Présidentielle, budget, agression de Jordan Bardella...L'interview de Marine Le Pen en intégralité
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Il est 8h17 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour Marine Le Pen. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes bien sûr la présidente du groupe RN à l'Assemblée Nationale, députée du Pas-de-Calais. Vous êtes l'ancienne et peut-être future candidate à la présidentielle. On va y revenir bien sûr, mais je voudrais commencer par parler de Sébastien Lecornu, qui vous a reçu hier, qui vous recevra à nouveau demain. Il vous a reçu hier pour parler des questions de défense, demain pour parler des questions de budget. Et il a eu cette phrase hier, il s'est adressé au patron français.
Il leur a vanté, je cite, les mérites de la vitalité démocratique que nous traversons aujourd'hui. C'est le sens de l'histoire, dit-il, à propos de ce qu'il se passe en ce moment même à l'Assemblée. Est-ce que vous partagez l'idée que c'est une vitalité démocratique ?
Non, mais la réalité c'est qu'il veut défendre l'idée que le fait de ne pas avoir de majorité absolue à l'Assemblée Nationale serait devenu quelque chose de normal et même de souhaitable. C'est d'ailleurs un discours qui a été relayé de manière assez étonnante par la présidente de l'Assemblée Nationale, Yaël Brunepivet. Je ne le crois pas. Je crois qu'il est évidemment beaucoup mieux d'avoir une majorité à l'Assemblée Nationale parce qu'une politique, elle doit avoir une cohérence avec des objectifs qui sont choisis par les Français.
Donc vous comprenez bien que Sébastien Lecornu cherche à échapper à la dissolution et donc à de nouvelles élections comme d'ailleurs l'ensemble des partis aujourd'hui à l'Assemblée Nationale. Leur seul objectif, ce n'est pas de voter le budget, ce n'est pas de défendre les Français, ce n'est pas de lutter contre le chômage, ce n'est pas tout ça. Leur seul objectif, c'est de ne surtout pas avoir de nouvelles élections, de ne surtout pas retourner devant les Français.
Lui, il dit que son seul objectif, c'est d'avoir un budget pour la France. Il dit que sans budget, on ne peut pas y arriver. Il dit d'ailleurs à ses patrons à qui il écrit, vous avez exprimé vos inquiétudes sur la fiscalité, je les entends et je mesure pleinement votre besoin de stabilité, mais vous avez aussi compris le vrai danger, dit-il, pour le pays, ce serait l'absence de budget. Et c'est quand même vers ça qu'on s'oriente, non ?
Il y a des chances. Oui, c'est l'hypothèse la plus crédible, en effet. Oui, mais ça veut dire qu'en réalité, toute la procédure qui a consisté à, pour les uns, se trancher un bras, pour les autres, se trancher une jambe, pour ne surtout pas aller précisément devant les électeurs, n'aura servi à rien. Maintenant, si vous voulez, les grandes déclarations de M. Lecornu à l'égard des entrepreneurs, pardon, mais il faut quand même se souvenir d'une chose, c'est que dans son budget, celui qu'il a présenté, il y avait 28 milliards de dépenses supplémentaires et 19 milliards de prélèvements supplémentaires, voilà, qui ont été baissés par l'Assemblée nationale à 12 milliards.
Enfin, il dit de vous que vous avez voté 34 milliards d'augmentation d'impôts. Oui, mais il ment. Il ment. Voilà, il ment. Qui ment ? Lui ? Lui, tous, Renaissance, tout cela. Parce qu'en réalité, il se base sur un dispositif que nous avons voté, qu'ils évaluent à 26 milliards, ils sont les seuls d'ailleurs à l'évaluer à 26 milliards, puisque Bercy ne l'évalue même pas, qui consiste à faire payer aux multinationales étrangères le même niveau d'impôts qu'aux TPE, PME françaises. Est-ce que ce n'est pas normal ? Donc c'est un dispositif de lutte, en réalité, contre la suroptimisation qui s'analyse au bout d'un moment en une fraude. Vous en avez voté beaucoup des taxes quand même ?
Non, pas tant que ça. Non, non, on s'est beaucoup opposé à des taxes.
Parce que je crois que l'extrême gauche a présenté 180... L'impôt sur la fortune improductive, vous en parliez à l'instant, cette surtaxe sur les bénéfices des multinationales, le doublement de la taxe sur les géants du numérique, la taxe sur les hold-in patrimoniaux, l'exit-taxe, ça fait beaucoup de taxes.
