Discours de François-Xavier Bellamy au Palais des congrès de Paris le 15 mai 2019
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Chers amis, merci infiniment, merci infiniment, chers amis, quelle incroyable aventure, et que de chemin parcouru qui nous a conduit jusqu'à ce soir ici à Paris, que de chemin parcouru pour que vous soyez tous réunis, et c'est votre présence ce soir qui est le plus grand signe de cet espoir dont Laurent vient de nous parler, le grand signe de cet espoir en train de se lever. Nous sommes ici nombreux, dans un débat que pourtant tout le monde disait joué d'avance, dans une élection que tout le monde nous prédisait perdu d'avance. Vous êtes ici, et c'est le signe que tout commence, c'est le signe que tout commence ce soir pour les dix jours qui viennent et pour les années qui viendront.
Et je voudrais vous remercier d'être ici, et remercier en particulier ceux qui nous accueillent ici, chers Geoffroy, chères Brigitte, et en particulier tous nos élus qui nous entourent. Je voudrais remercier tous ceux qui sont ici avec moi, j'allais dire tous ceux qui sont ici pour porter ensemble ce projet que nous défendons depuis trois mois maintenant. Et je voudrais commencer par dire, je l'ai déjà fait plusieurs fois, mais enfin il faut le dire encore, et le dire avec vous ce soir. Je voudrais remercier et dire ma reconnaissance pour sa confiance, pour ce pari complètement fou. Je voudrais dire mon infini remerciement à Laurent. Laurent, tu as fait un choix improbable.
Certains l'ont trouvé improbable, qu'ils se rassurent, j'étais le premier d'entre eux. Certains se sont posé des questions, qu'ils se rassurent, je m'en suis posé beaucoup. Et aujourd'hui, nous sommes là, et j'espère que dans quelques jours, avec tous ceux qui m'entourent, nous serons à la hauteur de ce pari qui a été fait, parce que nous avons besoin de relever ensemble ce défi. Nous en avons besoin pour notre famille politique, pour la droite et pour le centre. Cher Hervé, merci d'être là. Merci d'être avec nous depuis le début de cette campagne.
Monsieur le Président du Sénat, Madame la Présidente de la région Île-de-France, cher Gérard, cher Valérie, c'est une joie, c'est une chance, c'est un honneur pour moi de savoir votre confiance. Et je voudrais associer à vous, tous nos élus, tous les parlementaires qui sont là, tous les élus si nombreux qui sont venus de toute la France. Je voudrais vous dire à quel point, je sais qu'il y a de la presse ce soir, mais je vais vous faire une confidence quand même, je me pince un peu pour y croire. Et je ne m'habitue toujours pas à entendre mon nom scandé. Je remercie tous ceux qui le font, mais je crois que ce qui est en jeu, je sais bien plus que ce nom, ce qui est... Non, non.
Au fond, au fond, rassure-toi, rassure-toi, cher Hervé, je suis bien loin de croire à tous les éloges qui me sont faits. Et je sais que ce qui compte maintenant pour moi, je le dis avec un peu de gravité, c'est devant l'ampleur de cet élan qui se manifeste partout en France, ce qui est le plus important pour moi, c'est de pouvoir, demain, au cours des années qui viendront, et avec tous ceux qui m'entourent, mériter votre confiance. Je ne l'ai pas encore mérité, il faut la mériter demain.
Et je sais qu'au fond, il y avait quelque chose d'excessif dans la disproportion des attaques que j'ai pu subir au début, quelque chose qui faisait que, quand j'entendais parler de moi dans la presse, j'avais du mal à me reconnaître. Peut-être je me serais un peu détesté si je ne m'étais connu que par le récit qu'on faisait de ma personnalité. En tous les cas, je n'aurais pas voté pour moi, c'est probable. Mais c'est la même chose aujourd'hui. Mais c'est la même chose aujourd'hui quand je vous entends témoigner de votre soutien avec des mots qui sont si forts. Et quand j'entends ces mots, j'ai toujours envie de me retourner pour savoir à qui on parle.
Et quand je me retourne pour savoir à qui on parle, je vois qu'ils sont nombreux derrière. Ils sont nombreux derrière, ce sont mes colistiers. C'est toute cette équipe magnifique avec laquelle nous portons cette aventure depuis le début. Applaudissez-les, dites-leur merci. Et je voudrais remercier tout particulièrement Agnès et Arnaud, avec lesquels depuis trois mois maintenant nous sillonnons la France. Nous serons encore demain matin à 7h dans le TGV pour continuer notre travail, pour aller continuer de parler partout, de tenter de susciter la confiance. Vous savez, la politique a beaucoup perdu son sens, elle s'est beaucoup abîmée.
Quand elle est devenue la compétition d'individualités qui ne cherchaient que leur intérêt. Et bien moi, je peux vous en témoigner depuis le début de cette campagne. La politique, c'est aussi, et il faut le dire, parfois, de grandes histoires d'amitié. Et c'est ce qui s'est noué entre nous, chère Agnès, chère Arnaud. C'est ce que j'ai appris de vous qui fait la force de ce que nous portons ensemble. Et si parfois, dans les médias, vous m'avez trouvé convaincant, c'est que j'étais seulement en train de dire ce qu'Arnaud et Agnès m'avaient appris. Je leur dois tant. Et je voudrais leur dire merci.
Cette histoire, c'est aussi celle qui me lie, évidemment, parce que nous sommes de ceux qui font de la politique en étant enracinés à cette ville où j'ai grandi, à cette ville où j'ai tout appris. Et nous sommes ce soir dans la région Île-de-France, chère Valérie. Alors, j'ai demandé, et c'était un choix qui l'a peut-être étonné, mais je le remercie d'avoir accepté, j'ai demandé à François s'il accepterait de prendre la parole. François, je voudrais te dire ce soir tout ce que je te dois. Tu m'as appris que la politique n'était pas seulement une affaire d'idées, mais la rencontre avec la complexité du réel.
