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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 5 août 2024 55 minContradictoireMixte

La Fast Fashion : tout le monde déteste mais tout le monde achète ?

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Présentateur

France Inter Bonjour à tous, bienvenue sur France Inter. Venez prendre place autour de la grande table du débat de midi. Installez-vous sous la tonnelle, les premières bouteilles se débouchent alors que les enfants se courent après dans le jardin. Prenez place, dans quelques instants nous allons, comme tous les jours, déguster l'époque et n'hésitez pas à venir participer via vos messages et notes vocales au 01 45 24 7000. Et aujourd'hui nous allons parler vêtements, habits et de ces magasins qui vendent des vêtements si peu chers qu'il est impossible de résister. On appelle ça la fast fashion et son cousin, maléfique, l'ultra fast fashion, dégâts écologiques.

Traite d'être humain, le bilan est sombre pour ses vêtements, très peu cher. Mais franchement, la planète s'en remettra, non ? De ce petit t-shirt 6mm à 2€. Attends, t'as trouvé un site où les t-shirts sont à 1,50€ ? Grabe le bon plan. Alors oui, c'est étrange, personne n'aime la fast fashion, mais tout le monde en achète. Parce que c'est moins cher, parce que c'est pratique, parce qu'on y fait même plus attention une fois acheté, une fois oublié. Ça confirmerait alors ce sondage, selon lequel les Français porteraient seulement 30% des vêtements qui figurent dans leur placard.

On surconsomme du textile et la tendance s'aggrave avec le triomphe de l'ultra fast fashion et l'emblématique marque Chine. Et même aujourd'hui, une loi pour tenter de ralentir les effets délétères que génère son succès. Vous n'avez rien à faire de la mode des vêtements ? Eh bien, c'est aussi à vous que s'adresse cette émission, puisque nous sommes toujours tentés de nous rendre dans ce type de magasin en nous disant « Allez, comme ça c'est fait, la fast fashion mauvaise pour la planète et pour l'économie avec un secteur de habillement en pleine crise. Le débat de midi, alors c'est sûr, ça a beau être les Jeux Olympiques, mais il n'y a pas que le short dans la vie.

On attend vos réactions et notes vocales sur la fast fashion au 01 45 24 7000. Le débat de midi, ça commence tout de suite. Et pour en parler, nous avons invité ce midi autour de la table du débat de midi, Julie Lanois, bonjour. Bonjour. Vous êtes responsable des boutiques solidaires à Oxfam France. Également, Saveria Mendela, bonjour. Bonjour. Vous êtes doctorante à l'EHESS et journaliste de mode pour Harper Bazaar, GQ et Madame Figaro. Également, Claire Roussel, bonjour. Bonjour. Vous êtes productrice du podcast Couture Apparente, spécialiste des questions féministes et de l'impact social et écologique de la mode. Et puis Thomas Hurier, bonjour. Bonjour. Vous êtes président de 1083.

C'est une marque de vêtements éco-conçue et made in France. Pourquoi c'est 1083 ?

2:43
Invité

1083, c'est la distance qui sépare les deux villes les plus éloignées de l'Hexagone. De Menton au sud-est à Port Spoderge, c'est un petit village au nord de Brest. D'accord. Et donc notre démarche, c'est de fabriquer des jeans et des baskets à moins de 1083 kilomètres de chez vous, où que vous habitez dans l'Hexagone. D'accord.

2:55
Présentateur

Alors, vous êtes auteur justement de Remade in France. Un million d'emplois près de chez nous en produisant et consommant local, c'est chez Duneau. Et co-auteur aussi de la Permindustrie, comment le développement d'écosystèmes inspirés de la nature est en train de changer le monde. C'est un vrai titre, c'est quand même. Chez Erol. Alors, au départ, Claire Roussel, c'est vrai que c'est une question qu'on peut tous se poser parce qu'autant ne pas faire les hypocrites. La fast fashion, on en profite tous. On y va beaucoup, très souvent. Mais comment expliquer qu'en fait, on n'aime pas la fast fashion et pourtant, on y va tous.

3:25
Invité

Alors, on n'aime pas la fast fashion pour son impact que vous avez évoqué, qui est écologiquement catastrophique et humainement catastrophique aussi. La raison pour laquelle la fast fashion marche autant, c'est parce qu'elle est super maligne. Elle est vraiment capable de s'adresser au contexte économique. Je n'apprends rien aux gens autour de la table et à notre audience, on est actuellement en crise économique et la fast fashion aime beaucoup prétendre qu'elle existe par pur altruisme pour démocratiser le vêtement. Elle aime souvent dire qu'elle est de les plus précaires. Sauf qu'en fait, quand on pense aux plus précaires, ce n'est pas que les consommateurs et consommatrices en France.

C'est aussi les personnes qui travaillent dans les chaînes de production et qui sont exploitées, mais ça fait vraiment son succès, c'est ses bas prix.

4:02
Présentateur

C'est ça. Alors, quand vous parlez notamment de personnes exploitées, on se souvient de cette actualité terrible au Bangladesh avec cet immeuble qui s'était écroulé. En effet, c'était des ouvrières et ouvriers qui travaillaient autour de la fabrication de vêtements de fast fashion. Julie Lannoy, vous-même pour Oxfam France, vous avez souvent travaillé aussi sur la fast fashion, sur l'impact. Et ce pourquoi ? Est-ce que finalement aujourd'hui, nous allons vers des boutiques ou des vêtements des marques de fast fashion uniquement pour des considérations financières ?

4:31
Invité

Non, pas que. Parce que la fast fashion, aujourd'hui, ce qu'elle a créé, c'est surtout du désir et du désir abordable. Elle a changé la façon de consommer des Français. Auparavant, on réfléchissait à un achat, on y mettait un certain prix, on se léguait des affaires, des vêtements. Nos grands-mères peuvent encore aujourd'hui nous donner des choses. Par contre, je ne crois pas qu'un t-shirt chine à 3 euros, on va le léguer à nos petits enfants.

4:56
Présentateur

C'est ça. Oui. Aujourd'hui, on est vraiment dans ce principe, c'est-à-dire qu'on est vraiment dans un principe de surconsommation textile ?

5:02
Invité

Exactement. Et depuis les années 80, on a doublé notre consommation de textile. Aujourd'hui, on a 50 vêtements par français en France.

5:10
Présentateur

D'accord. Acheté. Et ça, à cause de la fast fashion ?

5:14
Invité

À cause de la fast fashion. Parce qu'on nous a créé des nouveaux besoins.

5:17
Présentateur

D'accord.

5:17
Invité

Et on nous a permis de subvenir à ce besoin. Ça nous donne en fait une sorte de pouvoir. Et donc, du coup, on a vraiment inversé la façon de consommer.

5:26
Présentateur

D'accord. Et Thomas Urias, alors vous-même qui êtes dans une marque de vêtements éco-conçus, on va en parler dans un instant, mais est-ce que ça fait partie de votre réflexion ? À la base, justement, la fast fashion et qu'on voit énormément de Français, enfin et pas que nous d'ailleurs, d'Européens et même d'habitants de cette planète, qui consommons exactement du textile à très très grande envie, très très grand besoin même, on a l'impression.

5:49
Invité

Oui, c'est une menace pour nous aussi parce qu'en fait, on dépense beaucoup d'argent quand on voit les milliards d'euros que fait la fast fashion en France, on s'aperçoit qu'ils ne nous font pas du tout faire des économies. Ils nous font dépenser énormément d'argent en petit prix. Et en fait, au lieu d'acheter de la qualité, de la quantité, nous, on demande à racheter de la qualité. Et en fait, on est dans le pays du vin, on aime les bonnes bouteilles de vin. Et bien là, la fast fashion, c'est comme si elle nous faisait tous aimer la piquette. Et en fait, on achète plein de bouteilles, pas cher, on est tous alcooliques de la consommation textile.

