"Jamais Mélenchon ne gouvernera le pays": l'interview de Xavier Bertrand en intégralité
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Bonsoir Xavier Bertrand. Merci d'être mon invité ce soir. Vous êtes évidemment président Les Républicains de la région Hauts-de-France. Voici ce qu'écrit aux Français Emmanuel Macron ce soir. C'est une lettre qui est publiée par une partie de la presse écrite. Évidemment, je veux votre analyse et votre commentaire. « Je ne suis pas aveugle. Je mesure le malaise démocratique. Oui, la manière de gouverner doit changer profondément. » Autre citation du président de la République. « Vous pouvez me faire confiance pour agir jusqu'en mai 2027 comme votre président, protecteur à chaque instant de notre République. » Est-ce que vous partagez l'analyse ? Est-ce que vous partagez la stratégie ?
Il est où le méa culpa sincère du président ? Il est où ?
Il y a une explication sur pourquoi la dissolution. Assez longue l'explication dans cette lettre où il reconnaît qu'il a…
Est-ce qu'il comprend pourquoi les Français lui en veulent ? Et plutôt que de faire une lettre, il aurait mieux fait de lire les cahiers de doléances à la suite des Gilets jaunes. Il aurait compris qu'il nous explique pourquoi aujourd'hui il y a un tel rejet à la fois de sa politique et de la personne. C'est ça qui est important.
Peut-être un début d'éponce. Regardez ce qu'il écrit également, que vous allez découvrir avec moi, qui peut peut-être éclairer. Je sais que pour beaucoup d'entre vous, cela a été une surprise qui suscite de l'inquiétude, du rejet, parfois même une colère tournée contre moi. Je la comprends et je l'entends. Est-ce que ça ressemble plus au mea culpa que vous appeliez de vos mots ?
Non, parce que ce qu'il faut, c'est un mea culpa sincère. Qu'il nous dise comment ça se fait, qu'il n'a pas compris la crise des Gilets jaunes, qu'il n'a pas compris qu'à 1,50 €, la partie des Gilets jaunes est venue saccager l'arc de triomphe, et que quand l'essence a été à 2,20 €, là ils se sont dit « tiens, il n'y a pas de réaction, ça passe crème, on continue ». Il faut comprendre. Pensez à les agriculteurs. Les panneaux à l'envers à partir du mois de novembre, et c'est seulement après qu'ils disent « tiens, on a une crise ». Comment ça se fait qu'ils soient, et qu'ils soient, le gouvernement et le président, aussi déconnectés ?
C'est ça aussi qui fait qu'aujourd'hui, les Français sont dans une rage folle, qu'il y a un vent de révolte dans le pays. Il y a, vous voyez, une majorité de Français aujourd'hui qui est en colère. Une majorité. Mais quand vous regardez bien...
Ceux qui veulent le Rassemblement national ou pas ?
Regardez bien le sondage. Il y a 34, 36% des Français qui disent vouloir voter Rassemblement national. Le Rassemblement national n'est pas majoritaire. Il n'est pas majoritaire. Une majorité de Français en colère, ça ne veut pas dire une majorité pour le Rassemblement national. Donc il est temps de se ressaisir. Il y a encore huit jours, huit jours, pour que clairement les Français se disent « les extrêmes, c'est non ». Et qu'il y a une autre façon de faire changer Emmanuel Macron. Et cette autre façon, c'est de lui imposer une cohabitation. Et pour ça, c'est pour ça que je suis là ce soir. Il y a les candidats, les Républicains, des indépendants qui sont là.
Et en votant pour eux, pour ces candidats, on peut changer la trajectoire de ce quinquennat et changer de politique, enfin.
Mais pour quoi faire ? Je vais au premier tour, je vais voter candidat Républicain. Combien sont-ils ? Et qu'est-ce que ça change ? Parce qu'il y a évidemment ce premier tour, je l'entends. J'imagine, on entendra Mme Évren qui a évoqué cette... Il y a l'envie de sauver ce parti-là, ce que je comprends. Mais qu'est-ce que vous faites après ? Avec qui vous gouvernez ? Avec qui vous faites cette cohabitation ? Ça va au-delà.
