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interviewLe Média — Podcasts· 11 juin 2024 33 min

Emmanuel Macron, faux ami hypocrite des palestiniens ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Volonté de saturer les écrans au réel besoin de communiquer avec les Français. En tout cas, jeudi dernier, juste avant la clôture de la campagne en vue des élections européennes, Emmanuel Macron a accordé une interview à TF1 et à France 2. Une interview où il a été question d'international, du Proche-Orient et du conflit russo-ukrainien principalement. Que retenir de cette opération de communication, ou pardon, de cet exercice républicain en ce qui concerne les grands dossiers globaux ?

Et vu que cette émission va être diffusée le jour des élections européennes, comment peut-on expliquer qu'au fond, ce scrutin, en tout cas dans ces thématiques de fond, intéresse si peu, quand bien même une partie importante de nos destins se joue à Strasbourg, sinon à Strasbourg, siège du Parlement européen, du moins à Bruxelles, siège de la Commission européenne. Ces sujets, nous les aborderons dans ce nouvel épisode du Monde n'a pas de centre, la chronique internationale de Bertrand Baddy, politiste, professeur honoraire à Sciences Po. Emmanuel Macron soutient-il les Palestiniens comme l'accord de soutien Le Pondu ?

En tout cas, lors de son interview télévisée de jeudi dernier, il a dit non à toutes les voix qui le pressent de reconnaître l'État palestinien.

1:19
Emmanuel Macron

Je vis la même chose que vous, je ressens la même chose que vous face aux atrocités que nous voyons. Je les dénonce avec la même indignation. Mais on ne reconnaît pas un État sur la base d'une indignation. On essaie de le faire dans un processus. Et donc, un, il n'y a pas de tabou. L'heure viendra. Et la France le fera. Mais il faut le faire dans un processus. J'ai été, je crois, le seul dirigeant occidental à recevoir en personne à deux reprises les six ministres du groupe arabe de contact qui, justement, travaillent au jour d'après. Et c'est exactement ce que je leur ai dit. Et ils l'ont compris.

Et eux travaillent à qu'est-ce que ce sera Gaza dès qu'on obtient un cessez-le-feu, qu'est-ce que ce sera, justement, également, tout le reste des territoires aujourd'hui occupés, quel peut être l'État palestinien demain, et quelle réforme politique, quelle transition, quelle sécurité garantie pour Israël, quelle sécurité garantie pour toute la région. Et donc, c'est exactement le travail que nous menons. La France reconnaîtra l'État de Palestine quand cela sera l'élément d'un ensemble complet qui permet la paix et la sécurité de tous dans la région.

2:24
Présentateur

Alors, Bertrand, pourquoi, au fond, Emmanuel Macron ne veut pas emboîter le pas à l'Espagne, à l'Irlande, à la Norvège et à la Slovénie ? Je veux dire, ces explications sont-elles convaincantes ?

2:34
Invité

Il y a plusieurs explications. Celle qui nous vient immédiatement à l'esprit, c'est le « en même temps ». C'est-à-dire, en même temps, on vote pour l'admission de la Palestine aux Nations Unies comme membre à part entière, et en même temps, on diffère la reconnaissance de l'État de Palestine par la France. C'est une manière d'espérer ainsi se concilier et l'autorité palestinienne et l'opinion publique palestinienne et Israël et en particulier Benjamin Netanyahou. Je pense que ça joue, ça fait partie du logiciel macronien, de la grammaire macronienne. Il y a un deuxième élément qui est cette volonté très française, là aussi, de prendre une initiative majeure au sein des Nations Unies.

Ça fait déjà un moment qu'on en parle, d'une résolution, d'un projet de résolution français. Et pour que ce projet de résolution, dont on ne connaît pas bien encore les contours, mais dont on parle beaucoup, soit acceptable par les deux partis, il ne faut créer de crise, ni avec l'autorité palestinienne et les organisations palestiniennes, ni avec le gouvernement israélien. Deuxième explication. Puis il y a une troisième qui est peut-être moins noble, si tant est que les deux autres le soient, c'est cette idée que la France n'aime pas être le deuxième ou le troisième wagon. L'initiative est espagnole.

