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interviewBLAST (sur YouTube)· 17 mars 2023 11 min

49.3 : MACRON, SEUL

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Sur le fondement de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, j'engage la responsabilité de mon gouvernement. Aujourd'hui commence le premier jour du reste du quinquennat d'Emmanuel Macron, de la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. Le gouvernement de bout en bout a essayé de nous berner.

Borne appartient au passé. Moi je suis pour la dissolution, il n'y a aucun problème, chiche. Ce gouvernement, cette Première ministre n'est pas digne de notre démocratie, n'est pas digne de la République.

Notre groupe déposera dans les prochaines heures une motion de censure transpartisane. Il l’a fait. Ou plutôt ne l’a pas fait.

Après deux mois de bataille parlementaire et de protestation dans la rue, Emmanuel Macron n’a pas pris le risque, le risque d’aller au vote et a déclenché l’article 49.3 pour faire adopter sa réforme des retraites. Ne vous y trompez pas si c’est Elisabeth Borne qui est venue subir les huées à l'Assemblée. c’est bien le président de la République qui a décidé d’adopter sa réforme en utilisant l’article 49.3.

Aux armes citoyens ! Formez vos bataillons ! Après une suspension de séance et une Marseillaise de l’opposition, la Première ministre a annoncé, ce jeudi 16 mars, qu'elle engageait la responsabilité de son gouvernement.

Cette réforme est nécessaire aussi parce que je suis attachée à notre modèle social et parce que je crois dans la démocratie parlementaire. C'est sur votre réforme, sur le texte du Parlement, fruit d'un compromis entre les deux assemblées, que je suis prête à engager ma responsabilité. Sur le fondement de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, j'engage la responsabilité de mon gouvernement.

Encore un 49.3, le 11ème d’Emmanuel Macron et le 100ème de la 5ème république Cet ultime passage en force résonne surtout comme un aveu de faiblesse pour le président. Plus qu'un déni de démocratie, la Première ministre en annonçant le 49.3 vient de finir d'humilier, de bafouer le Parlement une bonne fois pour toutes.

Ce gouvernement, cette première ministre n'est pas digne de notre démocratie, n'est pas digne de la République. Cette réforme est complètement illégitime aujourd'hui. La mobilisation doit se poursuivre, nous la poursuivrons.

Et quoi qu'il arrive derrière, quoi qu'il arrive, cette réforme elle est frappée au saut de l'illégitimité démocratique, de la brutalité politique, de la violence sociale. Et donc ce 49.3 c'est du carburant supplémentaire pour dans les jours, les semaines, les mois et les années qui viennent nous opposer à cette mesure injuste de la retraite à 64 ans.

Emmanuel Macron a une présidence solitaire, il a une présidence jupitérienne. Il pense pouvoir imposer le moindre de ses désirs par la force. Aujourd'hui la force elle est de notre côté, elle est du côté de la rue.

Aujourd'hui le message qui est dit c'est : nous devons changer de méthode politique. Le 49.3 lui permet d’éviter un scrutin très incertain à cause des votes d’une quinzaine de députés Les Républicains (LR).

Après avoir compté et recompté toute la semaine, chercheé des alliés et des voix une à une quitte à promettre tout et n'importe quoi, l'Elysée a juste eu peur de voir son texte rejeté. Nous vivons dans un long et mauvais épisode d’House of Cards, m'a confié le député Jérôme Guedj. Pourtant, au début de la séquence l'exécutif se sentait sûrement tiré d'affaires en passant un accord avec Eric Ciotti au parti, Olivier Marleix à l’Assemblée, et Bruno Retailleau au Sénat.

Mais c’était sans compter sur les divisions de la droite. Des élus proches d’Aurélien Pradié, député du Lot, se sont opposés au texte autour de la question des carrières longues et quelques autres refusaient de se prononcer. Au final il aurait manqué 2 ou 3 voix.

Je ne reçois d'ordre de personne. Que les choses soient bien claires, il me semble qu'elles ont été entendues depuis le début. Je ne reçois de menace de personne.

Je suis un député libre comme beaucoup le sont. Nous avions fixé des lignes rouges. Il y en a une qui était très claire qui était la question des carrières longues.

Que aucun avant 21 ans en carrière longue ne puisse faire plus de 43 années de cotisation. Le gouvernement de bout en bout a essayé de nous berner. Le gouvernement a pris les Français et parfois même les députés pour des imbéciles de bout en bout en tentant de nous vendre des propositions qui n'existaient pas sur les carrières longues, y compris hier à l'issue de la commission mixte paritaire.

Le gouvernement a tenté de nous faire croire qu'ils avaient avancé sur les 43 annuités alors qu'ils ne l'avaient pas fait. C'est cette tromperie généralisée que le gouvernement paye aujourd'hui. Et quant à la position qui a été la mienne, je suis très fier d'avoir de bout en bout, tenu bon, y compris parfois contre vents et marées, pour défendre des convictions auxquelles je crois.

Pas une posture politique, des convictions auxquelles je crois. Je pense qu'avec ce 49-3, c'est la réforme des retraites complète qui est morte. Et je ne vois pas comment cette réforme-là pourrait s'imposer dans le pays sans qu'il y ait eu un véritable vote de la représentation nationale.

Le fond du LR est fuyant. Nous assistons à un double fiasco. Celui de la méthode Borne, rappelez-vous, celle qu’on nous avait vendu comme une nouvelle façon de faire la politique à base de compromis et de co-construction.

A la place de la co-construction cette réforme s’est transformée pour la première ministre en long chemin de croix ponctué de tromperies et de bourdes de communication. Borne appartient au passé. On le sait.

