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interviewLe Figaro· 24 février 2023 12 min

Égalité des chances: faut-il en finir avec la «tyrannie du mérite»?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

le mythe de l'égalité des chances ne peut masquer les herminismes culturels et sociaux et l'école doit retrouver sa mission première et dès chacun à se former et dès chacun à réussir et chacun a réussi oui pour donner sa chance à tous les talents engagés la rupture avec la tyrannie du Mérite voilà ce qui doit nous porter est-ce que ça vous évoque la rupture avec la tyrannie du mérite ce qui précède me paraît acceptable détecter les talents encourager les talents sous de toutes formes de diversité mais la dernière phrase me paraît catastrophique d'abord parce que c'est une més interprétations à mon avis du titre du livre de Magal sandle demande s'il l'a lu parce que Michael sandle pas du tout contre la contre la méritocratie et d'ailleurs une des premières critiques de la méritocratie c'est le fondateur de Michael Young le fondateur du terme méritocratique lui-même qui était un travailiste et qui a imaginé une dystopie où la méritocratie arrivait véritablement au pouvoir était vraiment actualisée et il a vu très bien les choses à mon avis parce que oui je suis plutôt un défenseur de la notion du mérite à vrai dire mais en tant que fiction politique c'est-à-dire je crois qu'il faut pas oublier que la méritocratie ne tient pas ses promesses sinon on devient un idéologue soi-même et qu'elle a quand même des défauts qui avaient bien vu justement Michael Young le premier de ses défauts c'est de faire croire à un certain nombre de nos concitoyens qui n'ont pas de mérite et donc les humiliaires si vous n'avez pas réussi dans la vie ou en tout cas si vous avez le sentiment de pas avoir réussi un sentiment d'éclassement vous vous trouvez humilié par ce récit vous avez l'impression de ne pas avoir de mérite de mériter ce que votre échec en quelque sorte et personne ne vous regarde jamais sont un peu toujours les mêmes qui sont appelés il y a une inégalité économique c'est vrai mais on parle jamais de l'inégalité symbolique il y a aussi des gens qui consentrent les capitaux symboliques nous on va pas se plaindre autour de ce tableau on est plutôt des gens qui qui concentront ce type de capitaux et l'autre aspect qui est vraiment problématique dans le méritocratie c'est le fait que ceux qui réussissent peuvent avoir aussi l'impression qu'il ne doit rien à personne et donc ils n'ont pas d'incitation à redistribuer ça c'est quand même deux problèmes qu'il faut il pense avoir réussi grâce à leur propre efforts et pas c'est d'ailleurs la thèse un peu de Thomas Franck peut l'éthologue américain et qui explique que la dérive de tout cela politologue plutôt de gauche d'ailleurs mais très critique à l'égard de la gauche américaine c'est que ça a donné une espace politique d'experts coupés peut-être de la réalité d'une partie justement des classes populaires et moyennes je sais pas ce que vous en pensez et effectivement attribuons effectivement leur succès à leur propre mérites et finalement considérant que toutes les et les inégalités sont peut-être légitimes je pense qu'il y a pas de rapport de nécessité entre l'impression d'être un seul fait de Man et de ne rien personne et de ne pas de redistribuer et la notion d'expertise si vous voulez il se trouve qu'il y a peut-être une corrélation dans les faits que ces experts ont ce sentiment de toute puissance et qui sont du coup déconnectés d'un certain nombre de réalité mais je pense que c'est pas une fatalité en tout cas il faut penser à mon avis un monde social où l'on puisse redistribuer pas seulement économiquement mais aussi symboliquement et ça veut dire peut-être révolutionner la notion de mérite c'est ce que Michael sandale dit est beaucoup de commentateurs disent le problème c'est que le mérite qu'on appelle le mérite qui reste une valeur fondamentale partagée c'est universel d'ailleurs c'est pas c'est pas quelque chose que seulement nous en France on plébiscite même si les gens se méritent se méfie maintenant la notion de méritocratie en tout cas les Français plébiscitent encore la notion de mérite et d'ailleurs quoi d'autre à la place il y a d'autres la place je pense qu'ils pensaient à une