Reconnaître dans le sillage de l'Espagne, c'est moins glorieux que de prendre une initiative telle celle du général de Gaulle, premier pays d'Europe occidentale à reconnaître la Chine en 1964. Si la France avait été en situation de proue, là peut-être que Macron se serait laissé séduire. Suivre l'Espagne et l'Irlande, arriver derrière la Norvège et la Slovénie, ça ne fait pas très glorieux pour un pays membre permanent du Conseil de sécurité. Donc il y a des arguments, mais qui relèvent, je dirais, davantage, de l'émotion, justement, ce qu'il réfute, que du sage calcul.

Parce que le vrai enjeu de la reconnaissance, c'est très simple, c'est est-ce qu'on construit un monde qui intériorise déjà l'idée d'une solution à deux États. Si tous les pays du monde, les uns après les autres, reconnaissent symétriquement deux États, ça veut dire que, de facto, la solution à deux États, elle est adoptée par la communauté internationale. Alors évidemment, ça ne suffira pas à déclencher mécaniquement une reconnaissance ou une acceptation de la part d'Israël, mais là, la pression sera quand même considérable.

Donc, je renverse le compliment, là où Emmanuel Macron dit « reconnaître la Palestine, c'est céder à l'émotion, alors qu'il faut chercher la raison », moi, je pense que la raison, c'était de s'inscrire dans cette dynamique, qui est une dynamique mondiale, et qui est la seule projection de la rationalité en matière de ce conflit, alors que l'émotion, c'est effectivement céder à ses arguments d'opportunité que je rappelais il y a un instant. Il y a une certaine forme d'hubris. Oui, c'est ça, c'est ça.

Il faut comprendre une chose, Théophile, que l'on ne dit pas assez, c'est que, dans ce monde globalisé, dans ce monde d'une effrayante complexité, dans ce monde où la puissance est battue un peu partout, rappelle-toi les États-Unis en Afghanistan, au Vietnam, en Irak, en Somalie, l'URSS en Afghanistan, la France au Sahel, la décolonisation, dans ce monde où la puissance est en régression et où la complexité ne cesse de progresser, la bonne diplomatie, c'est une diplomatie modeste. La diplomatie qui marche, c'est une diplomatie modeste.

Ce n'est pas moi qui ai inventé cette idée, on la trouve sous la co-signature de deux puissances battues en 1945, le Japon et l'Allemagne, deux ministres d'affaires étrangères de l'époque, Westerwelle et Okida, qui avaient dit, mais maintenant, la diplomatie, pour qu'elle soit efficace, il ne faut plus que ce soit une diplomatie de spectacle, il faut que ce soit une diplomatie modeste. Ce qui est intéressant, dans tant le dossier russo-ukrainien que dans le dossier israélo-palestinien, c'est que là où quelqu'un peut faire quelque chose, c'est toujours quelqu'un qui est en position effacée. C'est normal, la modestie crée la confiance, alors que l'arrogance crée la méfiance.

Mais la modestie n'est pas française. L'arrogance, si. Eh bien, ça, c'est une façon, cher Théophile, de dire que la France n'a peut-être plus la main en matière de diplomatie. Autrefois, ça payait l'arrogance, parce que l'arrogance, c'était l'éclat, c'était le roi soleil, c'était le Napoléon, c'était Talleyrand, c'était le général de Gaulle. Ça impressionnait, parce qu'on était dans un monde profondément hiérarchique. Maintenant, on est dans un monde d'interdépendance. Si tu veux gagner dans l'interdépendance, il faut que tu sois modeste, c'est-à-dire que, tout simplement, tu tiennes ton rôle efficacement, comme les chaînons dans une chaîne.