Et en fait, ce qu'on doit retrouver, c'est le bon goût des belles choses. Et notre avenir dans le Made in France, il est conditionné à ça. C'est-à-dire que si on arrête de dépenser beaucoup d'argent dans beaucoup de vêtements de faible qualité, alors on aura les moyens d'investir sur des vêtements durables de qualité.

6:27
Présentateur

Alors, je voudrais vous faire écouter un son. C'est aussi pourquoi on va acheter dans des magasins de vêtements fast fashion. Il y a bien sûr le prix, mais il y a aussi autre chose. Comme cette cliente, c'était en 1999 qui, elle, se retrouve une après-midi chez H&M. Et elle explique tout simplement pourquoi elle va dans ce magasin-là.

6:48
Invité

Comme je n'ai pas beaucoup de sous, c'est vrai que quand je viens là, j'ai l'impression de retrouver un peu les mêmes styles, les mêmes trucs que les grandes marques.

6:58
Présentateur

Voilà, c'est ça aussi, Saveria Mandela. Il y a aussi beaucoup de clients et clientes de ce type de magasin qui nous disent, oui, mais bon, nous, on a les mêmes vêtements qu'ailleurs. Aussi beaux et pas chers.

7:09
Invité

Oui, parce qu'on n'est pas tous et toutes clientes de luxe aujourd'hui. En revanche, on est tous soumis aux mêmes images. Et donc, on a à peu près les mêmes envies et les mêmes désirs, ce qui est le plus reproduit dans la fast fashion et aussi ce qui est le plus vendu auprès des marques de prêt-à-porter de luxe.

7:25
Présentateur

Et donc, c'est pour ça aussi qu'on va là-bas et qu'on trouve en fait des modèles. On a l'impression que c'est copié presque, non ? Sur certains modèles.

7:33
Invité

Alors, je ne sais pas si... Oui, mais pour ça, il faut quand même se renseigner, regarder les défilés et connaître les collections de prêt-à-porter de luxe en cours pour se rendre compte que c'est copié, voire calqué. Après, on a l'impression surtout d'être dans la tendance. Je pense qu'il y a certaines personnes qui ont envie d'avoir ces vêtements, mais qui s'en moquent que ces vêtements soient griffés, alors que c'est ce qui fait la différence sur la production, la qualité du produit et la possibilité de le transmettre.

8:00
Présentateur

Est-ce qu'on a aussi, Julie Lannoy, cette impression que maintenant, ces boutiques qui sont si peu chers, de se dire qu'on peut quand même s'habiller, mais qu'on peut aussi avoir de suivre une certaine tendance ? Alors qu'avant, on disait, bon, les magasins de ce type, ça ne va pas être très joli, ça ne va pas être très moche, ce n'est pas cher, mais ce n'est pas très beau. Est-ce que là aussi, c'est ça qui a fait qu'on allait davantage maintenant dans ce genre de grands magasins ou ces marques de fast fashion parce que ça nous permettait de suivre une certaine tendance mode ?

8:27
Invité

Je ne pense pas que dans les années 80, par exemple, les gens avaient moins de style et dans les années 80, ça n'existait pas la fast fashion. C'est arrivé tout juste avec Zara en France.

8:37
Présentateur

Ah, ça n'existait pas, on peut vraiment la dater en fait ?

8:39
Invité

Oui, on peut la dater, ça date des années 80, c'est arrivé avec Zara qui a commencé à installer des nouvelles collections toutes les deux semaines dans ses boutiques. Donc on est passé d'une collection deux fois par an, printemps, été, automne, hiver, à une collection toutes les deux semaines. Et maintenant, on voit avec Shein, Temu, c'est des milliers d'articles mis en vente sur Internet tous les jours. Donc c'est vraiment eux qui nous ont créé ce besoin. J'en reviens toujours à ça, mais c'est un nouveau besoin qu'ils nous ont créé. Dans les années 80, nos parents, moi, si je vois des photos de mes parents à l'époque, ils étaient très stylés et pourtant, il n'y avait pas la fast fashion.

Et ce qu'on vend aujourd'hui dans les boutiques de seconde main à Oxfam, par exemple. Oxfam, c'est six boutiques solidaires en France. Ce qui se vend le mieux aujourd'hui, ce qui se lègue le mieux, c'est le vintage. C'est des vêtements de qualité anciens qui ont une histoire, qui ont un vécu, qui ont une vraie matière. Et ce n'est pas les produits de fast fashion. Les produits de fast fashion, on ne les retrouve pas dans les boutiques de frais prix parce que ça ne se vend pas. Un produit Shein à 3 euros, ça ne va pas se vendre dans une frais prix. On les retrouve sur les plateformes. Voilà, on les retrouve sur les plateformes de seconde main.

Et c'est envoyé aussi comme un déchet sur les plages d'Afrique, au Ghana, au Kenya. C'est des milliards de vêtements envoyés là-bas par an.

9:59
Présentateur

Ça veut dire vraiment, aujourd'hui, on a moins... Alors tout à l'heure, vous parliez en effet des vêtements de nos grands-parents. Finalement, ça nous dérange moins de nous débarrasser d'un t-shirt acheté sur Internet, sur la marque. Alors on le cite depuis tout à l'heure. On va y revenir parce qu'il y a eu une loi notamment autour. On a moins de finalement de... On se dit moins, tiens, ça va être terrible de balancer un t-shirt acheté 1,50€ qu'un vieux manteau.

10:19
Invité

Oui, c'est ça. C'est exactement ça. Les gens non plus de mal ne culpabilisent pas. Et en plus, les marques d'ultra-fast fashion et de fast fashion ont des techniques marketing assez fortes où ils produisent aussi des choses en matière recyclée et tout ça. C'est du greenwashing en plus.

10:37
Présentateur

On va y revenir dans un instant. Mais Claire Roussel, c'est vrai qu'aussi, on a vu ce monde de la mode. Alors après, je vous poserai la question justement de savoir comment il a accepté, comment cette fast fashion est acceptée par le monde de la mode. Mais quand des... On parlait des H&M tout à l'heure parce que c'est une des marques les plus emblématiques de fast fashion. Mais quand j'ai noté, quand des créateurs comme Karl Lagerfeld, Sonia Riquel, Lanvin s'associent à H&M, ça veut dire qu'ils cautionnent alors ce système ?

11:00
Invité

Alors, je ne suis pas dans leur tête, donc je ne sais pas exactement ce qu'ils ont cautionné. Mais oui, ce qu'on pourrait dire, c'est que ça apporte un certain crédit. En fait, la fast fashion, ce qu'elle a réussi à faire, qui est assez fort, c'est qu'elle a réussi à mettre la pression à l'industrie du luxe, dont la production n'est pas automatiquement éthique du tout, c'est vraiment très varié, leur mettre la pression au niveau des rythmes. Parce qu'on le voit depuis une vingtaine d'années, le luxe aussi s'est accéléré beaucoup. Il y a même des créateurs, des designers de grandes maisons qui sont partis en burn-out, tellement le rythme était intensif.

11:28
Présentateur

Alors quand on dit intense, c'est-à-dire juste pour expliquer ceux qui ne sont pas dans ce milieu, c'est-à-dire en gros, c'est quand on parle, quand on parle souvent dans les journaux de fashion week, ça veut dire que des fashion week, il y en a davantage. Les collections, les vêtements changent davantage également.

11:39
Invité

Bien sûr, il y en a davantage et puis il y a aussi ce qu'on appelle les collections croisières, etc. On peut monter parfois à une dizaine de collections par an, ça reste moins élevé que Zara qui change toutes les deux semaines. Mais la fast fashion, elle a aussi ce côté accessible, ami des gens, on pourrait dire. Et du coup, pour le luxe, ça peut être un moyen de se donner un air plus abordable, moins élitiste, parce que c'est élitiste aussi. Et ils sont très forts pour jouer sur ces codes de marketing, sur le washing aussi, on pourra en parler.

