Nicolas Sarkozy condamné : «C'est un séisme pour notre pays», réagit Eric Dupond Moretti
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:10OuverteÉludée
Comment avez-vous reçu et compris le jugement de Nicolas Sarkozy ?
- 0:20OuverteÉludée
Est-ce que vous avez des choses à dire sur ce qu'on a compris et qu'on n'a pas peut-être compris de ce jugement ?
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Mais moi, je vous ai entendu dire que vous l'aviez lu ?
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Pourquoi êtes-vous impatient de les lire ?
- 1:40OuverteRéponse directe
Une question sur, justement, ces décisions de justice qu'on ne commente pas.
- 3:03OuverteRéponse directe
Puisque vous en parlez, on va en parler tout de suite.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:28Invité politiqueFait
« C'est un séisme pour notre pays. »
- 4:45Invité politiqueFait
« La sanction qui lui a été infligée ? Aucune. »
- 12:10Invité politiqueFait
« Quand il veut supprimer le sursis, il ne m'a pas demandé conseil. »
- 12:28Invité politiqueFait
« On ne peut pas enfermer les gens, jeter la clé. »
- 13:19Invité politiqueFait
« Vous craignez pour l'état de droit en France ? Évidemment. »
Temps de parole
- Invité politique76 %
- Présentateur24 %
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Éric Dupond-Moretti, merci de venir parler aux auditeurs de Radio Classique et bonjour. Bonjour. Comment avez-vous reçu et compris le jugement de Nicolas Sarkozy que vous avez lu très attentivement, il y a 380 pages environ ? Est-ce que vous avez des choses à dire sur ce qu'on a compris et qu'on n'a pas peut-être compris de ce jugement ?
Excusez-moi, mais je n'ai pas lu cette décision, comme beaucoup de ceux qui en parlent.
Mais moi, je vous ai entendu dire que vous l'aviez lu ?
Non, je ne sais pas où vous avez entendu.
Ah, mais dans une interview ?
Non. Ce week-end ? Je crois que vous vous trompez. Je suis encore maître de mes mots. Je n'ai jamais dit que je l'avais lu. J'ai dit au contraire que c'était difficile pour moi de commenter une décision, à raison du fait que je n'en avais pas pris connaissance, et à raison du fait que l'ancien garde des Sceaux ne voulait pas commenter les décisions de justice. Vous savez, les décisions de justice, eh bien, elles doivent faire l'objet d'une motivation. Moi, je ne sais pas ce qui a motivé les juges. Ce que j'ai dit, en revanche, c'est que j'attendais, avec beaucoup d'impatience, de curiosité, de lire les motivations qui concernent l'exécution provisoire et le mandat de dépôt.
Voilà strictement ce que j'ai dit.
Pourquoi êtes-vous impatient de les lire ?
Parce que, comme tout le monde, je suis ému à l'idée que l'ancien président de la République se retrouve en prison dans quelques jours. C'est un séisme pour notre pays. Qu'on aime Nicolas Sarkozy, qu'on le déteste, que l'on soit proche de lui politiquement ou pas. Alors, ça n'est pas rien. Ça n'est pas n'importe quel événement.
Une question sur, justement, ces décisions de justice qu'on ne commente pas. Guillaume Tabard, dans son édition réelle, disait, mais non, au contraire, on peut les commenter. C'est devenu quasiment une phrase un peu commune de dire, je ne commente pas, que la justice fasse son travail. En fait, on les commente quand on a envie.
Mais ça dépend comment on les commente. Il faut que ce soit fondé. Moi, j'ai critiqué âprement ceux qui avaient initié une procédure totalement scandaleuse contre moi. On va y venir. Mais j'ai donné des noms et j'ai dit pourquoi, de façon très, très, très précise. Jeter l'anathème de façon générale, c'est scandaleux. Parce que ça désingue l'état de droit dont on a besoin. Pardon. Quand Mme Le Pen, par exemple, fait critiquer par ses séides la décision de justice qui la concerne, au motif que la présidente aurait eu la vocation de devenir magistrate, parce qu'elle avait vu un reportage sur Eva Jolie, franchement, on marche sur la tête. On est chez les fous.
