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AutreLe Média (sur Podcast)· 4 août 2026 31 minMixte

Gabon : la visite qui contredit tout le discours de Macron sur la Françafrique | Camille Lesaffre

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Invité

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur les antennes du Média. Pour l'encretien d'actu du jour, on va se poser une question. La France-Afrique est-elle morte ? Emmanuel Macron nous l'assure depuis plusieurs années, mais à voir la manière dont la France continue de recevoir certains dirigeants africains, on peut légitimement se poser la question. Il y a quelques jours, le président gabonais Brice Clotaire-Olivin Guéma était reçu à Paris par Emmanuel Macron pour une visite de trois jours. Une réception en grande pompe, comme pour rappeler que le Gabon reste un pays stratégique pour la France. Mais pourquoi Paris accorde-t-elle autant d'importance au Gabon ?

Emmanuel Macron cherche-t-il à préserver ce qu'il reste de l'influence française sur le continent alors que la France a été chassée de plusieurs pays du Sahel ? La France-Afrique a-t-elle réellement disparu ou s'est-elle simplement adaptée à un nouveau contexte géopolitique ? Car pendant que la France perd du terrain au Mali, au Burkina Faso, au Niger, de nouvelles puissances avancent leur pion, la Russie, bien sûr la Chine et la Turquie, et face à cette concurrence, Macron tente-t-il de sauver ce qui peut encore l'être. Mais cette relation ne repose pas uniquement sur la volonté de la France.

Certains dirigeants africains continuent aussi de chercher à entretenir des liens privilégiés avec Paris pour obtenir quoi ? Une reconnaissance internationale ? Des investissements ? Une forme de protection politique ? Alors, qui a encore besoin de la France-Afrique ? La France pour maintenir son influence en Afrique ? Ou certains dirigeants africains pour préserver leurs propres intérêts ? Et pour en parler, nous recevons aujourd'hui Camille Le Safre, membre de l'association Survie. C'est parti pour l'entretien. Camille Le Safre, bonjour. Avant de rentrer dans le détail, est-ce que tu peux nous dire ce qu'est l'association Survie ?

1:42
Présentateur

Bonjour, merci de nous recevoir. Survie, c'est une association qui existe depuis 1984 et qui milite contre le néocolonialisme français en Afrique et dans les territoires dits d'outre-mer, sous toutes ses formes, que ce soit le pilier militaire, économique, culturel. Et donc, on a popularisé le terme de France-Afrique pour dénoncer justement cette domination, cette asymétrie qui est maintenue. Et donc, on a plein de moyens d'action différents. On est dans des actions en justice. On fait beaucoup de recherches. On est dans des démarches aussi pour demander l'ouverture d'archives sur des crimes coloniaux français, par exemple.

Donc, c'est vraiment cette lutte contre la France-Afrique et contre aussi la reconfiguration de celle-ci qu'on observe aujourd'hui.

2:26
Invité

Alors justement, pourquoi, selon toi, Emmanuel Macron a reçu Brice Oliggingema avec autant d'égards ?

2:32
Présentateur

Alors, c'est vrai que quand on regarde l'histoire des relations entre le Gabon et la France, on comprend tout de suite ce que c'est que le système france-africain. Donc, le Gabon a toujours été une ressource géostratégique très importante pour la France parce que c'est un pays qui est riche en minerais stratégiques. C'est un pays qui est riche en bois, en forêts, en hydrocarbures également aussi. Donc, c'est vrai qu'en fait, les relations entre la France et le Gabon, elles ont plus toujours relevé d'une gestion d'intérêt privé plutôt que d'une relation d'État souverain d'égal à égal, quoi. Et donc, moi, je pense que c'est hyper intéressant aussi.

Le hasard du calendrier fait que cette rencontre a eu lieu six jours après le 14 juillet, donc la fête nationale française, au cours de laquelle Emmanuel Macron a fait un discours aux armées dans lequel, c'est un discours vraiment passionné sur la paix et sur le fait que la République française chérit le droit et la liberté. Bon, déjà, pour un régime qui s'est compromis en armant un génocide à Gaza, c'est quand même questionnable. Mais ensuite, de voir que six jours après, le pays des droits de l'homme déroule le tapis rouge à un général putschiste qui s'est fait réélire à 94% avec un score de dictature soviétique.

