Anne Hidalgo, maire de Paris : "Je continuerai à prendre soin de ma ville"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien de la matinale, la maire de Paris qui publie avec Antoine Léris le lieu des possibles aux éditions de l'Observatoire. Question, réaction, amis auditeurs, dans une dizaine de minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Annie Hidalgo, pardon. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur Inter. Avant d'en venir en détail à votre livre, la question rapide sur le week-end qui vient de s'écouler. Samedi, 15 000 personnes ont défilé pour le climat dans les rues de la capitale.
Des black blocs se sont infiltrés dans la manifestation. Les forces de l'ordre ont dû intervenir et disperser avec des grenades lacrymogènes notamment. Des manifestants pour le climat ont déploré la casse par les black blocs, mais aussi l'ensemble des contrôles en amont effectués par les forces de l'ordre. Julien Bayou, porte-parole d'Europe Écologie Les Verts, a dénoncé une scandaleuse atteinte à la liberté de manifester. Diriez-vous à Annie Hidalgo qu'il devient de plus en plus difficile d'exercer aujourd'hui ce droit à la manifestation ? Oui, je viendrai après sur les questions de fond, mais j'étais dans la marche pour le climat, celle de vendredi et celle de samedi.
Et je pense qu'effectivement, au prochain Conseil de Paris, le préfet de police sera certainement interrogé par beaucoup de groupes politiques, pas simplement la majorité municipale, parce qu'il devient difficile de manifester et beaucoup, j'ai reçu énormément d'appels que j'ai relayés à la préfecture de police samedi, de militants pacifistes qui étaient finalement empêchés aussi de sortir après la diffusion des gaz lacrymogènes. Oui, c'est-à-dire difficile d'entrer et difficile de sortir de la manifestation. Mais bon, c'est un sujet qu'on évoquera posément avec les autorités qui ont pris ces décisions. Vous avez appris Christophe Castaner sur ce sujet ?
J'ai fait en sorte que du côté du préfet de police et du ministre de l'Intérieur et du Premier ministre, on sache ce qui se passait, en effet.
Sur le fond, les ONG ont compté 150 000 manifestants dans toute la France, 15 000 à Paris. En Allemagne, ils étaient plus d'un million vendredi, dont 270 000 à Berlin ou 100 000 à Hambourg. Pourquoi la France ? Pourquoi Paris sont-ils à la traîne sur ces questions-là ?
D'abord, peut-être revenir sur le fond. Aujourd'hui, c'est clair, la question du changement climatique, c'est aussi un des sujets de mon livre. C'est qu'il y a depuis cinq ans une accélération d'un certain nombre de phénomènes. Le changement climatique, les questions migratoires, des sujets qui se sont invités dans notre quotidien, pas simplement à Paris, dans toutes les villes et tous les territoires du monde. Et face à ces accélérations, il faut trouver des solutions. Nous ne sommes plus, et ça je m'en réjouis, dans la période où il fallait se justifier pour dire qu'il fallait baisser la pollution atmosphérique et donc s'attaquer aux causes. On n'en est plus là.
Parce que les citoyens ont pris la parole. Les citoyens sont descendus dans les rues, partout dans le monde. Les jeunes, les très jeunes, sont descendus dire à leurs parents, dire aux dirigeants, on ne vivra plus comme vous. Et ça, c'est quelque chose de très important. Je pense qu'à Paris, pourquoi il y a eu moins de mobilisation ? Sans doute parce que la crainte des violences liées à toutes ces manifestations qu'on a connues et qu'on a encore connues samedis, qui ont donné lieu à des violences avec effectivement des black blocs, avec des vitrines brisées, avec aussi des charges de police extrêmement virulentes.
Anne Hidalgo, est-ce que vous avez l'impression sur les gilets jaunes, sur la manifestation de samedi, qu'ils ont d'une certaine manière pris en otage la manif pour le climat ?
