas de raison qu'on ait des surprimes. J'ai des collègues maires, l'assurance les appelle en disant, bon, on continue à vous assurer sur les bases du même contrat. Par contre, on vous met une franchise de 2 millions d'euros.

7:09
Présentateur

Une franchise de 2 millions d'euros ?

7:10
Vincent Jeanbrun

Une franchise de 2 millions d'euros. Et si vous ne l'acceptez pas de signer l'avenant, on rompt le contrat. Des collègues juste à côté de chez moi. Qu'est-ce qu'ils font là ? Qu'est-ce qu'ils font ? Ils sont désespérés. Donc justement, on appelle les préfets pour dire qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on doit signer ces contrats qui sont une forme d'extorsion ? Parce que c'est ça le sujet. On n'est pas sur une entreprise, une collectivité, elle ne fait pas de profit. Elle est là pour défendre l'intérêt général. Donc des franchises à 2 millions d'euros, c'est se moquer du monde.

7:36
Présentateur

Vous en appelez donc à l'État là-dessus. Au fond, et on l'avait évoqué avec vous, vous étiez venu au lendemain de cette attaque contre votre domicile. Vous étiez venu à ce micro pour témoigner dans le face-à-face Vincent Gembrin. Et vous aviez évoqué non seulement les questions de sécurité, on vient d'en parler, mais aussi les questions de logement, d'éducation, de santé, d'intégration. Sur ces points-là, l'éducation d'abord, puisque je crois que ça a été évoqué hier soir à Matignon. Quelles sont les pistes sur l'éducation et sur la question de l'autorité parentale ?

8:08
Vincent Jeanbrun

Merci de me donner la parole et de me l'avoir donné déjà la dernière fois, parce que je crois au fait qu'il faille réveiller le pays et faire en sorte que chacun prenne sa part, se rendre compte qu'on a tous une responsabilité et que la solution ne viendra ni d'une personne qui arriverait avec toutes les solutions, ni même d'un gouvernement. Il faut que ce soit une réflexion collective. Sur l'éducation, il y avait beaucoup de ministres hier soir, mais il manquait le ministre de l'éducation nationale, parce qu'effectivement, c'est un sujet qui pour moi est majeur, c'est la clé.

8:37
Présentateur

Je me souviens que vous aviez parlé ici même, et ça m'avait beaucoup frappé, de ces jeunes qui, parce qu'on ne redouble plus, qui au départ étaient peut-être une idée valable, avaient pour conséquence que, vous aviez cette phrase, les jeunes traversent l'école et passent d'une classe à une autre. Une fois qu'ils ont décroché, ils ne peuvent plus continuer. Quand vous entendez Gabriel Attal qui hier dit, en français, en maths, il faut peut-être faire des groupes de niveau, est-ce que vous vous dites qu'il faut rétablir la possibilité de redoubler, y compris pour que les élèves eux-mêmes ne décrochent pas tout au long de leur scolarité ?

Est-ce que ces groupes de niveau sont une bonne solution ?

9:09
Vincent Jeanbrun

Alors, tout ce qui va dans le renforcement des mathématiques et du français, pour moi, est une bonne solution. Ça avait été défendu par notre candidate à l'élection présidentielle. C'est des fondamentaux qu'on a perdus. Il faut trouver les meilleurs moyens de le faire. Moi, je ne suis pas un pédagogue. Je ne sais pas si c'est le groupe de niveau qui répond. En revanche, ce que vous évoquiez sur le redoublement, je crois qu'il faut qu'on invente un nouveau système. Le redoublement d'avant qui vous fait perdre une année puisque vous retournez à la même année que vous venez de terminer, ce n'est pas bon. En revanche, passer comme ça sans aucune barrière, ce n'est pas bon non plus.

Donc, on avait proposé à l'époque, au moment de l'élection présidentielle, le fait d'avoir une évaluation à l'entrée en sixième et en fonction de votre niveau, il pouvait y avoir un sas d'entrée au collège pour réviser pendant une année complète tous les fondamentaux. Ça, je crois à ça. C'est-à-dire qu'on ne dit pas que tu es redoublant, on dit qu'on va te faire un stage intensif pour que tu rattrapes le niveau.