Un dictateur aussi qui s'est taillé, on va dire, un régime sur mesure avec des ordonnances pour concentrer les pouvoirs aussi. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, Oligin Gemma a plus de pouvoirs que le clan Bongo à l'époque. L'Assemblée nationale ne peut même plus le destituer. Et vraiment, il est chef du gouvernement, il est chef de la magistrature. Enfin voilà, il y a vraiment une concentration des pouvoirs qui est antidémocratique au possible. Il y a aussi une répression qui est féroce, avec du coup une censure absolument effarante sur les réseaux sociaux, une coupure des réseaux sociaux carrément sur ordonnance pour museler le peuple gabonais. Il y a aussi de la torture qui est documentée.

Enfin, il y a vraiment une répression qui est en violation du droit international et national et qui pose question du coup sur cette coopération française qui est maintenue coûte que coûte et qui contredit les annonces d'Emmanuel Macron sur une république française qui serait à l'avant-garde de la défense du droit, de la liberté. Puisque déjà les Gabonais ne sont pas maîtres de leur propre destin politique puisque la France a placé tous les régimes successifs depuis la décolonisation. Les Gabonais ne bénéficient pas non plus de la rente des ressources naturelles qui sont présentes sur leur sol puisque ce sont les entreprises françaises qui se font une rente, qui bénéficient de ça.

5:17
Invité

Et c'est d'ailleurs pour ça, entre autres, qu'on pense qu'Emmanuel Macron aussi déroule le tapis rouge à Oliguengema, c'est les minerais, tu viens de le dire, les ressources naturelles gabonaises, notamment le manganèse, sur lequel la France a un œil et veut justement garder. Tu le disais également, la répression. C'est vrai qu'Emmanuel Macron reçoit, tu l'as très bien dit, un poutiste après 50 ans d'ère de la famille Bongo, tout au pouvoir au Gabon. Et notamment en termes de répression, on peut se demander si ça a dû être abordé, j'imagine que non, mais pendant cette réception-là. Comment, en fait, finalement, les relations entre la France et le Gabon sont ?

Est-ce que le fait de passer de Bongo à Oliguengema, même si on peut rappeler qu'Oliguengema était aussi ministre, était déjà au pouvoir, enfin, plus ou moins dans les arcades du pouvoir, pendant l'ère Bongo, est-ce que la nature de leurs relations a changé ou on est dans une sorte de continuité, quand même ?

6:21
Présentateur

C'est vrai qu'il faut toujours aller creuser derrière les annonces de ruptures, de renouvellement des partenariats quand on parle de la France avec ses anciennes colonies en Afrique. Et effectivement, là, ce qui se caractérise, c'est vraiment une continuité totale entre le régime Bongo et le régime actuel d'Oliguengema. Il faut savoir qu'en fait, il y a 90% des effectifs du régime Bongo qui sont restés avec Ngeema. Donc, on est vraiment dans une continuité. Guema, qui était donc vraiment très proche de l'ancien président, la garde présidentielle même.

Et c'est aussi ça qui caractérise le deux poids deux mesures dans la politique française, c'est que les nouveaux régimes au Sahel sont considérés comme des dictatures. Les généraux qui sont membres de l'AES, donc de l'Alliance des États du Sahel, Burkina Faso, Mali, Niger, sont considérés comme des dictateurs, des putschistes. Les relations diplomatiques ont été rompues. Tandis que là, pour le coup, c'est vrai que le nouveau régime gabonais n'a jamais annoncé sa volonté de se distancer, on va dire, des intérêts français.

Et je pense que ce qui caractérise aussi le régime d'Oliguengema, c'est que lui, il arrive un peu plus à tirer son épingle du jeu, on va dire, de la multipolarité du monde, puisqu'il a réussi à diversifier ses partenariats, donc avec les Russes, les Chinois, les Turcs, comme tu le mentionnais aussi. Mais ça reste quand même un régime qui rend service aux intérêts français, qui poursuit, on va dire, l'offre du Gabon aux entreprises françaises les plus offrantes.

