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interviewLe Média — Podcasts· 1 juin 2024 23 min

"Il a vendu la france aux américains" : révélations sur Macron et ses réseaux

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Salut Gauthier. Salut Fabrice. Je suis donc l'auteur de ce documentaire publié avec Off Investigation sur les compromissions, on va dire, d'Emmanuel Macron avec...

0:13
Invité

Le fricotage.

0:14
Présentateur

Le fricotage, disons-le ainsi, d'Emmanuel Macron avec le monde de l'entreprise, mais le monde de l'entreprise à haute échelle puisqu'on parle des GAFAM, cet acronyme qui désigne les géants du numérique, mais disons, dans leur ensemble, pas que Google, Amazon et qui d'autres ? Google, Amazon, Microsoft, Microsoft, mais dans leur ensemble, on parle d'Uber aussi qui prend beaucoup de place dans cette enquête. Je vous propose de regarder un teaser de ce documentaire.

1:05
Invité

C'est l'histoire d'un jeune président fasciné par les Etats-Unis, de puissants réseaux américains qui ont boosté sa carrière.

1:24
Emmanuel Macron

Macron, c'est totalement l'homme des GAFAM américains.

1:27
Invité

De GAFAM qui, au fil des ans, ont fait du président français leur chouchou.

1:32
Locuteur non identifié

Il fait tout ce qu'il peut pour ce pays. Et je suis un fan du président moi-même.

1:38
Invité

Des géants américains qui détruisent pourtant des millions d'emplois en France. L'hécatombe sociale, elle va être terrible. Tout cela saupoudré de promesses prétendant défendre la souveraineté française. C'est de l'enfumage ? C'est... Je vais être plus franc que ça. C'est on se fout de nous. Voici comment Emmanuel Macron a ouvert le royaume France à Uber, Amazon ou Microsoft. Quitte à dynamiter notre modèle social. En marche. Vive la France.

2:19
Présentateur

Voilà un extrait de Macron, l'américain, j'allais dire l'africain. Mais l'américain plutôt. La France livrée aux GAFAM. Ce lien d'Emmanuel Macron avec le capitalisme américain s'est établi dès le tout début de sa carrière. Tu nous le dis dans ce documentaire. Déjà fraîchement diplômé de l'ENA et nouvellement entré à Bercy. Il commençait déjà à fricoter, on le disait, avec ce monde-là.

2:54
Invité

En fait, c'est ce qu'on découvre un peu. On voulait faire un documentaire sur le rapport d'Emmanuel Macron aux Etats-Unis. En fait, on s'est très vite aperçu que dès sa sortie de l'ENA en 2004, il intègre l'inspection générale des finances à Bercy. Et à ce moment-là, via l'inspection générale des finances, via d'anciens inspecteurs généraux des finances, notamment Bertrand Badré, qui a été banquier d'affaires chez Lazare, qui a été directeur financier de la Banque mondiale. C'est ce Bertrand Badré, qui est très intégré au réseau américain, qui va l'intégrer dans différentes coteries américaines, différents lobbies, notamment la German Marshall Fund.

Et également la French American Foundation, de, disons, cercle d'influence américain, qui font un peu de lentrisme en Europe.

3:42
Présentateur

Qui organise des dîners pour mettre en relation les grandes personnalités du monde.

3:46
Invité

Exactement. La French American Foundation, qui est un cercle d'influence franco-américain que Macron intègre en 2012. Ces grands moments de la French American, c'est ces dîners de gala, ces dîners de charité, financés par le gratin du capitalisme américain. Donc Google, Microsoft, Amazon, etc. Et qui réunit, disons, toute l'oligarchie française. Enfin, toute l'oligarchie française est présente à ces dîners. Ça va de grands pontes du CAC 40, Patrick Pouyanné, Henri de Castry. Patrick Pouyanné, patron de Total, Henri de Castry, AXA, patron de Facebook France, Laurent Soli, etc. Notamment aussi des grands pontes du renseignement. Il y a Alain Juillet, etc.

Des publicitaires très connus, Jacques Ségala, etc. Toute la galaxie Bolloré aussi également est présente. Donc en fait, on voit quand même un entrisme américain au sein même des élites françaises également énormément de journalistes.