9:55
Présentateur

Et raccourcir donc les vacances d'été ?

9:57
Vincent Jeanbrun

Ça, ça va dans le bon sens. Il y a beaucoup de propositions qui vont dans le bon sens et je m'en réjouis. Après, il faut aussi dire une chose. Je parlais de choc de confiance vis-à-vis des policiers tout à l'heure. C'est pareil pour l'éducation nationale. Quand je parle de choc de confiance, c'est évidemment qu'il y a besoin de moyens. Il y a besoin de moyens partout, tout le temps. Vous entendez toutes les politiques vous dire ça. Mais d'abord et avant tout, il faut débureaucratiser et envoyer des signaux de confiance aux forces de l'ordre et aux professeurs. Le pas de vague est insupportable.

J'ai été remettre pour la région Île-de-France des ordinateurs aux élèves dans un lycée juste à côté de chez moi. Et sur 86 profs, il en manquait 25 le jour de la rentrée.

10:33
Présentateur

Le jour de la rentrée ?

10:34
Vincent Jeanbrun

Le jour de la rentrée. 400 heures de perdu au bout d'un mois. C'est ça la réalité de cette rentrée. On a un pas de vague sur les absences des profs. On a un pas de vague sur le harcèlement scolaire. On a un pas de vague sur le séparatisme à l'école. Bref, à force d'avoir du pas de vague qu'on ne veut pas regarder, on va avoir un tsunami. Un tsunami qui va nous écraser. Donc l'éducation nationale, aujourd'hui, envoyons de la confiance.

10:54
Présentateur

Vous n'avez pas l'impression que c'est ce que fait Gabriel Attal. Quand on l'entend, on a plutôt l'impression d'ailleurs qu'il vient des Républicains que de la gauche, dont il est tissu au départ.

11:01
Vincent Jeanbrun

Il a pris des positions qui sont intéressantes. Et j'espère qu'il ira au bout. Sauf que c'est pareil, ça ne vient pas d'en haut. Le signal d'en haut est important, mais il faut redonner confiance à la base. Je crois que les enseignants qui nous écoutent, ils ont envie qu'on leur dise « on vous fait confiance et on va vous défendre ». Parce qu'aujourd'hui, ils ne se sentent pas défendus.

11:18
Présentateur

Sur le logement, est-ce que, à la Île-et-Rose comme ailleurs, vous voyez cette crise, cette tension ? Est-ce que vous vous retrouvez, vous, en tant que maire, à devoir refuser des logements sociaux à ceux dont vous estimez qu'ils y auraient bien droit et qu'ils les mériteraient ?

11:32
Vincent Jeanbrun

– Mais attendez, c'est de la folie. Il faut 8 à 10 ans pour obtenir un logement social chez nous, pour une famille. C'est un peu plus facile sur les petits logements. Mais bien sûr, c'est la pénurie, elle est là depuis toujours. Ça fait bientôt 10 ans que je suis élu maire. Évidemment qu'il n'y a pas de logements sociaux en quantité suffisante. Mais aussi parce qu'on a un concept en France qui est un peu fou, c'est le concept de logement social à vie. C'est-à-dire qu'une fois que vous êtes rentré dans le logement social, on ne vous en met quasiment jamais dehors.

Moi, je suis convaincu qu'on a une réforme qui ne coûterait pas d'argent, qui consiste à dire qu'on aligne le logement social sur le logement privé, avec des bails 3-6-9. Ça a deux avantages fondamentaux. Le premier, sur les enjeux de sécurité et de tranquillité publique. Aujourd'hui, on doit judiciariser. Je l'ai dit au ministre de la Justicière, il n'était pas content en disant que les lois fonctionnent déjà comme ça, il n'y a rien à réviser. Je lui ai dit non, pardon. Charles Darmanin a diffusé une circulaire pour dire « Maintenant, dès qu'il y a trouble de jouissance, il faut porter plainte. » Et je dis au procureur de porter plainte, je dis au préfet de porter plainte, etc.