Donc, on est vraiment dans une opération de blanchiment mutuel entre le régime gabonais et le régime français, dans le sens où ces allures de relations renouvelées permettent à la France de se poser, on va dire, comme une puissance qui aurait tiré au clair son passé colonial. Et ça lui permet de s'assurer aussi un accès privilégié, comme je disais, aux ressources naturelles du Gabon. Et pour le régime gabonais, c'est une forme de légitimation de ce régime autoritaire et violent sur le terrain. Et effectivement, c'est aussi, cette question de la manganèse, pourquoi le Gabon est aussi précieux à la France aujourd'hui.

La manganèse, en fait, c'est un minerai qui est indispensable à la métallurgie et donc qui, je pense, est indispensable à l'industrie de défense. Et donc, on comprend aussi, avec les annonces absolument belliqueuses d'Emmanuel Macron le 14 juillet, que le Gabon est nécessaire à préparer les guerres à mener de la France. Et donc, on comprend déjà la place centrale que la France opère dans la militarisation globale et la course à la guerre qu'on observe aujourd'hui, mais aussi la course à la guerre intérieure, donc à la répression, puisque un des sujets aussi de cette rencontre entre Macron et Ngema, c'était l'avenir du camp Libreville, donc du camp militaire.

Et si c'est vrai que les débats en France se sont beaucoup concentrés sur le déclin de l'armée française en Afrique, les pertes de position, la rétrocession des bases, en fait, ce qu'on observe, c'est qu'au Gabon, il reste une centaine de militaires français et que là, on s'oriente plutôt vers un camp de formation, d'instruction et que du coup, dans le pays, il reste des coopérants, il reste des formateurs, il reste des instructeurs. Et donc, en fait, les liens militaires, politiques et économiques entre la France et le Gabon sont loin d'être en déclin. La France reste le premier fournisseur du Gabon avec une part de marché d'environ 25%.

Il y a une centaine d'entreprises et leurs filiales qui continuent à faire des affaires comme business as usual dans le pays, quoi. Donc, il n'y a pas d'inquiétude à avoir sur les intérêts français qui seraient bien protégés dans le pays. Et pour le Gabon,

10:17
Invité

parce qu'il y a aussi une ligne de chemin de fer que la France doit rénover, c'est ça aussi. Donc, l'intérêt aussi de l'Ingema, c'est de faire en sorte qu'ils gardent de bonnes relations avec la France pour notamment, entre autres, mais cette ligne de chemin de fer à rénover.

10:30
Présentateur

Oui, c'est ça. Et donc, on retrouve toujours un peu les mêmes acteurs. C'est toujours un peu les mêmes banques françaises. Il y a toujours l'AFD ou ces filiales privées qui sont impliquées dans ce genre de projet. Et effectivement, du coup, ça permet aussi de donner l'opportunité sous couvert de développement qui serait bénéfique à la population française de juste garantir soit une accumulation de profits pour des intérêts privés, soit, comme je disais, une accumulation de capital aussi d'influence que ce soit pour le régime gabonais ou français. Mais effectivement, ce chemin de fer, je pense qu'il va moins profiter aux gens qu'à la manganèse qui sera transportée.

11:11
Invité

C'est tout l'intérêt d'ailleurs de le rénover. Donc là, quand on t'entend et ce qu'on voit, Emmanuel Macron avait dit au début de son mandat ou à un moment donné, en tout cas, qu'il souhaitait tourner la page de la France-Afrique que lui-même était comme cette génération de jeunes Africains. Il n'avait pas connu tout ça. Donc, il souhaitait passer à autre chose. On se rend compte quand on t'écoute que c'est plutôt pas... Il n'a pas tenu promesse. Qu'est-ce qui n'a pas changé, en tout cas, ou qu'est-ce qui... S'il y a des changements, quels ont été les changements dans la relation entre Macron et les pays africains ?

11:46
Présentateur

Peut-être que oui. Effectivement, c'est vrai qu'on a tendance à vouloir se focaliser sur, comme je disais, la rupture, les changements, les renouveaux, alors qu'en fait, il y a vraiment une continuité. Donc, comme je disais au début, il y a vraiment ce deux poids, deux mesures, cette compréhension à géométrie variable du droit international et des libertés fondamentales. Enfin, vraiment, le message qui est envoyé avec cette poignée de main entre Macron et Nguema, c'est que la liberté et le droit des Africains et des Africaines vaut moins que la préservation de l'influence et des intérêts géostratégiques français et le profit personnel aussi du clan à la tête de l'État gabonais.

