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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 28 mai 2020 24 min

Jordan Bardella sur la gestion de la crise : "On peut excuser une erreur politique, mais pas le mensonge"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 le vice-président du Rassemblement National, également député européen. Questions, réactions sur les réseaux sociaux, l'application de France Inter est au standard 01 45 24 7000. Jordan Bardella, bonjour. Bonjour. Et merci d'être ici en studio avec France Inter. La France est en train de terminer sa troisième semaine de déconfinement. De manière très encadrée, je le rappelle, les transports, les écoles, certains commerces ont pu reprendre. Les Français, ces dernières semaines, ont pu se déplacer dans un rayon de 100 km autour de chez eux.

Alors, au moment où le pays va entrer dans la deuxième phase du déconfinement, diriez-vous, Jordan Bardella, que la première s'est finalement bien passée ?

0:43
Jordan Bardella

C'est un petit peu tôt pour le dire. Je souhaite qu'elle se passe bien, je souhaite qu'elle se passe au mieux et surtout, nous souhaitons que l'activité reprenne au plus vite. Parce que c'est vrai que chaque jour qui passe est un jour de difficultés supplémentaires pour les patrons de café, de restaurant, de bar. Donc, je pense qu'il faut maintenant engager le pays sur la voie de la reprise en continuant à prendre les précautions. Malgré les difficultés logistiques, malgré les difficultés d'approvisionnement en masque et en test, notamment, les Français ont fait preuve d'une résilience absolument incroyable durant ces deux mois. Et je pense qu'on peut leur faire confiance.

Voilà, donc faisons leur confiance.

1:19
Invité

Le Premier ministre doit annoncer cet après-midi les modalités de la deuxième phase du déconfinement. Vous, vous souhaitez qu'il ouvre massivement tout, partout ?

1:29
Jordan Bardella

Il faut faire confiance aux Français. Ils ont eu deux mois difficiles. Dans les zones vertes, il faut évidemment engager maintenant la réouverture des cafés, des bars, des restaurants. Enfin, je veux dire, on peut faire confiance. C'est de l'intérêt de chacun, tout le monde l'a compris. On peut faire confiance à nos chefs d'entreprise, à nos restaurateurs pour organiser avec responsabilité leurs espaces dans les zones qui sont un petit peu plus difficilement, où l'épidémie continue de progresser à un rythme évidemment moindre qu'il y a quelques semaines. Mais il faut faire en sorte qu'au cas par cas, on puisse rouvrir un certain nombre d'établissements.

Des restaurateurs peuvent très bien travailler sur des terrasses, dans des zones qui sont encore touchées par l'épidémie. Mais je veux dire, faisons preuve d'un peu de bon sens. C'est ce qui a manqué dans cette crise. Et c'est vrai que bien souvent, les acteurs de terrain, que ce soit les mairies, les régions, sont venus un peu au secours de la population parce que l'État s'est révélé profondément défaillant durant cette crise. Et surtout, l'État a été administré par des gens qui ont menti dans la gestion de cette épidémie.

2:23
Invité

Alors l'État défaillant, on va y venir. On va voir si toutes les mesures économiques prises par l'État montrent un État défaillant. Les parcs.

2:31
Jordan Bardella

Le professeur Drosten en Allemagne, qui est le professeur qui a plutôt bien géré l'épidémie en Allemagne, a expliqué qu'il y avait un faible risque de diffusion de l'épidémie dans les parcs. Donc il faut que dans les parcs, on puisse évidemment permettre aux Français d'aller s'y balader. Je pense que dans les grandes villes, notamment par exemple à Paris, les jardins sont un peu l'espace vert qu'ils n'ont pas sur leur terrasse parce que les appartements sont de taille assez exiguë. De même pour les centres commerciaux, ce sont des grands espaces.

Rendons le masque obligatoire dans ce type d'endroit, dans les centres commerciaux, dans les magasins et permettons à l'activité de reprendre aux Français qui le souhaitent de retourner travailler et à nos compatriotes, d'une manière générale, de retrouver un brin de vie d'avant.