Moi, je n'aime pas utiliser ces termes de prise d'otage. Je pense que ce qui se passe, ce niveau de violences inouïes, inacceptables, auxquelles nous faisons face et auxquelles les Parisiens sont confrontés depuis le mois de novembre de l'année dernière, tout ça n'est pas possible. On ne peut pas vivre dans une société où il n'y a plus de dialogue possible. Et je condamne fermement, évidemment, ces violences qui ont amené à des dispositifs policiers hors normes, qui, du coup, effectivement, dissuèdent beaucoup de gens. Samedi, beaucoup de parents avec des enfants sont partis, comme moi, d'ailleurs, dès qu'on a commencé à sentir les premiers gaz lacrymogènes.
Mais nous sommes à un moment où cette prise de conscience est là, et où l'interpellation vis-à-vis des politiques, c'est d'agir. Est-ce que j'ai voulu dire dans ce livre ? Dans ce livre, vous citez le Conseil National de la Résistance, qui, après la Seconde Guerre mondiale, a permis la reconstruction de la France, et l'invention de son modèle social. Si on prend cette comparaison au sérieux, ça veut dire que nous en sommes là, aujourd'hui, sur le climat, face à un champ de ruines et une feuille blanche ? Nous sommes face à un défi colossal, vertigineux. C'est vrai qu'il faut changer de modèle, changer de modèle économique.
Il faut arrêter d'être dans la prédation des ressources de la planète. Il faut aller vers plus de sobriété dans nos modes de consommation. Il faut intégrer la question des déplacements comme une question qui doit aussi générer moins de pollution. Donc nous sommes face à un défi qui est vertigineux. Heureusement, ce n'est pas une page blanche. D'abord, parce que ça fait quand même pour ceux qui ont commencé à alerter, 40 ans, 50 ans, qu'il y a des alertes sur ce que sera le monde, si on continue à être dans cette prédation et cette surproduction et aussi dans ces inégalités croissantes du modèle que nous avons aujourd'hui. Donc, pas face à une page blanche.
Et ce que j'ai voulu dire, c'est que lorsque l'on agit, et notamment à l'échelle des villes, c'est là où je suis, une grande ville, Paris, mais aussi je préside l'association des plus grandes villes du monde, des 98 plus grandes métropoles mondiales. Donc, à cette échelle-là, lorsqu'on agit, on a des résultats. On a des résultats sur la pollution, quand on l'a fait, on s'attaque à la cause principale, qui est celle des voitures thermiques et au diesel, et qu'on fait diminuer la circulation. On a des résultats en matière de production de gaz à effet de serre et de leur diminution, lorsqu'on va vers d'autres sources d'énergie que les énergies fossiles.
Anne Hidalgo, on va y venir au résultat, puisque ce livre, le lieu des possibles, est aussi un livre bilan, votre propre bilan à la mairie de Paris. Alors, plusieurs questions différentes, et puis il y a les auditeurs qui arrivent. D'abord sur l'immobilier. Vous écrivez dans le livre, « Je rêve d'un Paris qui ne soit pas réservé aux héritiers, mais accessible aux employés, aux artistes, aux classes populaires et aux classes moyennes. » La réalité des choses, c'est que le mètre carré est à 10 000 euros maintenant en moyenne à Paris, et qu'avec un salaire médian, c'est bien simple, un Parisien peut s'acheter un 20 mètres carrés. 10 000 euros du mètre carré.
L'augmentation à Paris est de 60% sur les dix dernières années, contre 10% dans le reste de la France. Vous disiez, vous refusiez que Paris devienne San Francisco sur cette question-là. Finalement, elle est en train de devenir San Francisco sur les prix de l'immobilier. Est-ce que c'est aussi votre échec ?
Alors, la logique du marché de l'immobilier ne relève pas de la mer de Paris. Et ce que nous avons fait, et heureusement que nous ne sommes pas San Francisco pour une raison très simple, c'est que nous avons pu mettre en place une politique à destination des classes moyennes et des catégories populaires avec le logement social. Ce que nous avons fait à Paris depuis 2001, depuis Bertrand Delannoy et j'ai amplifié en 2014, c'est que nous avons permis à 550 000 Parisiens de rester dans Paris. ils en auraient été sortis, chassés, du fait de cette pression de l'immobilier.