Donc, voilà, ce deux poids, deux mesures, cette compréhension à géométrie variable du droit et aussi, on va dire, la signature d'accord qui organise à la fois à la fois une convergence d'intérêts entre les dirigeants français et gabonais mais toujours dans une forme d'asymétrie parce que c'est vrai que là, les principaux accords qui ont été discutés pendant cette visite qui concernent le militaire, comme tu le disais, la gestion de cette voie de chemin de fer pour l'exploitation de la manganèse et l'exploitation de minerais.

En fait, ça, ce sont, comme je disais, des accords gestion d'intérêts privés et du coup, encore une fois, les intérêts des entreprises françaises prévalent sur la bonne gouvernance, sur la dignité de la vie des Gabonais et gabonaises et tout ça aussi à la fois avec des mécanismes qui sont officiels, donc des signatures d'accords, des documents légaux qui encadrent ces relations-là et aussi des ressorts un peu plus obscurs. Enfin, voilà, je sais que beaucoup d'entreprises françaises présentent au Gabon, notamment Perenco, donc grosse entreprise d'exploitation du pétrole, est visée par des plaintes pour non-respect de la législation en termes de droits humains, droits environnementaux.

Donc, en fait, c'est vrai qu'aujourd'hui, le Gabon a un problème de pollution, mais son premier problème, c'est la pollution des entreprises françaises et donc, voilà, cette asymétrie, en fait, qui profite aux intérêts français au détriment des populations gabonaises. Donc, voilà, et en fait, toute cette... l'autoritarisme et la répression à l'intérieur du pays, elle est soutenue, elle est entretenue, son impunité aussi est entretenue par cette politique française de coopération, de légitimation. Et je pense qu'on peut aussi citer la complicité d'instances multilatérales comme le FMI, la Banque mondiale, qui octroient des prêts aussi à ce régime hors-la-loi, et des banques françaises aussi.

La Société Générale a octroyé un prêt de 1,5 milliard d'euros récemment aussi à ce régime totalement hors-la-loi aussi. Donc, en fait, s'il y a de la corruption en Afrique, c'est aussi parce qu'il y a des corrupteurs. Et donc, voilà, tout ça, c'est vraiment le système france-africain et on en revient vraiment à ce cœur-là de, comme je disais, une opération de blanchiment mutuel.

14:58
Invité

Et comment on explique alors, Camille, que d'autres pays ont décidé de se détacher de la France ? On les citait tout à l'heure, le Mali, Burkina Faso, Niger. Pourquoi la France, sur ces pays-là, elle a perdu du terrain ? Est-ce que finalement, tous ces accords commerciaux ou en tout cas, qu'on peut retrouver avec le Gabon, pourquoi ces pays-là ont décidé de se détacher de la France ?

15:20
Présentateur

Je pense que, déjà, un obstacle à la compréhension de ça en France, c'est l'absence de bilan réel de l'opération Barkhane. La France a été en guerre pendant une décennie au Sahel contre une menace terroriste qu'elle était censée neutraliser et qu'elle n'a pas du tout permis de diminuer. Et aussi, je pense qu'il y a quelque chose qu'on rappelle assez peu en France, c'est que, pourquoi il y a eu des putschs dans les pays qui ont été concernés par l'intervention militaire française ?

C'est aussi parce que la stratégie du tout militaire qui a été plaquée par la France sur une crise qui était multidimensionnelle, qui était sociale, qui était économique, a permis, en fait, à donner aussi du poids social aux militaires dans ces pays-là. Et c'est ça qui a aussi concouru à rassembler les conditions favorables pour des putschs aussi. Donc la France a participé à donner du poids politique aux militaires dans ces pays-là. Et donc, on ne peut pas faire les étonner maintenant quand on les voit arriver au pouvoir.

16:20
Invité

Comment la France réagit à ça ? Est-ce que ces régimes-là, en tout cas, les chefs d'État de ces pays-là parviennent toujours à garder cette distance et à ne pas tomber dans le jeu français ?