Donc on va porter plainte beaucoup, parce qu'il y a beaucoup de troubles de jouissance. Qu'est-ce qui va se passer ? Ça va arriver sur le bureau d'un juge qui est déjà complètement saturé, qui va mettre des mois et des mois à juger. Et si jamais il juge, pour peu qu'on ne soit pas en trêve hivernale, il va regarder qu'il y a un individu qui a fait un trouble de jouissance, mais que le bail est au nom des parents.

12:51
Présentateur

Ce qu'on dit « Trouble de jouissance », c'est les troubles de voisinage.

12:54
Vincent Jeanbrun

Oui, la délinquance, le trafic, etc. Et en gros, la plupart du temps, on dit « Oui, le jeune est condamnable parce qu'il fait des bêtises, mais le bail est à sa famille, donc on ne peut pas le mettre dehors. » Dit simplement, ça veut dire que si on revenait dans une logique du 369, comme dans le privé, le bailleur pourrait dire « Écoutez, vous n'avez pas respecté le contrat qui consiste à ne pas dégrader le logement, à ne pas dégrader la vie du quartier, donc on va pouvoir libérer ce logement. » Et on ne le libère pas pour le plaisir de mettre la famille dehors, pour pouvoir donner accès à une vraie famille qui le mérite, à ce logement. Ça, c'est sur les enjeux de sécurité.

Et on déjudiciarise, c'est très important. Ça veut dire que ce n'est plus le juge qui dit « J'expulse », ça, il faut garder cette procédure. C'est le bailleur. Si vous êtes propriétaire d'un logement et que vous le mettez en location, et que votre locataire, il dégrade le logement. Il fait la fête avec ses copains, il en met partout, ou alors il génère des troubles de voisinage parce que c'est la fête tous les soirs. Vous allez mettre fin au contrat à un moment donné. Vous n'allez pas garder ce locataire. Les bailleurs sociaux n'ont pas ce droit aujourd'hui. Moi, je veux leur donner ce droit. Ça, c'est fondamental.

Et puis le deuxième sujet, c'est un sujet plus d'émancipation quand on dit logement social à vie. Aujourd'hui, il y a des familles qui se transmettent le logement social de père en fils. Mais pas par gâté de cœur, parce qu'en fait, le système est tellement engorgé qu'on ne peut pas déménager quand sa situation familiale change. Donc il faut absolument fluidifier le marché du logement social. Je vous donne un exemple. On dit beaucoup, il y a des mères seules qui élèvent les enfants. Et beaucoup des émeutiers étaient enfants de mères célibataires.

Quand vous vous installez à la Île-et-Rose, pas loin de l'aéroport d'Orly, vous travaillez de nuit à l'aéroport d'Orly ou en tout cas avec des horaires difficiles. Et puis on vous mute à Roissy. Vous avez obtenu un logement social à la Île-et-Rose. C'est tellement dur d'en obtenir un que vous allez le garder. Et donc vous allez faire des heures de trajet. Alors qu'il y a peut-être exactement la même personne qui habite à Roissy dans un logement social et qui vient travailler à l'aéroport d'Orly. On ne peut pas aujourd'hui échanger les logements sociaux.

14:51
Présentateur

Vous dites qu'y compris pour ceux qui vivent dans ces logements sociaux, ce manque de fluidité... Il est terrible. Il est terrible. Il est terrible. Mais ce qui est terrible aussi, c'est quand même que cet exemple que vous prenez, il montre encore une fois que ce sont ces femmes, souvent des mères seules, qui, et vous êtes très nombreux, les mères, à le dire, c'est celles qui bossent la nuit.

15:07
Vincent Jeanbrun

Mais bien sûr. Et ce que je veux vous dire, c'est que cette maman-là, les heures qu'elle passe sur le temps de trajet, elle pourra le passer avec ses enfants. Et donc jouer un rôle encore plus important d'éducation. Est-ce qu'il faut, quand on entend ce que vous dites,

15:19
Présentateur

est-ce qu'il faut quand même punir ces mamans ? Parce qu'il y a quand même aussi cette question-là de la responsabilité des parents.

15:25
Vincent Jeanbrun

Je voudrais réagir là-dessus.

15:25
Présentateur

Est-ce qu'honnêtement, on peut punir une mère qui bosse toute la nuit et qui rentre ? Comment trouver le juste libre ?