Un chaînon, un maillon, n'est efficace que s'il s'efface devant la chaîne toute entière. En France, on ne sait pas bien faire ça. C'est peut-être une façon de définir la voie nouvelle pour reconstruire la diplomatie et la politique étrangère française.

8:26
Présentateur

Alors, la diplomatie française tente d'être équilibrée sur le conflit israélo-palestinien, suivant cela une certaine tradition. Mais est-il juste de dire que l'exécutif, et plus largement le camp présidentiel, dans son attitude quotidienne, font preuve d'une affinité, d'une partialité, d'une sorte d'approche qui tend à valider, dans sa communication, les dérives de Netanyahou, même si le quai d'Orsay, ou toute l'armada intellectuelle française, finalement, sur ce conflit, est équilibrée ? Oui. Alors, équilibrée,

9:07
Invité

c'est un mot que je te suggère de rayer du lexique des relations internationales. Ah oui. Mais oui, parce qu'autrefois, c'était le fin mot de l'histoire. L'équilibre de puissance. Parce qu'on comptait en termes de puissance, et que la meilleure façon d'éviter la confrontation, c'était que les puissances soient à peu près de même niveau, parce qu'elles considéraient à ce moment-là comme irrationnelles de se faire la guerre. Il y a longtemps que ça ne fonctionne plus. Et puis la bipolarité a disparu.

Et puis, on s'est aperçu quelque chose qu'un grand diplomate et philosophe français complètement oublié, l'abbé de Saint-Pierre, XVIIIe siècle, disait déjà à l'époque, mais l'équilibre, par définition, c'est fragile. Donc, ce qui est fragile est dangereux, surtout à l'époque où on a des armes de destruction massive. Par ailleurs, être équilibré face au droit, ça ne me paraît pas être très moral. Quand tu as un dominant d'un côté et un dominé de l'autre, quelqu'un qui fait souffrir et un autre qui souffre, c'est bizarre d'avoir une attitude équilibrée. On ne peut pas être équilibré entre l'exploiteur et l'exploité. C'est ça tout le problème.

Et justement, on a tellement, dans la conception des relations internationales, effacé l'idée de juste au profit de l'idée de puissance, qu'on s'est dit, mais l'alpha et la méga, la solution à tout, eh bien, c'est d'être de puissance égale. Non, ce n'est pas d'être puissance égale. C'est de créer un ordre international qui soit viable pour tout le monde. Si équilibria, c'est ça le vrai équilibre. C'est-à-dire définir un ordre international supportable pour tout le monde. Ça, c'est une question qu'on ne se posait jamais. On ne s'est jamais posé au XIXe et même au XXe siècle la question de savoir si l'ordre international eurocentré était supportable pour tout le monde.

Maintenant, face à la question, moi, je ne suis pas pour un équilibre dans le conflit russo-ukrainien. Il y a un agresseur et un agressé. La Russie est agresseur et l'Ukraine est agressée. Et je ne suis pas pour une position d'équilibre dans le conflit israélo-palestinien quand on voit que 36 000 et probablement beaucoup plus Gazaouis ont été exterminés dans cette guerre. Alors, où est l'équilibre de dire « Ah bah, oui, évidemment, c'est triste d'être massacrés, mais c'est bien de les avoir massacrés ? » Non, c'est impossible. Chassons ce discours et essayons d'en inventer un autre.

11:38
Présentateur

Mais de facto, au-delà de se porter de porter, disons, son empathie vraiment à la personne qui est affaiblie aujourd'hui, le gouvernement français, au-delà de sa doctrine, se montre partial. Pro-israélien, on a encore vu tous les éclats de voix à l'Assemblée nationale, mais au quotidien, dans les médias, la parole publique, la parole des dirigeants, elle n'est pas aussi nette que la vieille tradition diplomatique française. Alors, faisons attention. Oui, mais, Théophile, faisons attention,

12:12
Invité

parce que, pour les médias, tu as raison, enfin, pas tous, d'ailleurs, mais c'est vrai qu'il y a certains médias dont il est clair qu'ils sont déséquilibrés, alors, pour le coup, la classe politique, c'est vrai aussi, et majoritairement pro-israélienne, très clairement à l'extrême droite, clairement à droite, et dans une bonne partie du centre-gauche, voire de la gauche traditionnelle, tout ça est vrai, et ce qui est vrai et frappant, c'est que tous ces gens n'évoluent que très peu dans leur position, malgré tous ces événements qui se sont accumulés et qui sont très nouveaux.