Ça va au-delà de sauver le parti. Ma famille politique, c'est important. Et mon pays, c'est beaucoup plus important. Donc, il faut toujours jouer la carte de l'intérêt général. Ce qui veut dire aujourd'hui, plus il y aura de voix pour les députés LR. Que ce soit les sortants ou nos candidats. Également pour les indépendants. Ils sont aujourd'hui 60 députés LR sortants et 20 indépendants. Plus il y aura de députés LR et indépendants à l'Assemblée, là, on pourra changer cette politique. Et ensuite, clairement, c'est d'imposer une cohabitation au président. Vous savez, je le vois avec la campagne que je mène auprès de tous les candidats.
Les gens nous disent, on est en colère, mais on ne veut pas des extrêmes, mais on veut que ça change. Le vote pour les Républicains, c'est la solution.
On écoute Agnès Évren, sénatrice Les Républicains de Paris, et après, on poste nos échanges.
Ce n'est pas parce que la marque LR, je dois le reconnaître, est morte que pour autant, la droite est morte. Au contraire, le pays a plus que jamais besoin de nos idées, de nos convictions et de nos valeurs, parce qu'on voit bien qu'elles sont majoritairement partagées en France.
Elle parle vrai, Agnès. Elle connaît le terrain, c'est quelqu'un qui est connecté. Et ça montre aussi une chose, c'est la droite, attention, qui est à 100% républicaine. 100% républicaine. Et c'est aussi, évidemment, l'élu, il est parti. Il n'est plus chez nous, il est au rassemblement national maintenant. C'est aussi une droite, vous voyez, une droite pour tout le monde. Malraux disait, le gaullisme, c'est le métro aux heures de pointe. C'est à la fois des gens qui vont bien, mais des gens qui ne vont pas bien. Et en n'oubliant pas les classes moyennes. C'est une droite qui parle aux électeurs des métropoles, comme aussi des villes moyennes et de la ruralité. C'est ça qu'on représente.
Et vous savez, ce n'est pas seulement une affaire de députés. On a des milliers d'élus locaux, des présents de départements, de régions, des sénateurs. On est toujours là. Mais c'est vrai que là, avec ces élections législatives, c'est l'occasion, grâce à l'implantation de nos candidats, de pouvoir justement changer cette donne.
Je reprends vos termes. Forcer Emmanuel Macron à une cohabitation. Il y sera forcé si le Rassemblement national arrive en tête avec une majorité absolue ou relative. Pareil pour le nouveau Front populaire. Mais vous, dans le dernier sondage est là, vous êtes crédité, les Républicains, de 10% d'intention bonne. Ça peut changer évidemment, mais 10%. Comment vous forcez et avec qui vous alliez pour gouverner ?
Attendez, vous avez raison. Je ne vais pas vous dire qu'avec 10%, aujourd'hui dans les sondages, on va passer à 50%. Ça, c'est vrai. Mais si nous sommes avec un nombre important de députés, là, on oblige, on oblige ceux qui étaient avec le président à changer de politique. Dans la fameuse lettre que j'ai lue avant de venir sur ce plateau, il n'y a rien de concret. Il n'y a rien de concret. On a aujourd'hui un sujet majeur avec la récidive. Il y a une solution. Le rétablissement de peine minimum. Nous avons un sujet, et on l'a vu en plus avec le drame de Courbevoie, un sujet sur la question justement... Le viol d'enfant douxant sur fonds d'antisémitisme. ... de la violence des mineurs.
La solution, c'est d'abaisser la majorité pénale. Nous le proposons. Ils n'ont jamais voulu nous entendre. Là, justement, si vous voulez leur imposer, c'est ça. Et vous voyez, pour beaucoup de ceux qui nous écoutent, coalition, cohabitation, c'est pareil. Ce n'est pas du tout la même chose. Mais alors vraiment pas. La cohabitation, François Mitterrand a connu deux, Jacques Chirac une. C'était des opposants qui prenaient la main et qui obligeaient à un changement de politique. Et bien c'est ça justement que nous proposons. Parce que, vous voyez, beaucoup de Français veulent sanctionner le président de la République. Il y a une autre façon de le sanctionner que de voter pour les extrêmes.