12:03
Présentateur

Que pense justement ce monde que l'on considère du luxe, que l'on a vu représenter, par exemple, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, ça fait partie de nous, c'est véritablement notre artisanat. Qu'est-ce qu'il en pense de cette fast fashion qui est venue quand même lui tailler quelques coupières, non ?

12:19
Invité

Oui, sans doute. Après, quand H&M s'associe à des marques de luxe, c'est aussi parce que les marques de luxe sont bien conscientes que pas tout le monde a accès à leurs vêtements. Et donc, c'est un moyen de démocratiser la marque. Je pense qu'acheter de la fast fashion, c'est mal pour des questions éthiques, morales, même de santé. Parce qu'en fait, les produits qui sont contenus dans ces vêtements peuvent, au fil du temps, déclencher des cancers de la peau. On ne sait pas. C'est trop nébuleux. Donc, je pense que c'est vraiment... Il faut éviter. Après, pas tout le monde a un budget pour s'offrir du Rabanne, qui a récemment collaboré avec H&M, du Karl Lagerfeld à l'époque.

Donc, c'est pour ça que les marques de luxe font cet effort d'aller vers la fast fashion occasionnellement, dans le cadre de collaborations, où les pièces sont quand même en nombre limité. Ce n'est pas le cas pour les autres vêtements de H&M, Zara ou autres. En revanche, ce qu'on pense, le monde du luxe, c'est que les cibles ne sont pas les mêmes. Donc, pas grand-chose, j'ai envie de dire. Mais ça fait du mal, parce que ça serait tout un modèle qui sera à revoir, notamment un modèle de consommation. Tous les jeunes créateurs qui ont été missionnés pour les Jeux olympiques, pour les cérémonies d'ouverture. Donc, on avait Kevin Germagné, Alphonse Maître-Pierre, Victor Vain-Santo.

13:25
Présentateur

On se souvient du magnifique défilé, en effet. Tout à fait. Sur la table.

13:28
Invité

Voilà. Les vêtements que portaient les mannequins pendant le défilé, le tableau mode, en fait. Tous ces créateurs font de l'éco-responsabilité, produisent de manière éco-responsable. Kevin Germagné, par exemple, lui, c'était les vêtements en perles et strass. Ce ne sont que des perles et strass recyclées et ensuite cousues à la main dans des ateliers en France. Victor Vain-Santo, quand il a besoin de rembourrage, il prend de vieux oreillers plutôt que d'utiliser du tissu supplémentaire. Donc, ces créateurs-là n'envisagent pas du tout le même niveau de clientèle.

Ils n'ont pas besoin d'un nombre aussi grand qu'un H&M en client, puisqu'ils ne pourraient pas faire avec leur stock, puisqu'ils prennent de l'existant. Mais ils sont invisibilisés par des désirs changeants. Quand une robe de Kevin Germagné met en moyenne à peu près autant que de la haute couture, qu'un temps de haute couture à être créé soit, disons, je ne sais pas, 300 heures, H&M a déjà sorti six collections. Donc, en fait, le luxe n'en pense rien parce qu'il faut que les ambitions de départ de la clientèle ne soient pas les mêmes.

14:24
Présentateur

D'accord, on n'est pas du tout dans la même temporalité, en effet. Thomas, il y a eu au 01-45-24-7000. Nicolas, qui nous adresse cette question, qu'est-ce qui garantit que les marques dont vous venez de parler, qui vendent à prix normaux, ne passent pas par les mêmes filières de fabrication exploitantes que celles de la fast fashion en France ?

14:41
Invité

Déjà, entre la fast fashion et le luxe, il y a quand même tout un tas de marques qui sont à des prix intermédiaires.

14:48
Présentateur

Mais si je voulais vous dire, par exemple, le made in France, qu'est-ce qui me garantit que ce n'est pas aussi, entre guillemets, je vais utiliser un terme un peu sale, que la fast fashion ?

14:55
Invité

Alors, je vais vous raconter ce qui s'est passé pour nous chez 1083. Quand j'ai démarré l'aventure des jeans, ça m'est arrivé en visitant des magasins. J'ai regardé l'étiquette de prix de jeans de la fast fashion, 20-30 euros, et l'étiquette de jeans de marque, 120-130 euros. Donc je me suis dit, waouh, il doit y avoir une grosse différence entre ces deux jeans, parce qu'il y a vraiment une énorme différence de prix. Et les jeans de luxe, n'en parlons pas, c'est 3, 4, 500 euros. Quand maintenant on quitte l'étiquette de prix et qu'on va sur l'étiquette de composition, on s'aperçoit que ces deux jeans qu'on pensait si différents sont fabriqués dans les mêmes pays.

Bangladesh, Pakistan, Turquie, Vietnam, ce sont les pays au monde dont on fabrique le plus de jeans. Que ce soit des marques ou des enseignes de fast fashion, elles fabriquent dans ces pays-là, là où on sait les fabriquer en grande masse. Quand on fait du Made in France, on n'a pas les moyens d'acheter si peu cher, parce que sinon on n'a rien à raconter. Donc on préfère miser sur la fabrication locale, le savoir-faire, le récit local qu'on peut partager à ses clients. Et pour ça, on n'a plus de budget marketing puisqu'on investit dans la production, et donc on passe par des circuits courts.

Ce qui fait que le Made in France peut être compétitif, c'est de couper tous les intermédiaires de distribution et de vendre en direct ou avec peu d'intermédiaires de distribution. C'est pour ça qu'on fait moins de pubs, mais comme finalement on engage beaucoup les consommateurs par notre passion, par la visite d'usines, par les médias aussi, et bien en fait ce sont nos clients qui nous font la pub quelque part en démultipliant le bouche-à-oreille et en rendant nos jeans à peu près au même prix que les jeans de marque, alors qu'ils sont fabriqués dans des conditions bien meilleures.

16:19
Présentateur

C'est pour ça que c'est plus éthique en effet que finalement aujourd'hui sur la fast fashion.

16:22
Invité

Oui, moins vous mettez d'argent dans le marketing et dans la pub, plus vous en restez pour produire proprement.

16:27
Présentateur

Alors après vous avez aussi, il y a beaucoup de témoignages au 01, 45, 24, 7000. Il est vrai aussi, Julie Lannoy, sur ça c'est une chose assez juste et je pense dans laquelle la réflexion d'Alex, dans laquelle se reconnaîtront beaucoup de parents, il faut penser au fait que les vêtements coûtent cher et plus particulièrement quand on a des enfants, ça grandit vite. La fast fashion est pratique pour cela. Vous voyez aussi le message entendu, il est vrai qu'il y a un moment, ça grandit vite les enfants et il y a des marques aujourd'hui qui sont très solides, on ne va pas toutes les citer bien sûr, on n'a pas forcément le droit, qui sont très solides mais elles coûtent très cher.

C'est ça en fait le souci. Est-ce qu'on s'est fait avoir alors comme vous le dites depuis tout à l'heure par l'idée qu'un vêtement ça ne va pas coûter cher ?

17:09
Invité

Je pense qu'encore une fois on revient sur les habitudes, le changement de façon de fonctionner. Avant on se prêtait les affaires entre frères et sœurs, entre familles, l'équivalent du troc un peu. Aujourd'hui on a la seconde main en France, on a des Emmaüs, on a des ressourceries, on a Oxfam dans certaines villes. Moi je suis maman et je m'attache à ça, à aller leur acheter ce dont elles ont besoin. Et avec mes amis, on se prête des vêtements. Aujourd'hui il y a encore des marques, notamment pour bébés, qui fabriquent du 9 mois et le 9 mois c'est une hérésie.