4:39
Présentateur

Avant de continuer de regarder d'ailleurs un extrait qui montre ce qu'est exactement ce French American Foundation, ce lobby américain donc.

4:51
Invité

Fondée en 1976, elle aussi dépense des fortunes pour mettre en relation des élites françaises et américaines. Ces dernières années, on pouvait y croiser Bill Gates, fondateur de Microsoft. Evan Spiegel, PDG du réseau social Snapchat. Mais aussi la crème du tout Paris, comme Yannick Bolloré. En compagnie de sa femme, Chloé Bouygues, nièce du propriétaire de TF1. Arnaud de Puy-Fontaine, numéro 2 de Vivendi et bras droit de Vincent Bolloré. Maxime Saada, président du directoire de Canal+. Delphine Arnaud, fille du patron de LVMH avec son mari Xavier Agniel, propriétaire du groupe Le Monde. Mais aussi des politiques comme Cédric Villani, Amélie de Montchalin ou encore Agnès Pannier-Runacher.

5:45
Présentateur

On le voit que pendant ces événements organisés par le lobby américain, il y a une espèce d'imbrication entre le politique, la finance de très haut niveau et les médias.

5:59
Invité

C'est assez frappant. On a l'impression d'être un dîner du siècle. Et ce qui est intéressant dans la French American Foundation, c'est qu'il y a ces dîners de gala, etc., financés par le gratin du capitalisme français-américain. Il y a aussi également un programme de Young Leaders, c'est-à-dire un programme qui, disons, détecte les jeunes pousses françaises dès le plus jeune âge pour participer à des échanges aux États-Unis, etc. De nombreux journalistes y ont participé. Jean-Marc Colombani-Dumonde, Bernard Guetta, France Inter. On peut penser notamment à Christine O'Krent, etc. Pareil, beaucoup de politiciens, je le rappelle dans le documentaire.

Alain Juppé, François Hollande, Édouard Philippe, Emmanuel Macron ont participé à... — Fleur Pellerin aussi. — Fleur Pellerin, Cédric Villani, etc. En fait, voilà, on est quand même sur une jeunesse, disons, une élite prometteuse française à qui on vient, disons, insuffler l'idée, disons, d'une mondialisation à l'anglo-saxonne, disons. On insuffle à ces jeunes élites-là ce parfum-là qui pourrait, disons, se résumer en plusieurs axes. C'est, disons, l'adhésion à le libéralisme, la mondialisation et l'atlantisme. Voilà. On est sur ce genre de...

7:09
Présentateur

— Ce qui est problématique aussi, c'est qu'Emmanuel Macron, conseiller de François Hollande à partir de 2010, est déjà lié et participe déjà aux rencontres avec ce lobby en étant conseiller d'un président de gauche censé avoir une politique de gauche.

7:29
Invité

— Alors ce qu'on raconte dans le documentaire, c'est que finalement, il ne participera pas au programme Young Leader, trop occupé par les affaires nationales. Mais effectivement, on voit qu'en fait, 2012, il est secrétaire général adjoint de l'Élysée. Il a déjà fricoté avec les Américains énormément. Donc c'est intéressant pour nous d'aller souligner cet aspect-là.

Le programme Young Leader, c'est intéressant parce que je ne le raconte pas dans le documentaire, mais un journaliste qui a beaucoup enquêté sur la French-American Foundation, Vincent Dozole, qui intervient dans le documentaire, nous racontait qu'en fait, le programme Young Leader, et je trouve intéressant que je n'ai pas eu le temps de le mettre dans le documentaire, c'est qu'il est mis en place en mars 1981, donc quelques mois avant l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir. Et en fait, les Américains ont très peur d'une arrivée des communistes, enfin d'un gouvernement socialo-communiste qui éloignerait les élites de l'américanisme, etc.

Donc ce programme Young Leader, il est créé à ce moment-là en fait pour, disons, par peur que la France soit prise dans une vague d'anti-américanisme. Donc voilà, ce programme Young Leader est là pour quand même arrimer la France, arrimer les élites françaises à une certaine vision de l'Amérique et de ses visées.

8:33
Présentateur

Et pour sceller en quelque sorte cette proximité, en 2014, avant d'être nommé ministre de l'économie, Emmanuel Macron, qui est déjà très passionné par les géants de la tech, va passer deux mois dans la Silicon Valley. Que va-t-il y faire ?