3:12
Invité

Je reprends votre expression d'État défaillant. Le gouvernement a mis en place un plan de relance de 110 milliards d'euros, a permis à un salarié sur deux d'accéder au chômage partiel. L'exécutif a mis aussi sur la table 300 milliards de prêts garantis, un fonds de soutien pour les indépendants, pour les commerçants, les artisans. Sur le plan des mesures économiques, vous avez vraiment l'impression que l'État a été défaillant, Jordan Bardella ?

3:32
Jordan Bardella

Il y a beaucoup de choses qui vont dans le bon sens. Il y a encore aujourd'hui un tiers des entreprises qui sont à l'arrêt. Beaucoup des entreprises qui sont reparties auront des difficultés de remplissage du carnet de commande pendant encore de nombreux mois. Nous, nous avons soutenu cette mesure qui était le chômage partiel, qui appartient un peu, qui est une spécificité française, je dirais, en termes de protection sociale.

3:51
Invité

Ah non, non, ça vient de l'Allemagne. L'Allemagne aussi, ils l'ont fait massivement.

3:54
Jordan Bardella

Oui, mais beaucoup moins, ce qui explique que l'Allemagne aussi a mis beaucoup plus sur la table pour les TPE-PME, 50 milliards contre 7 milliards en France. Nous, on est favorables à ce que le chômage partiel puisse se poursuivre pour faire face, parce que c'est parfois le petit plus qui va permettre aux entreprises de pouvoir passer les semaines difficiles qui s'annoncent. On souhaite l'application du principe zéro recette, zéro dépense, c'est-à-dire exonération de charges pour les TPE-PME, pour les très petites et moyennes entreprises qui n'ont pas pu faire de chiffres ces derniers mois, et ce, jusqu'à la fin de l'année.

Et puis, dans ce grand plan de reconstruction qui va se mettre en place dans les prochains mois, on défend ce principe qu'est le patriotisme économique, et on souhaite surtout, nous, mettre en place un fléchage de l'épargne de nos compatriotes. Aujourd'hui, une grande partie de l'argent qui est mis sur les livrets réglementés, le livret A, le livret d'épargne populaire, est pris par la Caisse des dépôts, environ 260 milliards d'euros chaque année. C'est un peu plus de 60% de l'épargne des Français qui est utilisée dans des missions d'intérêt général, essentiellement les constructions de logements, la transition énergétique.

Nous, on souhaiterait que cet argent, aujourd'hui, soit mis en œuvre pour organiser le patriotisme économique, et surtout pour financer, accompagner la relocalisation de beaucoup d'industries en France, parce qu'on entend beaucoup de déclarations de la part du gouvernement. On en a entendu récemment sur le cas Renault. Enfin, je veux dire, Renault, c'est vraiment le cas d'école. C'est là où le gouvernement va être jugé. C'est-à-dire que si le gouvernement n'est pas capable de sauver une entreprise où l'État est actionnaire à 15%, alors je crois que c'est très très mal barré pour relocaliser une grande partie de l'industrie française.

5:21
Présentateur

Encore un mot sur le chômage partiel. Muriel Pénicaud a indiqué que les règles changeront au 1er juin. Les entreprises concernées vont être sollicitées davantage pour financer le dispositif. L'État et l'UNEDIC ne rembourseront que 60% de la rémunération brute. Estimez-vous normal de réduire la voilure à partir du moment où l'économie redémarre ?

5:42
Jordan Bardella

Sur les secteurs qui vont évidemment reprendre, on peut réduire la voilure. Mais d'une manière générale, je ne crois pas que ce soit la priorité. La priorité n'est pas de baisser le chômage partiel. Et si nous étions à la tête de l'État, le chômage partiel se poursuivrait sur plusieurs mois. Alors on avance un peu au jour le jour. C'est quand même très très difficile de donner une deadline. Mais évidemment sur les prochains mois. Mais d'une manière générale, cette crise a surtout montré que le modèle économique a été défendu depuis des années par les gens qui se sont succédés à la tête de l'État a eu des conséquences dramatiques.