Mais ce que je dis dans le livre, en comparaison avec, justement, San Francisco, c'est qu'il faut agir sur le marché de l'immobilier. Ça ne relève pas simplement des pouvoirs du maire de Paris. Mais par exemple, deux facteurs sont des facteurs très très importants d'augmentation des loyers. Airbnb. Aujourd'hui, Airbnb, ces plateformes de location saisonnière, qui sont devenues, en fait, des locations et un contournement de toute la législation sur l'hôtellerie. Puisqu'on a des gens qui achètent des immeubles entiers et qui louent ces appartements à des prix imbattables et qui retirent du marché ces logements qui pourraient être des logements, justement, pour la classe moyenne.
Dans le cœur de Paris, dans les quatre premiers arrondissements de Paris, cela nous a fait perdre 26 000 logements. Donc je dis, il faut réguler. On a à l'arracher, obtenu du gouvernement précédent, des mesures pour encadrer, mais il faut aller plus loin. Et peut-être même, je le dis, interdire Airbnb dans un certain nombre d'arrondissements parisiens qui n'en peuvent plus. Ça, ça joue directement sur le marché de l'immobilier. Et la deuxième chose sur le marché de l'immobilier que nous avons aussi obtenu de longues luttes, c'est l'encadrement des loyers qui nous avaient été contestés, qu'on a pu rétablir dans la loi Elan et qui permet justement d'encadrer l'augmentation des loyers.
En même temps, il y en a une lecture politique de ce marché de l'immobilier qui est faite par l'un des deux candidats LREM à la mairie de Paris. Benjamin Griveaux, il déplore, il le dit très nettement, que vous ayez beaucoup fait pour les classes populaires, mais rien pour les classes moyennes. Je le cite, il ne faut pas tout mettre dans le logement social comme l'a fait Anne Hidalgo par dogmatisme. Quand on choisit de laisser les clés à Yann Brossat, adjoint communiste au logement, on applique le communisme municipal. Que lui répondez-vous ? Rien. Je ne vais pas répondre à des choses de cette nature-là qui sont tellement caricaturales.
Moi, ce que je sais, c'est qu'avec toute mon équipe, avec Yann Brossat, on a effectivement décidé d'investir 3 milliards d'euros dans cette mandature de 2014 à 2020 sur le logement. Ce que je sais aussi, c'est une réalité des faits, c'est que le logement... Les notaires disent que le parc privé diminue d'année en année au profit du logement social. Et tant mieux, ça veut dire qu'à Paris, on reprend la possession quand même de logements pour permettre à... Qui va dans le logement social à Paris ? Il y a trois tiers, puisqu'on essaye d'équilibrer évidemment. Un tiers de personnes effectivement en situation très fragile, de précarité, qui vivent des minima sociaux.
Un tiers qui sont les petites classes moyennes, les catégories populaires, des personnes qui gagnent le SMIC, et un tiers de classes moyennes. Donc c'est cette politique-là que nous avons conduite avec Yann Brossat et avec toute mon équipe. Et je crois que ce qui est sûr, c'est que si nous n'avions pas fait cela, aujourd'hui Paris, c'est 22% de logements sociaux, il n'y aurait plus du tout de classes moyennes et de catégories populaires. On serait dans la situation de Londres ou la situation de San Francisco. Mais il faut aller plus loin. Il y aura aussi des propositions nouvelles, évidemment, pour permettre aux classes moyennes aussi d'accéder à la propriété.
Anne Hidalgo, après l'immobilier, la saleté. Le Guardian, ce matin, publie un article vitriol sur la saleté à Paris. Paris, autrefois ville de l'amour, est devenue, selon le Guardian, l'homme sale de l'Europe. La ville la plus sale d'Europe, c'est ce qu'ils disent. Vous dites que vous agissez, mais les Parisiens ont l'impression que rien n'est fait. Qu'est-ce qu'ils ont ?
D'abord, il y avait le même article sur Rome en avril et le même article sur Londres du Guardian il y a un an. Et puis, la journaliste du Guardian a dit très précisément que son sujet n'était pas de pointer l'irresponsabilité de la municipalité, mais plutôt le fait que les gens salisent cette ville. Ce n'est pas satisfaisant. Ce qui se passe n'est pas satisfaisant. J'aurais été la maire qui aura mis des moyens supplémentaires. On est quasiment à 600 millions d'euros maintenant de dépenses publiques, municipales, sur la propreté de nos rues. Pourquoi ça ne change pas ? Les Parisiens disent qu'ils ne voient pas la propreté. Oui et non.