8:48
Invité

Alors c'est rigoleux, nous on raconte ça, c'est-à-dire que lui, il claque la porte de l'Elysée au printemps 2014. Il avait déjà, quelques mois avant, trahi François Hollande au groupe Bilderberg, qui a un cercle d'influence dominé par les Etats-Unis. Et il va trahir François Hollande dans le secret le plus absolu des discussions du Bilderberg, en disant qu'il mène une politique qui n'est pas assez néolibérale à son goût, etc. Donc il va le trahir deux semaines avant, il claque la porte de l'Elysée au printemps 2014, et il s'envole dans la Silicon Valley. Officiellement, l'histoire officielle, c'est qu'il cherchait à fonder une start-up d'enseignement numérique.

C'est un peu la belle histoire. Plusieurs sources nous disaient qu'il avait aussi projet de partir aux Etats-Unis pour créer un cabinet de conseil fiscal à l'intention des multinationales, avec notamment Alain Minc à l'époque. Il y a même un nom qui a circulé un peu dans la presse de cette boîte de conseil, Macron Partners, voilà. On n'a pas réussi à, disons, vérifier cette info-là. La belle histoire, c'est qu'il rencontre Xavier Agniel, qui joue un rôle très très important dans, disons, les relations d'Emmanuel Macron avec le monde de la tech aux Etats-Unis à la Silicon Valley. Et la belle histoire, c'est ça, il a des projets de start-up. Voilà, donc il va rester quand même deux mois.

Ça, on l'apprend un peu plus tard dans un entretien de Brigitte Macron à Paris Match. Il va quand même rester deux mois dans la Silicon Valley. Voilà, et on s'est dit, voilà, c'est quand même intéressant. C'est-à-dire qu'il va au Bilderberg, trahir Roland, quinze jours plus tard, il démissionne, il part dans la Silicon Valley, et il revient, coup de théâtre, en août 2014, il est à Bercy. Et là, à Bercy, il va ouvrir grand les portes, on le saura un peu plus tard, mais il va ouvrir grand les portes à une multinationale de la tech, Uber, qui est très peu connue à ce moment-là. Et donc, voilà, en fait, c'est presque là qu'on prend...

On s'est dit, en fait, Emmanuel Macron, c'est la première génération de politiciens qui sort de l'ENA au moment, en fait, d'un moment très particulier, c'est le 11 septembre, la guerre en Irak, etc. Donc, en fait, il est issu d'une certaine époque. Et on s'est dit qu'on allait le prendre depuis l'ENA, et puis on allait chronologiquement remonter le fil. Et on s'est dit que depuis l'ENA, en fait, il fricote régulièrement avec les Américains. Voilà, ce passage dans la Silicon Valley, en fait, il revient de la Silicon Valley, il est nommé à Bercy, puis à Bercy, il va se faire le lobbyiste, l'agent de beurre au sommet de l'État.

11:03
Présentateur

D'ailleurs, il fait plus qu'ouvrir les portes à Uber, puisqu'à ce moment, se prépare une loi qui limite un petit peu les activités d'Uber, du moins va réguler en quelque sorte. Et Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, a des échanges directs avec la tête, avec les dirigeants d'Uber, pour arranger la loi en faveur du groupe.

11:28
Invité

C'est assez frappant, on le raconte dans le documentaire. Donc, en fait, là, tous les SMS qu'on a entre les lobbyistes d'Uber, le PDG d'Uber, donc le lobbyiste Marc McGann, qui a été connu par la suite, et Travis Callanique, PDG d'Uber, et les échanges d'SMS entre Emmanuel Macron et cet écosystème-là, on le connaît bien plus tard. En fait, c'est les Uber Files à l'été 2022. Et nous, en fait, l'idée, à la base, on voulait faire un doc sur les Uber Files, etc., on a trouvé cette histoire tout sauf anecdotique. Et en fait, c'est Emmanuel Macron qui ouvre le pas simplement à Uber, mais en fait, il pète le modèle social via Uber. C'est loin d'être anecdotique.

Et nous, à la base, on voulait faire un doc uniquement sur les Uber Files. Mais en fait, on s'est rendu compte qu'il y avait Uber, mais il y avait aussi Amazon, il y avait également Microsoft. Et puis, en fait, dès l'ENA, il fricote déjà avec les Américains dans des lobbies financés par les GAFA, etc. Donc, vous s'avez dit, on allait faire une...