Cette mondialisation sauvage qui a consisté à supprimer toutes les barrières douanières, a accompagné la désindustrialisation. Et ils ont une responsabilité là-dedans. Je veux dire, Emmanuel Macron a une responsabilité dans la désindustrialisation du pays. C'est lui qui a vendu la branche énergie d'Alstom aux Américains de General Electric. C'est lui qui a continué à organiser des transferts de souveraineté toujours plus importants vers l'Union Européenne. Donc aujourd'hui, on paye effectivement la conséquence d'un modèle économique dont Emmanuel Macron a été le meilleur défenseur.

Nous, pour le patriotisme économique, on estime par exemple que dans la commande publique, l'État devrait aller se fournir en priorité auprès de nos entreprises françaises. C'est vrai dans les cantines, c'est vrai pour les voitures, pour les flottes de la fonction publique, c'est vrai dans tous les domaines qui concernent l'État. Accompagnons nos entreprises et donnons-leur la priorité partout où c'est possible. Beaucoup de pays le font d'ailleurs.

7:03
Invité

Toutes les mesures mises sur la table vont coûter cher, très cher. On flirte avec les 10% de déficit, on va se retrouver avec 5-15% de dette publique. C'est énorme. Comment on fait pour rembourser, pour assainir nos comptes publics, Jordan Bardella ? Est-ce que vous demandez, comme d'autres, le rétablissement de l'ISF par exemple ?

7:20
Jordan Bardella

L'ISF, sous une forme qui fonctionne, pourrait, oui, revenir. Il faut que les plus riches fortunes soient aussi mises à contribution de cet effort sans précédent. Mais attention, la France est le pays qui a le plus haut niveau de prélèvement obligatoire. Et l'Allemagne a en tout cas démontré, je cite souvent l'Allemagne, parce que pour le coup, l'épidémie a plutôt été bien gérée. L'Allemagne a une dépense publique qui est beaucoup plus faible et arrive à mieux s'en servir. Et la question de fond de cette crise, c'est où passe l'argent ?

Et beaucoup de nos compatriotes se sont posé cette question de fond durant ces semaines d'épidémie et se sont dit, comment est-ce que dans le pays où nous payons le plus haut niveau d'imposition au monde, on a été incapable de fournir des masques, c'est-à-dire du tissu avec des élastiques à nos soignants ? Donc cette question de où passe l'argent, elle devra évidemment se poser.

8:07
Invité

Mais sur l'ISF, je n'ai pas bien compris, vous êtes pour le rétablissement ?

8:11
Jordan Bardella

Je pense qu'il faut mettre en place une contribution exceptionnelle des plus hauts revenus dans cet effort sans précédent qu'attend la nation. Il ne faut pas mentir aux Français, les temps vont être difficiles. Mais je dirais, profitons entre guillemets de cette crise pour engager une refonte globale de notre modèle économique, se tourner vers le patriotisme économique et mettre le paquet sur les TPE-PME qui sont les premiers pourvoyeurs d'emplois dans notre pays.

8:36
Présentateur

Jordan Bardella, Léa, rappelez les chiffres, montagne de dette et de déficit. Comment, selon vous, rétablir les comptes publics ? Faudra-t-il se résoudre, là on vient de parler de l'ISF, mais à augmenter les impôts plus généralement, même si l'exécutif dit ne pas vouloir le faire ? Ils disent. Oui. Modifier les règles du temps de travail, rendre des congés, des RTT, ces différentes propositions circulent dans l'espace public et dans le débat politique. Quel levier mobiliser, selon vous ?

9:01
Jordan Bardella

Je vous en ai parlé, celui du fléchage de l'épargne des Français. Ça fait plusieurs mois, plusieurs années qu'on dénonce cet assommoir fiscal. La réalité, c'est que les Français accepteraient de payer beaucoup d'impôts s'ils avaient un service public qui était irréprochable. Or, nous avons bien vu dans cette crise qu'on manquait de tout. On manquait de masques, on manquait de tests, on manquait de lits. Et il faudra évidemment se poser ces questions à l'issue du confinement. Je ne crois pas qu'il faille créer de nouvelles fiscalités, une fiscalité supplémentaire.

