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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 8 janvier 2019 24 min

Clémentine Autain : "Ce qui mettra en échec ce gouvernement, c'est le nombre"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h22, France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, la députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Vos questions 01 45 24 7000, les réseaux sociaux et l'application France Inter. Clémentine Hottin, bonjour. Bonjour. A ce micro hier matin, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a clairement dit que Jean-Luc Mélenchon avait quitté le champ républicain. Il a pointé dans l'opposition l'esprit municois. Il a ajouté qu'être incapable de dénoncer les violences contre des bâtiments de l'État, des préfectures, des casernes de gendarmerie, un ministère, c'est une capitulation morale et intellectuelle.

La charge est rude, que répondez-vous ?

0:48
Clémentine Autain

J'ai écouté attentivement M. Griveaux hier sur votre antenne et un peu comme l'intervention hier soir du Premier ministre, il y a une dimension assez hallucinante de ce pouvoir qui ne comprend pas ce qui se passe et qui est dans une espèce d'escalade, de surenchère, de répression et aussi de cécité à l'égard de ce qui se passe. Moi j'ai l'impression d'un canard sans tête. Alors quant à M. Griveaux, sur évidemment l'esprit municois, non seulement on voit bien qu'il a fait HEC et certainement pas des études d'histoire parce qu'il ne comprend rien à ce qu'est cette insulte d'esprit municois.

C'est quasiment comme s'il disait que les gilets jaunes étaient des nazis et que nous soutenions des nazis. Donc vous voyez un petit peu le niveau de la référence. Et moi j'ai l'impression qu'il est une sorte de Machiavel de bac à sable parce qu'il ne répond pas à la question, à l'urgence sociale, au cri de colère qui est posé dans notre pays. Vous savez qu'il y a quand même une victoire incroyable des gilets jaunes d'ores et déjà. C'est que face à cette technocratie, à ces dogmatiques qui gouvernent aujourd'hui, au fond ils ont renvoyé au pays, sur les réseaux sociaux et à eux, la réalité de 30 ans de politique néolibérale et austère.

Parce que face à ce rapport très technocratique, comptable à la politique, aux mots aussi qui cachent la réalité, vous savez que tous ces mots technocrates, on ne parle pas de sans-abri, on parle de SDF, on ne parle plus de licenciement, on parle de restructuration. Et bien les gilets jaunes ont réussi à poser des mots, une réalité et un rapport qui est un rapport plus réaliste et plus intime, plus sensible à la vie politique. Et ça, ça arrive en pleine face de ce gouvernement qui n'entend rien et qui ne répond pas aux revendications des gilets jaunes.

2:31
Invité

Edouard Philippe, le Premier ministre, a donc annoncé hier un renforcement des mesures contre les casseurs. Ultra fermeté répond le gouvernement, création d'un fichier anti-casseurs, 80 000 membres de forces de l'ordre à nouveau dans les rues samedi prochain. N'est-il pas légitime de la part d'un État, d'un gouvernement, de vouloir rétablir l'ordre dans les rues ?

2:49
Clémentine Autain

Oui, mais pour calmer les choses, il faut répondre à la question qui est posée. Or, le Premier ministre hier sur TF1, dans une interview quand même qui restera, à mon avis, dans les annales du journalisme également, parce qu'aucune question dérangeante n'a été posée au Premier ministre, mais il n'a pas répondu. Il a dit, circulez, il n'y a rien à voir. Circulez, il n'y a rien à voir. L'ISF, la augmentation du SMIC, l'exigence démocratique, rien, zéro, absolument zéro.

3:16
Invité

Emmanuel Macron a lâché un certain nombre de choses avant Noël, il me semble. Je ne sais pas, vous n'avez pas entendu... Écoutez, ce qu'ont gagné les gilets jaunes, c'est le recul après plusieurs semaines de mobilisation.

3:28
Présentateur

La CSG, 10 milliards d'euros.

3:29
Clémentine Autain

Mais je pense qu'ils ne prennent absolument pas la mesure de l'ampleur de la colère et du soutien populaire. Parce que ce qui est demandé, ce n'est pas simplement des miettes pour les manants, ce n'est pas simplement quelques petits ajustements ici et là, ce sont des éléments de rupture.