12:19
Présentateur

Le problème avec Uber nous est expliqué très bien par Daniel Simonnet, qui est rapporteur de la commission d'enquête qui a été ouverte à ce sujet. On va l'écouter.

12:32
Emmanuel Macron

Uber, à ce moment-là, a une plateforme illégale qui est Uber Pop. Et Uber refuse d'arrêter Uber Pop. Ils ont perdu un procès, mais ils sont en appel. Donc, ils peuvent continuer. Et ils vont l'utiliser comme une monnaie d'échange pour essayer d'obtenir d'Emmanuel Macron un deal qui est le suivant. Si vous nous obtenez une modification des conditions de formation des chauffeurs VTC sur le marché, eh bien, à ce moment-là, on arrêtera cette plateforme illégale.

13:04
Présentateur

Voilà. Et tu nous parlais des SMS échangés avec le PDG d'Uber. On va regarder un extrait de ces SMS qui est diffusé dans le documentaire.

13:16
Locuteur non identifié

Nous avons eu une réunion hier avec le Premier ministre. Cazeneuve va faire taire les taxis et je réunirai tout le monde la semaine prochaine pour préparer la réforme et corriger la loi. Caz a accepté le deal.

13:28
Présentateur

C'est drôle parce qu'on dirait que le ministre de l'Économie est presque au service du PDG d'Uber.

13:33
Invité

Totalement. C'est ce qu'on voit dans ces SMS. En fait, pour revenir, je n'avais pas répondu à ta question, mais au début, Uber s'installe. Début 2010, c'est un peu la jungle. C'est des chauffeurs particuliers, sans protection sociale, sans rien. C'est vraiment la jungle. Il mène à une concurrence avec le taxi totalement déloyale. Complètement déloyale. Le député socialiste Thomas Tevenou va essayer de tenter de remettre un peu de l'ordre en disant qu'on arrête les chauffeurs particuliers comme ça sans formation. On va imposer 250 heures de formation pour les chauffeurs Uber. Là, Uber, c'est un coup d'arrêt total parce qu'en fait, eux, ils veulent inonder.

C'est ce qui explique très bien Daniel Simonnet. Et eux, ils veulent inonder le marché. Donc, c'est une loi qui ne passe pas du tout pour Uber. Et en fait, dès le lendemain du vote de la loi, en fait, on est début octobre 2014. La loi est votée le 1er octobre. Le 2 octobre à 8h30, tous les ténors d'Uber sont chez Emmanuel Macron. Et en fait, ils savent qu'à ce moment-là, c'est le bon cheval pour défendre leurs intérêts parce qu'en fait, il est passé par différentes coteries américaines. Il a déjà donné des gages à tout cet écosystème de la tech, la disruption, etc.

Et en fait, ils prouvent à ce moment-là à Google, qui est actionnaire majoritaire d'Uber, à ce moment-là, en fait, c'est Google qui fait le lien entre Uber et Emmanuel Macron à ce moment-là. Ils donnent des gages à tout cet écosystème de la tech en leur disant, je suis votre cheval, quoi, à ce moment-là. Je vais défendre vos intérêts. Et nous, on trouve que Uber, les macronistes disent, voilà, ça a créé des emplois, etc. Ça a déverrouillé l'économie. Nous, on trouve que c'est quand même pas anodin. En fait, c'est l'ouverture, en fait, c'est le modèle, disons, de 46, le modèle de la sécurité sociale qui est combattu, en fait, via le système Uber. Donc, en fait, c'est loin d'être anecdotique.

La bourgeoisie, pour parler un peu, voulait absolument péter ce modèle social de 46 issu des cotisations sociales, issu de ces grandes branches de la sécurité sociale qui, quand même, socialisent une part quand même importante du PIB, quasiment un quart de la valeur du PIB qui est socialisé, en fait. Et via l'uberisation, en fait, on contourne ce système de protection sociale et on s'américanise, en fait, on américanise notre modèle social. Donc, en fait, c'est loin d'être anodin, Uber. C'est-à-dire qu'en fait, Emmanuel Macron se fait le cheval de troie d'une entreprise américaine. Il se fait le VRP d'une entreprise américaine qui n'est pas qu'une entreprise américaine.