C'est de lui imposer une cohabitation.
Que ne l'avez-vous fait avant ? Vous, vous n'étiez pas député, mais votre famille politique, qui aujourd'hui est divisée.
Et inversons pas les rôles. Inversons pas les rôles.
Le président de la République... Je ne parle pas de ces dernières années. Vous n'étiez pas aux affaires, évidemment.
En 2022, le président de la République, il gagne la présidentielle. Le fond, la guerre en Ukraine change radicalement la donne, mais il gagne la présidentielle. Mais il perd les législatives. Pourquoi ? Les Français lui disent « On ne veut pas que tu continues comme aujourd'hui. On ne veut pas, pas question. On veut que tu changes. » Et lui, qu'est-ce qu'il a fait ? Il n'a rien changé. Il a gouverné à coup de 49-3, qui est un outil constitutionnel, c'est vrai. Mais il n'a pas tenu compte de la vie des Français. La réforme des retraites n'aurait jamais été la même. On aurait été beaucoup plus loin en termes de sécurité, d'autorité, de fermeté. Mais il n'a pas voulu le faire.
Et là, il prend une des décisions les plus graves, qui soit pour un président, au pire moment. On a pu constater le niveau de fièvre, de colère dans le pays, aux Européennes. Le président dit « On va reprendre la température dans trois semaines. » Vous croyez quoi ? Puis à force de parler, vous savez, c'est un peu comme aux Européennes. Plus il parle, plus il énerve, bien évidemment, nombre de nos concitoyens, qui, en colère, en oublie, même, enfin, pardon, en oublie, non, ils savent ce qu'ils font. Ils sont tellement en colère qu'ils ne veulent plus regarder que le Front National, aujourd'hui, c'est à la fois une incompétence économique terrible. Je les connais dans ma région.
Je sais ce qu'ils ne savent pas faire, diriger l'économie, parce que vous savez, l'économie, ce n'est pas l'économie au sens large, c'est les économies des Français. Et puis, les retraites, ils en sont où sur les retraites ? Le Front National, c'est le premier parti qui renonce même à ses promesses avant l'élection, tellement ils savent qu'elles sont inappliquables.
C'est le grand reniement, c'est Gabriel Etal, je crois, qui a entendu cette expression.
Mais bien sûr.
L'une des volontés d'Emmanuel Macron affichées en faisant cette dissolution, c'est la clarification. Il y a une clarification très claire, en tout cas, dans votre parti Les Républicains, c'est le départ d'Éric Ciotti, qui a donc rejoint le Rassemblement National de Jordan Mardella, et ils étaient tous les deux face au MEDEF.
Nous avons souhaité réunir nos forces en respectant les sensibilités des uns et des autres, mais dans l'intérêt du pays, se mettre autour de la table pour travailler à son redressement et à son unité. Éric Ciotti, on ne vous attendait pas forcément là, mais vous êtes là. C'est pour ça que c'est important. Je crois que nous sommes à un moment important. C'est un choix réfléchi, mesuré. C'est le choix de la France, c'est le choix d'admissionner nos forces. Merci à Jordan Mardella de m'avoir associé à ce temps.
Pardon de vous poser la question, mais ça vous fait quoi en tant qu'homme ? Quand vous voyez cette image-là ?
Ah ben des dents, ça ne rassure pas, si c'est pour parler économique, si c'est pour diriger l'économie. Franchement, ça ne rassure pas.
C'est politique, mais en tant que homme, vous vous trahis, vous voyez cette photo, cette image, comment vous la vivez ?
C'est le choix d'aller à la gamelle, c'est tout. Il s'est dit, tiens, j'ai peut-être une chance d'avoir une gamelle bien remplie. Si je vais avec le Rassemblement National, je vais à la gamelle avec Bardella.