3:46
Invité

10 milliards d'euros, c'est des miettes.

3:47
Clémentine Autain

Quand on connaît l'état de nos finances publiques, 10 milliards d'euros, c'est des miettes. Écoutez, désolé, mais si vous connaissez l'état des finances publiques, il faudrait déjà rétablir l'ISF, arrêter avec la flat tax, et je vous assure que les 10 milliards, on va vite les retrouver. Et la façon dont ils sont réinjectés sont parfois contestables. La défiscalisation des heures sup, par exemple, vous allez voir qu'au total, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour lutter contre le chômage.

4:10
Présentateur

Et rétablir l'ordre public, Clément Tinotin, c'était ça la question de Léa à l'instant. N'est-ce pas tout à fait légitime de la part d'un chef de gouvernement ?

4:19
Clémentine Autain

Oui, mais j'estime qu'hier, ce qu'a fait le Premier ministre, c'est plutôt d'accentuer la colère. C'est-à-dire qu'il ne prend pas la mesure de la désescalade nécessaire. Sur la question des violences policières, par exemple, des rapports entre la police et la population. On voit bien qu'on est dans un nœud et dans une tension. Ce qu'on attend du gouvernement, c'est peut-être qu'ils prennent des mesures, comme l'arrêt de l'utilisation de grenades, qui sont des grenades explosives, et vous savez qu'on est le seul pays en Europe à utiliser ces grenades. Ce qui est quand même un problème.

Par ailleurs, le Premier ministre n'a strictement rien dit sur les violences policières, que nous voyons sur les réseaux sociaux, et qui encourage aussi, d'une certaine manière, en tout cas, ne calme pas les choses.

5:01
Présentateur

Mais vous les condamnez, Clément Tinotin, vous les condamnez, vous les pointez, l'usage de grenades, les violences policières. Pourquoi êtes-vous incapable de faire les deux ? De condamner ce qui se passe sur une passerelle, de condamner ce qui se passe quand on enfonce la porte d'un ministère, et de dire, oui, il y a des violences dans les deux cas, elles ne sont sans doute pas de même nature, mais nous les condamnons de la même manière. Pourquoi êtes-vous incapable de faire ça ?

5:20
Clémentine Autain

D'abord, nous avons toujours dit que nous étions en désaccord avec les méthodes violentes pour une raison simple, c'est qu'elles ne nous paraissent pas efficaces. Ce qui mettra en échec ce gouvernement, c'est le nombre. C'est le nombre. Et donc, il faut que des secteurs plus importants de la société se mettent en mouvement. Il faut qu'on avance vers une unification du peuple et de ce peuple en mouvement. Et c'est ça la clé pour mettre en échec ce gouvernement. Alors après, pour ce qui est de condamner, vous savez qu'il y a des tribunaux pour condamner, et que je crois que les personnes...

Bien sûr, mais nous avons une responsabilité qui est de dire au gouvernement que c'est à lui de prendre des mesures, d'entendre, de mettre en œuvre une dissolution, ce qui est le minimum quand on arrive à ce niveau de crise politique, parce qu'il n'y a pas simplement une crise sociale. Aujourd'hui, il y a une crise politique dans notre pays. Et je crois qu'Emmanuel Macron, ce pouvoir n'est plus en état de répondre à la crise sociale qui se déroule dans notre pays. Donc qu'il fasse une dissolution.

Et ensuite, nous pourrons avoir un débat sur les visions politiques qui permettent de s'affronter et de changer d'air, et de changer d'air, pas simplement avec l'air Macron, de changer d'air par rapport à 30 ans de politique austère, néolibérale, et dramatique sur le plan environnemental.

6:33
Présentateur

Est-ce qu'on peut essayer, Clémentine Autain, de déclaircir et de préciser la position de la France insoumise sur la question des violences ? Sait-on jamais débarrasser de la cruauté d'un ordre légal autrement que par la lutte ? Décrit Jean-Luc Mélenchon. Et les puissants ont-ils jamais fait autre chose que de dénoncer la violence de ceux qui leur résistaient ? L'idée, elle est très simple, c'est que la violence, c'est la forme que prend l'histoire en train d'advenir. Alors pourquoi est-ce que vous ne dites pas, très simplement, qu'elle est partie intégrante du mouvement des Gilets jaunes, et qu'elle n'est pas un problème dès lors que c'est l'insurrection qui est en marche ?