Alors, on va les reprendre une par une. D'abord, notre philosophie. Notre philosophie, nous l'avons posée dès le départ et nous l'avons suivie. Faire baisser les prélèvements sur les TPE, PME et faire baisser les prélèvements sur les classes moyennes et populaires. Et nous avons réussi à le faire. D'ailleurs, Mme de Montchalin l'a annoncé à plusieurs reprises qu'effectivement, à l'issue de ces votes, il y avait eu une baisse des prélèvements sur les TPE, PME et les classes moyennes et populaires. Et c'est vrai, une mise à contribution des grandes multinationales, notamment étrangères, et des hauts patrimoines par l'intermédiaire de l'impôt sur la fortune improductive.
Bon, ça, là, c'est pas le nôtre, puisque nous, c'était l'impôt sur la fortune financière.
Mais quand vous dites qu'il peut s'adresser, en effet, au patron Sébastien Lecornu, puisque dans son budget initial, il y avait quand même beaucoup, beaucoup de taxes, vous aussi, vous avez besoin peut-être de les rassurer, les patrons. Vous en êtes tout avec les patrons. Certains disent de vous que vous êtes devenu communiste au moment de ce budget. Ça, c'est une partie de la droite qui vous accuse d'être carrément devenu communiste. D'autres disent que vous draguez les patrons. Vous en êtes tout.
Oui, oui, la droite nous traite de fasciste, la gauche nous traite de communiste. Ça veut dire qu'on est a priori plutôt bien positionnés. Nous subissons un peu ce que le général De Gaulle subissait également à son époque, c'est-à-dire l'outrance des deux camps. Donc nous, très clairement, nous rencontrons les chefs d'entreprise. Nous leur indiquons que nous souhaitons une réindustrialisation du pays. Nous avons donc présenté et voté, quand ça a été présenté par d'autres, la baisse des impôts de production, parce que nous pensons que c'est un des freins à la réindustrialisation, mais que nous ne sacrifions pas notre système de protection sociale.
Et que nous pensons donc qu'il ne faut pas continuer à augmenter indéfiniment les prélèvements, qu'il faut faire des économies. Et nous en avons proposé dans notre contre-budget 57 milliards d'économies. Le problème, c'est que nous n'avons pas pu encore analyser cette partie-là du débat budgétaire. Est-ce qu'il y a aujourd'hui un ras-le-bol fiscal ? Mais il y a non seulement un ras-le-bol fiscal, il y a non seulement un problème de consentement à l'impôt, mais je vais vous dire, je le dis depuis des années, il y a surtout un problème de consentement à la dépense. Les Français ne sont plus d'accord avec la manière dont on dépense leur impôt.
Voilà, ça c'est une réalité que ne veulent pas voir nos dirigeants. Ils considèrent, les Français, que plutôt que de leur demander en permanence des efforts, il faut faire des efforts spectaculaires sur l'immigration, il faut faire des efforts sur l'Union Européenne, il faut mener une vraie politique de lutte contre la fraude, et il faut mener une vraie politique de baisse des dépenses du train de vie de l'État.
Je vais vous poser la question dans un instant du 49.3, de la censure, mais puisque vous évoquez la question de l'industrie, deux questions très concrètes, l'une sur ArcelorMittal, l'autre sur Chine. ArcelorMittal, vous avez eu une forme de complicité sur le vote de la nationalisation d'ArcelorMittal, c'est-à-dire que vous avez usé une sorte de stratagème qui existe à l'Assemblée nationale, et qui est parfaitement légale, c'est que vous êtes sorti de l'hémicycle, vous n'avez donc pas pris part au vote, mais vous avez laissé le vote sur ArcelorMittal passer. On est d'accord, vous n'étiez pas contre la nationalisation,
mais vous n'avez pas été jusqu'à franchement le voter. Non, mais ce n'est pas ça. Nous étions pour un autre dispositif, qui est le dispositif de la Golden Share, c'est-à-dire que l'État a une part qui lui permet d'impulser la politique de l'entreprise et de déterminer les objectifs. C'est-à-dire pas de nationalisation, mais une part importante. Voilà, exactement. Mais à partir du moment où nous n'avons pas ça, nous ne nous sommes pas opposés en réalité à la nationalisation. Mais ça veut dire qu'à la fin vous êtes pour ou contre la nationalisation ? Mais pourquoi ?
Parce que si nous n'avons plus d'acier, tous les grands discours qu'on entend de la part de nos dirigeants sur le réarmement de la France, sur le sauvetage de l'automobile, ce sont des paroles qui n'auront aucun effet. Mais nous devons avoir la maîtrise de notre... Oui, mais vous ne l'assumez pas complètement ? En fait, vous dites que vous n'êtes pas pour la nationalisation d'ArcelorMittal, mais vous n'êtes pas non plus complètement contre. Madame, notre position, c'est la Golden Share. C'est notre choix.
Si le reste du choix, c'est s'en désintéresser totalement et laisser mourir en réalité la sidéologie ou nationaliser, pour nous la nationalisation est le moins pire de ce qui peut nous arriver.
Il y a Brandt là, qui se retrouve dans une situation extrêmement compliquée. Il y a 700 salariés qui sont prêts à reprendre d'ailleurs Brandt. Ça sera définitivement tranché par le tribunal de commerce demain. L'État est prêt à mettre 5 millions, il y a d'autres millions d'un côté, mais il manque 10 millions. Est-ce que vous vous dites qu'il faut que l'État, là-dessus,
aille pour mettre de l'argent dans Brandt ? Oui, mais mettre de l'argent, si on ne met pas en place les conditions pour que la concurrence déloyale dont sont victimes nos entreprises cessent, ne sert à rien. Et on va parler de Chine. Moi, j'ai envie de parler de Chine, parce que je n'ai jamais vu un exercice d'hypocrisie comme celui auquel j'ai assisté à l'Assemblée nationale.
C'est-à-dire ? C'est-à-dire ? Je reprécise les choses. C'est délirant. Chine, dans la tourmente depuis trois semaines, ou en tout cas dans le collimateur du gouvernement, qui clairement souhaite sa suspension. Et c'est vendredi que la procédure de suspension engagée par le gouvernement contre Chine sera examinée par le tribunal judiciaire de Paris.
Vous, vous êtes pour, vous êtes contre la suspension ? Mais ce n'est pas le sujet, pas là, madame. Ça fait 25 ans, non. Ça fait 25 ans que tous les gens, là, qui sont en train de hurler à la mort sur les conséquences de leur propre choix, ont décidé d'ouvrir nos frontières à la Chine, et notamment à l'époque aux vêtements chinois. On a dit, vous êtes en train de préparer une catastrophe pour nos entreprises et pour la filière textile. Il a fallu quelques années seulement pour que la filière textile française disparaisse. C'est-à-dire que c'est eux qui étaient pour l'ouverture des frontières.
Et nous, quand nous disions qu'il fallait des droits de douane, on nous traitait de tous les noms, on nous disait qu'on allait faire vivre le pays en autarcie, que c'était épouvantable, que ça n'était pas le sens de l'histoire, etc. Bon, ce qui devait arriver arriva, c'est-à-dire que nous avons été submergés par les vêtements chinois. Maintenant, on fait quoi ? Oui, mais attendez, parce que moi, je veux que les gens comprennent ce qui s'est passé. Pendant des années, la grande distribution était assez contente de cela. Parce qu'en réalité, elles achetaient le t-shirt 50 centimes, elles le revendaient 8 ou 9 euros, et les marges que faisait cette grande distribution étaient considérables.
Et à l'époque, je disais, et j'écrivais, il y a plus de 15 ans de ça, mais est-ce qu'il y a sur le ticket du t-shirt le prix du chômage que ça engendre en France ? Parce que ça change tout au prix définitif. Donc on a été complice ? Non, mais ce n'est pas ça. C'est qu'à compter du moment où ces marges sont mises en cause, parce que ces énormes producteurs chinois vont vendre directement aux particuliers, deviennent eux-mêmes les distributeurs. Voilà, là, tout d'un coup, on s'agite. Alors, moi, je suis pour, évidemment, la protection de notre marché, je l'ai toujours été. Je suis pour qu'on mène une guerre à mort aux produits dangereux.
Je le dis depuis des années, il faut faire respecter nos normes. Mais ça, c'est une question des normes. Oui, mais c'est un sujet majeur, parce que le gouvernement... Non, mais bien sûr. Mais moi, je vous ai interrogé sur la question du commerce. Mais attendez, attendez, parce que le gouvernement, que dit-il ? Il dit qu'il faut mettre une taxe sur les petits colis, parce que vous comprenez, il y a une partie de ces produits qui sont dangereux. OK.
Donc, vous allez continuer. C'est pas exactement ce qu'il dit. Ça, c'est ce qu'ils disent. Alors, il dit deux choses. Il dit d'une part, effectivement, qu'il faut davantage vérifier. D'ailleurs, le ministre du Commerce a été lui-même à l'aéroport pour ouvrir les colis, vérifier que c'était aux normes, pas aux normes, etc. Et puis, par ailleurs, il y a cette question, effectivement, de taxer les petits colis. Certains, comme Philippe Juvin, le rapporteur du budget, voulaient carrément mettre 50 euros de taxe pour que ce soit totalement dissuasif. On va sans doute retomber autour de 2 euros. Mais il y a la question des normes d'un côté,
il y a la question du commerce de l'autre. Ils ont bien mélangé les choses, je peux vous dire à l'Assemblée nationale, en nous expliquant que nous serions ceux qui allaient faire s'étouffer les bébés avec les jouets qui ont des petits objets. Moi, inancoui, je leur ai répondu, donc vous, vous allez vous faire étouffer les bébés, mais vous aurez pompé une taxe au passage. Parce que la taxe, évidemment, c'est celle qui va être payée par les gens qui n'ont plus de pouvoir d'achat. Vous comprenez ça ? C'est-à-dire qu'ils sont responsables de tout du début jusqu'à la fin. Pourquoi les gens, ils achètent sur ce type de plateforme ? Parce qu'ils n'ont plus les moyens. Ils ne peuvent plus acheter.
Ils ne peuvent plus se faire, ne serait-ce que de petits plaisirs, parce que les salaires ne sont pas suffisants, parce que les impôts sont très importants.
J'entends parfaitement ces contradictions, Marine Le Pen, mais à la fin, il faut quand même trancher. Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? Je vous repose la question. On maîtrise nos frontières. On maîtrise nos frontières.
Est-ce qu'on interdit l'entrée de ces colis ? On arrête de baisser le nombre, par exemple, d'agents de la DGCCRF, de baisser le nombre de douaniers. On arrête de faire cela. Mais on ne suspend pas Chine. Je vais vous dire, très honnêtement, tant qu'ils ne respectent pas nos normes, il faut qu'ils respectent nos normes. Mais il faudra qu'ils le fassent aussi, madame, dans l'agriculture.
Parce que nos agriculteurs aujourd'hui qui sont confrontés à cette difficulté et qui voient arriver sur les étals des marchés des produits qui sont cultivés avec des pesticides ou avec des produits chimiques qui sont interdits chez nous, ils ne se disent pas, mais il y a une injustice majeure, parce qu'il est évident que lorsqu'on utilise un certain nombre de pesticides, on a une compétitivité meilleure.
Donc vous êtes pour la suspension, pas pour les taxes, parce que vous dites que ce sera payé par les consommateurs qui se tournent vers Chine.
Je suis heureuse de voir qu'au bout de 30 ans, on s'aperçoit qu'en réalité, le Rassemblement national avait raison de dire que les frontières, c'est un élément de protection. Il ne s'agit pas de les fermer. Vous avez peut-être... C'est comme la peau, vous voyez. C'est un filtre, en réalité. C'est une barrière qui empêche les choses néfastes de pouvoir entrer. Il faut s'en servir. Vous avez peut-être entendu les propos de Nicolas Dufourque,
qui est le patron de la BPI. Il dit, je le cite, « Le tsunami chinois détruira toutes les PME industrielles, de la Pologne jusqu'à la Bretagne. Il faut que l'Europe se ferme temporairement, le temps de se réarmer. » Oui.
Vous signez ? Oui, d'accord. Mais encore faut-il d'abord se réarmer. Parce que si vous interdisez, si vous voulez, ces importations, dont je tiens à vous dire, que tous ces produits-là, dont on critique, la qualité, etc. Pour l'instant, d'ailleurs, parce que moi, la crainte que j'ai, c'est que la Chine augmente la qualité de ces produits comme elle l'a fait dans d'autres sujets. Mais tous ces produits-là, ils sont vendus partout. La réalité, madame, ils sont vendus partout. Ils sont vendus dans toutes les chaînes qui existent en France et qui vendent des choses à bas prix. Tout vient de Chine. Voilà. Et je ne suis pas sûr que le contrôle qualité soit fait.
Et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, moi, j'ai proposé qu'on mette en place une responsabilité aux derniers vendeurs. C'est-à-dire que le dernier vendeur, les enseignes, doivent être la garantie, doivent apporter aux consommateurs la garantie du respect des normes européennes dans ce qu'ils vendent.
Marine Le Pen, Emmanuel Macron veut une labellisation des médias. Il veut, je cite, que les journalistes garantissent à leurs lecteurs qu'ils ont vérifié l'information avec une déontologie dont ils sont garants entre eux. Et hier soir, l'Elysée a publié une vidéo sur laquelle il parle même d'une fake news qui aurait été propagée non seulement par un certain nombre de médias, mais aussi par des politiques. Ils disent, quand parler de la lutte contre la désinformation suscite la désinformation. Comment vous jugez cette question ?
D'abord, je trouve cette vidéo indigne, parce que ce n'est pas le rôle de la présidence de la République qui précisément doit être au-dessus des partis et ne doit pas descendre dans l'arène, surtout en s'attaquant directement à plusieurs médias. Ça, c'est déjà la première des choses. Deuxièmement, cette idée de labellisation est évidemment extrêmement dangereuse. Voilà. Elle est extrêmement dangereuse. et l'objectif d'Emmanuel Macron, c'est de maîtriser l'information.
Alors, il dit que ce seraient les journalistes eux-mêmes qui jugeraient leur propre père. Il y a des journalistes
choisis par qui ? Par Emmanuel Macron. Donc, ça revient au même. Enfin, je veux dire, il y a un moment donné, il faut arrêter de penser qu'il y a des journalistes que le fait d'être journaliste vous rend intrinsèquement neutre et bienveillant. Est-ce que ça veut dire Marine Le Pen ? Je veux dire, on sait très bien, par exemple, les problèmes qu'il y a avec le service public. Et c'est si vrai qu'il y a actuellement une commission d'enquête de... Quand vous dites les problèmes qu'il y a avec le service public... Oui, un problème de neutralité, évidente. Un problème évident de neutralité du service public, bien évidemment.
Et donc, cette commission d'enquête, d'ailleurs, j'en suis convaincu, impulsée par notre ami Éric Sotty, le démontrera. Le problème, c'est que souvent, on dit, mais vous voyez, il y a des télévisions privées aussi qui ne sont pas neutres. Mais ce n'est pas le sujet, en réalité. Le sujet, c'est que une télévision privée... Des journalistes qui vous interroge ou pas ? Une télévision privée a le droit de ne pas être neutre. Moi, je considère que l'Arcôme ne devrait surveiller que le service public. Une télévision privée, elle a parfaitement le droit de ne pas être neutre.
Mais le service public, lui, qui est payé par l'ensemble des contribuables, ne peut pas choisir un camp politique contre un autre. Ce n'est pas possible. Ou alors, elle renonce au financement des électeurs qui lui déplaisent. Donc, dans ces cas-là, il faut que ce soit une privatisation des services publics. Oui, de toute façon, moi, je suis pour la privatisation pour d'autres raisons que celle-là. Certes, des raisons d'économie, mais aussi parce que ça permettra d'éviter, justement, que l'on puisse suspecter ou prouver que le service public n'est pas neutre. Marine Le Pen,
les municipales, il y a quand même quelques questions qui se posent autour d'un certain nombre de candidats RN. Le candidat en Corse, notamment, un ancien nationaliste qui avait été condamné à de la prison pour terrorisme. Je suis quand même surprise. Vous aviez tous dit qu'il fallait un casier judiciaire vierge pour être candidat. Est-ce que ce candidat en Corse, vous l'adoubez ?
Enfin, l'adoubez, je n'ai pas l'adoubé. Je l'ai rencontré. Il est en effet nationaliste. Il a été aspiré en quelques heures dans une spirale de violence. À l'époque, c'était comme ça. Il avait 18 ans. Et il a fait sauter la porte d'entrée d'une sous-préfecture. C'est éminemment condamnable. Et il le dit d'ailleurs. Il a fait 8 ans de prison pour cela. Donc là, pour le coup, la condamnation... Donc il est pardonné. Pour le coup, la condamnation a été sévère. Il a renoncé à la violence. Il est, je pense, le meilleur porte-parole d'ailleurs de cette renonciation à la violence. Il souhaite défendre l'identité Corse tout en restant dans la France.
C'est un garçon qui mérite d'être connu parce qu'il a des idées qui sont vraiment très solides. Et par conséquent, oui, j'ai donné mon accord à cette candidature.
Fréjus, c'est quoi le problème avec David Racheline ?
Écoutez, il faut lui demander à lui.
Non, mais je vous le demande aussi à vous parce que, semble-t-il, il n'aura pas l'investiture du parti pour les municipales. Dans le même temps, j'ai encore vérifié ce matin, officiellement, en tout cas sur le site, il est toujours vice-président du RN.
Oui, c'est en voie de règlement. Il ne sera plus vice-président du RN. En tout cas, moi, je souhaite qu'il ne soit plus vice-président du RN. Il est viré, David Racheline ? Non, ça ne se passe pas comme ça. Non,
mais je veux dire, il ne peut plus prétendre. Ça ne se passe pas comme ça.
Vous avez été déçu, surprise. Il y a un certain nombre de procédures qui doivent avoir lieu. Il est encombrant aujourd'hui. Mais honnêtement, je ne suis pas du tout sûr que ça, ça passionne les Français.
On est au moment des municipales. David Racheline, vice-président du RN, ce n'était pas un candidat ou une personnalité très éloignée du cœur du parti, quand même. Oui,
vous avez raison. Mais la réponse à ces questions-là ne remplit pas le frigidaire.
Ça ne remplit pas le frigidaire. On vient de le remplir. On vient de parler des taxes et des questions du budget. Mais je pense quand même que c'est une question très importante avant le... Enfin, vous avez l'air de minimiser. Peut-être qu'il faut minimiser, mais il était quand même visite. Je vous dis qu'il y a
un certain nombre de procédures qui sont en cours et qui permettront d'éclaircir cette question. Martine Vassal,
la candidate LR à la mairie de Marseille, a laissé la porte ouverte à l'idée d'une alliance. Alors depuis, elle dit, ce n'est pas exactement ce que j'ai voulu, mais enfin, quand on lui a demandé s'il y aurait une possible alliance de second tour avec le RN, elle n'a pas dit non. Elle a dit,
avec Martine Vassal. Non, mais d'abord, ce n'est pas à moi de répondre à ça. C'est au candidat de Marseille. Mais ce que je note, c'est que le rejet absurde de toute capacité d'alliance, notamment dans des élections municipales au second tour par les Républicains, en réalité, est en train de s'effondrer parce que ce n'est pas tenable. Voilà, ce n'est pas tenable parce que les électeurs et les Républicains ne comprennent pas pourquoi leur direction continue à faire élire des LFI plutôt que de faire élire des rassemblements nationals. Voilà, c'est aussi simple que ça.
Donc on est au bout en fait de la logique de ce barrage républicain auquel les LR, qui est tout sauf Républicain d'ailleurs, auquel les LR ont participé lors des dernières élections législatives. Municipale donc, présidentielle.
Pourquoi Jordan Bardella ne serait pas le candidat à la présidentielle ? Je veux dire, le candidat, candidat quoi.
Mais il n'y a pas de primaire chez nous. Donc les choses sont extrêmement claires. Si je peux être candidate, je le serai. Si je ne peux pas être candidate, et il sera mon Premier ministre, si je ne peux pas être candidate, il le sera. Et si vous pouvez être candidate,
pourquoi il ne le serait pas ?
Et pourquoi le serait-il
et que je ne le serai pas ? Peut-être parce qu'il est en train de devenir quelqu'un de très bien placé. Vous avez peut-être regardé le Figaro ce matin, ce sondage IFOP, je le cite. Le casting présidentiel est encore loin d'être figé, mais à un an et demi du scrutin élyséen, Jordan Bardella apparaît toujours comme un prétendant incontournable. Parmi les possibilités testées, ils ont testé votre candidature et la sienne, mais ils vous devancent. Oui, mais vous voyez,
la force de notre duo, la force démocratique, en fait, de notre duo, c'est que Jordan Bardella sera le premier Premier ministre à ne pas avoir été nommé, mais à avoir été choisi par les Français. Et moi, je vais vous dire très clairement, je ne peux que me réjouir que la confiance que les Français ont en Jordan Bardella soit aussi solide. C'est-à-dire que si ça se trouve,
en effet, vous ne serez pas en mesure d'y aller. Oui, mais je sais ce que vous souhaitez faire. Non, moi, je ne souhaite rien du tout. Je regarde effectivement les sondages et j'ai d'ailleurs posé la même question à Jordan Bardella. Pourquoi il ne serait que le plan B ? Pourquoi dire aux Français
« Bon, finalement, vous avez le plan B ? » Parce que nous en avons décidé ainsi. Mais ça peut changer. Je vais vous dire une chose. La manière dont les élites, une partie de la magistrature, les médias, maintenant les instituts de sondage s'y mettent, cherchent à contourner en fait les Français pour pouvoir imposer leur vue, choisir les candidats. Ça ne fonctionne pas chez nous. Chez nous, c'est nous qui décidons. Vous voyez ? Non, c'est nous. C'est nous, c'est Jordan et moi qui décidons. Voilà. C'est comme ça. Donc, vous pourrez faire ce que vous voulez, vous agiter, chercher à créer de la tension ou de la dissension. Il n'y en aura pas.
En revanche, vous aurez le choix de faire ça avec tous les autres partis. Ça marchera très bien.
Je suis quand même surprise que vous vous disiez que les Français puissent se satisfaire d'un plan B. Je ne comprends pas. C'est-à-dire qu'au fond, vous êtes en train de dire voilà, c'est moi la candidate et si je ne peux pas y aller, vous vous contenterez de Jordan Bardella.
Mais ils ne se contenteront pas puisqu'il a une cote de popularité qui est de plus en plus forte et encore une fois, je m'en réjouis. Donc, c'est ça, j'ai l'impression, qui gêne ceux qui nous combattent ou ceux qui cherchent à nous affaiblir. C'est que nous avons au Rassemblement National deux personnalités qui ont la confiance des Français. Et ça, ça a l'air de gêner. Bien, c'est comme ça. Et ces deux personnalités, elles vont combattre ensemble. Et si par une torsion du droit et une torsion de la démocratie, j'étais empêchée d'être candidate, ce qui n'est évidemment ce à quoi je ne me réjouis pas. Vous voulez être candidate ?
Vous espérez être candidate ?
Vous pensez que vous le serez ? Oui, mais je pense surtout que ce serait honteux qu'on m'empêche de l'être. Oui. Et donc, je vais me battre en appel, devant la cour d'appel et je vais défendre mon innocence et donc défendre le droit aussi des Français à pouvoir voter pour qui ils le souhaitent.
Mais on a senti, ou en tout cas peut-être j'ai senti, parfois une forme de découragement chez vous.
Oui. Enfin, vous savez, j'ai entendu ça 50 fois. J'ai été enterrée, je pense, 10 fois dans ma carrière. Je me demande d'ailleurs si au bout de 10 fois, le 11e enterrement est gratuit, peut-être. Et à chaque fois... Je ne vous enterre pas,
je pense que le découragement est humain.
Non, non, mais... Oui, il est sûrement humain. Mais il n'est pas trop dans mon ADN, moi. ça ne fait pas partie de mes défauts, parce qu'en politique, le découragement est un défaut. Il faut être combatif, il faut être persévérant, parce que c'est ainsi qu'on arrive à défendre son pays et son peuple. Si vous êtes innocenté,
vous serez candidate, c'est sûr. Sûr. Sûr et certain. Sûr et certain. Il n'est pas question qu'à ce moment-là, vous vous disiez, parce que les choses ont évolué d'ici là, encore une fois, c'est dans longtemps, que finalement, peut-être Jordan Bardella serait un meilleur candidat que vous ? Ça n'est pas notre choix commun. S'il était un meilleur candidat que vous ? Pardon, je vous repose la question, parce que je suis quand même surprise que cette option n'existe pas dans votre esprit. Ça n'est pas notre choix commun. Est-ce que ça devient encombrant d'être deux sur la ligne de départ ?
Non, au contraire. C'est une très grande force pour nous d'être deux sur la ligne de départ, parce que croyez-moi, il va y avoir du boulot pour deux, vu la situation catastrophique de notre pays que nous laissent nos prédécesseurs, si tant est que les Français nous fassent cette confiance. Je rebondis sur un point
que vous venez de dire. Vous venez de dire, si je suis la candidate, il sera mon Premier ministre, et vous vantez comme, justement, une force démocratique que d'avoir un Premier ministre choisi. Je vous pose la question à l'inverse. Si toutefois, vous ne pouviez pas être candidate et que c'était lui qui était le candidat, alors serait-il dans la même logique sur un ticket,
vous comme Premier ministre, lui comme président ? Non, je l'ai dit, je ne souhaite pas, dans ces conditions-là, dans cette hypothèse qui reste hypothétique, par définition, être Premier ministre, mais je serai son premier soutien. Vous serai son premier soutien ? Vous pourriez être présidente du parti, dans ce cas-là ? J'ai déjà donné, si je puis me permettre. Ça veut dire que vous partiriez ? Non, non, non, non, je serai son premier soutien. Mais on peut, vous savez, être un soutien, y compris un soutien très présent, et je l'espère utile, sans obligatoirement avoir quelque chose sur sa carte de visite.
Un dernier mot sur l'agression dont il a été victime. Il a reçu un 9 à Moissac, Jordan Bardella. Là, l'homme sera jugé en comparution immédiate aujourd'hui. Il a 74 ans. Il avait déjà lancé un 9 sur Éric Zemmour. Est-ce que cet oeuf, c'est grave, c'est très grave, c'est pas grave ? Je ne vous ai pas entendu vous exprimer dessus. Non, mais c'était un symptôme,
en réalité. C'est un symptôme d'une violence en politique que commence à subir tout le monde et que nous, nous subissons depuis 30 ans. Ça fait 30 ans que ça dure. Et à l'époque, d'ailleurs, ça ne scandalisait personne. Parce que dans notre pays, les gens sont plus scandalisés en fonction de qui vous êtes qu'en fonction de ce qu'on vous a fait. Moi, j'ai des milliers d'images de nos militants agressés, les bus attaqués dans les meetings. Et à chaque fois, c'est la même chose. C'est l'extrême-gauche. Est-ce qu'on va le dire ou est-ce qu'on ne va pas le dire, en fait ? De manière quasi systématique, les violences en politique sont le fait de l'extrême-gauche.
Ce sont eux qui empêchent la tenue des conférences de presse par la violence. Personne, d'ailleurs, n'en appelle à la liberté de la presse dans ces cas-là. Ce sont eux qui essayent d'empêcher la tenue des meetings. Ce sont eux qui s'introduisent dans les meetings pour y semer la perturbation. Ce sont eux qui font des contre-manifestations en permanence qui vous empêchent de faire des marchés, etc. Donc, c'est à eux qu'il faut demander des comptes maintenant. Et c'est à eux qu'il faut dire que la violence en politique, c'est non. Est-ce qu'il y a des moments où vous avez peur, vous-même, Marie-Leopold ? Non, je ne sais pas.
Donc, ni découragée, ni peur.
Oui, mais ça aussi, je n'ai pas trop dans mon ADN.
Non, mais j'imagine que quand vous nous dites que la violence est là depuis 30 ans, qu'elle ne cesse de monter, j'imagine qu'il y a quand même des moments où on s'inquiète.
Madame, j'avais 8 ans et j'étais dans mon lit quand une bombe a explosé et a détruit l'intégralité de l'immeuble dans lequel nous dormions. Donc, bon, voilà, la peur, du coup, s'est évaporée à partir de ce moment-là.
Quand on a vécu ça, on n'a plus peur de rien ? C'est un peu vrai, oui. Est-ce que les choses se sont quand même dégradées depuis ? Les choses se sont... Pas au point, je veux dire, évidemment, quand on a vécu un attentat. Mais est-ce que le climat global dont vous dites
qu'il y a ce dernier symptôme... Pas pour nous, parce que nous, encore une fois, nous avons été traités de manière un peu particulière depuis 30 ans, mais de manière générale, en politique, il y a un climat de violence qui s'installe et il y a aussi, et c'est aussi grave, je crois, en tout cas presque aussi grave, un climat d'acceptation de cette violence, de justification de cette violence. Et moi, quand j'entends... On s'est habitué ? Quand j'entends des journalistes, des éditorialistes, parfois, ou des responsables politiques, venir justifier la violence au motif qu'elle tombe sur leurs adversaires, je suis scandalisé.
Parce que, je le répète ici, je l'ai déjà dit devant vous, quand on a des principes, on ne les adapte pas en fonction de la personne qui peut en bénéficier. Les principes qu'on réclame pour soi-même, on les accepte. Vous les défendriez ? On les défend, évidemment. Aussi pour des élus d'extrême-gauche dont vous venez de parler. Pour des adversaires, bien évidemment.
Merci Marine Le Pen d'avoir répondu à mes questions ce matin. Merci de votre invitation. Sur RMC et BFM TV, il est 8h47.
Jordan Bardella