C'est en tout cas, contrairement à ce que dit le gouvernement, la voie sur laquelle ils vont s'engager, puisqu'ils ont, notamment les députés européens de La République En Marche, ont voté il y a quelques jours au Parlement européen la dotation de fonds propres pour l'Europe, c'est-à-dire, en langage clair, la création d'un impôt européen qui va venir s'additionner à l'ensemble des leviers fiscaux qui pèsent aujourd'hui sur les TPE, PME et sur les Français d'ailleurs. Il faudrait au contraire baisser de manière significative la fiscalité pour permettre à l'économie française de respirer et surtout à nos entreprises d'être compétitifs et de relancer la machine économique.

10:01
Invité

Mais pour reprendre la question de Nicolas Demorand, est-ce qu'il va falloir, est-ce que dire la vérité aux Français, c'est de leur dire qu'ils vont devoir travailler plus ?

10:07
Jordan Bardella

Non, je ne le crois pas. Moi, j'ai vu dans cette crise beaucoup de partis politiques essayer d'avancer leur marotte. Donc ça, c'était la marotte de LR, des Républicains, de la droite d'une manière générale, du MEDEF, d'avancer depuis des années l'argument que les Français étaient des fainéants, qu'ils ne travaillaient pas assez, qu'il fallait revenir sur les 35 heures. Sur les 35 heures, on a toujours été très clair, on ne touche pas aux 35 heures. Il peut y avoir ensuite des modifications par branche avec des négociations par branche organisées entre les salariés et les patrons en fonction de la filière. Mais aujourd'hui, on est dans la moyenne européenne.

Donc la question n'est pas de savoir s'il faut modifier les 35 heures. Je pense que c'est un non-sujet et ce n'est pas un débat. Il y aura un certain nombre d'économies à faire, des économies qu'on va faire sur le budget qu'on donne à l'Union européenne chaque année, parce que là, il est question évidemment de faire un bond en avant, un fédéralisme absolument incroyable, à l'heure où les Français ont exigé beaucoup plus de pragmatisme, beaucoup plus de proximité, et où Emmanuel Macron veut continuer les transferts de souveraineté. Des économies évidemment sur la décentralisation, sur la fraude sociale, sur l'immigration.

Pardon, je n'ai pas mes marottes, mais il y a encore un rapport qui est sorti par la Cour des comptes qui nous explique les dépenses en matière de santé, parce que c'est ça aussi le fond. Je veux dire, la moitié du déficit de l'APHP, c'est-à-dire des hôpitaux de Paris, vient des dépenses de soins aux clandestins qui ne sont pas remboursées. Voilà, ça, ça ne vient pas du Rassemblement national, ce sont des faits. L'aide médicale d'État, c'est pareil, et il y a un certain nombre d'autres dépenses qui doivent évidemment être revues aujourd'hui.

11:23
Invité

C'est un peu vos marottes quand même.

11:25
Jordan Bardella

Pardon, mais quand on apprend que la moitié du déficit des hôpitaux de Paris vient de soins de clandestins qui ne sont pas remboursés et qui demeurent donc à la charge de la collectivité, c'est vrai que je crois que c'est un principe de justice sociale. De la même manière qu'on voit que beaucoup de Français ont des difficultés d'accès aux soins, quand on voit qu'on donne effectivement des soins gratuits à des gens qui arrivent très nombreux d'ailleurs, parce que la politique migratoire se poursuit, et bien effectivement, je pense qu'il y a un petit peu de justice et de bon sens à remettre là-dedans. Au standard de France Inter, Guy nous attend.

11:55
Présentateur

Bonjour Guy.