C'est-à-dire que là aussi, vous savez, je le dis souvent et je le dis dans mon livre, le premier geste écolo, c'est de ne pas jeter des papiers par terre. C'est de ne pas sortir avec sa poubelle le matin et la mettre dans une corbeille de rue. Alors, qu'est-ce qu'on a fait ? On a rajouté des effectifs partout. On a mis en place des équipes aussi d'urgence-propreté. Il y a, et je le dis sur votre antenne, une application qui s'appelle Dans ma rue. Cette application gratuite permet aux Parisiens de photographier un endroit où il y a eu des encombrants, où les choses ne vont pas, de le signaler. Il y a une intervention immédiate. Les Parisiens qui font ce signalement sont alertés.
Je pense qu'il faut maintenant, au-delà des moyens, évidemment, que la municipalité met en place, il faut que chaque citoyen se prenne aussi en charge et prenne soin de sa ville. On ne va pas mettre un éboueur derrière chaque Parisiens. C'est un problème d'éducation ? C'est un problème d'éducation. Vous prenez la comparaison avec les Japonais, avec Tokyo, et vous dites, eux au moins, ils se sont bien éduqués. C'est un problème d'éducation. Et je pense qu'il faut tout reprendre à la base. L'éducation au respect. Le respect de l'autre, le respect de son environnement, le respect de l'endroit où on vit. Il faut reprendre cela.
Alors, on travaille beaucoup avec les écoles, on travaille énormément, parce que je pense que les enfants sont très sensibles aussi à cette question de la propreté. On travaille à l'échelle des quartiers, parce que c'est vraiment dans le micro-local qu'il faut agir. Donc, je ne suis pas satisfaite, évidemment, de la situation, même si on a rajouté des corbeilles qui permettent de contenir un peu mieux les déchèques. Donc, que chaque Parisien fasse sa part du projet. Il faut que chacun fasse sa part et d'ailleurs, que chacun soit volontaire, c'est-à-dire aller sur cette application, signaler et devenir une communauté de Parisiens volontaires pour que nos rues soient propres.
Alors, on va donner la parole aux auditeurs. Juste une question avant cela. L'incendie de Notre-Dame de Paris, Anne Hidalgo, a remis en lumière la question de la pollution au plomb. Après les écoles, il y a un taux de plomb 23 fois supérieur aux normes qui a été relevé dans un appartement du 7e arrondissement début septembre. Deux questions simples. Sommes-nous face à un problème sanitaire, un vrai problème sanitaire ? Et est-ce qu'on risque de se réveiller dans 5 ans en se disant qu'on a sous-évalué ce qui se passait aujourd'hui, qui était en fait beaucoup plus grave ?
En fait, l'incendie de Notre-Dame a été révélateur de quelque chose que l'on sait déjà, qui est une pollution au plomb des sols parisiens, qui est de très longue date. Mais l'incendie a révélé, parce que là où est passé le nuage, on a fait les tests, on a vraiment, en tous les cas, pour ce qui est de la ville, pris toutes les mesures pour que les écoles, les crèches soient nettoyées. Et on a, vous le savez aussi, je le dis à tous les parisiens, les services de protection maternelle infantile, les PMI, qui sont des endroits où on peut aussi aller pour faire les tests. Mais est-ce que la situation est grave ? Est-ce qu'il y a quelque chose de nouveau et d'inquiétant ?
Ce qui est nouveau, c'est que ce qu'a révélé l'incendie de Notre-Dame, c'est qu'il y a des normes pour les gens qui travaillent dans les entreprises et qui sont exposés au plomb. Il y a des normes dans des lieux publics, comme les écoles, les crèches, et on les a appliquées, heureusement. Mais il n'y a pas de normes sur tout ce qui est l'espace public. J'ai écrit à la ministre de la Santé, pour lui dire, il y a là plus qu'un trou dans la raquette. Par exemple... Elle vous a répondu quoi ? Rien pour l'instant. J'ai écrit le 8 août. Là, il y a un problème, par exemple, sur des sols. Ce n'est pas lié du tout à l'incendie de Notre-Dame.