En revanche, moi, ce qui m'intéresse, me surprend, et que je tiens pour déterminant, c'est la formidable transformation des opinions publiques, françaises et mondiales, c'est-à-dire jamais la cause palestinienne n'a été autant relayée par les sociétés civiles en général, la société civile française en particulier. Ça, c'est un véritable changement, et tu sais que ma philosophie en matière de relations internationales, c'est de dire, mais les sociétés pèsent de plus en plus, et les politiques de moins en moins. Les politiques, ils sont face au conflit israélo-palestinien tétanisé. Tétanisé comme résultat de 25 années d'indifférence complète.

Quand pendant 25 années, tu as mis le sujet sous la table, quand tu le ressors, tu ne sais plus quoi faire. Ça, c'est très clair, et c'est pour ça qu'on est dans une impasse politique en France et dans beaucoup de pays sur la gestion de ce conflit. L'opinion publique, elle, on ne peut pas lui reprocher cette indifférence parce qu'elle n'était pas en situation de la créer. Et je pense que la compassion, l'empathie qui se dégage de l'opinion publique en France, et notamment des jeunes et des campus universitaires, tient en grande partie à une réaction d'outrage, d'indignation face à cette politique de l'indifférence.

Moi, je vois bien mes étudiants, par exemple, comment ils ne sont ni pour le Hamas, ni pour Khamenei, ni pour les salafistes, ni pour les fréristes, etc. Ils se disent, mais enfin, est-ce qu'on peut supporter que dans un coin du monde, il y ait en l'espace de sept mois, 36 000 morts, dont beaucoup d'enfants, dont beaucoup d'innocents. Et donc, cette transformation de l'opinion publique, je suis convaincu que d'une manière ou d'une autre, elle va devenir un paramètre essentiel de la gestion internationale de ce conflit. Moi, je ne sais pas si j'ai déjà cité ici cette phrase, moi, qui m'a beaucoup marqué de Nelson Mandela.

Nelson Mandela qui disait aux généraux de la South African Defense Force, il disait, vous voulez nous faire la guerre, nous, on sait très bien qu'on ne gagnera pas la guerre face à vous, mais en revanche, vous, vous ne pourrez pas gagner, parce qu'il vous faudrait nous tuer tous, et en plus de ça, vous aurez à ce moment-là la communauté internationale toute entière contre vous. C'était bien vu concernant le conflit sud-africain, mais c'était aussi très prophétique sur d'autres conflits,

15:36
Présentateur

dont le conflit israélo-palestine. Est-ce que tu as regardé l'interview de Netanyahou sur les chaînes du groupe TF1 ? Est-ce qu'il fallait la faire ?

15:43
Invité

Moi, je pense qu'on ne peut pas refuser à un média ou dénier à un média le droit d'interviewer un acteur. C'est un acteur, donc l'acteur par définition, il est porteur d'informations, et donc il est normal de pouvoir l'interroger. Il y a deux conditions, et ces deux conditions n'ont pas été réunies. La première condition, c'est qu'il faut aussi, à ce moment-là, donner la même place aux autres acteurs, aux autres protagonistes. Là, je n'ai pas beaucoup entendu.