Parce que ça veut dire que demain, tous ceux qui sont condamnés et qui ne souhaitaient pas l'être, ce qui est quand même la grande majorité des justiciables, vont pouvoir dire « Mais alors, moi, mon juge me hais. Moi, mon juge ceci, mon juge cela. » Et dans le livre, justement, j'évoque toutes ces questions de politisation, de syndicalisation de la magistrature.
Puisque vous en parlez, on va en parler tout de suite, quitte à revenir sur cette condamnation de Nicolas Sarkozy ensuite, vous dites dans le livre, en fait, c'est pas la syndicalisation des magistrats qui, moi, me pose problème. C'est plutôt le corporatisme, en vérité. Vous dites, il peut y avoir des très bons magistrats syndiqués et des très mauvais, des pas syndiqués qui sont mauvais et des très bons. En bref, c'est pas ça le sujet. Le sujet, c'est une corporation.
Alors, le corporatisme, elle, entre soi, ça existe. Je vais vous donner deux exemples de cela. Quand je suis arrivé au ministère, sur les 2500 plaintes déposées par les justiciables qui s'estimaient maltraitées, aucune, je dis bien aucune d'entre elles, n'avait donné lieu à sanctions. La procédure était d'ailleurs très compliquée. Moi, je l'ai simplifiée. Et aujourd'hui, d'ailleurs, les premières sanctions tombent. Sanctions à la suite de saisines directes de justiciables. Sanctions de magistrats ? Oui. Moi, je suis celui qui a le plus saisi le Conseil supérieur de la magistrature pour que des magistrats, qui n'ont pas fait leur travail comme ils devaient le faire, soient sanctionnés.
Comment vous l'expliquez ? Les policiers, on les sanctionne, les enseignants aussi, et les magistrats ne sont jamais sanctionnés.
Les juges sont jugés par les juges. Donc, même si l'on dit que le Conseil supérieur de la magistrature n'est pas composé que de magistrats, mais je vais vous donner un exemple topique. PNF 2014, c'est Mme Oulette qui est à la tête du PNF. Et l'enquête administrative, que l'on m'a tellement reproché d'avoir ordonnée, c'est ce qui a fondé les poursuites contre moi d'ailleurs, dit qu'elle a manqué à tous ses devoirs de magistrats. Vous savez quelle est la sanction qui lui a été infligée ? Aucune. Et vous savez ce qu'a dit le Conseil supérieur de la magistrature ?
Que certes, il y avait des manquements déontologiques, mais qu'il n'atteignait pas l'intensité suffisante pour constituer une faute disciplinaire. Voilà l'un des problèmes. Quant à la syndicalisation, ben pardon, on peut être syndiqué et être un grand juge. On peut ne pas être syndiqué et être un très mauvais juge. Et je rappelle d'ailleurs, parce qu'on parle souvent du syndicat de la magistrature, il y a un autre syndical, l'Union syndicale des magistrats, vous le savez, sa présidente a dit, lorsque j'ai été nommé, que c'était une déclaration de guerre.
Et rappelons encore, pour être complet sur ces questions, qu'il y avait un syndicat d'extrême droite, l'APM, l'Association professionnelle des magistrats, qui était présidée par M. Théraille, qui a été sanctionné et condamné pour ses propos antisémites. Et ensuite, ce syndicat a été repris par M. Fenech, qui est aujourd'hui commentateur sur ces news.
Je voudrais qu'on revienne à la question de l'exécution provisoire, qui a choqué pas mal de monde, et qui semble vous choquer aussi. Alors, certains disent, mais oui, mais l'exécution provisoire, elle est bien utile dans 80% des condamnations, notamment à 5 ans de prison. La plupart des condamnés à 5 ans de prison, ils ont l'exécution provisoire. Et donc, un ancien président de la République doit être traité comme les autres justiciables. Ça se discute aussi, ça.
Mais, monsieur, les magistrats, ils appliquent les textes et les règles que leur offre le législateur. Mais là, ils ne sont pas obligés. Mais, d'accord, ils ne sont pas obligés, mais ils ont décidé de le faire. C'est une faculté. Mais, monsieur, ils ont décidé de le faire. C'est une faculté. Ils sont trois. Il n'y a pas une présidente. Il y a trois magistrats. Et moi, ce que je rappelle, quand je suis interviewé, parce qu'il s'avère que mon livre sort en même temps que la condamnation du président Sarkozy.