Il y a des terres qu'on a ramenées il y a 70 ans, il y a 100 ans, pour faire des jardins ici et là. Et ce sont des terres qui étaient polluées, parce qu'à l'époque, on ne se préoccupait pas de cette pollution. Et donc, nous sommes, mais depuis plusieurs années, nous, ville de Paris, avant même l'incendie de Notre-Dame, engagés dans un plan sur la question du plomb. Mais ce que j'ajoute, c'est que ce n'est pas simplement Paris. Cette question de la pollution des sols, et notamment de la pollution au plomb des sols, est une question générale. Elle se pose dans toutes les villes de France et dans toutes les communes. Allez, on passe aux questions des auditeurs, extrêmement nombreuses ce matin.
Je salue Paul. Bonjour et bienvenue.
Eh bien, bonjour Madame Hidalgo. Merci à France Inter de prendre ma question. Ma question, elle est simple. Est-ce que Madame la maire de Paris est consciente que sa politique d'encouragement et de développement du vélo, telle qu'elle est appliquée ? Car une politique vaut tout autant par ses objectifs que par la manière dont elle est appliquée.
Est-ce qu'elle est consciente que cette politique rend la ville dangereuse pour les piétons, tout particulièrement pour les personnes âgées, pour les enfants, pour les handicapés, pour la raison simple qu'un très grand nombre de cyclistes ne respectent pas leurs obligations, ne pas rouler sur les trottoirs, respecter les feux, respecter la priorité qu'ils doivent aux piétons lorsque ceux-ci traversent la chaussée sur un passage non protégé. Alors, on pourrait dire deux choses.
La première, c'est qu'on pourrait dire la même chose des trottinettes, mais elles n'ont pas été encouragées par la ville de Paris, donc ce n'est pas la même chose, qu'il n'y a pas suffisamment de police dans les rues, mais ça, c'est une réponse de type cour d'école, ce n'est pas ma faute, c'est celle du préfet de police.
Bien compris, Paul, merci pour cette question. Annie Hidalgo, vous répond. La place du piéton, elle est cruciale. D'abord, l'essentiel des déplacements, et je veux vous dire, monsieur, bien sûr, l'essentiel des déplacements à Paris, ce sont les piétons. Et ce que nous avons fait, c'est élargir les trottoirs. On n'a pas simplement, et ce qui est déjà beaucoup, fait des pistes cyclables, protégées, sécurisées, vis-à-vis des voitures, mais nous avons aussi beaucoup élargi les piétons. Nous avons fait sept nouvelles places, des grandes places parisiennes, où les piétons peuvent justement venir, se promener, passer, ce qui n'était pas le cas avant.
Je pense à la Bastille, à Nation et d'autres places. Mais vous entendez la peur de Paul qui est piéton, et qu'on peut éprouver d'ailleurs comme piéton. Ce que je veux dire, c'est que l'essentiel des accidents de piétons implique des automobilistes. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des comportements irrespectueux, et il faut les sanctionner, y compris quand ça vient de cyclistes qui ne respectent pas les feux. D'ailleurs, vous savez, plus il y a de cyclistes, plus le respect des feux se fait. Parce qu'en fait, ce n'est plus une petite avant-garde militante, c'est plus que ça aujourd'hui. Il y a un boom du vélo à Paris, et ça c'est important.
Et par ailleurs, nous avons aussi mis en place, je ne renvoie pas la responsabilité à l'État, une police municipale, et cette police municipale est aussi chargée de sanctionner les comportements qui seraient dangereux, que ça vienne d'un vélo, d'un automobiliste. Mais je rappelle que l'essentiel des accidents implique des automobilistes. On retourne au standard. Jean-Claude, bonjour. Oui, bonjour. Question sur les travaux à Paris, je crois, et sur les autobus.
Oui, en particulier sur le changement des lignes d'autobus, c'est certain qu'il fallait faire quelque chose. Mais pourquoi autant de précipitations, compte tenu qu'il y a des travaux partout, Place de la Bastille, Gare Montparnasse, etc. Alors finalement, ce n'était pas tout. Est-ce qu'il y avait autant de précipitations ? Bon, ensuite, quand on prolonge les lignes qui vont de la porte d'Orléans à la porte de la Chapelle, maintenant, c'est...