16:31
Présentateur

Ah oui. C'est vrai que l'absence de bilans honnêtes de la débâcle, aussi des exactions que l'armée française a pu commettre dans ces pays a généré ce qu'on a appelé en France un sentiment anti-français mais qui est plutôt une critique légitime de la politique française dans ces espaces-là. Et c'est vrai que du coup, la France... Je pense qu'il y a une stratégie à la fois de ces dirigeants-là de se placer en leader anti-colonial, anti-France-Afrique mais pour tomber dans la dépendance avec un nouveau partenaire qui est la Russie. Donc c'est vrai qu'en fait, on observe plusieurs stratégies.

Donc c'est vrai qu'au Sahel, il y a eu cette stratégie de se défaire de la puissance coloniale pour retomber dans une forme de dépendance à un nouveau partenariat. tandis que comme je le disais au Gabon, il y a un peu cette plus grande marge de manœuvre on va dire pour un peu tirer son épingle du jeu des nouvelles rivalités inter-impérialistes. Donc ouais, ça dépend un peu aussi des conditions matérielles de ces États-là qui peuvent nouer des alliances opportunistes ou pas en fond de la conjoncture.

et je pense aussi que effectivement la France a peut-être eu un excès de confiance aussi dans son ancien précaré et là du coup elle se reconcentre sur le Gabon qui est une pièce maîtresse de la France-Afrique mais on a aussi pu le voir avec le sommet France-Afrique à Nairobi en mai où la France du coup réinvestit aussi la partie anglophone de l'Afrique.

18:15
Invité

Oui, le sommet s'appelait d'ailleurs Africa Forward en anglais pour peut-être essayer d'avoir d'autres relations avec les autres pays du continent notamment les pays anglophones les pays aussi lusophones et justement cette opération séduction envers les autres pays du continent est-ce que ça fonctionne ? Parce qu'on a vu lors de ce sommet quand même une attitude très coloniale de Emmanuel Macron qui demandait aux gens qui parlaient dans la salle de se taire taisez-vous, taisez-vous, taisez-vous est-ce que finalement Chachet Naturel les revient au galop et la France ne retourne pas dans ses travers même en essayant d'aller draguer d'autres pays africains ?

18:52
Présentateur

Effectivement je pense que le bilan qu'on peut tirer de cette dernière saison de la France-Afrique c'est vraiment que là on revient à des pratiques traditionnelles on va dire pour citer vraiment que deux exemples très récents l'exfiltration du président malgache en octobre 2025 alors qu'il y avait donc des manifestations de la Gen Z et qu'il aurait potentiellement dû faire face à la justice de son pays c'est des pratiques france-africaines limite du siècle dernier quoi le deuxième exemple bah typiquement voilà le sommet France-Afrique à Nairobi c'était aussi l'expression la plus manifeste du maintien de cette asymétrie-là et aussi l'intervention de l'armée française pendant la tentative de coup d'état au Bénin en décembre 2025 on est vraiment retourné dans ces travers-là et je pense que oui peut-être que l'actualité internationale pousse la France dans ses retranchements et c'est pour ça que ça l'a fait reconnecter avec ses vieux travers ou alors que ça lui permet d'être tout simplement dans un colonialisme décomplexé après c'est vrai que je pense la réorientation de la France vers la partie anglophone de l'Afrique elle n'est pas si nouvelle que ça non plus dans le sens où c'est vrai que la France a toujours cherché à sécuriser ses intérêts en dehors de son précaré la France a soutenu le régime de Mobutu en RDC la France a été complice de l'apartheid en Afrique du Sud par exemple mais c'est vrai que peut-être aujourd'hui comme je disais toujours dans cette perspective de blanchiment mutuel il y a besoin de trouver des nouveaux débouchés dans ce système néocolonial et donc effectivement la France elle s'est rapprochée beaucoup du Kenya récemment elle a renforcé sa coopération militaire avec cet état alors qu'il était dans une vague encore une fois de répression et de resserrement autoritaire de l'espace civique donc c'est surtout une stratégie en fonction des critiques qui sont portées sur le continent typiquement il y a eu une résistance populaire assez forte à la tenue du sommet France-Afrique au Kenya donc ça dépend aussi de si on regarde les relations internationales uniquement d'un point de vue élitiste ou si on regarde aussi ce qui se passe au sein des populations et je pense que d'un côté effectivement l'Afrique francophone elle est aussi elle subit comme nous l'empire médiatique de Bolloré également avec Canal+, Multi-Choice et tout donc c'est vrai que ça a une influence sur les opinions publiques mais je pense que les Africains africaines ne sont pas dupes dans la partie anglophone comme francophone il y a des résistances populaires il y a des dénonciations aussi et des aspirations en fait à décoloniser vraiment le continent