Tu m'as appris que la politique n'était pas seulement une affaire de déclamation, mais qu'elle se mesurait d'abord au service qu'elle rend à ceux qui sont sur le terrain, les plus fragiles dans une société. Tu m'as appris que la politique est forte quand elle s'inscrit dans une histoire pour se projeter vers l'avenir. Et je te dois, au fond, ce que j'essaye de porter humblement dans cette campagne en tentant d'être fidèle à ce que j'ai reçu de toi. Merci, François. Je voudrais remercier tous les amis de Versailles qui sont ici ce soir. Merci infiniment. Évidemment, en prenant la parole, c'était un discours de plus, mais ce soir est un peu particulier.
Ça fait longtemps qu'on parle déjà, mais j'espère que vous n'êtes pas fatigué. Vous n'êtes pas fatigué ? C'est bien, parce que maintenant, on va parler d'Europe. On va parler de cette Europe et de la croisée des chemins à laquelle nous nous trouvons. Nous sommes à un point de bifurcation, comme rarement dans notre histoire, à un point de bifurcation pour l'aventure de l'Europe. Depuis le début de cette campagne, je le vois partout, tous les jours, partout en France, je l'entends monter, cette défiance, cette défiance envers l'Union européenne, cette défiance envers la politique aussi, disons-le, cette défiance envers les élus, cette défiance envers la démocratie.
Et je n'oublierai jamais tous ces témoignages que j'ai entendus. Je n'oublierai jamais cette conversation à la fin d'un meeting dans un petit restaurant où nous nous étions réfugiés avec l'équipe incroyable qui m'accompagne depuis le début de cette campagne. Cette conversation que nous avons eue avec quelques agriculteurs qui étaient à la table d'à côté avec lesquels nous avons parlé. Et qui m'ont dit, en me regardant dans les yeux, c'est l'un d'entre eux qui parlait. J'ai 50 ans. Je travaille comme un chien. Et je vis comme un misérable.
Je n'oublierai jamais ces témoignages de chefs d'entreprise qui ont le sentiment qu'aujourd'hui, nous faisons tout pour leur compliquer la vie, eux qui pourtant créent de la valeur et se battent pour créer de l'emploi. Je n'oublierai jamais le témoignage de ces salariés, de ces ouvriers qui ont vu partir des usines et qui ont le sentiment que nous avons laissé s'installer une concurrence qui les fragilise sans leur permettre d'exprimer leur talent et leur savoir-faire. Face à tout cela, je crois que notre devoir n'est pas de rentrer dans le schématisme qu'on voudrait nous imposer.
Et moi, à cet agriculteur, à ce chef d'entreprise, ce salarié, cet ouvrier, qui me disent leur défiance, je ne me sens pas le droit de lui répondre en le traitant de populiste. Ce n'est pas en insultant l'inquiétude que l'on peut la faire reculer. Nous ne combattrons pas. Nous ne combattrons pas cette défiance seulement en créant des anathèmes, en créant des fractures, en opposant ceux qui voudraient continuer d'aller de l'avant dans un déni de réalité et ceux qui voudraient revenir en arrière. La politique mérite tellement mieux. Et nous avons le sentiment aujourd'hui que ce débat qu'on voudrait nous imposer est piégé dans une forme d'absurdité. M.
Macron nous dit, mon grand but, c'est de battre Mme Le Pen. Mme Le Pen nous dit, mon grand but, c'est de battre M. Macron. Et bien nous, notre seul but, c'est de répondre aux inquiétudes des Français, c'est de résoudre les problèmes des Français. Emmanuel Macron est allé en Roumanie et en Roumanie, il a dit, je vais m'engager à fond dans cette campagne. Moi, je mets toute mon énergie pour battre Marine Le Pen. M. le Président, on aurait tellement aimé que vous mettiez toute votre énergie pour faire baisser la dette de la France, pour relancer l'attractivité, pour relancer la compétitivité, pour résoudre la crise terroriste, pour maîtriser nos frontières.
Voilà ce qui fait le cœur de la vie politique. Et nous, nous sommes dans cette campagne, depuis trois mois maintenant, au contact des Français pour les écouter, avec beaucoup d'humilité, avec beaucoup de simplicité et avec un projet à leur proposer, avec un espoir à leur partager. Car nous croyons, oui, que l'Europe peut nous renforcer dans le monde qui se dessine.
Oui, cher Joseph, nous sommes héritiers de cette Europe, de cette Europe qui a vu des pays européens qui s'étaient si longtemps fait la guerre se rapprocher pour se renforcer dans le monde qui se dessinait, de cette Europe qui a fait les succès que nous avons pu connaître, de cette Europe qui a fait la paix dont nous héritons aujourd'hui. Nous savons que cette Europe, aujourd'hui, trop souvent nous fragilise par la naïveté dans laquelle elle est tombée, mais nous croyons que cette Europe peut renforcer nos pays. Et nous croyons qu'il est nécessaire pour cela de la refonder en profondeur, de refonder l'Europe pour pouvoir rétablir la France. Voilà le projet que nous faisons.
Voilà l'espoir que nous portons. Refonder l'Europe, c'est d'abord sortir de la naïveté dans laquelle nous sommes plongés sur le terrain économique et commercial. Aujourd'hui, l'Europe est le dernier endroit au monde où l'on croit à la fin de l'histoire. La fin de l'histoire, c'est, vous vous en souvenez, c'est ce concept inventé par un philosophe américain dans les années 90. Pardon, je reviens à mon tropisme professionnel. Ce concept inventé par un philosophe américain qui s'appelait Francis Fukuyama. Dans les années 90, il parlait de la fin de l'histoire à partir de ce simple constat. Le mur de Berlin est tombé, disait Fukuyama.