Ah ben, on vous a perdu.
Plus les temps sont longs, plus les autobus prennent du retard, et on voit maintenant des demi-tours à foison qui ne sont pas prévus. Donc, maintenant, il y a... Bien compris.
Bien compris, bien compris, Jean-Claude. Bazar, travaux, plan bus. On a beaucoup de questions sur le sujet. Il n'a pas été fait dans la précipitation, il a été fait par la région Île-de-France, puisque ça, c'est de la compétence de la région. Et bien sûr, nous avons travaillé, notamment pour mieux desservir des arrondissements, ce qu'on appelle des arrondissements périphériques, qui étaient très mal desservis. Et le plan... Enfin, les bus n'avaient pas été... Leur plan n'avait pas été revu depuis, je crois, une cinquantaine d'années. Et il fallait absolument se remettre au diapason de où habitent les gens aujourd'hui. Donc, ça, c'est la première chose. Et sur les travaux ?
Bien, sur les travaux, enfin... Est-ce que vous avez sous-estimé... D'abord, sur les travaux, une ville qui... Est mal gérée, ces travaux ? Une ville comme Paris, qui ne ferait pas de travaux, serait une ville qui péricliterait. D'ailleurs, on me parle souvent de Rome, en me disant, quand je vois des habitants de Rome, ils me disent, heureusement, chez vous, les services, ça fonctionne, et vous faites des travaux, ça veut dire que vous entretenez la ville. Nous sommes une ville ancienne, dans laquelle les réseaux sont enterrés. Me dire qu'il ne faudrait pas faire les travaux de sécurité... Mais c'est ce que dit Benjamin Griveaux, par exemple. Pour le gaz, mais je ne regarde...
Sans vous faire commenter, mais dire que je fais un moratoire sur les travaux pendant six mois, c'est une mauvaise idée ? Moi, si vous voulez, ce que j'écoute, ce sont les Parisiens, et ce que je regarde, je suis maire de Paris. J'ai un rôle qui est celui d'agir, de transformer la ville et d'en prendre soin. Mais ils vous disent... Prendre soin de la ville, c'est notamment faire les travaux qu'il faut faire pour réparer. Oui, mais c'est aussi écouter les Parisiens qui vous disent... Et c'est aussi écouter les Parisiens, bien sûr que les travaux, c'est dur, et on en a tous vraiment pâti, et c'est normal, et c'est dans toutes les villes de France.
Vous aussi, vous en avez ras le bon des travaux ? Bien sûr, et je passe mon temps à faire accélérer les chantiers, évidemment. Mais vous ne passez pas d'une situation où on n'a pas des pistes bidirectionnelles pour protéger, pour faire du vélo, à une situation comme celle d'aujourd'hui, sans passer par la phase travaux. Il est clair que, bien sûr, ces travaux ont été impactants, ont été difficiles. Je compatis avec tous ceux qui ont souffert de ces travaux, mais ces travaux sont nécessaires. Et prendre du retard...
Vous savez, notre pays a pris un peu de retard avec certains sujets, je pense, avec les énergies renouvelables, avec, justement, la place des mobilités actives plutôt que du diesel dont on nous a rendus dépendants au diesel pendant 20 ans, on a pris beaucoup de retard. Mon rôle, face aux accélérations dans lesquelles nous sommes aujourd'hui, c'était de ne pas prendre de retard. Et nous sommes au rendez-vous. Valérie est en ligne. Bonjour et bienvenue.
Bonjour à tous. On vous écoute. Bonjour Madame Hidalgo. Bonjour Madame. Et bonjour à toute l'équipe. Je suis la Parisienne volontaire dont vous parliez tout à l'heure et j'essaye de faire le mieux autour de moi. Mais depuis trois ans, on a en bas de chez nous, en plein Paris, entre Bastille et Nation, au niveau de l'hôpital Saint-Antoine, des migrants qui habitent là depuis trois ans et qui ont des matelas qu'on doit enjamber pour entrer chez nous tous les jours et tous les matins. Nos enfants ont vu sur la place vraiment un camp qui est là et qui habite et qui fait beaucoup de bruit.