Toutes les mamans qui nous écouteront savent que le 9 mois on ne le met jamais à des enfants et on continue pourtant à en acheter parce qu'on veut cocher la bonne case en tant que maman, d'avoir des choses pas tâchées, pas abîmées, pas reprisées. On va être un peu la mère parfaite, de nous déjà correspondre à ce qu'on nous demande d'être tout au long de la journée et d'avoir des enfants aussi à notre image. Donc je pense que là encore c'est un changement de réflexion qu'il faut avoir et se détacher de ça, de ces injonctions en fait, à réussir et à toujours produire plus.

18:23
Présentateur

Oui c'est ça. Et ce que nous dit aussi Daniel au 01 45 24 7 000, dans votre sens Julie, puisqu'elle nous dit, une fois qu'on se rend compte à la fois de la mauvaise qualité des tissus, de la façon et que l'on ajoute cela aux conditions de vie des ouvriers qui travaillent, on est écoeuré de ce monde de consommation et je tiens à signaler, nous dit Sylvie, que je ne roule pas sur l'or mais un vêtement de bonne qualité, un peu plus cher à l'achat, sera moins cher au final car durable, Claire Roussel, ça c'est une réalité.

18:48
Invité

Ah oui c'est une réalité absolue. Merci à Sylvie de souligner ça.

18:52
Présentateur

C'est une réalité sur le fait qu'à un moment ça doit durer et cette habitude aussi elle a été prise, on l'a vu, alors vous l'avez dit, au début des années 90, c'est ça, certaines marques on connaît bien, alors Zara, H&M et une troisième que je dois de citer, donc c'est, dites-moi. Qui a mis, qui a mis, qui a mis le nom. Je voulais voir si vous suiviez. Voilà, exactement.

19:16
Invité

Qui arrivez plus tard. Qui arrivez plus tard.

19:18
Présentateur

Et ça, et aujourd'hui, à votre avis, quand on voit des sondages qui nous disent oui, nous on a compris, en France, on achète beaucoup moins, et dans certains sondages, 46% des Français disent qu'ils font beaucoup plus attention maintenant à la fast fashion, est-ce que vous pensez que c'est vrai ou c'est un vœu pieux ?

19:34
Invité

Alors, encore une fois, c'est une question qui est assez complexe, je pense qu'on a une grosse diversité de consommation et peut-être même que ça se polarise un peu entre des gens qui réalisent les enjeux socio-écologiques qui sont en cours et qui décident d'essayer de consommer mieux, et des personnes qui n'ont pas forcément accès à ce genre d'informations puisque tout le monde n'a pas accès aux mêmes informations. On croit notamment, quand on est sur les réseaux, qu'on a tous les mêmes infos, pas du tout, on est un petit peu dans nos bulles. Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas conscients de l'impact de la fast fashion. Je dirais que pour le moment, c'est assez mitigé.

On peut constater qu'il y a beaucoup aussi de petites marques éthiques qui ont fermé l'année dernière parce que crise économique, mais aussi parce que manque de consommation éthique. Donc, le combat est loin d'être achevé et c'est pour ça que c'est important de légiférer. Après la loi qui, de toute façon, est en pause suite à la dissolution de l'Assemblée qui a été proposée sur la fast fashion, elle concernerait que des géants. Donc, plutôt Chine, mais pas trop du Zara et H&R.

20:27
Présentateur

On va en parler dans un instant, mais juste une dernière question au 0145 24 7000. C'est pour vous, Saveria Mendelas et Meryl qui nous dit que l'industrie du luxe aurait dû être faire de lance de l'écologisation, c'est ce qu'elle nous dit, de son secteur. Alors, leur conservatisme paraît honteux au regard de leurs moyens. Est-ce que vous pensez qu'en effet, ils n'ont pas montré l'exemple assez tôt, finalement ?

20:46
Invité

Je ne sais pas ce qu'on entend par conservatisme, parce que, par exemple, l'artisanat préserve les petites industries.

20:52
Présentateur

Il faut rappeler le luxe, c'est un artisanat.

20:54
Invité

Le luxe, effectivement, est composé de beaucoup de métiers d'artisanat. Les sacs de luxe, pour la plupart des marques de luxe, sont fabriqués dans de très bonnes conditions et sont totalement produits artisanalement. Oui, le luxe, mais le luxe, il faut différencier le prêt-à-porter de luxe et le luxe haut de gamme en haute couture. Là, tout à l'heure, on parlait des fashion week. Il n'y a pas plus de fashion week. Il y a plus de défilés et plus de collections. En revanche, on n'a toujours que quatre fashion week de prêt-à-porter.

Tout le reste, l'hiver, par exemple, il y a les marques françaises, on le label haute couture et on va faire de la haute couture, c'est-à-dire un vêtement sur mesure qui va coûter, alors c'est astronomique, les sommes sont astronomiques, mais qui va être conservé à vie et fait sur mesure et ensuite modifié en fonction de l'évolution du corps, disons gratuitement, vu le prix de départ. Et là, pour le coup, c'est accessible à 1% de la population, mais c'est extrêmement écologique. Donc, il faut catégoriser le luxe.

21:41
Présentateur

Oui, bien sûr. Allez, bien sûr, n'hésitez pas à participer, vous aussi, au débat de midi, au 01, 45, 24, 7000. Dans un instant, on va parler de cet ultra fast fashion qui s'est invité à l'Assemblée nationale cette année, et notamment autour d'un site que vous connaissez tous très bien. Mais pour l'instant, c'est Alain Chanfort avec Tout s'arrange à la fin. Le débat de midi. Jusqu'à quel point êtes-vous un consommateur ou une consommatrice de fast fashion ?

On en parle justement dans le débat de midi avec Julie Lanois, responsable des boutiques solidaires à Oxfam France, Thomas Hurrier, président de 1083, marque de vêtements éco-conçus et made in France, Claire Roussel, productrice du podcast Couture Apparente, et Saveria Mandela, qui est journaliste de mode pour Harper Bazaar, GQ, Madame Figaro, au 01, 45, 24, 7000, vous pouvez nous laisser vos notes vocales et vos messages, comme Laurence qui nous dit que c'est important de transmettre, avoir du style, évaluer la qualité. Une réflexion, un idéal, presque philosophique, nous dit-elle, une volonté de se projeter.

Ma petite fille âgée de 1 an porte certains vêtements made in France de sa maman, née en 1991. Bon, je ne sais pas si c'est ce qu'il y a de mieux. Mon petit-fils 3 ans porte les vêtements de son père. Idem pour certains jouets, mon petit-fils pédale à fond sur le tricycle en métal fabriqué en France de son père. Achetez peu, mais de la qualité durable qui de plus aura une histoire comme les meubles anciens, une sorte de transmission du patrimoine. Alors, je vais me faire l'avocat du diable. Claire Roussel, tout ça c'est très bien, de porter les vêtements de son père née en 1991.

Mais il y a un moment, quand on est adolescent, porter les vêtements de son père 10 ans plus tôt, on se dit que ce n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux au niveau mode, non ?

26:26
Invité

Oui, complètement. Il ne faut pas nier dans ce débat que le style, c'est aussi une façon de se présenter au monde. C'est un élément qui est hyper important. Après, comme on le disait tout à l'heure, les gens dans les années 80 avaient du style et ils n'avaient pas besoin de la fast fashion pour ça. On n'est pas obligé de porter les vêtements de ses parents. Quoique, moi je porte les vestes de mon père avec une grande joie. Mais il y a certaines générations, bon... Oui, mais en fait, c'est à ça aussi que servent les alternatives, comme la seconde main, par exemple, qui est...