11:56
Auditeur

Oui, bonjour. Bienvenue. Merci pour la qualité des vilainistes de votre thème. C'est très bien. Je voulais m'adréchir, M. Bardella, en tant que vice-président du rassemblement et lui demander quelle est sa position face au stop-covid. Est-ce que c'est en débat en ce moment ? Est-ce que c'est un danger liberticide ou est-ce que c'est au contraire une protection pour avoir moins de décès et moins de malheur ?

12:20
Présentateur

Merci Guy pour cette question. Stop Covid, donc dispositif liberticide ou outil supplémentaire dans la lutte contre l'épidémie ? Jordan Bardella vous répond. Bonjour Monsieur.

12:31
Jordan Bardella

Je pense que cette application est vouée à rester un gadget. Moi, je vois que pendant la crise, on a manqué de beaucoup de choses qui étaient du matériel médical essentiel, les tests, les masques, on en a très largement parlé. Cette application va mettre énormément de temps à se mettre en place. Or, le temps dans une épidémie est évidemment un outil précieux. Donc, personnellement, je ne la téléchargerai pas. Je ne crois pas que cette application, qui, même si elle a reçu le feu vert de la CNIL, permettra d'enrayer quoi que ce soit. Elle a été mise en place dans un certain nombre d'autres pays. C'est un outil de plus ? Oui, c'est un outil de plus.

Je veux dire, moi, sur le principe au début, d'avoir ce type d'outil, je n'étais pas défavorable. Maintenant, il faut regarder les choses en face, il faut regarder les choses avec Pragmatis. Ça a été mis en place. On a maintenant le recul nécessaire dans un certain nombre d'autres pays. Et ça n'a pas permis, je pense à la Corée du Sud notamment, ça n'a pas permis d'enrayer l'épidémie. Donc, il faut aujourd'hui que chacun respecte, évidemment, la distanciation physique. Il n'y a pas de problème là-dessus. Tout le monde le fait. Qu'on porte un masque dans la mesure du possible. Qu'on applique les gestes d'hygiène les plus élémentaires.

Et à cette condition, on cassera, évidemment, la progression de l'épidémie.

13:37
Présentateur

Allez, on retourne au standard, où Colette nous attend et nous appelle de l'Aveyron. Bonjour, Colette. Bienvenue.

13:42
Auditeur

Bonjour. Bonjour, François Inter. Je vous écoute tous les jours avec beaucoup d'attention. Merci. Et aujourd'hui, je voulais demander à M. Bardella s'il aurait fait un sans-faute ou si peut-être ils avaient la chance d'avoir une baguette magique pour prévoir et anticiper un pareil séisme, n'est-ce pas ?

14:12
Présentateur

Donc, un sans-faute dans la gestion de l'épidémie, c'est ça, hein, Colette ?

14:15
Auditeur

Voilà, voilà, oui. Écoutez, merci. Parce que je trouve qu'il a beaucoup de certitudes, n'est-ce pas ? Et ça me fait sourire, voyez-vous.

14:25
Présentateur

Merci, Colette, pour cette question et ses remarques. Jordan Bardella vous répond.

14:29
Jordan Bardella

Bonjour, Colette. Je n'aurais pas cette... Et on n'aurait absolument pas cette prétention. Maintenant, si vous écoutez régulièrement François Inter, vous vous souvenez sans doute qu'il y a plusieurs semaines, d'ailleurs bien avant le début du confinement, Marine Le Pen a été la première responsable politique à mettre en garde, d'ailleurs, d'abord sur le rétablissement des contrôles aux frontières. Dès le 27 janvier, alors, on nous expliquait qu'il n'y avait aucun problème, qu'on pouvait continuer à avoir des liaisons aériennes avec des pays qui étaient des régions foyers d'épidémie. Nous, on a expliqué clairement que cela présentait un risque.