Deuxième élément, une interview, c'est à la limite, par exemple, à l'exemple, pardon, de ce qu'avaient fait d'autres de tes collègues, que je ne veux pas citer, parce que je ne veux pas faire non plus de polémique, sur d'autres chaînes, qui avaient interrogé, comme on dit, son ménagement, et non pour valoriser l'interlocuteur. Là, j'ai trouvé qu'il y avait quand même un beau rôle qui était donné à Netanyahou, et ça, c'était effectivement déplaisant, mais il y a certaines chaînes, là aussi, je ne veux pas entrer dans la polémique, où on se demande si véritablement, tous les points de vue peuvent s'exprimer librement.

17:00
Présentateur

Alors, le plan de paix officiellement porté par Israël et annoncé par le président américain Joe Biden semble déjà compromis, à peine annoncé, Benyamin Netanyahou a déjà pris ses distances avec l'initiative.

17:12
Invité

Les premières déclarations du Hamas et de la Maison-Blanche semblaient encourageantes, mais les espoirs ont été rapidement douchés. Hors de question pour le Premier ministre israélien de signer un cessez-le-feu en l'État. Les éléments les plus radicaux de son gouvernement mettent en garde Benyamin Netanyahou contre une proposition qu'il juge dangereuse. Il l'accuse de leur cacher les détails du plan de cessez-le-feu et menace de quitter la coalition au pouvoir pour le faire chuter. Si le gouvernement choisit d'adopter cette offre de rédition, Dieu nous en préserve.

Nous n'en ferons alors plus partie et nous travaillerons au remplacement de la direction défaillante par une nouvelle direction qui saura prendre une décision et gagner la guerre, qui détruira le Hamas, qui ramènera chez eux tous les otages, qui frappera durement le Hezbollah et qui ramènera sains et saufs les habitants du Nord dans leur foyer.

18:01
Présentateur

Alors Bertrand, c'est quoi cette histoire ? Un plan de paix israélien, en tout cas officiellement israélien, mais contesté par Israël.

18:08
Invité

Alors attends, plusieurs choses. D'abord, ce n'est pas un plan de paix. Je refuse d'employer ce terme. C'est un plan de trêve. Et la paix, c'est le contraire de la trêve. Parce que la trêve, c'est un épisode de la guerre. Il ne faut pas l'oublier. J'y reviendrai dans un instant. Deuxièmement, on attribue ce plan à Biden. Je ne sais pas. Enfin, des fonds dit Israël, des fonds dit Biden. Oui, mais ce que l'on oublie souvent de dire, c'est que c'est à peu près le même plan qui est sur la table depuis la précédente trêve, c'est-à-dire depuis déjà plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il n'y a rien de nouveau dans ce plan.

C'est quelque chose qui était élaboré et circulait depuis un certain temps. Ça, c'est ma deuxième remarque. Rien de nouveau sous le soleil. Troisième élément, il est clair qu'à partir du moment où un plan de trêve repose sur l'idée qu'on va arrêter, on va échanger otages et prisonniers, et puis ensuite on va reprendre, c'est le type même de logique, de démarche, que la partie preneuse d'otages ne peut pas accepter. Quand on prend des otages, c'est malheureux à dire, c'est même choquant, mais c'est ainsi. Quand on prend des otages, c'est pour faire pression.

Comment peut-on espérer que des preneurs d'otages lâchent des otages, dès lors qu'on leur dit, mais une fois que vous les aurez lâchés, on va reprendre nos combats ? Ça veut dire qu'à ce moment-là, vous n'aurez plus de moyens de pression sur nous. Donc, d'un point de vue purement logique, je ne parle pas du point de vue éthique et moral, une prise d'otages comme une prise arbitraire de prisonniers de l'autre côté, c'est inadmissible. Mais ce que je veux dire par là, c'est que sur un point de vue purement logique, j'allais dire presque arithmétique, on ne peut pas espérer que ce type de proposition aboutisse.