Avec un ministère notamment, on parle beaucoup du ministère de l'Intérieur, si le Rassemblement National est vos affaires.
Non mais vous savez, ça ne trompe personne et tout ça, ça rajoute clairement aujourd'hui au dégoût de la politique, qu'inspire la politique pour de nombreux concitoyens. Or, ce n'est pas ça la politique. La politique, c'est aussi des élus, d'un maire jusqu'à un député, justement pour se battre pour les gens. Moi, c'est ce que je fais dans ma région, c'est ce que font les candidats, justement, que je suis amené à soutenir, que je continuerai à les soutenir de toutes mes forces jusqu'à la fin de cette élection. Parce que je vous l'ai dit tout à l'heure, il n'y a pas une majorité de Français qui sont pour le Rassemblement National. Et puis, il ne faut pas oublier une chose également.
Je le dis aussi à tous ceux qui se sentent oubliés par la politique, qui se sentent un peu invisibles aux yeux de responsables politiques. Ce sont des métiers que l'on ne croise parfois même pas, ou qu'on ne croise même pas leurs regards, des agents de sécurité, de propreté, les caissières. Et puis derrière, il y a aussi autre chose, les stigmatisés. Il y a des gens qui ont raison de leur couleur de peau, de leur prénom, de leurs origines, ont le sentiment de ne plus être à leur place. Et aujourd'hui, cela se dit, clairement, si les extrêmes l'emportent et si le Rassemblement National l'emporte, ça sera pire encore.
On va parler de ce que certains, l'expression consacrée, c'est le racisme décomplexé qui parfois se fait jour et qui pourrait devenir beaucoup plus régulier, beaucoup plus violent dans un instant. Avant cela, je voulais vous poser la question, je voulais vous poser votre réaction en tant qu'homme en voyant Eric Ciotti et Jordan Mardella. Qu'est-ce que vous, en tant que personne, en tant qu'individu, vous avez envie de faire pour votre parti ? Est-ce qu'aujourd'hui, on sait que Eric Ciotti n'est pas encore exclu, il est donc toujours président parce qu'il y a des...
Non, non, on a pris les décisions. Oui, il faut un nouveau conseil d'administration.
C'est un dossier juridique. Est-ce que vous avez envie, vous, de prendre la tête de ce parti pour l'emmener de nouveau au pouvoir ? Est-ce que c'est aussi quelque chose qui est un moteur ?
Je pense que quand vous invitez des responsables politiques sur un plateau, vous pensez qu'ils sont tous faits dans le même moule. Non, pas forcément. En tout cas, je ne le souhaite pas. Bon. Eh bien, si vous ne le souhaitez pas, je vais vous dire que je ne suis pas comme ça. Moi, je prends les choses marche par marche. Et la première marche, je me bats pour éviter la victoire des extrêmes. Et les filles et le Rassemblement national, je ne veux pas d'eux la tête du pays. Parce que ce ne sont pas les diviseurs qui vont pouvoir rassembler un pays qui est éminemment fracturé. Ce n'est pas eux qui vont trouver les solutions.
Entre les propositions à des centaines de milliards d'euros, la France insoumise à des dizaines de milliards d'euros, aujourd'hui, du Rassemblement national. Vous avez les gens qui vous disent, il paraît qu'il n'y a plus de sous, et ils sont tous avec le chéquier ouvert. Mais ils se moquent de qui ? C'est le problème d'une campagne électorale, une promesse. Non. Non, parce que justement, il y a un truc. Il faut arrêter de prendre les gens pour des gens pas capables de regarder. Et cette gabegie, cette démagogie budgétaire, ils n'en peuvent plus, les Français. Moi, aujourd'hui, je viens vers vous en disant quelles seront les priorités des Républicains ?
Vivre en sécurité de son travail et rétablir les services publics. Prenez aujourd'hui le nombre de nos concitoyens qui n'ont pas de médecin traitant, qui, à la pharmacie, ne trouvent plus de médicaments. Et ça, il ne faut pas 10 ans pour le faire. Il faut juste comprendre ce que vivent les Français et y apporter des solutions avec des gens compétents. C'est ce que proposent les Républicains.