21:44
Invité

On se souvient justement aussi du président ghanéen qui avait montré une certaine opposition en tout cas dans le style face à Macron en lui faisant passer l'idée que lui aussi il était chef d'Etat et donc il devait avoir mérité certains égards même quand on venait à parler chez lui dans son pays tout à l'heure tu as évoqué la Russie on pourrait parler également de la Chine est-ce que ces deux pays proposent réellement quelque chose d'une relation différente avec les pays africains si oui en fait quelle est cette différence

22:13
Présentateur

alors c'est vrai que l'héritage historique de la colonisation confère en fait à la France-Afrique une dimension que les relations entre la Chine et l'Afrique ou que la Russie et l'Afrique n'auront jamais enfin voilà il y a vraiment des conditions matérielles qui découlent de cette période coloniale et qui confèrent vraiment à cette comme je disais à cette relation France-Afrique une dimension que les autres puissances impérialistes comme la Russie et la Chine n'auront jamais après effectivement on retrouve quand même des pratiques des pratiques violentes des pratiques extractivistes donc je pense que la Russie et la Chine offrent au régime africain actuel on va dire des perspectives des opportunités de mitiger la domination française historique mais que elle n'offre pas des perspectives d'émancipation enfin voilà on peut le voir avec l'oeuvre de Wagner sur le terrain on peut voir aussi comment les nouvelles routes de la soie chinoise et toutes ces grosses infrastructures participent aussi à gonfler les dettes des pays et comment aussi ces infrastructures et comment les entreprises chinoises favorisent les populations chinoises donc au final la Russie et la Chine ont aussi des activités qui ne bénéficient pas forcément aux populations locales on a pu aussi constater l'enrôlement de force ou l'enrôlement on va dire très peu honnête de certains africains pour les envoyer sur le front en Ukraine qui sont des pratiques qui rappellent quand même on va dire l'enrôlement des tirailleurs à l'époque donc voilà il y a quand même un peu ce fil conducteur qui est que on ne peut faire confiance à aucune puissance impérialiste en Afrique

24:05
Invité

est-ce que justement les pays on citait tout à l'heure les pays du Sahel qui décident justement de désacheter de la France je pourrais ajouter aussi le Sénégal qui a décidé de faire en sorte que l'armée française ne soit plus sur son territoire est-ce qu'ils arrivent notamment à mieux s'en sortir est-ce que les populations vivent un peu mieux sous ces régimes-là maintenant que la France est un peu plus à moins sa main pardon sur le pays

24:31
Présentateur

encore une fois il faut séparer les effets d'annonce les discours et la réalité matérielle effectivement quand on regarde le projet de l'AES sur le papier est vraiment anticolonial mais je me souviens avoir lu dans un article que ces trois pays proposent de mettre en place un passeport unique pour faciliter les déplacements mais il s'avère que c'est une entreprise française qui a géré la biométrie qui a récupéré le contrat pour gérer la biométrie de ce passeport donc en fait on a l'impression que la France-Afrique elle finit toujours par rattraper aussi les leaders africains qui essaient de s'en défaire donc c'est à mitiger et effectivement en fait dans les trois pays de l'AES il y a quand même une répression qui est quand même extrêmement violente donc je ne pense pas que les conditions de vie matérielle des populations dans ces pays-là se soient améliorées malheureusement il y a une gestion une gestion économique une gestion sécuritaire aussi qui est catastrophique et aussi je pense qu'un des effets un des effets qui était assez symbolique en termes d'anticolonialisme de la part du Mali par exemple c'était de supprimer la langue française comme langue officielle je pense que ça a un effet symbolique et affectif qui est vraiment très important et très fort mais dans le contexte d'un marché du travail mondialisé ça peut aussi poser question je sais que le Maroc a déjà fait l'expérience de produire des générations de Marocains qui ne maîtrisaient pas les langues internationales et qui ont eu du mal à s'intégrer dans le marché du travail mondialisé donc voilà il y a un peu des prises de décisions et des mesures qui ont été mises en place et qui ne sont pas forcément en faveur des populations et je pense que ça c'est aussi une histoire de lutte des classes qui doit être menée encore une fois par les militants militantes de ces pays-là

26:30
Invité

Dans un monde idéal on imagine on va essayer de se projeter dans un monde idéal à quoi devraient ressembler justement les relations en tout cas les nouvelles relations entre les pays africains et la France ?