Troisième, quatrième élément, on a vu immédiatement comment le gouvernement israélien se divisait et comment les ministres d'extrême droite, j'allais dire même d'extrême-extrême droite, menaçaient de quitter la coalition et de la faire tomber, ce qui verrouille du coup la réponse possible de Netanyahou. Moi, j'en suis à me demander si on n'est pas dans un modèle où les États-Unis et Israël cherchent à courir de rationalité. Les États-Unis montraient à tout prix, malgré leurs échecs répétés depuis le 7 octobre, qu'ils sont à la manœuvre, qu'ils sont vraiment cette superbe puissance régulatrice.

Et côté israélien, est-ce que ce n'est pas tout un montage pour, un peu comme l'échec de Camp David en 2000, faire porter à l'autre la responsabilité de l'échec ? C'est-à-dire, vous voyez, nous, on est disposés, mais on crée des conditions qui, étant inacceptables par l'adversaire, pousseront l'adversaire à refuser ce qui sera une façon de le stigmatiser et de lui faire porter la faute d'une rupture et donc d'une non-acceptation de la trêve. Et là, je crains qu'on en soit là. Et il faut aussi se demander si le Hamas lui-même a, dans le contexte actuel, intérêt à ce genre de trêve.

C'est-à-dire, une trêve peut permettre aux forces israéliennes de reprendre leur souffle, peuvent leur permettre éventuellement d'en profiter pour régler leur compte aux militants du Hezbollah au nord d'Israël. Et donc, tout ceci ne fait que renforcer le doute et le scepticisme du Hamas. Mais dernière petite chose, je constate quoi, moi, depuis le 7 octobre ? C'est que, de plus en plus, l'acteur essentiel, celui que tout le monde attend, celui que tout le monde regarde, celui qui décide finalement de tout, bien au-delà du Qatar, de l'Égypte, des États-Unis, de l'Europe, et je ne sais quoi, qui est l'acteur décideur ? C'est le Hamas.

C'est-à-dire que cette opération qui avait été destinée à annuler, à néantir, à éradiquer le Hamas est en train de lui donner un rôle dans le jeu international tel qu'on n'en a jamais connu dans l'histoire.

22:42
Présentateur

Alors, Emmanuel Macron a également évoqué le conflit russo-ukrainien et une montée en puissance de l'implication française, notamment via la livraison du Mirage F1 et via de la formation. Le président Zénezki... Ce renforcement,

22:53
Invité

Volodymyr Zénezki, va inévitablement vous le demander demain, vous allez le rencontrer. Est-ce que la France va franchir un pas en qualité, en quantité, en nature, dans l'aide fournie à l'Ukraine ?

23:02
Emmanuel Macron

Oui. D'abord, nous avons toujours la même philosophie. Nous aidons les Ukrainiens à résister, mais nous ne voulons pas l'escalade de la guerre et en aucun cas, nous ne sommes en guerre contre la Russie et son peuple. C'est très différent.

23:14
Invité

Concrètement, qu'est-ce que vous allez donner aux Ukrainiens ? Et donc, très concrètement,

23:16
Emmanuel Macron

demain, nous allons lancer une nouvelle coopération et annoncer la session de Mirage 2000-5 qui sont des avions de combat français qui permettront à l'Ukraine de protéger son sol, son espace aérien. Et donc, dès demain, nous allons lancer un programme de formation des pilotes et puis de cession de ces avions qui permettra d'ici à la fin de l'année. Alors, la France va s'exprimer pour elle-même demain, mais surtout, nous sommes en train de bâtir une coalition avec d'autres partenaires. Donc, je ne serai pas définitif ce soir sur le nombre.

23:46
Invité

Et pour qu'on ait une idée,

23:48
Emmanuel Macron

quand ces avions seront-ils ? Comme nos partenaires le font sur le F-16, qu'on puisse le faire. Ce qui est le facteur dimensionnant, c'est le temps de formation des pilotes. Et donc, on va proposer au président Zalinski que les pilotes puissent être formés dès cet été. Il faut normalement cinq à six mois. Et donc, que d'ici la fin de l'année, ils puissent avoir pilotes et avions.