Je vous entends, mais à tort ou à raison, bonne ou mauvaise chose, pour changer les choses, il faut un chef, il faut une incarnation. C'est moi que je vous repose la question. Est-ce que, pour défendre ses idées, pour mettre en place ce programme, est-ce que vous n'avez pas envie de vous dire que c'est le moment...
Même question, même réponse. C'est le moment de soutenir les candidats et d'en avoir le maximum à l'Assemblée nationale. Voilà ce qui me motive.
Je vous repose la question de façon différente. Avec qui vous pourriez gouverner demain ? Avec qui les Républicains pourraient cohabiter demain ? Parce qu'il y a une expression, les Républicains de sensibilité diverse, c'est aussi ce que dit Emmanuel Macron ce soir. Alors les Républicains, c'est le nom de votre parti, on verra si il change, mais les Républicains de sensibilité... Quel est le champ...
Mais ils ne sont pas changés de politique, oui ou non ? Parce que ce qu'on nous dit aujourd'hui, c'est qu'on va garder le même Premier ministre et puis on va avoir des aménagements. Mais bon sang ! C'est comme ça qu'ils pensent justement casser la fièvre qu'il y a dans le pays. C'est comme ça qu'ils pensent casser la colère. C'est comme ça qu'ils pensent justement continuer à laisser aller notre système de santé vers le précipice avec des soignants qui n'en peuvent plus. Ils ne se rendent pas compte des difficultés que vivent nos concitoyens pour se loger. C'est un changement en profondeur. Ce n'est pas des petits aménagements pour qu'on ait des places ou qu'ils aient des places.
C'est d'avoir une politique qui remette la France sur les rails. En plus on est dans une situation comme jamais on en a connue, à part peut-être mai 68, 1961. On a 1000 milliards d'euros de dettes. Une classe moyenne qui n'y arrive plus. La guerre aux frontières de l'Europe. Et là on en est à se poser la question, bon alors comment ça va se passer ? Qui va être ministre ? Qui peut être Premier ministre ? Mais on s'en moque de ça. Ce qu'il faut déjà c'est redonner un espoir et déjà la conviction que la victoire des extrêmes n'est pas une fatalité. Parce que si je viens ce soir, et si je vous dis les choses avec toute mon énergie, c'est parce que les jeux ne sont pas faits.
Mais j'aimerais bien que tout le monde en ait conscience que les jeux ne sont pas faits. Et que quand on a avec une élection législative un Front National qui a plus de 30%, il peut avoir la majorité absolue. Ce n'est pas une présidentielle où il faut 50,01. Et ça c'est aussi la responsabilité de M. Macron. Alors jusqu'au bout, moi je me battrai pour qu'on montre très clairement que si le RN n'est pas majoritaire, et bien il ne faut pas qu'ils aient la majorité.
Mais sur le coup, ça vous fait ce soir, Xavier Bertrand, un point commun avec Emmanuel Macron, qui dit allez-y, votez, ce n'est pas fini. C'est aussi quelque chose, sur le coup il va au bout de sa démarche, en disant on va clarifier la situation. Donc plus il y aura de gens qui ont voté, plus la situation sera claire.
On a un point commun avec M. Macron. On a battu deux fois Mme Le Pen. Mais lui, entre deux présidentielles, le Front National a augmenté. Moi j'ai battu deux fois le Front National, mais moi le Front National a reculé de 17 points. Pourquoi ? Parce que...
Politique sociale, vous n'avez pas répondu à ça ? Parce qu'on parle beaucoup de sécurité et de l'immigration, mais la priorité numéro un c'est le pouvoir d'achat.