Donc je voudrais savoir ce que vous faites pour ce sujet parce qu'on ne peut joindre personne et tout le monde fuit dès que je leur parle de ce sujet à la mairie. Merci Valérie pour cette question.
Anne Hidalgo. D'abord, envoyez-moi vraiment précisément par mail aussi vos coordonnées pour que je puisse vous répondre très précisément. Mais bien sûr que la question des personnes à la rue est une question majeure. La compétence première, c'est celle de l'État et normalement, c'est avec l'État qu'on trouve les solutions. Mais aujourd'hui, nous sommes confrontés, c'est une deuxième accélération qu'ont connue nos villes ces dernières années, à une arrivée massive à la fois de réfugiés mais aussi à une augmentation très importante du nombre de SDF.
et ces personnes qui viennent chercher refuge, protection dans nos villes parce qu'il y a des services et parce qu'elles pensent qu'elles seront protégées. Aujourd'hui, il y a, je vous le dis, au nord de Paris, à la porte de la chapelle, un campement de 2600 personnes. Il y a des questions aussi là-dessus. Toutes les semaines. Dominique Versigny a fait une interview dans Le Point la semaine dernière. Dominique Versigny est mon adjointe chargée des affaires sociales et c'est une grande conscience morale de notre époque, Dominique Versigny. Et elle dit, ce que je dis aussi, ce que disent les grandes associations humanitaires, ça ne peut plus durer.
Nous avons fait à Paris, Madame, et d'ailleurs vous pouvez venir y participer, des nuits de la solidarité pour comprendre le phénomène, aller auprès de ces personnes-là et mettre en place derrière les solutions pour les héberger. Par exemple, la dernière nuit de la solidarité que nous avons faite, nous avons constaté qu'il y avait 12% de femmes à la rue. Nous avons ouvert des haltes pour ces femmes, dont une à l'hôtel de ville. Je vous donnerai avec précision, et on verra précisément, pour ce qui est le campement qui est en bas de chez vous, mais je voulais vous apporter ces quelques précisions.
Donc vous saluez la décision d'Emmanuel Macron de mettre un gros plan sur l'immigration et de faire... Je ne salue pas le fait de mettre un gros plan sur l'immigration s'il s'agit d'en faire un sujet qui va cliver, hystériser et rejeter la faute sur les migrants. Je pense, et moi, mon rôle, c'est d'agir. Et agir, c'est mettre en place des structures d'hébergement pour que les gens ne soient pas à la rue, qu'ils ne soient pas sous la fenêtre de cette dame, et qu'il y ait suffisamment de places d'hébergement dans notre pays.
Anne Hidalgo, ce livre n'est pas un livre-programme pour les prochaines municipales qui auront lieu dans cinq mois, mais tout de même, qu'est-ce qui vous empêcherait aujourd'hui de ne pas être candidate ?
Je suis maire de Paris, je livre. Vous savez, aujourd'hui, la plupart des maires sortants n'ont pas annoncé de candidature. Tous mes collègues, regardez, posez la question autour de moi, que ce soit à Toulouse, à Saint-Étienne, à Lille, à Nantes, ou ailleurs. Donc, je suis encore dans la phase où il faut livrer un mandat ces six ans, ce qui vous permet de réaliser beaucoup de choses. J'ai une passion pour Paris, ça, je crois que les Parisiens l'ont compris depuis longtemps, et je continuerai à prendre soin de ma ville. D'un mot sur l'élection présidentielle de 2022, Xavier Bertrand a eu la franchise de dire la semaine dernière que oui, il y pensait à la présidentielle.
Et vous, y pensez-vous ? Moi, vous savez, Paris, c'est vraiment pour moi une passion, et c'est là que j'ai envie de réaliser aussi ce que je peux réaliser sur le plan politique. Voilà, la présidentielle n'est vraiment pas quelque chose à quoi je pense. Merci Anne Hidalgo, le lieu des possibles aux éditions de l'Observatoire, co-écrit avec Antoine Léris. Merci d'avoir été sur Inter. Merci Anne Hidalgo. Merci.
Anne Hidalgo