7:03
Clémentine Autain

Parce que je suis en train de vous dire qu'elle devient un problème dès lors qu'elle empêche un certain nombre de catégories de la population de se mobiliser parce que des gens sont apeurés, et que ce n'est pas la méthode politique que nous préconisons. Donc voilà, je vous le dis très tranquillement.

7:17
Invité

N'y a-t-il pas chez certains insoumis ? Pardonnez-moi, n'y a-t-il pas chez certains insoumis ? Une fascination pour la violence ? Je ne crois pas qu'il y ait de fascination pour la violence. Ou de dire que finalement la violence est intrinsèque à la société et qu'il faut en passer par là ? Non, ce qui est violent...

7:31
Clémentine Autain

Pour la révolution, si on suit, si vous voulez, ce qui est assez insupportable, c'est la focalisation sur les violences de ce qu'on appelle les casseurs. Rien sur les violences policières, alors que je pense qu'il y a une escalade qui est aussi liée à ça. Les forces de l'ordre, dans l'écrasante majorité, font ce qu'elles peuvent, dans un état d'esprit républicain.

Mais quand il y a des débordements, quand il y a des problèmes qui sont d'ailleurs dénoncés, aussi bien par Amnistie internationale, par le syndicat des journalistes, même par le défenseur des droits, eh bien on a un problème qui est lié aux méthodes utilisées, au fait qu'on ait des grenades et des outils qui sont particulièrement violents, qu'on utilise parfois en état de guerre. Alors le pays, normalement, n'est pas tout à fait en état de guerre. Et deuxièmement, aux donneurs d'ordres, c'est-à-dire aux pouvoirs en place, qui décident non pas de répondre politiquement à la crise, mais de s'enfermer dans un engrenage de violences et de ne focaliser que sur la question des violences.

Et pourquoi ils font ça ? C'est parce qu'ils pensent que ça va apeurer et que ça va diminuer la mobilisation et que ça permet de contourner le problème, qui est un problème de crise institutionnelle, de crise démocratique, de crise environnementale. Elle est là l'urgence aujourd'hui. Et le gouvernement, je suis désolée, en dépit des 10 milliards, n'a pas changé de cap. Et sur tous les tons, jusqu'à hier, M. Griveaux, sur votre antenne, qu'est-ce qu'ils nous disent ? On ne changera pas de cap. Ils ouvrent un débat national et le débat national est déjà corseté. C'est déjà terminé puisqu'on nous dit « Ah ben non, l'ISF, ça on ne va pas en débattre.

» Par contre, ils acceptent de remettre sur la table le mariage pour tous. Voyez un petit peu le canard sans tête dont je vous parlais tout à l'heure, qui est aujourd'hui à la tête de l'État.

9:07
Invité

Et ce qui est particulièrement dangereux et irresponsable. Vous disqualifiez Clémentine Hotein le grand débat avant même qu'il ait commencé ? Mais oui, c'est une fumisterie. Mais enfin, c'est l'évidence.

9:17
Clémentine Autain

Et d'ailleurs, les Gilets jaunes n'ont pas investi à ce jour les outils de ce débat. Et je pense qu'ils n'iront pas. Parce qu'ils savent que c'est une plaisanterie, que c'est une façon de détourner le regard, de détourner l'attention et de nous amener à quoi ? À rien du tout. Le gouvernement a décidé de ne pas changer de cap. Le Premier ministre nous l'a redit hier. Il estime qu'il a répondu à l'urgence sociale avec le projet de loi dont nous avons débattu avant la trêve. Qui était un débat vide. Et nous sommes intervenus de façon très virulente à l'Assemblée nationale pour mettre en cause cette loi qui ne répond pas à la colère des Gilets jaunes.

Et alors qu'ils espéraient que la trêve ait calmé la colère, elle ne se calme pas. Et donc, nous sommes aujourd'hui face à une crise sociale, mais aussi à une crise politique. Et ce gouvernement n'est pas en état d'y répondre. C'est pourquoi nous demandons la dissolution.

