Valérie Pécresse : "Est-ce que vous voulez la République ou est-ce que vous votez contre la République ?"
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France Inter, le 7-9.
Et je vous salue Valérie Pécresse, merci d'être à notre micro ce matin. Présidente sortante de la région, candidate à votre propre succession. Vous êtes arrivé en tête du premier tour, 35,9% des voix. La presse essaye ce matin encore Valérie Pécresse de comprendre les raisons et les ressorts de l'abstention massive au premier tour des régionales. Je redonne les chiffres, 66% pour la France, 69% en Ile-de-France. Quelle analyse faites-vous du phénomène ? Campagne réduite à pas grand chose à cause de l'épidémie, traitement médiatique de l'élection, crise des politiques et de l'offre politique qui ne donne tout simplement pas envie aux électeurs d'aller voter ?
Moi je dirais surtout qu'il y a eu une absence totale de publicité sur cette élection qui était volontaire de la part du gouvernement, qui voulait zapper ce rendez-vous démocratique. Personne n'a fait la campagne officiellement pour dire à quoi servait un département et à quoi servait une région. Et bien la région, ça sert à quelque chose. Et les franciliens s'en sont rendus compte pendant la crise Covid. Ils s'en sont rendus compte quand il y a eu les grèves des transports, qu'il a fallu rembourser le Navigo, quand il faut faire des bras de fer avec la SNCF, avec l'État pour obtenir le renflouement des transports.
Je rappelle qu'il y a aujourd'hui un milliard trois de trous dans la caisse des transports en Ile-de-France. Donc oui, la région sert à quelque chose, elle sert à leur quotidien. Et puis il y avait des sondages qui étaient un peu trompeurs, qui donnaient les sortants largement en tête. Ça a pu démobiliser dans une région où les franciliens rêvent de partir en week-end, parce qu'ils ont été confinés dans des tout petits appartements. Donc je leur dis, c'est important de voter dimanche.
Si on écoute Julien Bayou, il ne rêve pas seulement de partir en week-end, il rêve de partir tout court de la région.
Il rêve de quitter Paris, ça c'est vrai. Vous le savez que depuis cinq ans, Paris perd 12 500 habitants par an. C'est une ville qui est aujourd'hui trop chère, qui est en plus source d'insécurité, de saleté, qui est aussi contre la voiture. Donc les familles quittent effectivement Paris. Ça c'était pour Aline-Légo ? Mon projet, c'est une région accueillante, y compris en Grande Couronne. Et depuis le début, j'ai rééquilibré les investissements de l'Ile-de-France au profit notamment de la campagne près de Paris, pour pouvoir accueillir ces Parisiens, ces habitants de la zone dense, qui veulent un peu plus de verre, un petit peu plus de qualité de vie.
Avec près de 36% des suffrages au premier tour, vous faites 5,5 points de plus qu'en 2015, Valérie Pécresse. Pourtant, quand on regarde en nombre de voix que vous avez réunies, on remarque que vous en avez perdu presque 200 000 sur la même période. Vous allez me dire que c'est la faute à l'abstention. Mais vous n'avez pas beaucoup de réserve de voix pour le second tour. Reconnaissez-vous être dans une situation plus délicate que Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France ou Laurent Wauquiez en Auvergne et en Alpes ?
D'abord, ce qu'il faut que les Français comprennent, parce que personne ne leur a expliqué le mode de scrutin, c'est qu'au deuxième tour, en Ile-de-France, c'est une fausse cadre angulaire. Parce qu'en réalité, c'est la liste en tête qui aura une prime majoritaire. Donc la liste en tête en Ile-de-France dirigera la région. Donc ça va être un choix. C'est une fausse cadre angulaire, c'est un vrai duel. Un duel entre Julien, Bayou et moi.
Il y a la Rassemblement National également, mais ça...
Non, non, non, c'est un duel. Parce que quand vous êtes à 13 et que vous n'avez pas de réserve de voix, que ce soit 12 comme la République en marche, vous ne pouvez pas jouer. Donc aujourd'hui, c'est vraiment un choix de société. Entre vous et la liste de gauche, c'est ça ? Et une alliance. Une alliance où j'estime que le Parti Socialiste a perdu son âme. Une alliance entre les socialistes, les Verts et Générations, qui comme le dit Madame Hidalgo, ont un problème avec la République, et les Insoumis de M. Mélenchon.
Et je comprends le désarroi des sociodémocrates, des républicains sincères de gauche, qui ne comprennent pas cette alliance avec une gauche qui défend les réunions racisées, une gauche qui a perdu sa boussole républicaine. Et d'ailleurs, vous l'avez vu hier, Amine Al-Khatmi, le président du printemps républicain, socialiste, a dit « Je voterai pour la première fois à droite dimanche ».
Julien Bayou, qui était à ce micro il y a quelques instants, vous reproche d'être, je le cite, une piètre gestionnaire qui promet des sommes folles sans lien avec le réel. Il cite la Chambre régionale de la Cour des comptes qui a montré qu'avec vous, Valérie Pécresse, le taux d'exécution du budget d'investissement est tombé en 4 ans de 72 à 58%. Pour chaque euro voté, seuls 58 centimes arrivent sur le terrain, dit-il. Que lui répondez-vous ?