Parce qu'il y a des résultats. Parce qu'il y a des résultats. Dans ma région, vous dites le pouvoir d'achat, ce n'est pas la responsabilité normalement de la région. J'aide financièrement ceux qui doivent prendre leur voiture pour aller travailler. Ceux qui prennent le train, la région en prend en charge une bonne partie de l'abonnement, les deux tiers, mais aussi la voiture. Tiens, vous savez, quand j'ai mis ça en place, le Rassemblement National n'a pas voulu le voter. Pourtant, c'est des dizaines de milliers de salariés qui en bénéficient. J'aide les gens qui bossent dans ma région. Le Front National n'avait pas voulu voter à l'époque. Pourquoi ? Parce que c'est un parti protestataire.
Eux, ils vivent des problèmes des Français, des problèmes du pays. Leur ADN, ce n'est pas de trouver des solutions. Et là, vous voyez, malgré l'aplomb que présente M. Bardella, le fait qu'il soit en train de renoncer à ses engagements, c'est parce qu'ils ont peur. Ils les repoussent, en tout cas. S'ils les repoussent, ils les repoussent. Oui, M. Bardella, c'est M. dans un second temps. Maintenant, si on prendra l'édition dans un second temps... Après, le et en même temps, c'est dans un second temps. Exactement, c'est exactement ça. Pourquoi ? Parce qu'ils savent qu'ils ne sont pas prêts, qu'ils n'ont pas les solutions. C'est ça, la vérité. Regardez, Mme Le Pen.
Vous avez dit que vous allez voir dans trois ans, vous allez voir ce que vous allez voir. Si elle a des bonnes idées, pourquoi elle n'y va pas ? Peut-être parce qu'elle a des rendez-vous judiciaires dans quelques semaines ?
Notamment sur l'affaire des attachés parlementaires européens. Mais je vous entends, mais dans un fonctionnement politique de campagne électorale où on promet beaucoup, vous appelez à la responsabilité, notamment... Non, mais justement, vous appelez, notamment vous, à la responsabilité judiciaire. Comment vous voulez que ce soit audible pour les téléspectateurs ?
Dans ma PQR de Michel Galabruy, il dit « Votez toujours pour les candidats qui en promettent le moins, vous avez moins de chances d'être déçus ». Elle est formidable, cette phrase. Oui, mais elle est sans doute vraie.
Plus il y a d'espoir, plus il y a de déceptions possibles.
Eh bien, regardez bien les LR. À nous, ce n'est pas le concours l'épine des propositions auxquelles plus personne ne croit. Plus personne n'y croit. Celle de la France insoumise, celle du Rassemblement national, même celle du Premier ministre, où les gens vous disent « Mais si vous avez des bonnes idées, pourquoi vous avez attendu sept ans pour les sortir ? » Ça ne trompe plus personne. Ils préfèrent avoir des gens solides, sérieux, qui ne promettent pas la Lune, mais qui vous montrent avec leur énergie et leurs priorités comment ils vont se battre pour eux.
Mais est-ce que votre parti s'est endormi sur ses lauriers à force d'avoir été au pouvoir, puis dans une forme d'opposition, mais avec ce statut de parti majoritaire d'opposition ? Est-ce qu'il ne s'est pas endormi ? Il n'a pas laissé sa créativité, son ambition, son combat ?
Vous avez raison. Vous avez raison, parce que, clairement, il faut se remettre en question. D'ailleurs, c'est ce que j'aurais aimé que le Président de la République fasse, se remettre en question. Parce que, du bout des lèvres, on y a peut-être fait quelques erreurs. Non. Quand on s'est trompé, il faut le dire.
C'est quoi la principale erreur de votre point de vue ?
Des Républicains, mais de votre point de vue ? De penser qu'on allait être une force d'appoint. La droite républicaine, sa vocation, c'est de redevenir une force centrale, qui rassemble. Et je vous dis, qui rassemble tout le monde, qui cherche à rassembler tout le monde. Les dernières fois que nous l'avons faite, c'était notamment avec Nicolas Sarkozy en 2007. Et là, on a bouleversé les codes. On a dépassé les clivages. Et c'est cette ambition avec laquelle il faut renouer. Ce n'est pas une ambition pour nous.