C'est imparfait, mais ça permet d'avoir des alternatives qui peuvent dater de quelques années auparavant, qui nous permettent de créer notre propre style. On n'est pas obligé de suivre les tendances qui sont dictées par Chine, etc. Et en même temps, sans casser notre portefeuille, parce que quand on est ado, c'est normal, on a moins de moyens. En fait, ce qu'on comprend, c'est que, bien sûr, ça demande du temps et le temps, c'est un privilège. Mais globalement, on peut toujours chercher des alternatives à la fast fashion, être extrêmement stylé.

Moi, j'ai passé ma vie avec des copains au collège que je trouvais absolument incroyablement habillés et ils allaient juste dans des petites fripes, quoi.

27:22
Présentateur

C'est ça. Alors, Julie Lannoy, cette année, on en a beaucoup parlé, de la fast fashion et même de l'ultra fast fashion. Alors, l'ultra fast fashion, c'est vraiment... C'est encore moins cher que la fast fashion. C'est en effet des boutiques qu'on trouve beaucoup sur Internet. La plus emblématique étant Chine. Il y a Temu aussi une députée horizon, donc, qui a décidé de porter cette voie pour essayer de lutter contre. C'est une loi qui a été adoptée à l'Assemblée nationale, qui est actuellement en discussion au Sénat. L'application, normalement, devrait être en partir de janvier 2025. Notamment, la grande idée, c'est un malus. Un malus par rapport aux bénéfices que font ces très gros groupes.

Il faut le rappeler quand même. Chine, c'est des milliards et des milliards de bénéfices. Est-ce que, pour vous, cette loi va dans le bon sens ? Et vous trouvez ça, enfin, que l'autorité publique se saisisse de ce problème, quelque chose de bénéfique et d'intéressant ?

28:12
Invité

Évidemment, c'est une très bonne chose. Parce qu'en fait, aujourd'hui, autour de cette table, on parle beaucoup des consommateurs, des citoyens, des Françaises et des Français. Sauf que tout ne repose pas sur les citoyens, mais aussi sur l'État, sur la loi. Et effectivement, il faut légiférer là-dessus. Et ce qu'elle permet, déjà, cette loi Fast Fashion, c'est de définir ce qu'est la Fast Fashion. Donc, de dire, à partir de telle quantité de production, vous faites partie de la Fast Fashion, à partir de telle matière que vous utilisez. Parce que la Fast Fashion, c'est quand même 70% de polyester. Le polyester, il faut le rappeler, c'est du plastique.

Donc, les gens portent du plastique et ça ne se recycle pas. Et donc, effectivement, cette loi permet ça, déjà, de dire ce qu'est la Fast Fashion et quelles sont ses conséquences. Et derrière, elle propose des solutions. Donc, un bonus-malus. L'idée, c'est de venir taxer ces marques qui font mal pour redistribuer cet argent, on l'espère, vers des marques made in France, des marques éthiques. Parce que ces marques éthiques, aujourd'hui, en France, c'est 3% des ventes du commerce.

29:17
Présentateur

Alors, juste, magie de la radio, c'est ce que c'est. Anne-Cécile, violente, députée à l'origine de cette loi, nous a écrit un message, parce qu'elle l'écoute en ce moment, donc on la salue. Donc, elle dit, je suis en train de suivre le débat de midi, je suis l'auteur de la loi contre l'impact environnemental de la Fast Fashion. Et je voudrais juste préciser que le principe pénalité bonus de la loi s'adresse bien à la totalité de l'industrie textile et non pas qu'à l'ultra Fast Fashion.

29:40
Invité

C'est ça, en fait, ça appartient à un sacré quota. C'est pour ça que les marques sont impactées.

29:44
Présentateur

Voilà, ils seront pénalisées en fonction de leur niveau de pollution, nous dit-elle, donc nécessairement plus, pour les moins, vertueuses. Donc, on imagine, en effet, l'ultra Fast Fashion dedans. Il est vrai que, Thomas Urias, vous pensez qu'il fallait faire une loi, véritablement, pour un peu réveiller le grand public là-dessus ?

30:04
Invité

Oui, complètement, enfin, réveiller le grand public et au-delà. Et au-delà, oui. Déjà, ce qui était remarquable dans cette loi, c'est qu'elle a été votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Et c'est suffisamment rare pour être signalé. Donc, ça fait vraiment un signal d'encouragement très fort pour le Made in France, parce que, du coup, il y a des malus pour les marques qui se comportent mal ou qui ont des stratégies de production délétères. Et il y a des bonus pour celles qui produisent proprement, localement. Et ça, c'est très encourageant. Après, on dit aux consommateurs d'acheter mieux, mais en fait, on sait que c'est crade.

Donc, en fait, nous, ce qu'on aimerait, c'est quelque part, la politique aille encore plus loin et interdise à distribuer en France ce qu'on sait qui est délétère pour le monde. Là, finalement, on dit aux gens, c'est pas bien, donc faites-le pas. Mais puisqu'on sait que c'est pas bien, finalement, est-ce que c'est pas de la responsabilité des pouvoirs publics de dire stop ? On interdit en France d'importer certains produits nocifs dans nos teinturiers et on autorise des vêtements utilisant ces procédés-là à être importés en produits finis. Ça n'a pas de sens.

Si on se dit que c'est mauvais pour l'environnement, que ce soit la matière première ou le produit fini, on devrait dire non, ça rentre pas et ça permettrait à une filière locale propre de se développer plus facilement.

31:06
Présentateur

Alors, Séverie Mandela, est-ce que juste pour les auditeurs qui ne connaîtraient pas, mais Chine, pourquoi c'est sous le feu des critiques à ce point ? Parce que, notamment, on en a beaucoup parlé au niveau de l'exploitation d'êtres humains.

31:19
Invité

Tout à fait. Oui, oui, ça rappelle. En fait, le scandale du Rana Plaza dont vous parliez tout à l'heure se reproduit tous les jours chez Chine. C'est des gens qui dorment sur place, qui n'ont plus que des nuits de une heure ou deux. C'est de l'exploitation humaine, clairement. C'est de l'esclavage moderne. Il y a cet aspect-là. Il y a aussi les aspects imitation. Zara et H&M sont également souvent accusés d'imiter des petites marques qui, en fait, n'ont pas la même notoriété ni le même budget. Et donc, ils savent qu'ils ne pourront pas être attaqués par les petites marques. Ils n'auront pas le budget avocat, tout simplement. Donc, il y a l'imitation.

Et puis, il y a aussi le système de tout, de la production jusqu'à la réception chez le consommateur.

32:00
Présentateur

Et justement, là, vous venez de nous dire un petit peu tout ce qui ne va pas, notamment chez Chine. Mais, il y a quelque temps, c'était en 2023, donc l'année dernière, cette marque a ouvert une boutique éphémère à Paris. C'était dans le Marais, donc vraiment au cœur de Paris. Et on se souvient, je ne sais pas si vous vous souvenez de ces images d'une queue, mais alors incroyable, incroyable, incroyable. Eh bien, on va voir pourquoi, justement, les gens ont décidé de faire la queue chez Chine. Et qu'en pensent les passants en voyant cette queue devant ce magasin d'Ultra Fast Fashion ?

32:31
Invité

Alors, chaussures, elles sont à 12 euros et la brassière à 11,49. On ne peut plus. Quand on voit qu'ils vendent un jean 8 ou 9 euros, vous allez dans un magasin jean normal, c'est minimum 25 euros. Donc, c'est un peu dur.

32:46
Présentateur

Voilà, c'est un peu dur. On le voit, en effet, Claire Roussel, je ne sais pas si vous vous souvenez de ces images qui étaient assez impressionnantes et de voir qu'en effet, en 2022, là, je lisais que Chine avait été l'application de vente de vêtements la plus téléchargée aux Etats-Unis. Ça veut dire que depuis ce dont on parle depuis le début de cette émission, on a l'impression qu'on ne s'en sort pas parce qu'il y aura toujours un nouveau Chine, en fait, derrière.