24:05
Présentateur

Alors, Bertrand, on n'a pas l'impression qu'il y a beaucoup de choses neuves dans ce qu'Emmanuel Macron a dit. Bon, Mirage F1, ça fait... Il y a l'effet waouh quand même. Mais on a vraiment l'impression qu'on aurait pu finalement attendre pour peut-être attendre la rencontre avec Volodymyr Zelensky. Et la conclusion de...

24:28
Invité

Non, moi, je crois que Macron est sur une pente lisible depuis déjà. un bon moment qui est celle, effectivement, de la riposte graduée. C'est-à-dire, à mesure que la Russie confirme son intransigeance et sa volonté de maintenir ses projets de départ contre l'Ukraine, à mesure que la Russie rogne du territoire à l'est de l'Ukraine, d'ailleurs de manière pas très significative, finalement. Il ne faut pas non plus inverser les choses. Vu ce qu'est le rapport de force et vu qu'une guerre de tranchées, de positions, est moins favorable à un jeu de résistance sociale qu'une guerre de conquête, l'Ukraine se défend très bien et résiste très bien.

Mais malgré tout, il y a un assaut d'intransigeance et surtout, il y a de la part de Macron un double sentiment. Le sentiment, d'abord, que son espoir médiateur, conciliateur, est ruiné et l'a été de manière extrêmement sèche de la part de la Russie. Et d'autre part, le sentiment que tout le monde s'éloigne plus ou moins du soutien à l'Ukraine. Les États-Unis, je reviendrai par là-dessus, mais aussi la plupart des pays européens. Et donc, je reviens au début de notre échange, Macron aime bien être le premier et être celui qui, au monde, soutient de manière la plus forte la cause ukrainienne et, à ses yeux, en situation d'avoir une prime sur le plan de la diplomatie mondiale.

Je crois que c'est ça qui est en train de se produire. Alors, je ne pense pas que toutes ces annonces soient spectaculaires. Elles ne changent pas grand-chose à l'équation globale, mais, effectivement, elles lui permettent de tenir le devant de la scène. Le problème est de savoir si on peut gérer un conflit de cette nature en se contentant indéfiniment de tenir le devant de la scène.

26:45
Présentateur

Alors, dernière question. Pourquoi, au final, le scrutin européen mobilise si peu, alors que beaucoup de choses sont d'ores et déjà dépendants des institutions européennes ? Alors, on diffuse le jour même des élections. On va parler des candidats et des candidats françaises, françaises et françaises, mais c'est quand même étonnant qu'au fond, le débat public et les lieux de clivage du débat public autour de ce scrutin n'ont jamais été vraiment des lieux comme la politique agricole commune, des thématiques comme les lois sur le numérique, sur le travail, notamment le travail détaché ou les travailleurs des plateformes, toutes ces thématiques qui dépendent quand même beaucoup de Bruxelles.

Alors, peut-être que, dans l'esprit de tout le monde, Strasbourg, le Parlement européen, n'est pas un vrai Parlement.

27:35
Invité

Ce que je crois, c'est que quand on est face à une élection, il y a deux variables qui sont importantes et à prendre en compte. Il y a la variable de l'identification et il y a la variable de l'offre politique. Alors, côté identification, on peut distinguer deux niveaux différents. Il y a l'identification à la communauté politique. Je vote en France pour l'élection présidentielle parce que je me sens français et citoyen français. Est-ce que ce raisonnement tient lorsqu'il est question de l'Europe ?

Est-ce que l'identification des Européens à l'Europe reste une identification suffisamment forte pour que le vote à une élection européenne fasse sens et justifie qu'on raccourcisse sa sieste ou qu'on fasse un détour avant d'aller pique-niquer, pêcher ou se balader ? Or, moi, ce que je constate depuis un certain temps et c'est préoccupant, c'est que cette identification, elle est de moins en moins forte et du coup, ce qui se passe, c'est qu'on s'identifie davantage aux discours nationaux qu'aux discours européens. On va voter en France pour ou contre Macron, etc., etc., en Allemagne, pour ou contre Schott, et on peut continuer ainsi.