Et quand je regarde aujourd'hui les pays qui ont fermé les frontières avec les régions de l'épidémie, je pense à la République tchèque, par exemple, ou l'Autriche, l'épidémie est mieux maîtrisée, le nombre de cas, du moins l'épidémie a progressé beaucoup moins vite. Marine Le Pen a été la première à mettre en garde la ministre de la Santé le 11 février à l'Assemblée nationale, le 11 février sur les quantités de, sur les stocks de masques, de thèses dont nous disposions, de médicaments. Là encore, on nous a expliqué qu'il n'y avait pas de problème. Je dis juste que le gouvernement, on peut toujours excuser une erreur politique, mais on ne peut pas excuser le mensonge.

Et quand le gouvernement nous a expliqué pendant des semaines et des semaines que porter un masque ne servait à rien, eh bien oui, je crois que ce positionnement politique, il a eu des conséquences dans l'aggravation de l'épidémie que nous, nous contestons.

15:40
Invité

Donc vous n'avez pas de baguette magique, pour répondre à l'évitrice. Mais personne n'a de baguette magique. Mais vous aviez une boule de cristal.

15:47
Jordan Bardella

Je vois que tous les choix que nous avons préconisés ont été mis en œuvre très très tard. Que la fermeture des frontières, enfin pardon, mais sur les frontières, on a attendu d'être confinés de l'extérieur par tous les autres pays qui ont fermé les frontières pour fermer les nôtres.

16:00
Invité

Alors c'est intéressant les frontières. Avec l'été qui se profile, Jordan Bardella, faut-il rouvrir les frontières au tourisme européen ? Faut-il dire aux Allemands, venez en vacances en France, aux Italiens, venez en France, et aux Français qu'ils souhaitent aller en Grèce ou au Portugal ?

16:14
Jordan Bardella

Alors je pense que la situation au mois de juillet, je veux dire, enfin personne ne peut dire dès maintenant quelle sera la situation au 1er juillet. Et ce serait, je veux dire, ce serait profondément arrogant que de déterminer maintenant une situation pour demain. C'est la raison pour laquelle le Conseil scientifique, notamment s'agissant des élections municipales, le 28 juin, a indiqué qu'il rendrait un verdict définitif quelques jours avant. Donc il est beaucoup trop tôt pour le dire. Je dis juste qu'aujourd'hui, on ne peut pas demander aux Français de respecter la limite des 100 km heure. On ne peut pas demander aux Français de porter des masques. Des 100 km. Des 100 km, pardon.

Je confonds avec... Pardon. On ne peut pas leur demander d'être, je dirais, quasiment confinés chez eux ou avoir des frontières au port de leur département. Et en même temps, je dirais, ouvrir nos frontières à des régions tout entières sans aucun contrôle. Donc il faut aujourd'hui être extrêmement prudent. Nous sommes, enfin en tout cas, nous sommes favorables à ce qu'aujourd'hui, lorsque vous arrivez en France, vous soyez en capacité de démontrer que vous avez fait un test et que vous n'êtes pas positif. Une sorte de passeport immunitaire.

C'est-à-dire que vous arrivez en France, vous rentrez à la condition que vous ayez fait un test en partant et que vous êtes en capacité de démontrer que vous êtes négatif au virus. Et ensuite, on verra. Si, évidemment, la courbe s'est stabilisée et que l'épidémie est maîtrisée, il n'y a aucune raison pour qu'au mois de juillet et au mois d'août, on interdise à l'économie du tourisme de travailler, de fonctionner et d'accueillir des touristes. Sachant que, je veux dire, l'Europe a été le principal foyer de l'épidémie. Donc, je veux dire, il est illusoire de penser que le rétablissement des frontières aura eu des conséquences négatives. Bien au contraire.

Je veux dire, les frontières sont des portes qui doivent être un outil pour protéger le peuple d'un péril.

17:44
Présentateur

Retour au standard, Nicolas, depuis Évreux. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour. Donc, je suis médecin

17:51
Locuteur non identifié

et moi, je suis toujours choqué par les propos du Front National qui propose d'annuler et de supprimer l'aide médicale d'État puisqu'il la considère comme étant responsable d'une grande part décide de la sécurité sociale. Donc, sur ce point, déjà, c'est faux. C'est une part minime de ce que nous coûte le soin en France. Et deuxième question qui est la plus importante, c'est que faisons-nous du coup de ces personnes qui n'ont certes pas cotisé en France mais qui sont sur notre territoire qui nous demandent des soins souvent dans des situations dramatiques.