15:30
Vincent Jeanbrun

Absolument pas, Apolline de manière... J'ai entendu depuis ces émeutes dire « Je ne mets pas dans le même sac les habitants des quartiers populaires, des quartiers dits prioritaires, et les trafiquants et les voyous. » Il y a deux mondes dans ces quartiers-là. Et moi, j'ai dit...

15:44
Présentateur

Je rappelle que c'est des quartiers, non seulement que vous connaissez parce que vous en êtes maire, mais vous avez grandi à l'Île-la-Rosin.

15:48
Vincent Jeanbrun

J'ai grandi dans ces quartiers. Absolument, dans des bars HLM. Vous savez, on appelait ça quartier prioritaire. En réalité, c'est la priorité de personne. Il faudrait que ça le devienne, la priorité. Il y a 6 à 7 millions de personnes qui vivent dans ces quartiers. Et aujourd'hui, moi, il me donne le sentiment d'être des prisonniers. Prisonniers, des trafiquants du pied de la Tour qui, dans certaines villes, se baladent avec des kalachnikovs. C'est ça, le sujet. J'ai prononcé le mot « terrorisme ». On me dit « Attendez, ça n'a rien à voir ».

Je suis désolé, quand on prend en otage un quartier entier, quand on les terrorise, quand on leur dit à quelle heure ils ont le droit de sortir ou de rentrer chez eux, c'est une forme de terrorisme. C'est une mafia, aujourd'hui, qui a pris le contrôle de certains de nos quartiers.

16:23
Présentateur

Mafia, c'est peut-être plus juste que terrorisme, non ?

16:24
Vincent Jeanbrun

Oui, peut-être. Il y a des gens qui terrorisent dans ce sens-là. Vous voyez ce que je veux dire ? Et donc, la mère de famille qui travaille, qui fait de son mieux, mais il ne faut surtout pas l'accabler. Ce n'est pas le sujet. En revanche, il faut venir en soutien. Ça a été débattu aussi au CNR hier. Parce qu'on a un enjeu de comment on vient renforcer l'autorité de ces familles. À chaque fois qu'on a mis en place...

16:50
Présentateur

Vous êtes tous en train de dire le mot « autorité », mais personne ne sait comment l'arrêter à bien. Mais vous êtes tous... Je veux dire que ce soit au gouvernement, que ce soit vous et à l'air, tout le monde dit qu'il faut rétablir l'autorité.

16:57
Vincent Jeanbrun

Et pour une bonne raison, si. Le problème, c'est qu'il y a la sanction. Il n'y a pas de sanction.

17:01
Présentateur

Il y en a eu, là. La justice, en tout cas dans les jours, les semaines qui ont suivi, a jugé de manière expresse. Ça ne vous a pas suffi ? Ça ne vous a pas paru suffisant, en tout cas à l'auteur ?

17:10
Vincent Jeanbrun

Le président de la République, qui, dans le magazine Le Point, nous a fait 18 pages d'autosatisfaits site en disant que finalement, ça avait été très bien géré les émeutes, nous dit « autorité », c'est très bien. Et nous dit « il y a 10 000 personnes qui ont participé aux émeutes », c'est son chiffre à lui. Et on a 800 condamnations à l'heure où on se parle. Donc, il y a quand même un écart considérable. Et puis moi, je serais très curieux qu'on se revoie dans six mois, dans un an, pour voir quelle est la nature des peines.

17:37
Présentateur

Vous avez l'impression qu'il y a un décalage entre les peines prononcées et la réalité ?

17:40
Vincent Jeanbrun

C'est encore un peu tôt pour le dire. Mais oui, mon sentiment, c'est que les peines vont être assez légères, finalement.

17:46
Présentateur

Je suis quand même frappée, Vincent Jambrun. Vous êtes devenu un personnage politique. Vous êtes le porte-parole de LR. Vous allez peut-être, d'ailleurs, diriger la liste à l'air pour les européennes ?

17:56
Vincent Jeanbrun

Ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Mais ça vous tente ? Mon sujet, c'est la banlieue. Mais ça vous tente ? Mon sujet, c'est de libérer les 6 à 7 millions de personnes qui sont prises en otage dans ces quartiers. Et je vais vous dire, mon sujet, c'est...