C'est une aubaine, la sortie du livre.
Je pense qu'on réfléchit beaucoup sur le procès que l'on fait à la justice. Il y a une partie qui est sans doute nécessaire et une partie qui est très excessive. Et, vous savez, monsieur, moi, je regarde de notre époque, puisque je suis de notre époque, mais je constate qu'il n'y a plus de nuance nulle part. Et qu'on ne peut pas commenter des décisions de justice quand on n'a pas lu la décision, quand on n'a pas suivi le procès, quand etc., etc., etc. Et il y a beaucoup de commentaires qui sont inutiles. Pour reprendre le cours de ma pensée, pardon, mais le président Sarkozy, il est présumé innocent. Il faut le rappeler, ça. C'est important. Et il sera jugé en appel.
Et la façon la plus efficace, peut-être, de critiquer une décision de justice, c'est d'user des voies de recours. Et je veux encore noter avec vous et constater qu'on peut... On critique, alors, âprement, maintenant, les décisions de justice. C'est la haine. C'est le juge qui a eu sa vocation en regardant un film sur Eva Jolie. C'est tout et n'importe quoi, n'importe comment. Mais on conteste aussi le Conseil constitutionnel. Ouais. Le Conseil constitutionnel a censuré le texte de M. Retailleau. Le texte de M. Retailleau, c'est une malfaçon législative. Je le dis. Et il était bien normal que le Conseil constitutionnel censure. Ça n'était ni fait, ni à faire, monsieur.
Quand il y a un an, à la même époque, M. Retailleau explique que l'État de droit, ça se discute. Je le dis en résumé. Je n'ai pas la formule en tête. Ça vous a choqué ? Vous êtes tombé de votre chaise ?
Ah, mais je suis choqué parce que j'ai vu son texte dans le détail, le texte qu'il avait proposé et qui a fait l'objet d'une censure récente. On traite en réalité possiblement le terroriste, pardon, le voleur, vol simple, comme on traite le terroriste. Puisqu'on permet à un voleur condamné pour un vol simple d'être enfermé sept mois en croix, en cras. sur quoi ? Sur une décision administrative. On peut avoir une situation folle. Un voleur qui est condamné par la justice avec les règles du contradictoire à un mois ferme et qui se retrouve sept mois en cras sur décision de l'administration. Comment voulez-vous préciser ce que c'est que le cras ? Le centre de rétention administrative.
C'est-à-dire que là, on est sur de l'administratif sans les garanties du judiciaire. C'est tellement paradoxal et c'est tellement fou que le Conseil constitutionnel censure. Et il a raison. Alors, qu'est-ce qui se passe ? On dit, mais moi, vous voyez, j'ai pris des mesures pour protéger les Français. Oui, mais elles sont contraires à toutes les règles. Et quand le Conseil constitutionnel fait son travail, alors on dit ensuite, mais vous voyez, c'est le Conseil constitutionnel qui m'empêche de faire le boulot. Pour revenir. Pardon, pardon, c'est une instrumentalisation extrêmement dangereuse.
Donc aujourd'hui, on conteste le Conseil constitutionnel, la justice judiciaire, le Conseil d'État, vous avez toujours parlé comme ça,
Éric Dupond-Moretti. Ou alors, c'est l'homme qui a fait l'expérience du ministère de la Justice, qui a été ministre de la Justice, qui pense désormais non plus seulement comme un avocat, mais aussi comme un garde des Sceaux.
Mais quand j'étais avocat, moi, j'avais en charge des intérêts particuliers. Quand vous devenez garde des Sceaux...
Non, mais ça vous a changé. La question que je vous pose, est-ce que ça vous a changé ? Est-ce que votre logiciel a un peu changé ? Est-ce que vous avez évolué dans votre façon de voir les choses ?
Mais je savais déjà lorsque j'étais avocat que tel ou tel juge n'était pas bon ou mauvais à raison de son appartenance syndicale. Enfin, pardon. On ne peut pas demander à des juges d'être des sous-citoyens, de ne pas avoir d'opinion politique. Ce qui est important, c'est que le juge sache, au fond, se départir de ses opinions politiques, mais de tout le reste, de ses a priori. Il n'y a pas que la politique. On peut aimer tel type de comportement dans la vie, détester tel autre type de comportement. Et pourtant, quand on est juge, on va juger des gens qui appartiennent à tous les types de comportement. Donc, le juge, c'est celui qui sait s'abstraire de ses préjugés.