C'est une entreprise américaine qui va véhiculer un certain nombre de valeurs et qui va, via ça, détruire, en fait, ce qu'on est et ce qu'on a fait depuis 46. Donc, c'est loin d'être anodin. En fait, Emmanuel Macron se fait l'agent de ça à ce moment-là.

15:59
Présentateur

Alors, Macron, candidat à l'élection présidentielle, se rapproche d'expatriés français aux États-Unis, tu nous dis, avec l'aide surprise de la French American Foundation.

16:10
Invité

Oui, il va lever des fonds. Alors, les États-Unis sont le troisième pays qui va contribuer le plus pour sa campagne. C'est énormément des populations aisées, des États expatriés, souvent, qui travaillent dans les grandes boîtes du CAC 40 là-bas aux États-Unis, qui ont donné énormément pour sa campagne. En fait, il va réutiliser les réseaux qui s'est fait quand il était jeune. dès 2012, la French American Foundation va organiser plusieurs dîners, en fait, à New York pour aider le candidat Macron à lever des fonds. Donc, en fait, dès 2012, en fait, ils fricotent avec des coteries américaines qui vont, en fait, l'aider vraiment de manière très concrète à lever des fonds.

Donc, certains nous disaient, en fait, moi, ce que j'ai découvert aussi un peu dans l'enquête, c'est que beaucoup de gens, d'élites économiques, politiques, etc., que j'interrogeais sur ces liens avec la French American Foundation, ils faisaient que de me dire « Et alors, so what ? » C'est des échanges, etc. En fait, c'est plus que ça. C'est quand même, en fait, des réseaux qui sont constitués et puis après, qui l'ont propulsé jusque là où il est arrivé. Donc, c'est quand même pas si adodin que ça. Et ce qui m'a quand même un peu étonné, c'est que souvent, en fait, quand ils me disaient « Et alors, et alors ?

», je me suis quand même un peu aperçu que le lien avec les États-Unis n'est plus du tout interrogé au sein de nos élites. C'est-à-dire qu'il y a une espèce de naturalisation de notre rapport aux États-Unis. qui était parti faire ses humanités à Moscou dans des coteries financées par Gazprom, Rojnef, etc. On aurait peut-être interrogé un peu plus.

17:40
Présentateur

D'indignation de la part de la classe politique. Exactement.

17:42
Invité

Et là, il y a l'espèce de... On naturalise totalement l'arrimage de nos élites aux États-Unis. C'est quelque chose que j'ai découvert dans cette enquête.

17:51
Présentateur

Alors, on connaît la suite de l'histoire. Emmanuel Macron est élu triomphalement parce que c'est notre projet, on s'en souvient. Et malgré des scandales liés, des scandales autour des GAFAM liés à l'imposition ou à la collecte des données personnelles, Emmanuel Macron, devenu président, reçoit les GAFAM à l'Élysée en grande pompe. On va regarder un extrait de ce moment que tu as récupéré pour ton documentaire.

18:18
Invité

Parmi les dirigeants des GAFAM, ravis de venir blanchir leur turpitude à Paris, Dara Koroshuaoui, le nouveau PDG de beurre, Sadia Nadella, patron de Microsoft, Jacqueline Feuiller, patronne de la fondation Google, et bien sûr, Mark Zuckerberg, patron de Facebook. Ce jour-là, l'Élysée accueillait aussi l'entremetteur des premières heures, Xavier Niel.

18:47
Présentateur

Voilà, le ton est tout de suite donné. Et c'est quand même très symbolique, plus que symbolique d'ailleurs, cette rencontre à l'Élysée.

18:55
Invité

Ça a fait beaucoup jaser. En fait, Mark Zuckerberg, c'est un peu ancien maintenant, en mai 2018, il passe sur le grill du Parlement européen, il passe sur le grill du Congrès américain pour le scandale Cambridge Analytica, le fait d'avoir siphonné des données de millions d'utilisateurs de Facebook pour la campagne de Donald Trump. On se souvient, en tout cas, de Mark Zuckerberg, qui s'excuse, en fait, qui était comme un enfant devant le Parlement européen, etc. Et en fait, 5 jours plus tard, Macron, il l'accueille en grande pompe à l'Élysée, il lui donne le tapis rouge.