Est-ce que je leur dis en tant que médecin quand le prochain que je vois, je leur dis tout simplement rentrez chez vous, je ne peux rien faire. Nous sommes un pays industrialisé, le pays des droits de l'homme mais nous refusons de vous payer les soins parce que ça nous coûte cher et nous prodiguons uniquement à nos concitoyens qui ont cotisé. Moi, écoutez, je suis complètement désaccord avec ce genre de choses. Je suis avant tout là pour soigner quels que soient les salaires, etc. C'est d'abord une vocation. Donc, l'objectif, c'est de soigner les gens cotisant ou non, payant ou non en France. On doit soigner tout le monde.

Donc, surtout que c'est un dispositif qui marche et qui ne coûte rien ou quasiment rien aux Français sauf si on attend encore plus longtemps de laisser une situation encore plus grave pour qu'il nous coûte encore plus cher.

18:57
Présentateur

Merci Nicolas pour cette question que je transmets à Jordan Bardella.

19:01
Jordan Bardella

Alors, docteur, plusieurs choses. D'abord, je comprends votre positionnement de médecin qui consiste à soigner évidemment sans aucun critère. Mais nous, nous avons une responsabilité comme politique et nous considérons aujourd'hui que l'aide médicale d'État, c'est-à-dire les soins gratuits qui sont offerts aux clandestins, créent d'abord un problème de justice sociale à l'égard de nos compatriotes puisque je vous rappelle qu'un tiers de nos compatriotes renoncent à se soigner parce qu'il n'en a plus les moyens ou parce que les soins sont trop chers. Et certes, dans votre conception des choses, la santé peut être universelle.

Mais le système de santé, le système de protection sociale français, lui, n'est pas universel et ce sont les Français qui le payent. Alors, nous nous disons que l'aide médicale d'État, comme beaucoup d'autres dispositifs, d'ailleurs, sont des pompes aspirantes de l'immigration et que lorsque vous avez 6 millions de chômeurs, 10 millions de pauvres et une crise économique importante qui se profile dans les prochains mois, il faut que la solidarité nationale reste nationale et que les soins gratuits aux clandestins soient tout simplement coupés.

19:59
Invité

Deux, trois questions de fin pour terminer. Vous êtes député européen. La Commission européenne a présenté au Parlement européen hier un plan de relance de 750 milliards d'euros. 750 milliards d'euros, c'est colossal pour aider l'Union européenne à sortir de la récession économique qui vient de s'ajouter aux 500 milliards du pacte franco-allemand, de l'initiative entre Merkel et Macron. C'est sans précédent. Est-ce que vous saluez à ce stade le montant et le principe de ce début de mutualisation de la dette ?

20:27
Jordan Bardella

C'est un pas de plus vers le fédéralisme européen. Je dirais bien naïf celui qui pense que c'est un chèque en blanc. On sera demain à 15 ans du nom de la France à la Constitution européenne, du nom du référendum. Les Français ont rejeté ce principe de Constitution européenne. Or, l'Union européenne est en train aujourd'hui avec le soutien de M. Macron et de Mme Merkel d'utiliser cette crise pour pousser ces lubies fédéralistes parce que la réalité c'est qu'une grande partie de ces sommes vont venir s'adosser au budget de l'Union européenne.

Je vous rappelle que la France fait partie des neuf contributeurs nets au budget de l'UE, c'est-à-dire qu'on donne plus à l'Union européenne que l'Union européenne ne nous redonne.

21:01
Invité

Donc en fait, l'Europe n'aurait dû rien faire. Ils ne devraient pas mettre de l'argent sur la table pour aider les pays européens.

21:06
Jordan Bardella

Moi, j'aurais préféré que l'Union européenne agisse pendant la crise. Or, l'Union européenne a été profondément défaillante durant cette crise à tel point que l'Italie a dû en implorer à la Chine en début d'épidémie pour lui livrer des masques, que le premier acte de l'Union européenne a été de mettre en garde les États qui ont rétabli des contrôles aux frontières.