Le mur de Berlin est tombé et personne ne s'est enfui à l'Est. Oui, certains ont mis du temps à s'en rendre compte, c'est vrai, en France en particulier. Mais enfin, c'était vrai, le mur de Berlin est tombé. Et ainsi, l'Empire soviétique s'est effondré. Et avec lui, l'histoire a tranché. L'histoire a tranché en faveur d'un modèle qui est celui de la démocratie libérale et de l'économie de marché. Et désormais, c'est la fin de l'histoire, disait Francis Fukuyama. Désormais, toutes les barrières vont s'abaisser, toutes les frontières vont se défaire, toutes les identités vont se diluer.
Et petit à petit, de la figure du citoyen préoccupé de l'avenir politique de son pays particulier, on verra arriver la figure de l'individu consommateur auquel une concurrence universelle apportera le meilleur produit au moindre coût. C'était le grand rêve de la fin de l'histoire. Eh bien, le moins qu'on puisse dire, c'est que ce rêve ne s'est pas tout à fait réalisé. Les intérêts particuliers n'ont pas disparu. Les frontières ne se sont pas défaites. Les identités ne se sont pas diluées. Et nous voyons que dans le monde, partout s'exercent des pressions fortes, partout, des stratégies affirmées. Les Etats-Unis ont une affirmation très forte de leurs intérêts économiques et commerciaux.
La Chine a une politique très agressive sur le plan industriel. Et nous, nous avons une doctrine de la concurrence, parce que nous en sommes restés à cette configuration, apporter le meilleur produit au moindre coût pour le consommateur. Il faut sortir de cette naïveté. Le saviez-vous, en Europe, 20% du PIB est constitué des marchés publics. Et sur ces 20% de PIB constitués par les marchés publics, 95% sont ouverts aux acteurs internationaux. Nous sommes les seuls au monde à avoir cette ouverture. Les Américains n'ouvrent leur marché qu'à 30%, les Chinois à 0%, la Russie à 0%.
Comment est-il possible, comment accepter plus longtemps qu'une entreprise chinoise puisse venir prendre un marché public en France et faire du profit en France, alors que jamais une entreprise française ne pourra prendre un marché public en Chine, même la plus compétitive, même la plus exceptionnelle ? Comment accepter que les règles soient faussées ? Nous, mes chers amis, nous sommes d'une famille qui croit à la liberté. Nous croyons à la liberté. Nous croyons à la force de cette liberté créatrice. Nous croyons à la fécondité des échanges. Nous ne croyons pas qu'il faut nous résigner à ne plus être compétitifs.
Et comme d'autres, nous ne croyons pas qu'il faille s'enfermer entre quatre murs pour mourir à petit feu pendant que le monde continue d'avancer. Nous croyons, parce que nous sommes patriotes, nous croyons à la force de nos entreprises, à l'excellence de nos savoir-faire. Nous croyons au génie de ces artisans, de ces ouvriers, qui peuvent apporter au monde ce que nous avons de meilleur à lui proposer. Nous croyons à la force de ces agriculteurs, qui nous offrent cette alimentation sûre et saine, eux qu'on ne cesse de soupçonner, alors qu'ils font la confiance que nous pouvons avoir dans ces produits par lesquels ils nous font vivre, alors qu'eux-mêmes vivent souvent si mal.
Eh bien, je crois qu'à tous ceux qui travaillent dans notre pays, à tous ceux qui entreprennent, nous devons d'offrir les règles saines d'une compétition équitable. Nous croyons à la force de cette France qui peut rayonner. Mais la meilleure équipe du monde, si elle entre sur un terrain qui n'est pas plat et dans lequel l'arbitre a été précédemment corrompu, la meilleure équipe du monde ne peut que perdre la partie. Nous croyons à la compétition, nous croyons à la liberté, mais nous voulons que les règles soient les mêmes pour tous. Et nous voulons enfin pouvoir assurer une stricte réciprocité.
Et nous voulons dire à toutes les grandes puissances du monde, venez commercer avec nous, venez échanger avec nous, mais à condition que les règles soient les mêmes pour tous. Et il est temps, il est temps de sortir de cette naïveté.
Et il est temps de faire en sorte de construire une Europe qui assume enfin de défendre nos entreprises et nos emplois, qui assume enfin de défendre nos agriculteurs, qui assume enfin de choisir, de définir une vraie stratégie d'avenir, plutôt que de se laisser piéger par une simple doctrine de la concurrence, par des normes et par des règles, qui asphyxient, qui paralysent plutôt qu'elles ne stimulent ceux qui agissent, qui créent, qui entreprennent et qui cultivent. Voilà le défi qui est devant nous. Et ce défi, il est nécessaire pour redonner un équilibre à la mondialisation.
Ce défi, il est nécessaire pour remporter le grand défi qui est devant nous, celui de la préservation de notre environnement, celui qui consistera à retrouver, pour la nature dont nous héritons, cet équilibre dont elle a besoin. Car qu'est-ce qui crée la crise environnementale ? Nous ne la résoudrons pas si nous n'allons pas d'abord à la cause. Certains cherchent absolument à s'illustrer sur ce terrain, alors ils en font le premier chapitre de leur programme, et ils déclinent des solutions qui sont au fond pas si nouvelles. Je pense par exemple au projet de la République en marche.
Le saviez-vous, le projet de la République en marche commence par une mesure qui paraît forte, mais qui finalement nous rappelle que la gauche n'a pas tout à fait disparu. Cette mesure consiste à créer une Banque européenne du climat. Grande crise, grand problème. Mais tout problème a une solution, cette solution c'est une dépense. Donc, grande crise, grande dépense. Et le principe de la Banque européenne du climat, c'est que le climat va très mal, alors il faut dépenser 1 000 milliards d'euros. On ne sait pas encore pourquoi, mais ce qui compte, c'est la dépense.