33:08
Invité

Oui, là, on peut penser également au géant qui s'appelle Temu aussi. En fait, là, la question que soulèvent les gens, c'est encore une fois la question du prix et je pense que... C'est du pouvoir d'achat. Exactement. Mais comme on le disait très justement, je pense qu'il ne faut pas tout faire peser sur les consommateurs et consommatrices. C'est important de se poser la question de sa situation sociale et économique. Les gens sont des adultes, ils peuvent et doivent se questionner là-dessus. Ceci étant dit, pour les gens qui ont très peu de moyens, en fait, c'est aussi parce qu'ils sont manipulés par ces entreprises, comme on l'a dit depuis tout à l'heure, qui les incitent à suracheter.

On pourrait imaginer aussi qu'on permet une éducation aux vêtements, entre guillemets comme on pourrait dire. Par exemple, au collège, expliquer combien ça coûte de faire un vêtement, qu'est-ce qui se passe quand c'est très peu cher, ça veut dire qu'il y a potentiellement un autre enfant à l'autre bout du monde qui se fait exploiter. Pourquoi c'est important d'avoir des vêtements de bonne qualité pour ne pas être en danger physique, notamment avec les produits chimiques qu'on retrouve pas mal dans Chine ? Il y a plusieurs produits qui ont été interdits en Europe.

Donc, encore une fois, il s'agirait de redéplacer le projecteur sur qu'est-ce que les institutions peuvent faire, donc éduquer les consommateurs et consommatrices et qu'est-ce que les marques doivent faire ? Eh bien, tout simplement, être régulées et arrêter de faire n'importe quoi.

34:14
Présentateur

Voilà, je rappellerai selon le cabinet du Conseil Cantar, de Conseil Cantar, pardon, 2022, Chine est le premier lieu d'achat d'habillement des 15-24 ans. C'est ça aussi. Thomas Uriès, vous vouliez réagir ?

34:24
Invité

Oui, en fait, on parle souvent de la pauvreté et la fast fashion. S'il n'y avait que des pauvres qui achetaient de la fast fashion, ils ne feraient pas ces milliards d'euros de chiffre d'affaires. Donc moi, je suis en désaccord avec l'idée que c'est pour des questions de pouvoir d'achat. C'est qu'on n'achète que de pouvoir d'achat. On a quitté une consommation où on investissait dans ses vêtements. D'ailleurs, il y a 20, 30, 40, 50 ans, c'était pour certains leur seul patrimoine tellement c'était important. On le retrouve d'ailleurs dans les héritages quand on donne son patrimoine. Avant, il y avait plein de vêtements.

Maintenant, il n'y a plus rien parce qu'en fait, on a remplacé une consommation de qualité par une consommation de quantité. Et la fast fashion, elle n'est pas d'oeuvre avec Chine. Elle a 20, 30, 40 ans. Ces sons que vous donnez sur Chine, il y avait les mêmes il y a 15 ans sur H&M et sur Zara. Puis, il y avait les mêmes il y a 30 ans avec Kyabi. Oui, mais ce qui est

35:11
Présentateur

assez étonnant aussi, Thomas Urias, c'est que là, vous le dites en effet, mais le problème, c'est qu'on découvrait il y a 15, 20 ans.

35:17
Invité

Là, on sait ce qui se passe. Non, ce qui est nouveau, c'est qu'il y a 40 ans, il y avait la France qui était un champion industriel textile. Petit à petit, on est passé de champion industriel à champion de la distribution. Donc, les grandes enseignes de distribution françaises qui sont allées partout dans le monde, les Décathlon, la Grande Distrib, les Auchan, les Leclerc, les Carrefour, etc., ont amorcé la fast fashion. 40 ans plus tard, Chine arrive et qu'est-ce qui se passe ? Vous avez deux parties de la France, les champions de la distribution et les industriels qui se retrouvent victimes du même mal, Chine.

Donc, en fait, vous aviez deux adversaires locaux qui se trouvaient concurrencés, attaqués par un même adversaire extérieur. C'est comme s'il y avait des extraterrestres qui débarquaient dans le monde en pleine guerre froide entre les Russes et les Américains qui se combattent et qui se disent mince, mince, il faut qu'on salie des extraterrestres. En fait, c'est ça qui se passe avec Chine. Donc, ça nous polarise. En plus, c'est chinois, donc c'est pas bien. Quelque part, c'est loin de nous et donc, ça en fait le symbole parfait de tout ce qu'on veut plus. Mais en réalité, ce qu'on veut plus, ce n'est pas juste Chine. Bien sûr.

C'est la fast fashion et c'est la consommation de quantité et le cancer de notre planète. Julienne. Oui, depuis les années 90, c'est quand même 325 000 emplois qui ont disparu dans l'industrie textile en France. C'est des tas d'usines qui ont fermé, notamment dans le nord de la France. Et qui dit père d'emploi dit chômage, dit dans les villages des boulangeries qui ferment, des écoles qui ferment. Tout ça, ça appauvrit la France. Ça a baissé notre service proposé aux Français. On est allé délocaliser. Aujourd'hui, on profite des personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, des gens qui n'ont même pas un salaire vital.

Les personnes qui fabriquent les produits qu'on achète ici en France de fast fashion et ultra fast fashion, n'ont pas de quoi ni se loger, ni se nourrir, ni mettre leurs enfants à l'école. Et en plus, à 80%, c'est des femmes. Là encore. Et depuis le documentaire sur le front de Hugo Clément que vous avez certainement vu, il y a eu un peu une prise de conscience avec les 1138 morts du Rana Plaza, il faut quand même le rappeler, et plus de 2500 personnes blessées. Donc, il y a eu de l'investissement mis par ces sous-traitants pour refaire les usines. Donc maintenant, aujourd'hui, les gens travaillent dans des belles usines mais continuent à vivre aussi dans des bidonvilles.

Et ça, il ne faut pas l'oublier. Donc, c'est aussi une perte de savoir-faire et aussi à l'étranger, ce qui se passe, c'est vraiment... Enfin, il faut ouvrir les yeux là-dessus.

37:44
Présentateur

Stéphane Mendele, vous vouliez réagir ?

37:45
Invité

Oui, je voulais réagir concernant l'éducation des clients. En fait, on est dans un monde capitaliste, ce ne sont même pas les entreprises qui sont en train de manipuler les gens, c'est qu'on vit dans un système capitaliste où tout va toujours plus vite et à un niveau philosophique, la mode et ce qu'on porte est le reflet de cette obligation de tout le temps aller plus vite et donc de tout le temps changer, se renouveler, évoluer, être actif. C'est pour ça aussi que les gens achètent, c'est pour correspondre au monde dans lequel on est.

Et en fait, les gens qui ont un budget imaginant de 50 euros par mois pour les vêtements, ce qui est déjà pas mal, ce n'est pas le cas de tout le monde, s'ils arrêtent d'acheter de la fast fashion, ça veut dire qu'ils vont se marginaliser. Donc on est autour d'un paradoxe qui est que ceux qui se marginalisent sont les 1% qui peuvent se permettre en fait... Non, c'est vrai, ça veut dire sortir d'un système. Si on a envie d'être dans les tendances, on sort d'un système social à partir du moment où on n'achète plus. Avec 50 euros, on n'achète pas un jean de qualité et co-responsable. Avec 50 euros par mois, ça fait 600 euros par mois. Vous pouvez vous acheter 4 jeans de qualité par an.

C'est beaucoup drôle. Ça fait par an. C'est beaucoup drôle. Donc en fait, non, il y a vraiment matière. Quand on regarde les gens dans la rue, je veux dire, il n'y a pas la moitié de la population qui ringarde. Donc en fait, ce diktat de la mode, ce diktat de la mode où il faut tout le temps être à la pointe sur les magazines, non en fait, ça ne parle pas à plein de gens. Et en fait, la mode, c'est être soi. La mode, depuis la nuit des temps, c'est dire qui l'on est. Quand on était tous tous nus, qu'on vivait dans des grottes, qu'on était des femmes et des hommes préhistoriques. Ça n'est jamais arrivé. Ben si, quand on était des femmes et des hommes préhistoriques.