C'est tout. C'est infusible ? Elle le dit elle-même.

Elle dit elle-même qu'elle est infusible. Mais ce n'est pas intéressant. Est-ce qu'on pense que c'est Elisabeth Borne qui a décidé tout ça ?

Il n'y a pas une personne sérieuse ici qui pense que c'est Elisabeth Borne qui a décidé. C'est le président de la République tout seul dans son palais qui décide qu'on va passer de 62 à 64 ans et qu'on ira jusqu'au bout contre deux Français sur trois, contre quatre salariés sur cinq, contre tous les syndicats unis, contre des millions de personnes dans la rue. Et l’autre fiasco, évidemment, c’est celui du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron.

Depuis les élections législatives de juin, le chef de l’Etat, sans majorité au parlement n’a jamais réussi à trouver un équilibre politique. Et je veux vous dire aujourd'hui que nous sommes dans un basculement autoritaire. Aujourd'hui commence le premier jour du reste du quinquennat d'Emmanuel Macron, de la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Employer l'autoritarisme comme ils sont en train de le faire pour passer en force une réforme des retraites dont personne ne veut et sur lequel, aveu de faiblesse suprême, ils sont obligés d'utiliser le 49.3 est un signe qu'ils enfoncent le pays tout entier dans une crise de régime. Et nous le disons à toutes celles et ceux qui se mobilisent dans le pays, rien n'est fini.

Et à ceux qui, au pouvoir aujourd'hui, sèment le chaos dans ce pays, nous répondrons évidemment par la censure. La contre offensive de l'opposition va prendre plusieurs formes. La Nupes, tout en préparant une saisine du Conseil constitutionnel et l’organisation d’un référendum d’initiative partagée avec la gauche sénatoriale, travaille sur le dépôt d’une motion de censure.

Le RN va également déposer une motion de censure. Ont-elles une chance de passer cette fois-ci ? C’est peu probable, une partie des députés et des groupes parlementaires refusent de s'associer pour faire tomber l'exécutif : en clair, LFI ne votera pas la motion du RN et les dissidents LR ne voteront pas la motion LFI.

La solution viendra peut-être du centre. La plus grande menace pour le gouvernement viendrait du groupe Liot, le plus petit groupe de l’Assemblée. Nous dénonçons l'utilisation du 49.3 qui démontre la surdité du gouvernement incapable de construire des compromis.

En conséquence, nous demandons le retrait immédiat de la réforme des retraites et la démission du gouvernement. Sans réponse rapide du président de la République, notre groupe déposera dans les prochaines heures une motion de censure transpartisane. Une motion transpartisane où toutes les oppositions, y compris certains LR pourraient se retrouver sans se trahir.

L'hypothèse dans ce contexte d'une chute du gouvernement provoquée par "le petit poucet" de l'hémicycle devient possible. Les motions de censure déposées vendredi pourraient être débattues durant le week-end ou le lundi 20 mars. L'exécutif voulait éviter la crise politique, c’est raté.

Plus tôt dans la semaine il avait aussi joué la dramatisation en commençant à évoquer une dissolution de l’Assemblée, une menace qui n'effraie pas grand monde au palais bourbon. Oui, oui, moi je suis pour la dissolution. Il n'y a aucun problème.

Chiche ! Allez, qu'on aille au peuple. Moi, je n'ai pas peur du peuple.

C'est à lui de décider. Et c'est à lui de sanctionner aussi. Sanctionner les LR qui ont fait pression sur leurs propres membres qui souhaitaient voter contre cette réforme.

Sanctionner évidemment Renaissance pour d'abord ses résultats qui sont en tout domaine absolument pitoyables et sur sa manière antidémocratique de gouverner. Sanctionner ses alliés. Puis peut-être aussi sanctionner la NUPES qui en toutes circonstances a fait passer son intérêt politicien avant l'intérêt supérieur des Français.

En effet, retourner aux urnes après avoir fait passer en force une réforme dont 75% des Français ne veulent pas, c'est assez audacieux politiquement. En Conseil des ministres, Emmanuel Macron a justifié son 49.3 en invoquant les risques financiers et économiques planant sur la France.

Renoncer à ce projet de loi mettrait en péril notre capacité du pays à emprunter sur les marchés financiers. En clair, mieux vaut faire exploser la rue que déplaire aux agences de notation. D’ailleurs ça n’a pas manqué.

Le 49.3 était à peine annoncé que des rassemblements spontanés de colère ont eu lieu ici place de la Concorde à Paris et dans d’autres villes de France. Illustration physique de la fracture entre les Français et leur gouvernement.

Des heurts ont éclaté pendant la nuit et plus de 200 personnes ont été interpellées. Jusqu'ici, le mouvement de contestation a été pacifique et encadré par les syndicats. Avec son passage en force, le gouvernement risque de faire monter la colère de la rue.

Ce 49.3 aura quand même une vertu, celle de remobiliser manifestants, oppositions et syndicats qui appellent à de nouvelles journées de mobilisation. La bataille est loin d’être terminée.

Politiquement, cette adoption sans vote pourrait aussi être un pari perdant sur le long terme. La réforme des retraites devait être le lancement du second souffle du quinquennat. Là aussi c’est raté.

Moins d’un an après son élection, le locataire de l’Elysée se retrouve à imposer sa réforme contre la population, les syndicats et le Parlement. Enfin, l'imposer, si le gouvernement ne tombe pas lundi. Le président préside seul, la Constitution de la 5ème le lui permet.

Quatre ans et un mois, c'est long pour une fin de règne. Cette vidéo est à présent terminée. Si elle vous a plu, n'hésitez pas à le dire en commentaires et à vous abonner en activant la cloche.

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