Au fond, heureusement d'ailleurs que, on s'est dit parfois, heureusement que ce gouvernement n'est pas plus entendu en Europe, parce que si la France prenait le leadership sur ce sujet, on pourrait lui faire confiance pour les dépenser les 1 000 milliards d'euros, il n'y aurait aucun problème. Mais on le voit bien, au fond, il y a derrière tout cela un manque de sérieux, un manque de prise en compte de ce qui fait la cause de cette crise écologique que nous déplorons ensemble. Et s'attaquer à la cause de la crise écologique, c'est en revenir précisément à cette mondialisation débridée que nous avons laissée se construire sous nos yeux.
Nous avons vécu trop longtemps dans une mondialisation dans laquelle nous pouvions penser que ça allait s'accomplir une sorte de répartition des tâches à l'échelle internationale, un taylorisme mondial. On allait voir peu à peu toute l'industrie se faire en Asie et en Europe on ferait des services et des loisirs. Ça ne pouvait pas fonctionner. Ça a produit la catastrophe économique et sociale que nous avons connue. Mais ça produit aussi la catastrophe écologique que nous constatons aujourd'hui. Le saviez-vous ? Aujourd'hui, on coupe du chêne dans les forêts françaises. On envoie ce chêne en Chine pour devenir du parquet ou du mobilier et on le ramène en France pour pouvoir être consommé.
Mais nous en sommes les acteurs, chers amis. On importe de l'agneau élevé en Nouvelle-Zélande selon aucun des standards que nous imposons à nos propres éleveurs. Et cet agneau qui vient de Nouvelle-Zélande est vendu dans nos marchés et dans nos supermarchés. Avant d'arriver dans votre assiette, il a fait plus de 18 000 km. Sans que jamais on n'ait rien fait pour décourager cette mondialisation devenue folle. Tous ces produits qui viennent chez nous et qui ont traversé la planète avant d'arriver chez nous n'ont jamais été freinés dans leur circulation perpétuelle.
Et ensuite, on va expliquer aux salariés français qui ont besoin de sa voiture pour faire 10 km pour aller travailler que c'est lui qui est responsable de la crise écologique, que c'est lui qui est responsable de la crise climatique. Eh bien non, chers amis. Nous nous préoccupons de la crise écologique. Et si nous voulons nous préoccuper de transmettre à nos enfants, tu l'as dit, cher Laurent, si nous voulons nous préoccuper de transmettre aux générations qui viendront ce dont nous avons hérité, nous devons leur transmettre aussi un monde qui soit encore vivable, qui soit encore habitable par l'homme.
Eh bien, pour faire ce monde encore vivable et ce monde encore respirable, il faut tout simplement rééquilibrer la mondialisation. Il faut réapprendre à produire ce que nous consommons. Réapprendre à produire ce que nous consommons. C'est tout le sens de cette barrière écologique.
C'est tout le sens de cette barrière écologique que nous voulons placer aux frontières extérieures de l'Europe pour faire en sorte d'abord que jamais nous n'autorisions à importer ce que nous nous interdisons de produire pour que jamais nous ne créions cette concurrence déloyale qui fragilise ceux qui travaillent en Europe, ceux qui produisent en Europe et pour faire en sorte qu'effectivement nous puissions redonner de l'oxygène à nos entreprises et à nos emplois. Rééquilibrer la mondialisation. C'est aussi ce dont nous avons besoin dans la crise migratoire qui se dessine si nous ne savons pas remédier à notre impuissance. La crise migratoire, chers amis, elle n'est pas passée.
Elle n'est pas, comme le voudraient certains commentateurs, certains observateurs, certains contradicteurs, elle n'est pas de 2015, la crise migratoire. La crise migratoire, elle est devant nous. La crise migratoire, elle n'a pas encore commencé. L'explosion... L'explosion de la démographie du continent africain représente l'un des défis majeurs de notre avenir. Et si nous ne savons pas mettre fin à notre impuissance, si nous ne savons pas maîtriser nos frontières, alors nous allons continuer de produire du malheur à grande échelle. Malheur pour nos sociétés qui sont déjà profondément fracturées par une immigration que nous n'avons pas su intégrer et accueillir comme il l'aurait fallu.
Malheur aussi pour tous ces jeunes, tu l'as dit, cher Laurent, pour tous ces jeunes venus d'Afrique auxquels des passeurs sans scrupule tendent le miroir aux alouettes d'un eldorado qu'ils ne trouveront pas s'ils arrivent en mettant le pied en Europe. On nous fait de grandes leçons de morale, on nous parle de générosité et d'accueil. Mais à tous ceux qui nous parlent de générosité et d'accueil, je voudrais leur proposer, cher Valéry, de venir porte de la chapelle. Je voudrais leur proposer de venir à Calais, où nous étions il y a quelques jours, et qu'on nous dise si ça ressemble à l'accueil, si ça ressemble à la générosité.
Nous devons bien sûr ensemble construire les conditions d'un partenariat qui permettra de développer le continent africain. Parce que l'avenir des jeunes d'Afrique, il est dans le développement de ces pays et non pas dans le cynisme et dans l'impuissance qui contribuerait à leur faire croire que nous allons pouvoir les accueillir et leur offrir cet avenir qu'ils espèrent quand ils ne trouvent qu'une impasse. Oui, il y a un principe simple. Nous devons maîtriser nos frontières. Nous devons faire en sorte qu'on ne puisse s'établir en Europe que si on a été autorisé préalablement à entrer en Europe.
Et si nous n'arrivons pas à établir ce principe, tant que nous n'arriverons pas à établir ce principe, il y aura toujours des drames en mer Méditerranée. Le jour où il sera parfaitement certain qu'on ne peut rentrer et rester en Europe que si on y a été d'abord autorisé, il n'y aura plus un seul mort en mer Méditerranée. Et mes chers amis, pour relever l'importance de ce défi, il faut absolument une stratégie européenne. Nous ne croyons pas un seul instant que nos États seront plus forts s'ils sont seuls. Nous ne croyons pas, contrairement au Rassemblement national, que nous serons mieux capables de faire face à l'ampleur de ce défi si nous détruisons la coopération européenne.