Non, il y avait déjà des parures en fait. Exactement. On n'avait pas besoin physiologiquement de se vêtir, mais identitairement, on avait besoin. Et en fait, la mode, c'est le plaisir d'être. Ce n'est pas le plaisir d'avoir. La fast fashion a remplacé le plaisir d'être, d'être soi, dans le plaisir d'avoir. C'est un système capitaliste plus global. Et ce n'est pas les magazines de mode qui disent qu'il faut changer de tendance. Les magazines de mode prennent des marques de luxe qui se renouvellent moins vite.

39:33
Présentateur

Oui, c'est ça. Il y a une chose aussi, nous dit-il aussi, Julie Lannoy, une chose aussi intéressante dans ces magasins, pour prendre le terme de fast fashion, notamment Grégoire qui nous dit, vous savez, chez Kiabi et HLM, ben moi, on peut trouver des grandes tailles que l'on ne trouve pas ailleurs. Des très grandes tables. Peut-être, je voyais Claire Roussel vouloir réagir parce qu'il est vrai que ça peut être aussi compliqué chez certains. Là, c'est vrai que c'est simple quand vous allez, vous avez toutes les tailles de S à XL, XXL. Ça paraît idiot, mais c'est très simple en fait à comprendre.

40:01
Invité

Non, absolument. Ça, c'est une nuance, je suis hyper contente que vous l'amenez dans le débat, c'est une nuance qu'on doit mettre absolument. Comme on le dit depuis tout à l'heure, ce n'est pas forcément qu'une question de pouvoir d'achat. On peut avoir peu de moyens et consommer éthique. Pour les personnes qui sont, comme on dit, grosses, on peut dire par exemple environ à partir d'un 46-48, c'est factuellement très compliqué, même si on a l'argent la fast fashion reste une alternative à ça parce qu'on décide que c'est une solution.

Là, c'est une question de par exemple, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas des façons, admettons par exemple, de l'État, qui financeraient des marques éthiques qui disent, ok, on produit correctement et on aimerait élargir jusqu'à du 54. En fait, ça demande vraiment de l'argent que ces petites marques n'ont pas. Pourquoi on n'a pas des programmes de financement ? En fait, c'est à nous de décider de créer les solutions. Donc, il ne s'agit pas de culpabiliser les personnes qui font des grandes tailles et qui sont shamed. Mais c'est juste qu'on doit effectivement adresser le problème à un niveau systémique.

40:53
Présentateur

Shamed mis à l'écart.

40:55
Invité

Exactement, pardon. Qui sont mis à l'écart. C'est la Gen Z qui parle. C'est vraiment important. Oui, c'est vraiment...

41:01
Présentateur

Je suis obligé.

41:03
Invité

Non, non, mais vous avez raison. Mais c'est vraiment important de parler de cette nuance parce que ces personnes-là ont besoin, évidemment, comme tout le monde, de se vêtir. Et c'est à nous de leur proposer, c'est à l'industrie de leur proposer des solutions.

41:13
Présentateur

Ça va, Amanda, vous voulez réagir ?

41:15
Invité

Oui, en fait, non, mais je m'interroge parce qu'effectivement, les grandes tailles sont sous-représentées alors que je crois que 58% des femmes font un 42 et le 42 n'est quasiment pas disponible chez Zara et autres marques de même type. On part du principe qu'il y a moins de clientes, disons, grande taille ou taille supérieure que ce qu'il y aura de 36-38 tout simplement parce que le système de production fait que les modèles sont faits sur des entre-deux, donc des ML. Et on évite ensuite de créer des machines ou autres qui permettraient de produire des modèles, en fait, adaptées à des corps différents par rapport à ce qui a été décidé dans les systèmes de production.

Mais du coup, les marques évitent pour ne pas avoir du surstock, évitent de faire des grandes tailles pour ne pas avoir sur les bras des stocks qui ne seraient pas achetés. Et comment on fait avec les nouvelles lois si les marques qui se lancent dans la production de grandes tailles finissent par avoir du surstock parce qu'elles seraient pénalisées ? Comment ça se passe ?

42:07
Présentateur

Thomas, il y a sur les grandes tailles aussi.

42:09
Invité

Oui, alors là, on touche toujours à un élément très intéressant, c'est que quand vous produisez un vêtement et que le lieu de fabrication est très loin en kilomètres et donc en temps du lieu de consommation, vous avez des camions ou des bateaux qui font circuler les vêtements de l'endroit où c'est fabriqué en Asie, par exemple, à l'endroit où c'est consommé en Occident. Du coup, ça met des mois à arriver ou des semaines. Toutes ces semaines, ça pousse les marques à prendre des risques puisqu'en fait, ce n'est pas immédiat. Vous vous dites, tiens, le jean rose, il va cartonner, donc j'en fais mille. Et puis en fait, vous n'allez pas en vendre mille.

Peut-être que vous allez les vendre en une semaine et vous vous dites, mince, j'en ai pas fabriqué assez ou peut-être que vous allez en vendre 100 et il va vous en rester 900. Et donc en fait, tant qu'on sera dans un système de production lointain du lieu de consommation, on prendra des risques, donc on produira du surstock. Par contre, quand on fait du Made in France, quand on produit localement, qu'il y a donc peu de distance et peu de temps entre le moment où on fabrique et le moment où on consomme, alors il n'y a pas de risque de surstock. C'est pour ça que le Made in France est une opportunité aussi pour la consommation dans des tailles extrêmes ou dans des tailles pas standards.

C'est qu'en fait, nous, ça ne prend pas de risque de stock en fait. Nous, on fait 13 demi-tailles par modèle multipliées par 4 longueurs de jambes. C'est-à-dire que par rapport à un t-shirt, vous avez SML XL, un jean, vous avez 15 x 4, 60 tailles au modèle. D'accord. Et ça, on le peut parce que c'est du local, parce que c'est à côté.

43:25
Présentateur

Allez, on va continuer à parler de vêtements, de fast fashion, d'ultra fast fashion dans un instant, dans le débat de midi. Ça sera juste après. Romy et Enjoy Your Life. Le débat de midi. Le débat de midi, nous parlons fast fashion, ultra fast fashion, bref, vêtements, même si on n'en porte pas beaucoup parce que c'est l'été. Il est temps aussi de se dire qu'à un moment, ça sera l'automne et il va falloir s'habiller. Bref, en tout cas, au 01 45 24 7000, vous êtes nombreux à nous poser des questions et notamment Lise.

Donc, bonjour adolescente, je me demandais comment savoir à qui me fier avant d'acheter entre le luxe qui utilise parfois les mêmes méthodes de production et la seconde main par Vinted, application qui, selon moi, accorde une grande partie des bénéfices des ventes et peu de reconnaissance envers l'utilisateur-vendeur. Comment faire ? Un label de qualité est-il envisageable ? Julie Lannoy, vous êtes responsable des boutiques solidaires à Oxfam France. Ça, c'est vrai que ça revient souvent dans les questions de le label de qualité. Par exemple, même chez Oxfam, vous-même, vous garantissez une qualité ?

48:26
Invité

On ne peut pas garantir une qualité parce qu'aujourd'hui, nos magasins, c'est des dons, des dons des particuliers qui passent la porte de nos boutiques pour nous faire don de leurs vêtements, chaussures, accessoires. On a aussi des bouquineries, je précise. On fait aussi de la culture de seconde main même si aujourd'hui, ce n'est pas le sujet. Mais, donc, on n'est jamais, enfin, ce n'est pas nous qui faisons la qualité des produits qu'on reçoit. Après, tout n'est pas, on n'est pas obligé de tout faire sur Internet. On peut aussi repasser le pas de la porte des boutiques et des boutiques des ressourceries, des boutiques des maïus, des boutiques de friperies, même privées.