C'est que, du coup, ça permet que les Français se disent « Notre pays, on peut en être fiers parce que nos enfants ont vraiment un avenir qui se dessinera mieux, mieux que ce que nous vivons, nous, aujourd'hui. » Et c'est de ça dont la droite républicaine doit être porteuse.
Mais vous dites, quel est le différent vous fait entre ne pas être une force d'appoint et participer et forcer à une cohabitation ?
Quelle est la nuance ? La nuance, c'est qu'on soit le plus nombreux possible le dimanche prochain et le 7 juillet. Parce que plus nous serons nombreux, plus nous changerons le cours des choses. Et comme je vous le disais tout à l'heure, les jeux ne sont absolument pas faits. Mais il faut aussi que tous nos responsables, politiques, publics, je le fais ce soir, j'essaye de le faire aussi bien que nos candidats sur le terrain, se battent. Ils ne se battent pas pour eux, ils se battent pour les Français.
Je voudrais qu'on évoque le cas d'une vidéo qui a circulé chez nos confrères d'envoyé spécial où on voit une jeune femme qui est aide-soignante, elle est noire de peau, elle s'appelle Divine, et où elle est filmée, injurie, par ses voisins, qui ne cachent pas, qu'ils sont sympathisants du Rassemblement National. Les mots sont assez clairs. Bonobo, référence au singe évidemment, dégage, va à la niche. Voici ce que dit Marine Le Pen à vos confrères, à nos confrères de la Voix du Nord, je pense à votre région. Est-ce que c'est raciste, va à la niche ?
Moi-même, je peux le dire à l'égard de mes amis, c'est vous qui tirez la conclusion que c'est raciste du fait de la couleur de peau de la victime. Ça, c'est scandaleux. Qu'est-ce que vous répondez à Marine Le Pen ?
Ça en dit long, la réaction de Marine Le Pen. Si elle ne voit pas où est le racisme dans les propos violents de cette dame à l'égard de l'aide-soignante, c'est qu'elle ne peut pas, justement, elle ne peut pas gouverner le pays. Elle ne peut pas être présidente de la République quand on a ce comportement, quand on a cette idée-là. Quand on dit va à la niche, ça veut dire quoi ? Qui est-ce qui va à la niche ? Le chien. Ben voilà. Donc, cette voisine, dont visiblement le mari, elle-même affiche les affiches de M. Bardella, ils disent va à la niche, t'es qu'un chien, t'es qu'une chienne. Non mais ça veut dire quoi ça ?
Et Mme Le Pen trouve le moyen de chercher à l'excuser et essaye de traîner dans la boule et de soigner dans la Voix du Nord. C'est ça qu'il y a dans le reportage.
Ce que dit l'extrême droite, c'est que cette personne, elle a aussi des liens ou des sympathisants du Parti communiste. Et qu'en gros, on est dans un débat politique et que ça, c'est pas raciste. C'est la réponse que l'on peut trouver sur les forums de l'extrême droite.
Le racisme est autre chose que droite-gauche, Parti communiste, RN. C'est autre chose. C'est pas seulement ça. C'est que ça renvoie à la nature humaine. Je vous parlais tout à l'heure des stigmatisés de la République. Tous ceux qui aujourd'hui ne se sentent plus à leur place. Regardez comment ça libère la parole, la situation politique. Et les propos de Mme Le Pen, c'est une honte. C'est une honte pour un responsable politique de dire cela. Et d'une certaine façon, de cautionner. Mais vous savez, ça m'étonne pas. Le Front National, il cherche à plaire tous les jours à ceux qu'ils ont en face d'eux. Pour pas froisser les gens qui parlent comme cet odieux personnage, on dit qu'elle a pas tort.
Le Front National, c'est simple, ils sont belges avec les Belges, italiens avec les Italiens, américains avec les Américains. Dites-moi ce que vous avez envie d'entendre, je vais vous le dire. C'est pas comme ça qu'on fonctionne. Mais les propos qui ont été tenus, rapportés par envoyé spécial, chez envoyé spécial, mais surtout l'attitude de Marine Le Pen, ça en dit long. Ça en dit long sur ce qu'est aussi la réalité de ce que pensent nombre de responsables de ce parti, mais qui cherchent aujourd'hui à se dissimuler. Ils avancent masqués.