Le Rassemblement national, cher Arnaud, tu me l'as longtemps redit, a voté contre tout ce qui pouvait permettre de renforcer l'Europe face à l'ampleur de cette tâche. Le Rassemblement national a voté contre l'établissement de contrôle systématique à l'entrée dans l'espace Schengen. A voté contre le renforcement de Frontex, cette agence qui lutte contre l'immigration illégale en Europe. Le Rassemblement national a voté contre le fichier qui permet de connaître ceux qui volent dans le ciel européen, cher Frédéric, et qui permet de garantir notre sécurité.
Parce que c'était européen, nous ne sommes pas de ceux qui, par idéologie, sont prêts à desservir les intérêts de la France parce qu'une force supplémentaire peut lui venir de l'Europe. Nous sommes de ceux qui croient qu'il faut être efficace ensemble et que partout où, selon ce principe de subsidiarité qui a fait l'Europe, partout où nous pourrons être plus efficaces ensemble, alors il faut agir ensemble.
Et nous proposons le principe d'une double frontière, défendre ensemble les frontières extérieures de l'Europe, faire en sorte qu'effectivement nous puissions garantir que les demandes d'asile et d'entrée sur le territoire européen soient faites en dehors du territoire de l'Europe, et défendre simultanément le principe que chaque pays doit pouvoir garder la maîtrise de sa politique migratoire. Parce que nous ne croyons pas, contrairement à M. Macron, que l'Europe doit consister à gérer notre impuissance. L'Europe de M. Macron, c'est celle qui voudrait imposer à chaque État des quotas de migrants.
Celle qui considère, comme le disait Mme Belloubet récemment, qu'on n'arrête pas les flux migratoires, qu'on ne peut que se les répartir. Eh bien, nous nous disons qu'il ne s'agit pas de gérer cette impuissance qui cause encore une fois tant de drames et tant de malheurs, que la seule politique qui vaille, elle consiste à mettre fin à notre impuissance. Nous croyons à l'accueil. Nous croyons à la générosité. Nous voulons pouvoir accueillir. Mais nous ne voulons pas subir. Nous voulons pouvoir ouvrir la porte à celui qui demande notre aide et qui a besoin de notre aide.
Mais il est totalement différent d'ouvrir la porte à celui qui a besoin de votre aide et le fait de ne plus avoir de porte parce que vous n'avez plus de mur. Nous voulons pouvoir accueillir. Et c'est notre devoir pour l'avenir. C'est notre responsabilité. Parce qu'à la fin, ce qui est en jeu, c'est aussi l'équilibre de nos sociétés. De ces sociétés dont nous voyons qu'elles sont en train de devenir une juxtaposition de communautés.
Jérôme Fourquet a écrit un livre que je ne cesse de recommander, L'archipel français, dans lequel il montre que la France est en train de devenir cet archipel de communautés qui s'éloignent les unes des autres, qui s'isolent les unes des autres, qui ne se reconnaissent plus de liens. Nous devons absolument relever, là aussi, ce défi fondamental qu'est l'unité de notre pays si nous ne voulons pas que notre impuissance d'aujourd'hui ne soit le ferment des conflits de demain. L'Europe, l'Europe, c'est la paix, dit-on souvent. L'Europe, c'est la paix que nous devons à nos aînés. Mais cette paix est un miracle fragile. Et nous le voyons bien.
Évidemment, il n'est plus question, aujourd'hui, de déclarer la guerre à l'Allemagne. Mais la guerre ressurgit sous d'autres formes. Lorsque des innocents sont tués à la terrasse des cafés, dans des salles de concert, lorsque des personnes doivent vivre sous protection militaire quand elles vont pratiquer leur culte parce qu'elles sont de confession juive, alors il y a bien, évidemment, le spectre de la guerre qui ressurgit. Et nous devons y faire face, non pas pour le déplorer, mais pour montrer le courage qui a été celui de nos aînés et pour faire en sorte d'agir.
Et face à ce défi du terrorisme, face à ce défi de l'islam radical, il faudra bien sûr des réponses policières, il faudra bien sûr des réponses judiciaires. Elles sont au cœur de notre projet. Mais disons-le très simplement, face à ce grand défi, la bataille ne sera gagnée que si nous sommes capables de dire de nouveau qui nous sommes, que si nous sommes capables de partager de nouveau une culture commune, d'offrir de nouveau une civilisation en partage. Le défi ne sera remporté que sur ce grand, ce premier, ce décisif champ de bataille qu'est celui de l'éducation, de la culture, de la transmission.
Aujourd'hui, chère Lydia, tant de jeunes grandissent en France qui ne se reconnaissent pas de la France parce que nous n'avons pas su leur dire ce que signifiait rejoindre cette histoire. Aujourd'hui, tant de jeunes grandissent en France et sont attirés par les sirènes de l'islamisme intégriste. Mais je crois que ce qui fait le succès de l'islamisme intégriste dans tant de nos quartiers, c'est qu'il ne fait que remplir le vide que nous avons laissé prospérer derrière nous en ne sachant pas dire qui nous sommes. Et tout ce dont nous avons parlé ce soir se résume finalement en une seule affirmation, une seule affirmation simple. Il faut retrouver le sens de ce qu'est l'Europe.
Il faut refonder l'Europe, c'est-à-dire la reposer sur ses fondations. L'Europe, ce ne sont pas d'abord des administrations. L'Europe, ce ne sont même pas d'abord des traités. L'Europe, ce n'est pas d'abord un projet. L'Europe, c'est une civilisation. Et cette civilisation, cette civilisation, c'est celle qu'il faut pouvoir nommer car pendant trop longtemps, nous n'avons pas su la dire. Nous n'avons pas su la reconnaître comme nôtre. Nous n'avons pas su nous reconnaître comme siens. Cette civilisation, c'est celle qui pourra remplir ce vide que nous ne cessons de constater. Il est temps de donner à tous les jeunes qui grandissent en France quelque chose à aimer.