26:42
Présentateur

C'est vrai qu'on a tendance à prendre la question dans ce sens-là quelles relations entre la France et l'Afrique mais peut-être qu'on peut poser la question faut-il une relation entre la France et l'Afrique ?

On pourrait imaginer un monde dans lequel on n'a pas plus de relations qu'avec je ne sais pas le Groenland C'est vrai qu'en fait on a tendance à naturaliser cette relation privilégiée notamment avec cette idée de responsabilité historique de la France mais en fait je pense qu'il faudrait se permettre aussi de poser la question en ces termes-là est-ce qu'on a envie de maintenir une relation entre ces espaces et aussi c'est un travers que là j'ai depuis le début de cet entretien de dire la France et l'Afrique alors que c'est un pays de 54 continents un continent de 54 pays donc voilà ça traduit aussi qu'il faut décoloniser plus largement aussi notre identité occidentale française qu'est-ce que ça veut dire et je pense que tant qu'on n'aura pas fait la lumière sur tous les crimes coloniaux aussi français tant qu'on aura des bases permanentes des opérations militaires extérieures partout enfin voilà je pense qu'il y a pas mal d'éléments concrets qui peuvent permettre d'assainir nos relations avec les anciennes colonies mais la classe politique française elle est vraiment empêtrée dans des schémas dans des réflexes dans une culture coloniale qui appelle vraiment un travail un travail de déconstruction assez important je pense et justement

28:24
Invité

quand tu dis ça la classe politique française que ce soit de droite à gauche en fait c'est toute la classe politique française dans son ensemble qui est empêtrée là-dedans

28:31
Présentateur

oui c'est vrai que la distinction droite-gauche elle n'a jamais été d'une grande utilité pour trouver des alliés sur les questions de colonialisme d'impérialisme je pense que tant qu'il y aura cette idéalisation d'une puissance française sous quelque forme qu'elle soit au sein d'un parti politique français et bien ce parti politique français aura des réflexes coloniaux des réflexes racistes aussi donc en fait tant qu'il n'y a pas de parti politique qui émerge avec un discours sur le deuil de la puissance française sur la repentance coloniale qui est vraiment en ce moment on nous rabâche avec ce besoin d'anti-repentance et tant que personne ne prendra le contre-pied de ça on ne pourra même pas entamer je pense le chemin vers des relations d'égal à égal vraiment avec les anciennes colonies africaines

29:28
Invité

je posais la question au début de cet entretien est-ce que la France à Afrique est morte à la fin de cet entretien on arrive à la fin j'ai l'impression que pas du tout encore c'est encore très vivace et encore dans de nombreux pays l'exemple du Gabon tu l'as très bien expliqué et assez illustre très bien cette question-là Camille merci beaucoup d'avoir été avec nous d'avoir répondu à ces questions d'avoir une idée un peu plus claire de ce qui se passe en coulisses et notamment sur cette visite du président gabonais en France et on le disait un peu hors antenne mais on n'en a pas beaucoup parlé dans les médias c'était une information qui est passée quasiment sous silence alors que tu l'as très bien rappelé elle arrive juste après le 14 juillet après un discours où Emmanuel Macron un discours de paix un peu béliqué aussi et finalement les relations avec le Gabon peuvent peut-être permettre à la France de pouvoir continuer à s'armer et à peut-être mener des guerres merci beaucoup Camille d'avoir été avec nous merci d'avoir suivi cette émission pour retrouver l'essentiel des programmes du Média sur ses antennes sur Youtube et bien sûr sur le canal 165 de la Freebox et 235 de la Livebox d'Orange je vous laisse avec la suite des programmes du Média et je vous souhaite de passer une bonne journée