18:07
Présentateur

C'est une prolongation de ça, non ? Ou alors, au contraire, peut-être que vous avez l'impression que ça va vous éloigner en vous mettant à bruit ça ?

18:12
Vincent Jeanbrun

Les élections européennes, c'est un sujet majeur. Et j'espère que ma famille politique aura une ligne et une proposition à faire aux Français qui permettent, justement, de faire exister un message.

18:20
Présentateur

Mais si on vous demande, si Eric Ciotti vous appelle en vous disant, Vincent, je veux que tu diriges la liste LR pour les européennes...

18:27
Vincent Jeanbrun

Je n'ai pas l'habitude de faire de la langue de bois. Je vous dis, un, ce n'est pas ma priorité. Deux, je pense qu'au LR, on ferait une énorme erreur de penser à l'incarnation avant de penser à la ligne et aux idées. Et en ce sens, d'ailleurs, la nomination d'Emmanuel Mignon, vice-présidente en charge du projet et des idées, est une très bonne nouvelle pour notre famille politique.

18:41
Présentateur

Personne responsable du programme de Nicolas Sarkozy. Vous vous êtes, du coup, beaucoup exprimé sur un certain nombre de sujets, et notamment sur l'immigration. Vous aviez fait, il y a dix jours, et ça m'avait frappé, une tribune dans le Figaro qui s'appelle « Nul besoin d'aller jusqu'en Italie pour constater l'impuissance de l'extrême droite ». Et quand on lisait, c'était au moment de l'Empedouza, quand on lisait cette tribune, au fond, le seul point que vous reprochiez au RN, c'était éventuellement de ne pas être capable de mettre en adéquation leurs paroles et leurs actes. Mais sur le fond, vous étiez plutôt d'accord avec eux. Qu'est-ce qui vous différencie aujourd'hui ?

19:13
Vincent Jeanbrun

Non, mais attendez, sur le fond, je crois que tous ceux qui nous écoutent sont capables de dire « Immigration incontrôlée, ça pose des problèmes ». C'est-à-dire qu'à un moment donné, si vous n'êtes pas en capacité dans un pays, comme chez vous d'ailleurs, de décider qui rentre, qui sort, ça ne fonctionne pas. Donc ça, c'est la première des choses. Moi, je fais une énorme différence avec le RN et avec les équipes de reconquête de M. Zemmour. C'est que, un, mon sujet, ce n'est pas l'immigration, c'est l'intégration. C'est comment on fait en sorte que celles et ceux qui arrivent sur notre territoire soient intégrés à notre pays et aux valeurs de la République. Pour moi, c'est ça le vrai défi.

Là où d'autres disent « Avec nous, il n'y aura plus de problème puisqu'on ne les laissera plus rentrer ». Et la promesse de l'extrême droite, c'est « Immigration zéro ». Et c'est ce que j'ai essayé de démontrer dans cette tribune, avec l'exemple de Mme Mélonie qui a proposé l'immigration zéro. Rappelez-vous, elle disait « On va faire un blocus maritime, il y aura des bateaux, on n'avait presque l'impression qu'ils allaient tirer sur les canons. » Un, ça n'existe pas. Deux, ce n'est pas souhaitable. Donc, intégration, oui. Et ce que j'ai eu l'occasion de dire en débattant avec M.

Zemmour il y a quelques jours, c'est qu'aujourd'hui, ils essentialisent les Français en fonction de leur couleur de peau, de leur croyance et de leur orientation. Ça, ça s'appelle du wokisme. Nous, on n'essentialise pas les gens.

20:23
Présentateur

Vous mettez dos à dos donc le RN et les wok.

20:26
Vincent Jeanbrun

Oui, pardon, mais quand on essentialise les gens, on est wokiste et donc wokiste blanc peut-être pour M. Zemmour mais c'est un wokiste. Et c'est en ça qu'on a une énorme différence.

20:34
Présentateur

Vincent Jambrun, maire de l'AI Les Roses et porte-parole de LR et peut-être donc un jour tête de liste LR pour les Européennes mais visiblement, ce n'est pas votre agenda. Merci d'avoir répondu à mes questions 8h53 sur AMCB FM TV.

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