Il est temps de leur donner la France à aimer. Il est temps de leur donner l'Europe en héritage. Il est temps de leur redire qu'ils sont les enfants d'une histoire qui nous dépasse infiniment et qui nous lie les uns aux autres, qui nous relie les uns aux autres. L'Europe, c'est ce petit miracle de la liberté qui naît dans les cités de la Grèce antique au 5e siècle avant Jésus-Christ. Lorsque des hommes décident qu'il ne leur suffira plus d'expliquer le monde par la mythologie, mais qu'il leur faut désormais la raison, la raison critique. C'est la naissance du Logos.
C'est la naissance du Logos qui devient Dialogos, de cette pensée logique qui devient dialogue, qui devient délibération, qui devient démocratie lorsque nous décidons que c'est ensemble que nous parlerons de l'avenir que nous voulons pour pouvoir écrire notre histoire plutôt que de la subir. Et à chaque fois que nous entretenons cet héritage immémorial dans l'hémicycle de l'Assemblée ou du Sénat comme dans le plus humble des conseils municipaux, nous sommes les enfants de ces Grecs qui ont inventé la liberté à travers la raison naissante.
L'Europe, c'est le sens de cette égalité devant la res publica, devant la chose de tous qui fait l'esprit romain qui se déploie dans le monde latin et qui fait de nous ce que nous sommes, les enfants d'un droit, les continuateurs de l'État, ceux qui savent qu'il n'y a pas de liberté s'il n'y a pas de force publique et qu'il n'y a pas de liberté si l'on n'obéit pas à l'autorité des institutions qui nous relient les uns aux autres. Et puis l'Europe, c'est bien sûr pourquoi ne pas le dire et pourquoi avoir tant tardé à le dire, pourquoi avoir eu tant de peine à le nommer.
L'Europe, c'est l'aventure de cette civilisation chrétienne nourrie d'une tradition ancrée dans l'héritage de la civilisation qui nous venait du peuple juif. L'Europe, c'est cette civilisation judéo-chrétienne qui a mûri peu à peu dans la difficulté, dans l'effort et le labeur, le sens de la dignité humaine, de la dignité absolue de la personne. Voilà ce qui a fait l'Europe. Et on n'a pas besoin d'être chrétien aujourd'hui pour savoir, comme tu le disais Laurent, que quand Notre-Dame de Paris brûle, nous sommes tous touchés au plus profond de nous-mêmes. J'ai été rencontré quelques jours après l'incendie le général qui commande la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.
Il ne m'en voudra pas, j'espère, de faire état de cette conversation. J'ai été lui dire simplement l'immense reconnaissance que nous devons à tous les hommes qu'il commandait ce soir-là, lorsque la cathédrale Notre-Dame de Paris a été sauvée pour les générations à venir. Et nous parlions ensemble de cette expérience inouïe. Il me racontait que dans la nuit, au moment où les flammes menaçaient d'atteindre les tours, une décision difficile avait dû être prise. La décision d'envoyer des hommes monter dans ces tours. D'envoyer des hommes monter dans ces tours pour tenter d'éteindre le feu qui menaçait d'atteindre les cloches et qui aurait fait s'effondrer la totalité de l'édifice.
Ces hommes sont montés dans ces tours, comme d'autres pompiers en leur temps dans les tours de New York. Non pas pour sauver des vies humaines, aucune vie humaine n'était en jeu. Ils sont montés dans ces tours pour aller sauver des pierres. Aucun d'entre eux n'a hésité. Aucun d'entre eux n'a reculé. Ces hommes sont montés dans ces tours et ils ont risqué leur vie. Et ces applaudissements sont pour eux. Ces hommes sont montés dans ces tours et ils ont risqué leur vie pour ces pierres.
Parce que ces pierres sont quelque chose de notre vie, de la vie de notre société, de la vie de notre pays, de la vie d'une civilisation qui veut se transmettre pour pouvoir continuer de relier les hommes et les femmes qui s'en nourriront demain. Et bien moi, je crois qu'au fond, dans cette expérience magnifique, réside toute notre espérance. Oui, nous ne sommes pas des communautés isolées qui s'éloignent les unes des autres. On n'a pas besoin d'être chrétien pour se savoir lié par cet héritage commun.
J'ai été tellement touché que toutes les familles politiques, que tous les Français, quels qu'ils soient, aient exprimé leur émotion, aient eu le cœur retourné au même instant, au même moment, devant cette cathédrale qui brûlait. Il faut que nous ayons la même émotion, la même inquiétude et la même espérance devant cette civilisation dont nous sommes les héritiers, cette histoire si belle, si grande et si menacée aujourd'hui. si menacée par ses ennemis de l'extérieur, nous en parlions ensemble. Nous en avons longtemps parlé tout au long de cette campagne. Mais si menacée surtout d'abord par nos propres faiblesses, par nos propres démissions, par nos effondrements intérieurs.
Oui, c'est vrai, au fond, nous avons renoncé à dire qui nous sommes. Et lorsque je vous parlais de ce marché que l'Europe est aujourd'hui, de ce marché qui devrait être une force dans la mondialisation mais qui semble n'être parfois qu'une proie, nous parlons aussi peut-être un peu de cette faiblesse que nous avons laissée poindre dans nos esprits et dans nos cœurs. Nous avons voulu devenir une société d'individus consommateurs, additionnés les uns aux autres et poursuivant chacun leur propre calcul. On a voulu nous décrire comme étant seulement une juxtaposition d'individus qui ne cherchaient que leur intérêt. Mais nous sommes un pays, nous sommes une civilisation.
Et ce que montraient ces sapeurs-pompiers, ce que montrent tous ceux qui s'engagent aujourd'hui pour dire leur solidarité, ce qu'ont montré d'une façon si grande et si forte, Cédric de Pierre-Pont et Alain Bertoncello. c'est que nous sommes liés les uns aux autres. Cédric de Pierre-Pont et Alain Bertoncello ne connaissaient pas les personnes qu'ils allaient délivrer.