aristocratie du diplôme exactement en quelque sorte et tout à fait là alors là tout à fait d'accord et du diplôme ayant particulier de certaines caractéristiques dans le diplôme à savoir la compétence mathématique ça ça pose problème parce que pour le coup pour reprendre fort oui je pense que ce que nous manquons c'est de détection et de distinction de la pluralité des talents on est on est quelques millions en France quelques dizaines de millions je veux dire je suppose que ces talents sont écuyés répartis seulement voilà il y a des types de virtuosité qu'on applaudit systématiquement et d'autres pas et ça c'est ça pose un peu le problème d'un nouveau contrat social est-ce qu'on peut encore distinguer les talents à l'heure où tout le monde a le bac donc 85% d'une génération Albach que la mastification de l'enseignement supérieur à pas créer une nouvelle forme de trancheuse de classe dont vous ne faites pas partie puisque vous êtes d'une génération sans vous faire offense ou le bac va aller encore quelque chose est-ce qu'aujourd'hui la conséquence de la mastification de l'enseignement de supérieur c'est qu'une nouvelle forme de trancheuse de clash de transfuge de classe pardon a émerg à savoir des personnes qui doivent leur ascension sociale uniquement à la dévaluation des diplômes et donc pense que la réussite et la leur alors qu'elle est uniquement liée à au fait que voilà que le niveau académique a considérablement baissé et non pas à leurs qualités à laquelle leurs talents d'écriture ou autre en tout cas je pense que cette situation est de nature a provoquer beaucoup de ressentiments et beaucoup de frustrations ce qu'on appelle la frustration relative en effet c'est l'écart entre ceux à quoi vous pensez avoir droit et ce que la vie vous donne quoi grosso modo la représentation que vous avez de ce que la vie vous donne et ce à quoi vous pensez avoir droit n'est pas totalement illégitime quand on vous a dit si tu as un diplôme etc Il vous sortez une maîtrise de sociologie et que vous trouvez pas forcément à vous insérer ma professionnellement ou pas à la hauteur de ce que vous pourriez espérer il est normal que il y a un écart en fait nous avons un problème collectif de fiction et on a un problème de narration collective c'est c'est je pense que les seuls narrations que nous avons à notre disposition aujourd'hui il y avait le progrès par exemple mais inutile de vous dire que le progrès a du plan dans l'aile c'est le mois qu'on puisse dire la plupart des narrations dominantes qu'on trouve sont des narration catastrophiste voilà et à tel point que pour la première fois dans l'histoire des sondages les Français considèrent que leurs enfants vivront moins bien que ce que eux ont vécu alors que c'est le cas mais c'est pas un projet politique ça peut être réaliste ça peut être réaliste tout en étant là encore une fois je parle de fiction de narration je vous dis pas qu'il s'agit de décrire la réalité je dis qu'il s'agit de trouver des processus dynamogènes dans une dans une dans la vie d'une nation et nous manquons de ces processus dynamogènes et je crois que l'exercice du pouvoir actuel par exemple et s'en narration ce qui caractérise l'exercice du pouvoir macronien c'est une forme de pragmatisme le en même temps peut être une solution assez sage sur certains sujets mais ça peut être aussi accepter des principes qui sont en fait contradictoires en espérant qu'on ne verra pas la contradiction entre l'expression de ces principes mais il y a pas de narration claire c'est intéressant que vous disiez ça parce que vous dites finalement on a besoin de de narration de mythes collective enfin on a besoin de croire à des choses bien sûr alors que précisément depuis faire la sociologie critique se donne pour mission depuis 50 ans de déconstruire les mythes puisque ce que vous ne voulez faire Bourdieu et c'est disciples c'est justement de dire tout est mythe et tout est il faut déconstruire les mythes la méritocratie c'est un mythe ça n'existe pas déconstruisons là la défunt et ça va jusqu'à la différence des sexes etc donc vous vous inscrivez en faux contre cette de cette cette idée d'un sociologue qui serait là pour déconstruire le sociologue doit faire de la science donc à la limite dans le dans le processus de la science il y a une part non pas de déconstruction à