Et en fait, les gars-femmes, en 2018, déjà, traînent une sacrée réputation, en fait, en termes de protection des données, en termes de fiscalité. Ça commence à faire énormément de casseroles. Et en fait, Emmanuel Macron est dans une fascination béate et les accueillent avec, disons, quelque chose d'assez béat.

19:42
Présentateur

On va le voir dans les décisions qui vont être prises après, notamment des faveurs fiscales pour Amazon ou alors le fait que les données personnelles des Français aient été très accessibles à ces géants du numérique. Tu nous parles du cas, par exemple, du Health Data Hub. De quoi s'agit-il ?

19:58
Invité

Oui. Alors, le Health Data Hub, c'est un grand projet en 2019 lancé par Emmanuel Macron de, disons, de centralisation de toutes nos données. On produit de la donnée de santé en quotidien, à la pharmacie, aux médecins, etc. chez le médecin. On produit de la donnée de santé. C'est un projet de centralisation de nos données de santé sur une plateforme, disons, pour la base. C'est la recherche médicale. C'est-à-dire, on va faire tourner énormément de données en croisant énormément de données de santé pour soigner des cancers, etc. Trouver des effets secondaires. c'est du croisement de données. C'est du croisement de données, donc c'est de la recherche médicale.

À la base, c'est un projet totalement louable qui permet de développer des outils d'intelligence artificielle potentiellement pour nos entreprises de e-santé, etc. C'est un grand enjeu aussi en termes d'industriel parce qu'en fait, de faire tourner toutes ces données de santé, il faut également aussi avoir des applications industrielles derrière pour créer des emplois, etc. Et en fait, Emmanuel Macron va surprendre un peu tout le monde en annonçant, enfin le Health Data Hub, Emmanuel Macron ne l'a pas annoncé, mais le Health Data Hub va très vite annoncer que c'est Microsoft qui hébergera nos données de santé en 2018. Ça pose un léger problème

21:10
Présentateur

de souveraineté quand même.

21:11
Invité

Exactement, ce qui pose un problème de souveraineté évident. Emmanuel Macron est totalement conscient de ça. En 2018, le Congrès américain vote une loi qui s'appelle le Cloud Act, qui est une loi qui autorise le FBI à perquisitionner des données sans que les clients des entreprises américaines soient au courant. C'est-à-dire qu'en gros, le FBI et la CIA ont accès direct aux données des GAFAM américains, etc. Même s'ils évoluent en Europe. Donc en fait, ça pose un évident problème de souveraineté. C'est-à-dire qu'en fait, ils transfèrent nos données de santé aux Etats-Unis et on perd le contrôle de ces données. Ces données de santé, c'est quand même ce que nous sommes.

Ce n'est pas n'importe quoi. Ça peut être les données génomiques, etc. Donc ça va loin. Et ce qui a beaucoup, beaucoup ému tout le monde, c'est que c'est une décision qui s'est faite comme souvent dans la Macronie, dans une totale opacité. Il n'y a pas eu d'appel d'offres. Ils choisissent Microsoft sans passer d'appel d'offres. Donc officiellement, ils disent qu'on est passé par l'union des groupements publics d'achats, l'UGAP, etc. C'est un peu compliqué, je vous épargne ça. Mais en fait, contacter en fait cette union des groupements d'achats publics par une consoeur de France Info nous disent qu'ils n'ont jamais entendu parler de ce projet.

Donc en fait, ça a été sans appel d'offres pour des contrats conséquents. Donc voilà, c'est-à-dire que la Macronie, en fait, livre nos données de santé à l'américain, fait fi de toute la souveraineté, etc. sans appel d'offres. Et tout ça

22:42
Présentateur

est très opaque.

22:43
Invité

Tout ça est très opaque et ce que je voulais terminer sur le S-Data Hub, je ne sais plus, j'ai perdu le fil.

22:50
Présentateur

Du moins, on a un aperçu de ce que tu nous racontes dans ce documentaire réalisé, donc avec Off Investigation, Macron, l'Américain, la France, livré aux GAFAM. Merci beaucoup, Gautier Meignet.

23:04
Invité

Merci à toi, Fabrice.

23:05
Présentateur

Merci à toi.