Donc je dis juste que la Banque centrale européenne doit évidemment jouer son rôle qui est celui de mettre de la monnaie dans l'économie pour peut-être de racheter des dettes, mais qu'en tout cas, cet argent n'est pas un chèque en blanc et qu'il faudra évidemment le rembourser avec notamment la création d'un impôt européen que nous contestons, nous nous y opposons. Et surtout, c'est un pas de plus vers la mise sous tutelle de la France par l'Union européenne. Et je vous rappelle qu'une grande partie d'ailleurs des États, notamment d'Europe de l'Est, que ce soit l'Autriche, les Pays-Bas, le Danemark ou la Suède ont déjà dit non.

21:48
Présentateur

Le gouvernement a abrogé hier le décret permettant la prescription d'hydroxychloroquine qui était le traitement préconisé par Didier Raoul dans la lutte contre le Covid. Marine Le Pen, le 30 mars dernier, réclamait, je la cite, la possibilité pour tous les médecins de ville de prescrire ce médicament à ceux qui sont contaminés avec des symptômes peu graves. Fin de citation. A-t-elle parlé trop vite ?

22:11
Jordan Bardella

Non, absolument pas parce que l'hydroxychloroquine est un médicament qu'on administre depuis très longtemps d'ailleurs. Beaucoup de nos compatriotes qui ont pu travailler avec l'Afrique le savent parfaitement. On a toujours été favorable à la liberté pour les médecins généralistes qui connaissent leurs patients, qui connaissent leur travail d'administrer ce médicament. Maintenant, on a toujours été très prudent, on a toujours dit qu'il n'y avait pour l'instant pas de traitement miracle. Les études qui sont sorties démontrent évidemment des résultats plus mitigés sur l'hydroxychloroquine, donc prudence. Et maintenant, il faut évidemment trouver un vaccin.

22:43
Invité

Le professeur Didier Raoul devrait-il faire de la politique ?

22:45
Jordan Bardella

Mais ça, je ne sais pas. Je vois beaucoup d'emballements sur ce genre de candidature. Didier Raoul, c'est le sanitairement incorrect. Il est peut-être à la médecine ce que nous, nous sommes à la politique, c'est-à-dire politiquement incorrect. Et surtout, il fait ressortir une parole qui n'est peut-être pas celle de la DOXA. Je ne sais pas s'il doit faire de la politique, mais en tout cas, si d'autres souhaitent en faire, nous, on est favorables au débat. Et plus il y aura de candidats, évidemment, mieux ce sera.

23:16
Invité

En 10 secondes, le 2 juin, Marine Le Pen doit être convoquée devant le tribunal arbitral de Moscou à cause du non-remboursement d'un prêt russe de 9 millions d'euros contractés en 2014. Elle ira ?

23:26
Jordan Bardella

Écoutez, pour l'instant, les mesures sanitaires ne permettent pas de se déplacer en Russie. Donc, ça va être évidemment très compliqué. Mais je suis assez confiant pour la situation financière du Rassemblement national. Vous savez qu'on paye aussi une situation qui est due à une situation politique qui fait que les banques n'ont pas souhaité et ne souhaitent pas prêter au Rassemblement national.

23:44
Invité

Vous avez lancé une demande de don de vos militaires. On a dû se tourner, bien sûr.

23:48
Jordan Bardella

Vous avez reçu combien ? Je ne suis pas venu avec les chiffres, pardon. Je ne suis pas venu avec le bilan comptable, mais en tout cas, l'opération s'est très bien passée. On est obligé de se tourner vers les Français et vers la démocratie pour se financer parce que le gouvernement n'a pas respecté ses engagements, notamment en matière de banques de la démocratie qui devaient financer les partis politiques. Jordan Bardella, merci à vous.

24:06
Présentateur

Vice-président du Rassemblement national, eurodéputé.