Ils ne les avaient jamais rencontrées, mais ils ont accepté toute leur vie de se former et d'atteindre la plus extrême des compétences, la plus grande des exigences, pour aller être la main qui se tend au milieu du plus grand des dangers, pour que jamais il ne soit dit que le lien qui nous unit n'existe plus, pour que malgré l'adversité, il soit fermement établi, que nous sommes obligés les uns envers les autres, par ce qui nous précède et nous dépasse infiniment.
Le sens de cette commune humanité qui mûrit dans la civilité d'une civilisation, voilà ce qui nous relie, voilà ce qui fait nos racines, voilà ce qui peut construire notre avenir, voilà ce qui peut refaire notre société, voilà ce qui peut refonder l'Europe et pouvoir rétablir la France. Oui, chers amis, oui, chers amis, nous ne sommes pas que des individus consommateurs et le but de notre existence n'est pas de pouvoir pousser des caddies le dimanche dans les rayons d'un supermarché.
Oui, chers amis, notre vie, notre vie passe par le travail parce que le travail n'est pas seulement pour nous l'occasion de gagner notre vie dans la pénibilité dont on nous parle trop souvent, le travail est pour nous l'occasion de nous réaliser en produisant une œuvre commune qui pourra être féconde pour d'autres que nous. Oui, nous croyons, c'est vrai, qu'il ne faut pas donner dans notre vie la totalité de nos existences à ce qui se compte et se calcule. Oui, il y a des choses qui ne se marchandent pas. Oui, il y a des choses dont on ne fait pas commerce. Oui, on ne loue pas le ventre d'une femme.
Oui, et oui, disons-le très simplement, ceci est aussi un immense défi européen, non pas parce que nous demanderions à l'Europe de définir notre modèle de société pour demain, mais parce que si l'Europe est une civilisation, pour être fidèle à elle-même, elle doit porter dans le monde la voix claire et forte de ceux qui savent ce qu'est l'humain et que l'humain est infiniment précieux, que l'humain mérite d'être transmis dans sa valeur infinie. Oui, nous sommes sans doute la première génération dans l'histoire qui aura à faire face à ce défi fondamental, ce défi de préserver et de transmettre la condition humaine elle-même.
Aujourd'hui, nous le voyons bien, nous avons à faire face à des tentations multiples. La Chine vient d'annoncer il y a quelques semaines tout juste qu'elle avait donné naissance aux deux premiers bébés génétiquement modifiés. Et oui, pour lutter contre le génisme qui menace d'atteindre nos sociétés, qui menace de transformer nos propres corps en ce champ de bataille supplémentaire pour l'exigence de performance et de compétition perpétuelle, oui, nous aurons besoin que l'Europe soit fidèle à elle-même pour faire entendre cette voix dans le monde.
Et oui, nous aurons besoin que l'Europe puisse dire qu'effectivement, cette exigence de solidarité absolue qui fait que nous sommes capables de nous donner totalement pour la vie d'autrui lorsqu'elle est menacée, lorsqu'elle est fragilisée. Oui, cette exigence, elle fait que nous regardons toute vie comme étant digne d'être vécue, même la vie malade, même la vie souffrante, même la vie vieillissante. Car oui, nos vies ne sont pas faites de performance et de compétition seulement. Elles sont faites aussi de ces fragilités, de ces vulnérabilités, de ces dépendances qui sont comme les brèches qui ouvrent notre relation aux autres.
Nous avons tous, nous sommes tous, nous serons tous dépendants des autres. Et nous n'avons pas le droit de dire d'un homme que parce qu'il est dépendant, il ne mérite plus de vivre. Cher Jean, toi qui as porté ce défi fondamental, voilà, chers amis, le défi qui est devant nous. Et voilà pourquoi nous n'avons pas le droit de laisser ce débat européen se réduire à ce jeu caricatural qu'on voudrait nous présenter. Nous n'en pouvons plus des élections tristes. Nous n'en pouvons plus de voter contre, voter contre Marine Le Pen, voter contre M. Macron. Non, nous ne voulons pas de ce cauchemar. Nous ne voulons pas que la France reste piégée dans un éternel second tour.
Nous voulons voter pour, nous voulons voter pour l'Europe que nous voulons, pour l'Europe que nous aimons, pour la France que nous aimons. Alors ce soir, ce soir, il faut nous montrer fidèles à ce que notre famille politique, à ce que la droite et le centre, Pierre Laurent, chère Hervé, doivent porter de singulier dans le débat politique pour aujourd'hui et pour demain. Oui, nous sommes de ceux qui n'ont pas renié leurs convictions. Et quand, M. le Premier ministre, vous vous en prenez, ne le huyez pas, ne le huyez pas. Non, nous voulons vivre le débat politique avec le sens de la contradiction claire et forte. Et il y en a une ici, c'est sûr. Il y en a une ici.
Lorsqu'on insulte des gens, lorsqu'on insulte une famille politique tout entière parce qu'elle n'a eu d'autre tort que de rester fidèle à ses convictions et à ses électeurs, alors je crois qu'on se discrédite. Nous avons le devoir de relever la tête à l'occasion de cette élection européenne. Nous le devons non pas seulement à la droite et au centre, non pas seulement à notre famille politique, nous le devons à la France parce que c'est la France qui a besoin de sortir de ce désespoir dans lequel on voudrait l'enfermer, de ce désespoir dans lequel on voudrait la piéger, de ce désespoir qui est fait de ce faux débat dans lequel on voudrait réduire toute la vie politique de demain.