proprement parler mais de mise à distance des limites qui pèsent sur la rationalité pour évaluer un objet donc en fait en effet il y a un effet de désenchantement de démystification mais c'est comme toutes les idéologies encore une fois elle parle de prémices acceptable pour arriver à des conclusions délirantes je veux dire l'idée donc de par exemple de de contester la naturalité de certaines questions est une est une interrogation tout à fait légitime pour la science on vous dit que ça c'est naturel mais moi je pense qu'il y a une part de construction sociale et je pense qu'ils ont raison il y a une part de construction sociale par exemple y compris dans les identités de genre comme on dit mais ça devient problématique lorsqu'on oublie qu'il y a une part de biologie c'est ça la question on en revient à la question initiale en réalité la sagesse dans ce domaine devrait normalement nous faire tourner vers la complexité mais l'idéologie une fois de plus nous dresse sa comprendre heureux le réel selon une seule variable donc de la même façon il y a en effet certaines exercices qui se réclament des sciences sociales qui visent à indexer le réel sur une seule variable qui serait la variable culturelle la variable sociale le constructivisme si vous voulez mais je pense que c'est plus idéologique que scientifique aussi avec une lecture du monde entre dominant dominés qui se calque sur tout en fait qui est une clé qui permet de lire les rapports sociaux là où il y a peut-être d'autres interactions qui sont possibles comment vous expliquer que cette grille de lecture qu'on pourrait appeler peut-être viennent c'est autant imposé dans les sciences sociales et notamment la sociologie pourquoi des origines très antérieures à Pierre Bourdieu je crois que c'est Karl Marx tout simplement c'est le marxisme vulgaire on va dire parce que Marx est un immense auteur par ailleurs il faut avoir lu le capital pour parler de mars c'est un très grand auteur mais là il y a des formes de marxisme vulgaire qui se sont diffusés comme des formes de doxa en effet alors c'est des boîtes à outils dominants dominants c'est même plus de quoi exactement on parle le fait qu'il y ait des asymétries sociales c'est évident mais ces asymétries sociales ne sont pas tout entière dressées sur le capital économique par exemple ça c'est ce que pensait Marx le l'après la préminence de la variable économique de la matière en général par exemple sur les représentations et c'est ce qui avait compté max d'abord en montant que les représentations au contraire peuvent avoir une importance je pense qu'il y a pas là encore il faut pas faire une loi monocosale ça dépend des situations bien sûr que les variables économiques sont importantes mais on n'a pas encore bien bien évalué c'est comme la psychanalyse si vous voulez ça me paraît intéressant qui nous offre de concevoir l'intégralité du sens de notre vie quelquefois sur un drame qui se serait noué initialement enfin il faut quand même se rappeler de la tragique histoire de l'homo loup par exemple qui est soi-disant le l'exercice le plus réussi de fraude d'après son d'après son son propre biographe qui considérait que Freud son art pour être un peu navré mais justement la psychanalyse me paraît avoir été largement discrédité dans l'espace public d'abord dans son dans sa prétention à expliquer l'autisme ou des choses comme ça je pense que nous sommes plus très nombreux à écouter les psychanalyses quand ils prétendent que l'autisme viendrait par exemple d'un manquement de l'amour de la mer etc parce qu'il y a des données scientifiques extrêmement massives qui permettent plus de défendre défendre ce genre de thèse mais nous restons malgré nous psychanalysant c'est-à-dire qu'il y a des motifs interprétatifs des matrices narratives dans toutes les fictions vous ne pouvez pas avoir une fiction ou la situation actuelle du héros ne n'est pas rabattu en dernier instant sur quelques traumas qu'il a vécu dans l'adolescence ou quelque chose comme ça rosebud c'est l'effet rosebud c'est le truc la petite pointe qui explique tout le reste ça n'arrive jamais dans la vie il y a pas d'exemple de ça dans la vie quoi je veux dire c'est une fiction c'est une fable [Musique]

Égalité des chances: faut-il en finir avec la «tyrannie du mérite»? — Olivier Faure · Pourquijevote