Je vous entends, et on a quand même le sentiment quand on regarde que quand on attaque Marine Le Pen là-dessus, sur ces questions-là, ça la renforce.
Non, non, ça la renforce pas. Ça la renforce pas. C'est qu'on va me dire, il ne faut pas utiliser ces arguments. Si, parce que c'est aussi la réalité du Rassemblement National. Et il y a aussi autre chose. C'est que le Rassemblement National, par son attitude, par les propos de Mme Le Pen, continue à stigmatiser de nombreux Français et continue à opposer les uns les autres. Mais on va aller jusqu'où comme ça ? On va aller jusqu'où comme ça ? Surtout qu'en plus, de l'autre côté,
il va devenir très violent au lendemain du...
Surtout que vous avez M. Mélenchon. M. Mélenchon, jamais il ne gouvernera le pays. Jamais. D'ailleurs, vous regardez le nombre de candidats de la France Insoumise. Ils sont 200, 220. C'est pas avec ça que vous avez une majorité absolue. Puis lui, surtout, un trouillard comme M. Mélenchon n'est pas capable d'assumer les responsabilités. Clairement. Clairement. Donc, c'est pas lui qui gouvernera. Mais lui, il a une idée en tête. C'est de créer des affrontements. Et lui, c'est le meilleur agent électoral du Rassemblement National. Il y a beaucoup de Français aujourd'hui qui votent Rassemblement National. Certains ont envie. Disons, on ne les a pas essayés.
Même si c'est pire demain, ils ne sont pas prêts à l'entendre. Qui votent Front National par rejet de M. Macron et puis d'autres par peur de M. Mélenchon. M. Mélenchon ne gagnera pas. Lui, il souhaite que le Front National accède au pouvoir pour justement lancer une forme d'insurrection dans le pays. C'est quand même travail. C'est l'agent électoral du Front National aujourd'hui. Et c'est ce qui me fait dire que décidément, M. Mélenchon dit vous me connaissez, non. Parce que ça fait quand même bien longtemps qu'il a adopté une attitude anti-républicaine. Et c'est aussi pour ça que je le combats comme je combats le Rassemblement National.
Ce sera ma dernière question. C'est quand même tragique de voir la situation que vous dépeignez de la France. A savoir d'un côté et de l'autre des extrêmes avec des gens qui ne veulent pas gouverner où ce serait l'enjeu. Au milieu, ce que parfois on appelle l'extrême centre. Et en fait, on a l'impression que tous nos choix d'électeurs sont faits en opposition.
Mais pourquoi ? Parce que la politique aujourd'hui n'apporte pas des résultats aux Français sur ce que je vous ai dit tout à l'heure. L'autorité, le travail, les services publics pour ne citer que ces exemples-là. Si vous apportez des résultats, clairement les Français déjà vous écoutent et il faut aussi aller plus loin, proposer un horizon, un avenir de la confiance pour les enfants. Moi dans ma région, si j'ai fait reculer en les battant le Front National de 17%, c'est tout simplement parce qu'il y a des résultats et que je me bats pour les gens. Ils ont le sentiment que les politiques se battent pour eux et que les politiques ne se battent plus pour les Français.
Les candidats que je soutiens comme moi, on essaye de se battre au maximum pour les Français.
Vous ne le ferez pas en tant que futur président des Républicains ? Je vous ai dit tout à l'heure,
vous m'avez posé quatre fois la question, c'est quatre fois la même réponse. Vous savez, j'ai un grand principe, un escalier se monte marche par marche. La première marche c'est le premier tour et encore une fois, les jeux ne sont pas faits.
Visiblement, la marche était trop haute pour moi pour obtenir une réponse. Merci beaucoup, Villalé Bertrand, d'avoir été sur le plateau ce soir du 120 minutes.
Xavier Bertrand