Devant tous ces grands enjeux, devant ces questions magnifiques, devant ces défis inouïs, comment serait-il possible que le cœur de la politique se réduise à la question de savoir qui va gagner de M. Macron ou de Mme Le Pen ? Le cœur de la politique, c'est de parler de projet, c'est de parler de concret, c'est de parler du fond. Le cœur de notre défi, c'est de réconcilier la politique avec le réel, de réconcilier la politique avec la vie des gens, de réconcilier la politique avec le terrain, de redonner du sens à la politique.
Ne vous laissez pas voler cette élection, ne vous laissez pas voler vos convictions, ne vous laissez pas voler ce débat sur l'Europe, ne vous laissez pas voler ce débat sur l'avenir de la France, c'est cela qui est en jeu. Alors oui, c'est vrai, beaucoup doutent encore. Et si vous êtes convaincus, pendant les dix jours qui viennent, il va falloir être convaincants. Oui, beaucoup doutent encore. Beaucoup se disent que la politique les a déçus, que la politique les a trahis. Beaucoup se disent, disons-le très simplement, que notre famille politique parfois les a déçus, qu'elle a parfois donné le sentiment qu'elle les avait trahis.
Et beaucoup vous diront, en agitant les peurs, beaucoup vous diront, par un assaut de cynisme, qu'il n'y a plus d'espoir, qu'il ne faut plus y croire, que ce sera toujours la même chose. Eh bien, nous, nous disons d'abord que nous n'avons pas à rougir de notre héritage. Et moi, je voudrais dire avec vous, je voudrais dire avec vous, merci à toutes les grandes figures de notre famille politique qui sont ici. Je voudrais remercier M. le Premier ministre, Edouard Balladur, de votre présence ce soir. Remercier nos anciens ministres, Michel Alliomari. Remercier nos parlementaires européens.
Remercier Franck Proust et à travers lui, tous ceux qui ont porté nos couleurs au Parlement européen au cours des dernières années. Et je voudrais que nous puissions dire aussi, parce que c'est vrai, la critique est souvent facile, mais que la persévérance a été bien difficile au cours des dernières années. Je voudrais que nous puissions dire un immense merci à tous nos parlementaires qui sont ici ce soir avec nous. Ils ont été le visage de cette persévérance. Ils n'ont pas abandonné. Ils n'ont pas renoncé. Ils ont porté notre voix. Ils ont porté notre liberté. Et je voudrais remercier à travers eux, je voudrais remercier Christian Jacob et Bruno Retailleau de leur confiance, de leur amitié.
Remercier Annie Gennevar de sa fidélité. Nous croyons à la fidélité. Et nous ne croyons pas qu'il faille opposer, tu l'as dit Laurent, l'ancien monde au nouveau monde. Il n'y a rien de bon dans ce qui est nouveau que ce qui est fidèle à ce qui était reçu d'une transmission qui nous précède. Il n'y a rien de bon pour l'avenir que ce qui nous vient de notre héritage commun. Et il ne pourra y avoir de sève pour pouvoir construire notre avenir que si nous savons quelles sont nos racines et si nous savons les nommer. Je voudrais vous dire à quel point nous avons besoin de vous. Et pour terminer, je voudrais dire un mot tout particulier à tous les jeunes qui sont ici. Et ils sont nombreux ce soir.
Me viennent à l'esprit ces mots de Bernanos dans le chemin de la Croix des âmes. C'était au plus noir de la Seconde Guerre mondiale et Bernanos écrivait aux jeunes Français. Jeunes Français, qui n'étiez hier encore que l'enfance de mon pays. Une crise sans précédent vous pousse désormais au premier rang. Amis, j'ai entrepris de vous parler comme à des hommes. Entre le désastre et nous, il n'y a plus que votre jeune honneur. Nous sommes les enfants d'une même défaite, mais vous seuls pouvez la regarder d'un regard innocent. Tenez bon, tenez ferme, soyez fidèles. Tenez bon, tenez ferme.
Si vous êtes fidèles, chers amis, jeunes Français, alors il restera assez d'honneur au pays, assez d'honneur pour vous et assez d'honneur pour nous.
Chers jeunes qui sont ici ce soir, chers amis, nous avons besoin de vous pour reconstruire une famille politique qui puisse porter haut tout ce en quoi nous croyons, pour reconstruire cette famille politique qui a le sens de la transmission, pour reconstruire cette famille politique qui croit à la force de la France, mais qui croit que la force de la France suppose qu'elle se libère des freins qu'elle s'impose à elle-même, pour reconstruire cette famille politique qui mettra fin à la menace terroriste, pour reconstruire cette famille politique qui offrira demain un nouvel espoir à la France. Nous avons besoin de vous, chers amis. Nous sommes les enfants de cette histoire magnifique.
Nous sommes les enfants de l'idéalisme de Platon, de la juste mesure d'Aristote. Nous sommes les enfants de Cicéron et de Marc Aurel, cet empereur qui savait que chaque matin c'est pour faire oeuvre d'hommes qu'on se réveille. Nous sommes les enfants des paysans qui ont défriché l'Europe. Nous sommes les enfants des chevaliers qui ont inventé le code de l'honneur. Nous sommes les enfants de cet héritage des Lumières qui a développé la raison critique. Nous sommes les enfants de ceux de 14 et des résistants de 40 qui ont fait notre liberté d'aujourd'hui au prix de leur vie. Nous devons nous montrer à la hauteur de cette histoire et nous serons à la hauteur de cette histoire.
Et c'est exactement ce qui se joue dans les dix jours qui viennent. Je voudrais, dans les années qui viendront, avec tous mes colistiers au Parlement européen, pouvoir être votre voix. Mais pendant les dix jours qui viennent, il faut que vous soyez notre voix. Car vous seuls pouvez faire cette victoire dont nous avons tellement besoin. Vous seuls, vous n'êtes pas venus écouter, vous êtes venus agir. Vous n'êtes pas venus écouter, vous êtes venus vous engager. Et dans dix jours, cette victoire sera la vôtre pour refonder l'Europe et pour rétablir la France. Merci de tout cœur. Merci infiniment. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.
François-Xavier Bellamy