Que ce rapport date de 2018, qu'il parle du début du mandat, où effectivement il fallait que je remette tout en marche, que nous avons exécuté le budget 2019 et 2021 à plus de 98%. Donc nous avons une gestion absolument exemplaire qui est d'ailleurs saluée par tous. Nous sommes une des régions les mieux gérées trans. Donc il manque quand il dit ça ? Nous nous sommes désendettés. Il prend un rapport qui est un rapport périmé. Aujourd'hui, nous nous sommes désendettés, nous avons baissé les impôts et nous faisons le plan de relance le plus important de France avec zéro augmentation de dettes. C'est ça la gestion. Je voudrais parler un petit peu de la gestion que propose M.
Bayou puisqu'il propose donc la gratuité pour les moins de 25 ans dans les transports.
Nous avons 1,3 milliard... Pour les moins de 25 ans précaires.
A-t-il précisé ce matin ? A l'instant. Ah, alors peut-être... Le problème c'est qu'il change de programme comme de chemise et tous les jours ça change. Donc on va attendre effectivement de connaître sa mesure pour pouvoir la chiffrer. Mais je rappelle que nous avons déjà 1,3 milliard de trous dans la caisse. Donc la gratuité pour les moins de 25 ans c'est 750 millions d'euros. Donc 2 milliards de trous dans la caisse. C'est pas avec ça qu'on va investir pour rénover les RER pour prolonger les lignes de métro ou pour acheter des bus propres. D'ailleurs, ça prouve quoi ? Ça prouve que les vrais écologistes les écologistes des résultats c'est nous. M.
Bayou essaye de faire oublier son bilan calamiteux parce que quand nous sommes arrivés en 2016... Son bilan calamiteux... Oui, parce que M. Bayou n'est pas un perdraux de l'année. M. Bayou était conseiller régional dans la précédente mandature. Il était au pouvoir. Et nous étions la région dernière en matière d'agriculture biologique. Dernière en matière de pollution de l'air. Dernière en matière d'énergie renouvelable. Depuis que je suis arrivée, on a fait le tournant de l'écologie.
Donc l'écologie c'est la droite c'est plus Europe Écologie des Verts. L'écologie des résultats
c'est la droite écologiste. Et d'ailleurs, je le prouve puisque Yann Verling, figure de l'écologie, ancien secrétaire général des Verts, Antoine Wechter, Christophe Madrol, le président de l'association Respire Olivier Blond, m'ont rejoint parce qu'ils disent qu'eux ce qu'ils veulent c'est que l'écologie ne soit pas la propriété d'un parti mais que l'écologie ce soit des résultats. Ils disent les résultats c'est nous. Le plan vélo, c'est nous. Le RER vélo, c'est nous. Mais pardon d'être fier de mon bilan et pardon d'être fier aussi de mon projet qui est très ambitieux en matière de transition écologique.
Autre critique émanant cette fois du Rassemblement National de Jordan Bardella. Il dit que vous avez, je le cite, accompagné le développement du fondamentalisme dans notre pays. Il vous accuse, vous et plusieurs maires de droite, de laxisme, de compromission avec les islamistes notamment en Seine-Saint-Denis voire même cette nouvelle expression d'islamodroitisme. Vous répondez quoi ?
Je réponds à M. Bardella qu'il a perdu toute crédibilité et sur la sécurité et sur la laïcité quand il a refusé de voter le bouclier de sécurité que j'ai mis en place. M. Bardella a voté avec M. Mélenchon contre le bouclier de sécurité et il a voté une deuxième fois avec M. Mélenchon, les amis de M. Mélenchon, quand il a refusé de voter la charte de la laïcité que j'ai mise en place en 2016 que M. Bayou non plus n'a pas voté. Alors l'observatoire de la laïcité, permettez-moi de dire, c'est de la rigolade. Nous, on n'observe pas la laïcité.
On fait une charte qui nous permet de ne pas verser un euro de subvention régionale à une association qui ferait du prosélytisme et notamment des associations qui étaient gangrénées par la radicalisation islamiste. Vous le savez, on avait eu des alertes notamment dans les clubs sportifs.
Les lycées, Valérie Pécresse, c'est votre périmètre, c'est le périmètre de la région. Vous avez vous-même reconnu il y a quelques jours quand vous étiez à ce micro que c'était dans votre bilan peut-être le point faible. Vous n'aviez pas été assez vite dans la rénovation des lycées. Qu'est-ce que vous allez faire ? D'ailleurs, Julien Bayou juste avant a dit les lycées sont dans un état minable. Qu'est-ce que vous allez faire pour rénover les lycées ? Mais là encore,
pardon de le répéter, c'est la honte de la gauche, l'état dans lequel ils m'ont laissé les lycées. En 2016, j'arrive, 200 lycées vétustes, 20 000 lycéens dans des préfabriqués. Alors oui, en 6 ans, on ne peut pas réparer 17 ans d'abandon. Mais on a fait beaucoup. D'ailleurs, à la rentrée, nous ouvrons deux nouveaux lycées à Palaiso, à Pierrefitte, construits en moins de 4 ans. Nous avons divisé par deux le télé de construction. Nous gérons 1000 chantiers. Ça n'est pas facile. Et beaucoup de professeurs et d'élèves aujourd'hui vivent dans les chantiers. Je m'en excuse, mais c'est ça, le prix à payer pour avoir des lycées neufs.