Il y a des entreprises qui se sont lancées dans la friperie privée parce que c'est un secteur qui est porteur aujourd'hui, le vintage. Et donc, la qualité du vêtement, se réapproprier, le toucher. Pour les vêtements neufs des marques éthiques, c'est être labellisé GOTS, notamment pour le coton. C'est des choses comme ça qui sont importantes, qui peuvent s'apprendre, on peut s'éduquer. Sur le site d'Oxfam, on écrit plusieurs articles sur la mode éthique, la slow fashion, etc. On donne des conseils, on donne des ressources sur Instagram aussi.

Donc, c'est vrai que c'est aux citoyens de faire cette démarche-là, mais déjà, de repasser le pas des boutiques en physique, de demander conseils, de s'interroger et d'aller vers les personnes qui sensibilisent les Françaises et les Français à ces questions, c'est important. Malheureusement, aujourd'hui, il faut s'éduquer soi-même, c'est ce que vous disiez. Donc, il faut connaître les labels, se renseigner sur la marque, ne pas forcément se faire avoir par ces vidéos un peu de greenwashing, mais aller plus loin, regarder quels sont les produits, les textiles. Et il y a aussi connaître l'histoire de la mode. Si on veut acheter en seconde main, c'est déjà de toute façon plus éco-responsable.

Et après, si on veut acheter du vintage, connaître l'histoire de la mode, c'est aussi savoir que si on achète par exemple du Yves Saint-Laurent datant des années 70, c'était certes déjà du prêt-à-porter, mais ce sera du prêt-à-porter de qualité qu'on peut garder et voir transmettre dans sa famille.

50:22
Présentateur

Et quand vous dites en effet, il faut faire attention aux campagnes publicitaires, c'est vrai que les marques de ultra-fash fashion sont très très offensives, notamment sur les réseaux sociaux. Un mot aussi, Thomas Jauriez, il y a un dénommé, je ne sais pas si c'est fait exprès, jeu de mots peut-être, Kenzo, sur 0145 24 7000, qui nous dit aujourd'hui, serait-il possible de relocaliser l'ensemble

50:41
Invité

de la production textile en France ? Alors, ce n'est même pas notre rêve. Si vous voulez, aujourd'hui, on vend 50 000 jeans, on est les champions du jean made in France. C'est 50 000 jeans, ce qui est extraordinaire pour nous, parce qu'on a démarré il y a 10 ans, on en faisait zéro. Il n'y a plus un seul jean fabriqué en France il y a 10 ans. Aujourd'hui, on a à peu près 100 000 dont la moitié, c'était 1083. Mais le marché français, c'est 67 millions de jeans vendus chaque année en France. Donc en fait, quand on fait 50 000 jeans sur 67 millions, l'ambition n'est pas de faire 67 millions. On est déjà plus de 300 emplois directs et indirects derrière ces 50 000 jeans.

Si demain, on représente 1%, 2%, 10% de ces 67 millions, ça fait des milliers d'emplois. Donc notre ambition, ce n'est pas de faire de zéro ou 100, c'est de progresser en fait. Et il y a des outils pour ça, les labels, en effet. Dans le made in France, il y a le label Origin France Garantie qui permet aux consommateurs de certifier que ce que raconte la marque, c'est vrai. Parce que ce qui est terrible, c'est que vous regardez le site de H&M et vous regardez le site de 1083, on dit la même chose. Franchement, vous avez peur du réchauffement climatique, allez faire un tour sur les sites de marques de mode, vous allez être rassuré. Tout le monde est merveilleux.

Tout le monde est éthique et en fait, c'est dramatique. Donc en fait, puisque tout le monde dit la même chose, le seul moyen qui nous reste pour partager notre sincérité, c'est de faire visiter nos ateliers, c'est de se rendre compte sur place et finalement, la durabilité la plus importante, je ne suis même pas sûr que ce soit la durabilité matérielle parce que quand on voit tous les vêtements qui sont jetés chacun en France, les vêtements sont en bon état parce qu'on les porte peu en fait, on est tellement peu attaché à ces vêtements qu'on n'achète pour rien qu'en fait, on les jette en bon état.

Les vêtements qu'on use physiquement sont ceux qu'on aime et c'est pour ça que c'est important de retrouver le plaisir de la qualité, c'est qu'en fait, un vêtement n'aura la chance d'être usé physiquement que si on l'aime et donc pour ça, ça veut dire s'y engager et pas acheter du jetable.

52:23
Présentateur

Un petit mot aussi Claire Roussel par rapport à ce que disait Gilles Lanois, ça veut dire retourner en boutique physique parce qu'on voit qu'aujourd'hui, on achète énormément via internet puis après on renvoie aussi puis on reprend, enfin bref, voilà. Est-ce que c'est aussi internet a changé la donne pour l'ultra fashion, pour le côté fashion, est-ce que ça a changé la donne à partir du moment où on pouvait tout avoir chez soi ?

52:43
Invité

Oui, absolument. Alors internet, ça a changé la donne dans beaucoup d'aspects. Déjà, il y a une perte d'attachement aux vêtements en tant qu'objet donc on ne peut pas voir sa qualité, etc. Essayer les coupes pour être sûr que ça nous va bien et ne pas faire des retours inutiles mais aussi au niveau du développement de l'industrie de la fast fashion. Quand on voit à la fin des années 90, début des années 2000, Zara, HM, etc., c'était des entreprises en boutique qui, je simplifie, copiaient les tendances sur les podiums et les donnaient à bas prix. Petit à petit, il y a des players, il y a des intervenants dans le marché comme Asos, Missguided qui ont commencé à se digitaliser.

Ils n'avaient plus forcément besoin de boutiques en dur au courant des années 2000 et maintenant, ce qu'on appelle l'ultra fast fashion, en fait, c'est simplement l'extension de ce système. C'est-à-dire Shein, Temu, par exemple, qui sont ultra digitalisés, ils ont des boutiques ponctuelles qui arrivent, par exemple, en France, ils sont principalement sur Internet et donc, effectivement, en deux clics, on a des vêtements à portée de main. Mais en plus, cette digitalisation, ça leur permet d'être addictifs. Pourquoi je dis ça ? Parce qu'en fait, ils utilisent des mécanismes sur leurs applications et sur leurs plateformes qui donnent envie aux consommatoristes de rester dessus.

Des mini-jeux, des points de loyauté. Oui, tout à fait. Et notamment aussi via les réseaux sociaux. Temu, ils investissent 500 millions par trimestre dans le marketing, donc l'influence, les pubs digitales, etc. Et effectivement, même si Internet a beaucoup de qualité, ça a aussi permis à la fast fashion de se développer et de s'ancrer dans nos vies quotidiennes.

54:08
Présentateur

Allez, ça doit se terminer. En tout cas, prenez votre machine à coudre. Je suis sûr que vous en trouverez une dans votre placard et ensuite, faites vos propres vêtements. C'est encore ce qu'il y a de mieux, je pense. Merci beaucoup. En tout cas, Julie Lanois, Thomas Uriès, Claire Roussel et Saveria Mendea d'être venus débattre autour de la table du débat de midi sur France Inter. Une émission préparée par Lison Chambre, Cyrine Bagnonès et Caroline Prota. Merci également à Alexandre Bigot, Raphaël Beauduret, Ibanez à réalisation. Etienne Bertin à la programmation musicale. C'était Thierry Dupin aujourd'hui à la technique également Thomas Allard.

Alors demain, on va changer un peu d'ambiance parce qu'on va se poser cette question est-ce qu'on aime vraiment nos vieux ?

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Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada