"Des vivants" : pourquoi il était essentiel de tourner au Bataclan
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il avait peur de la réaction de son père. Il y a la capacité de certains proches à accueillir la souffrance... - A.Poisson: Des proches qui ne savent pas quoi dire, comment faire. - J.-X.de Lestrade: Il n'y a pas de mode d'emploi. - L.Amar: Le personnage d'Arnaud vit le jour d'après de manière différente.
Il a pu retourner dans le couloir du Bataclan. Il découvre ce couloir qui porte encore les traces des tirs et des explosions des terroristes. - C'est quoi? - Le gilet du terroriste.
En explosant, ça a fait un trou dans le béton. - J'étais là, allongé là. - C'était vous?
On a dû vous marcher dessus. On a cru que vous étiez mort. - L.Amar: Arnaud sort de la prise d'otages blessé au dos par des impacts de balles et il n'arrive pas à avancer.
Il est en colère. Il ne se pardonne rien. Il s'enferme sur lui-même.
Tout l'inverse de sa femme. Est-ce qu'il a réussi à purger sa colère 10 ans après? - B.Lavernhe: Je ne peux pas parler pour lui.
Une des 1ères choses qu'il m'a dites, c'est d'assumer...
Son besoin de vengeance, être traversé par cette émotion de vengeance...
On ne se connaissait vraiment pas. Je l'ai reconnu parce que je l'ai vu dans un documentaire. Il y a de la jubilation qu'il a éprouvée quand il a ouvert les yeux et entendu son coeur battre et qu'il s'est su vivant.
Et à quel point il était heureux d'être vivant et que l'autre soit mort. C'est peut-être dur à assumer et à dire, d'être heureux que l'autre soit mort. - A.-E.Lemoine: C'est ce qu'il va redire au procès. - B.Lavernhe: Et sa haine qui l'a traversé...
Certains disent que ce personnage le met mal à l'aise. "Je n'aime pas trop ce qu'il dit..." Je trouve qu'il a une sincérité qui me touche énormément.
J'aime que Jean-Xavier ait assumé dans le récit. - A.-E.Lemoine: Chacun des potages a ses propres difficultés, ses besoins de décompresser.
Notre capacité d'empathie fonctionne à plein. Le couloir a été reconstitué et plusieurs scènes ont été tournées au Bataclan. Les potages y tenaient.
Ils vous ont aidés à obtenir des autorisations. - J.-X.de Lestrade: On a écrit le scénario à partir précisément de leurs récits.
On allait vraiment dans le détail, dans des choses extrêmement pointues. Il est devenu évident qu'on ne pouvait pas tourner ailleurs que dans le Bataclan. En ce qui concerne la scène qu'on vient de voir, d'Arnaud qui retourne dans le Bataclan...
Juste avant, on le voit pénétrer dans la salle. On le voit dans la fosse, s'approcher, la regarder. J'avais envie de filmer ça, De filmer cette scène.
On ne pouvait pas la filmer ailleurs qu'au Bataclan. J'avais aussi envie de filmer le comédien B.Lavernhe s'approchant de la fosse et essayer de capter ce qu'il pouvait ressentir à ce moment-là. - A.Poisson: Il y avait une émotion particulière. - J.-X.de Lestrade: Et presque l'âme des victimes qu'on pouvait capter. - A.Poisson: Quand Marie en parle, elle dit que c'était capital pour eux parce que c'est d'abord un lieu de vie, de danse, de fête, de joie, de liberté.
Il a été traversé par une tragédie. Mais il a rouvert, il est à nouveau un lieu de vie, de danse, de fête et de liberté. D'une certaine façon, Marie dit toujours que c'est une façon de rendre hommage à ce lieu, qu'il y ait au moins quelques scènes et qu'on ne triche pas, qu'on dise comme un devoir de mémoire. "C'est là que ça s'est passé et c'est là qu'on filme". - A.-E.Lemoine: Même s'il fallait qu'on ait les mêmes rangées de sièges que celles où ils ont été pris en otage.
Ce n'est pas rien. - B.Lavernhe: C'était bien que ce soit un passage.
J'y faisais des prières. Je pensais à toutes les âmes, aux familles des victimes. On ne fait pas les malins.
De jouer dans ce cadre, ce n'est pas confortable. On était très concentrés. On avait une grande confiance en notre réalisateur.
Il y trouvait du sens. Il voulait témoigner de ce lieu. On y va et on se sert les coudes.
C'était bien que ça passe. - L.Sénéchal: Il y a un lien fort aussi entre les potages et les membres de la BRI qui les ont sauvés.
Vous avez tenu à montrer ça. Il y a David, le personnage dans la série, qui noue ce lien en premier. - J.-X.de Lestrade: Il s'est passé quelque chose d'inédit.
On a une troupe d'élite, la BRI, qui accepte que les personnes qu'ils ont sauvées viennent les voir, prennent contact avec eux. Ce n'est jamais arrivé ni au GIGN ni au RAID. Cette scène, où on voit David y retourner, et tout le groupe y retourner, ils voient enfin pour la première fois ces opérateurs de la BRI en général représentés comme des RoboCop masqués et surarmés.
On les voit à nu, sans rien, comme des hommes comme vous et moi et avec leurs émotions et leurs failles. - A.Poisson: Et à quel point ils sont impactés et bouleversés aussi. - B.Lavernhe: Il y a une scène qui me bouleverse.
C'est quand l'un des types de la BRI dit qu'il s'était engueulé avec sa femme juste avant l'intervention. Il ne savait pas s'il allait revenir sans s'être réconcilié avec elle. Ca me fait pleurer. - P.Cohen: Ou Grégory qui pense qu'il n'a pas rangé son appartement. - A.Poisson: Et que ses parents allaient retrouver son appartement en désordre.
Ou Nassim de la BRI qui dit: "Avec ce que j'ai vu en bas dans la fosse, j'aurais payé pour être premier de colonne dans l'assaut." - A.-E.Lemoine: La série va jusqu'au procès.
Les dépositions des potages sont bouleversantes. C'est une formidable série, importante pour se rappeler à quel point le collectif, ça sauve. Une forme d'antidote à un discours actuel de la division.
J'avais encore des frissons pendant l'Edito de Patrick. La première scène que vous avez tournée est cette scène extraordinaire où vous chantez "Get Lucky". - B.Lavernhe: Arnaud dit que c'est une version embellie parce que je joue de la guitare et que lui ne sait pas faire un accord.
Ca fait partie des grands souvenirs de tournage. - J.-X.de Lestrade: C'était important de montrer que ce groupe a subi la violence la plus extrême, une forme de déshumanisation impitoyable et ils se retrouvent, ils chantent et dansent.
Dans la scène, on le montre. Il y a cet aspect de survie ensemble, de se sentir bien ensemble et par le lien, le regard, le toucher, la musique, qu'on peut s'en sortir. Il y a cet aspect hyper lumineux qui me touche le plus.
C'est de les voir être capables de joie. - A.Poisson: Ils ont été attaqués parce qu'ils étaient ensemble en train de faire du lien, parce qu'ils dansaient et chantaient, et leur réponse à cette barbarie, c'est d'être ensemble.
A chaque fois qu'ils se retrouvent, ils chantent et dansent. - B.Lavernhe: C'est comme les scouts!
Ils ont un répertoire... - A.Poisson: Il y a quand même ce truc que je souligne, et je comprends que la série puisse faire peur, mais c'est l'après.
Il y a un truc hyper lumineux qui insiste sur cette amitié. C'est plus qu'une amitié. C'est un lien indéfectible. - B.Lavernhe: Un témoignage.
Il n'y a pas d'obscénité. - A.-E.Lemoine: "Des Vivants", les 2 épisodes à partir de ce soir.
Lundi prochain, 3 épisodes d'affilée. Il y en a 8 au total.