Avant, quelques questions à échelle nationale, Valérie Pécresse. Le fait que La République En Marche maintienne sa liste pour ce second tour, est-ce que vous le regrettez ? Est-ce que vous appelez les électeurs LREM à venir voter pour vous ?
Je suis le seul rempart contre cette gauche extrême. Voilà. Et je le dis à tous les franciliens qui n'ont pas voté pour moi au premier tour ou qui se sont abstenus en pensant que c'était déjà gagné. Ça n'est pas gagné. Ça se jouera au deuxième tour. Le deuxième tour est une nouvelle élection.
Vous n'êtes pas sûr de gagner la région, là, ce matin ?
Mais l'abstention est tellement forte et tellement de gens pensent que c'est fait qu'effectivement, j'appelle à la mobilisation, à la mobilisation de tous les républicains sincères. Qu'ils aient voté pour moi, qu'ils se soient abstenus parce qu'aujourd'hui, il faut faire rempart aux idées de M. Mélenchon. Et d'ailleurs, je remarque que Carole Delga en Occitanie, que d'autres présidents de région, eux, ont eu le courage de dire « Cette gauche-là n'est pas la mienne et je ne m'allierai pas avec elle. »
Ce n'est pas M. Mélenchon qui est votre opposant, Félai Pécresse. Non, mais Mme Mota
qui n'a pas critiqué ses propos complotistes de la semaine dernière qui étaient des propos ignobles. Surtout dans une région comme la nôtre, tellement frappée par le terrorisme.
On en parlait dès hier avec Rachida Dati qui était à votre micro dans une forme particulièrement je dirais carchérisante. Votre parti LR a désormais... Ce n'est pas mon parti, je suis une femme libre qui a quitté les attaques partisanes. Vous avez raison. Oui, mais c'est important, Mme Salamé, de dire que c'est en femme libre que je me présente. Certes, vous êtes en femme libre que vous vous présentez au régional et peut-être après au présidentiel. Ce qui est certain, c'est que la droite a un problème de riche. Vous êtes à l'issue de ces régionales. Si vous gagnez, bien entendu, je mets ainsi. Il y en a trois potentiels.
Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez et vous, ça va être compliqué de départager.
Eh bien, on ne doit pas se plaindre. Moi, ça fait des semaines que je dis qu'il y a une Dream Team de droite qui est dans les régions. Pourquoi une Dream Team ? Parce que, vous l'avez dit, s'il y a autant d'abstention, c'est parce que les Français demandent beaucoup plus, beaucoup plus de résultats. Ils attendent de leur politique un vrai bilan. Et le bilan, les résultats, ils sont dans les régions. J'ai 68% des Franciliens qui sont satisfaits de mon bilan. J'en suis fier parce que ça montre à tous ceux qui ont une défiance vis-à-vis de la politique que, oui, on peut gérer dans la bienveillance contre un sans-sectarisme une région de 12 millions d'habitants.
Hier, j'étais à Alfortville parce qu'effectivement, c'était l'épicentre des inondations qui ont déferlé à cause du dérèglement climatique. J'étais à Alfortville avec le maire socialiste d'Alfortville et nous discutions ensemble de comment nous allions pouvoir à partir de dimanche reconstruire sa ville. C'est ça ma conception de la région Ile-de-France. Une région réconciliée dans laquelle chaque commune, chaque maire a le droit à la même attention et chaque citoyen a la même dignité.
Pour prolonger la question de Léa, on sait que les candidats putatifs de la droite seront départagés par un sondage auprès de 15 000 personnes. C'est vraiment une bonne idée, ça ? Ce n'est pas un peu baroque ?
Mais écoutez, moi ça ne me concerne pas. Aujourd'hui, vous l'avez compris, l'enjeu, il est trop important. C'est en Ile-de-France un choix de société. Est-ce que vous voulez la République ou est-ce que vous votez contre la République ? Et ce choix-là,
il faut que les Franciliens le fassent. C'est carrément ça. Votez pour vous c'est la République, votez pour les autres c'est contre la République.
Mais écoutez, demandez à Carole Delgasse qu'elle en pense, demandez à Alain Rousset, demandez pourquoi il ne s'allie pas avec cette gauche qui est aujourd'hui indigéniste, racialiste et qui a perdu ses valeurs universalistes. Si vous perdez dimanche Valérie Pécresse, vous vous retirez de la vie politique ? Absolument, ce sera stop
ou encore Pécresse. Stop ou encore Pécresse. Absolument. Merci.
Merci beaucoup Valérie Pécresse. Je rappelle que vous êtes la présidente sortante de la région Île-de-France, candidate à votre propre succession. 35,9 pour le score au premier tour.
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Valérie Pécresse