Et il y en a de très bons et il y en a de très mauvais.
Bien sûr. Éric Dupond-Moretti, on est en pleine préparation du budget. Est-ce que vous craignez pour les crédits de la justice, vous qui les avez augmentés ? Et de façon substantielle.
Je compte évidemment sur mon successeur pour se battre et je sais qu'il le fera.
Vous avez une bonne relation avec M. Darmanin.
J'ai une excellente relation avec lui. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup. Je lui reconnais beaucoup de qualités. Là, en l'occurrence, je suis un peu gêné par deux ou trois choses et deux ou trois expressions qui ont été les siennes. Et comme j'ai l'habitude de dire ce que je pense, et c'est ce qu'il faut faire avec un ami, d'ailleurs, pour ne rien vous cacher, il dit lui-même qu'en politique, on ne vote pas pour son ami, on vote pour celui avec qui on est en phase sur les idées.
Bon, quand il est venu dire on ne va pas tourner autour du pot qu'il fallait une révolution, un big bang et des réponses de bon sens, je n'ai pas trouvé ça formidable parce que nous avons travaillé ensemble, main dans la main, pour la sécurité des Français.
Il vous appelle encore ?
On s'est appelé il y a peu de temps. Il vous demande conseil ? Non, non, mais ça, moi, je n'ai pas à lui donner de conseil.
On peut demander des conseils quand on est copain et qu'on prend la suite de son copain dans le même ministère.
En tous les cas, quand il veut supprimer le sursis, il ne m'a pas demandé conseil. Vous l'avez bien compris, quand il veut faire payer les détenus, il ne m'a pas demandé conseil. Quand...
C'est une bonne idée, ces prisons de haute sécurité pour les dealers, les narcotrafiquants ? Ça vous paraît frappé au coin du bon sens puisqu'on parle de bon sens ?
Eh bien, je vais vous dire quelque chose, monsieur. On ne peut pas enfermer les gens, jeter la clé. Ce n'est pas comme ça que ça peut se passer. Parce que ça, c'est du court-termisme. Ça fait plaisir sans doute à beaucoup de nos compatriotes et je le comprends parce qu'il y a là des gens très dangereux et il faut les empêcher de nuire. Mais pour autant, il faut faire attention. Attention, je le dis, parce qu'après la prison, il y a une sortie et il y a un retour à la vie civile. Il ne faut pas non plus que les gens qui sont enfermés sortent plus mauvais qu'ils ne sont rentrés là.
C'est une réflexion dont on reparlera à propos de l'entrée de Robert Badinter au Panthéon qui avait, vous le savez, supprimé les QHS. Rien de ces choses, rien, je le dis, n'est simple et tout mérite de la nuance et de la réflexion. Vous craignez pour l'état de droit en France ? Évidemment. Il est contesté tous les jours. Il est contesté tous les jours par de très hautes autorités politiques. Wauquiez, Retailleau, je viens de le dire. Par exemple, oui, bien sûr, le Conseil constitutionnel, il faut le respecter et dès qu'une décision est rendue et dès qu'elle ne plaît pas à ceux qui ne la souhaitaient pas, ça devient une critique du Conseil constitutionnel.
Enfin, il faut accepter que la justice soit bonne même quand elle ne vous convient pas. Éric Dupond-Moretti,
merci d'être venu parler aux auditeurs de Radio Classique. Jurer craché, ça vient de paraître chez Michel Laffont. Vous jouerez mercredi à Bordeaux, votre seule en scène, j'ai dit oui, ce sera au Théâtre Fémina et vous serez le lendemain jeudi, c'est-à-dire jeudi 2 octobre, à Calhuire, c'est bien ça ? Exactement. Et puis, on pourra vous voir en 2026 dans diverses villes de France, mais même au Canada, il me semble.
Au Canada, en Belgique, en Suisse, oui.
Internationale, Dupond-Moretti. Merci, Monsieur le Ministre, à bientôt, à suivre le rappel des titres, Charles Bonner et puis la revue de presse d'Hervé Gatégno et notre esprit libre du lundi, c'est Luc Ferry, Radio Classique.