Donc, il y a un problème d'identification, et je dirais que ce problème d'identification est compliqué par l'identification même des enjeux. C'est-à-dire que qui vous parle, c'est pas M. Laurent Delahousse dans son 20h, qui vous parle du rôle de l'Europe en matière agricole, en matière d'écologie, d'environnement, en matière d'aide au développement, en matière de solution des conflits, ou je ne sais, on pourrait ainsi continuer.

Ça, c'est justement cette identification ratée à l'Europe, et que je tiens pour malheureux, mais entretenue savamment par cette vague, je dirais, trumpo-néo-nationaliste et souverainiste qui traîne partout, qui est l'expression de l'incapacité, de l'échec du vieux monde de s'adapter à la mondialisation, à ce monde nouveau. Ça, c'est un problème. Après, il y a le problème de l'offre politique. Il y a plusieurs choses quand même qui m'ont frappé. Mis à part quelques exceptions, il y a toujours des exceptions, j'ai regardé, puisque j'ai reçu d'ailleurs très récemment, ce qui déjà est limite du point de vue de la réflexion démocratique, la liste des candidats.

99% de ces candidats étaient des gens absolument inconnus. Donc, quand l'offre est pauvre, c'est-à-dire n'a pas cet effet d'attraction, évidemment, le citoyen se sent moins mobilisé. Il y a certaines têtes de liste qui sont probablement probablement des gens très bien, mais qui sont absolument illisibles ou invisibles pour l'opinion publique. Alors, nous sommes dans un temps pour le meilleur et pour le pire. Moi, je ne suis pas forcément admirateur, mais objectivement, c'est comme ça que ça se passe maintenant, où la personnalisation de la politique compte beaucoup.

Et demander à tel ou tel Français de voter pour telle ou telle tête de liste dont il n'avait jamais entendu même parler auparavant, ça pose quelques problèmes. Et puis, j'ai regardé ce qu'il y avait dans ces offres politiques. Mais la thématique est très pauvre. Il y a plein de slogans du style « Votez pour moi, vous aurez plus d'argent. Votez pour moi, il y aura moins d'immigrés. Votez pour moi, parce que s'il y a moins d'immigrés, votre belle-mère, on ne lui arrachera pas son sac dans la rue. » Enfin, les bêtises, vous ne pouvez pas vous les appeler autrement, que l'on entend généralement, mais qui sont réputées être rémunératrices sur le marché électoral.

Et donc, les gens ne sont pas sots, malgré tout. Et s'aperçoivent qu'il n'y a vraiment rien de nouveau sous le soleil. Alors, vous avez des gens qui veulent se défouler et qui, en se défoulant, vont voter pour le Front National ou le Rassemblement National. et puis d'autres qui vont se dire « Mais à quoi ça sert ? » Et c'est la raison pour laquelle, effectivement, les formations à aspérité caracolent en tête aujourd'hui.

32:13
Présentateur

Merci beaucoup, Bertrand, d'avoir répondu à mes questions. Nous voici arrivés à la fin de cet épisode du Monde n'a pas de centre, la chronique internationale de Bertrand basée sur le Média. Votre engagement et votre fidélité nous sont précieux, d'autant plus que nous vivons une période très importante de l'histoire de notre chaîne de télévision parce que le Média a candidaté, voyez-vous, pour une fréquence au sein de la TNT qui remet en jeu 15 fréquences dont celle de BFM et de CNews. Nous avons été retenus dans la shortlist des 25 dossiers retenus pour être examinés. Ce sera en juillet prochain.

Le rêve est donc possible mais pour cela, nous avons besoin de vous, de votre force, de votre soutien. Alors, pour nous donner de la force dans cette période clé, allez sur tnt.lemediatv.fr et donnez-nous la force de représenter vos idées et restez connectés au Média.