10:03
Présentateur

Clémentine Autain, est-ce que vous partagez la fascination de Jean-Luc Mélenchon pour Eric Drouet ? Le Gilet jaune Eric Drouet ?

10:08
Clémentine Autain

Non, je ne partage pas la fascination. Mais en règle générale, parce que peut-être c'est une affaire de tempérament, je ne suis pas fascinée. Et que ce qui m'intéresse, en tout cas dans le mouvement, c'est aussi le pluralisme des personnalités qui émergent. Les femmes aussi, comme actrices fortes du mouvement. Et voilà, après, Jean-Luc Mélenchon a fait avec son style, avec ses références, avec sa sensibilité. Et moi, peut-être, j'appréhende de ce point de vue-là les choses un peu différentes.

10:33
Présentateur

Un mot sur la cagnotte en soutien aux boxeurs de la passerelle Sangor. Une cagnotte qui a été lancée sur le site Litchi. 118 000 euros récoltés il y a quelques minutes. 7 000 donateurs. Est-ce que vous... Il faut lire les messages qui sont sous cette cagnotte des gens qui ont donné des donateurs. Est-ce que vous partagez la solidarité pour cet homme qui s'exprime, encore une fois, à longueur de commentaires sur le site Litchi ?

11:07
Clémentine Autain

Je repensais, en voyant ça, à ce que disait le préfet Grimaud en 68. Je le cite parce que je pense que c'est une réponse à votre question. Toutes les fois qu'une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Et cette escalade n'a pas de limite. Et c'est pourquoi, je vous redis, que c'est au gouvernement d'enclencher un processus de désescalade. Et ce qu'a fait le Premier ministre hier, c'est exactement l'inverse. Exactement l'inverse. Et je crois qu'on passe...

11:32
Invité

Pardon, mais la violence illégitime, là, dans le cas précis du boxeur, c'était du côté des policiers ou du côté du boxeur ?

11:38
Clémentine Autain

Non, du côté du boxeur. Mais ce que je veux juste vous dire, c'est à quel point il y a une escalade. Vous voyez, quand on a eu la scène qui a été d'ailleurs rejouée, vous vous souvenez de ces lycéens à Mante-la-Jolie ? Bon, et bien après, les gilets jaunes rejouent la scène des lycéens humiliés. C'est inadmissible. Quand vous avez des vidéos partout, avec des personnes qui sont mutilées, des manifestants pacifistes qui viennent et qui sont accueillis à peine ayant mis le pied en arrivant à la manifestation par des gaz lacrymogènes tout à fait disproportionnés. Donc c'est pourquoi je parle de désescalade.

Mais encore une fois, on ne réglera pas cette question-là si le débat politique et l'issue politique n'est pas posée. Et pour qu'elle se pose positivement, on a besoin de fédérer le peuple et de prendre à bras le corps toutes les questions.

12:24
Invité

Je voudrais dire juste un mot sur la spécifique. Fédérer le peuple. Alors justement, vous habitez la Seine-Saint-Denis, vous êtes élue de la Seine-Saint-Denis. Elle est où, la Seine-Saint-Denis, dans ce mouvement des gilets jaunes ? Ils sont où les ronds-points en Seine-Saint-Denis ? Est-ce qu'ils existent ?

12:35
Clémentine Autain

Moi, je suis élue de Sevran-Villepinte et Tremblay, donc plutôt au nord de la Seine-Saint-Denis, en dessous de Roissy. Et justement, il n'y a pas de ronds-points occupés, mobilisés. Il n'y a pas de mobilisation en tant que telle de gilets jaunes. Mais il y a un soutien que j'entends et d'une certaine manière le sentiment que ces gilets jaunes incarnent cette colère qui était sourde et cette bataille contre la vie chère et pour la dignité. Et c'est important, la question de la dignité, parce que le sentiment d'un peuple méprisé, ça fait très longtemps qu'il était à l'œuvre. Et avec Macron, c'est évidemment accéléré.

13:11
Invité

Et pourquoi est-ce que votre département, la Seine-Saint-Denis, pourquoi est-ce qu'elle ne se mobilise pas ? Est-ce que vous avez une explication au bout de deux mois ?

13:16
Clémentine Autain

Une explication, c'est peut-être exagéré, parce qu'on est devant des faits qui sont assez inédits, sans doute pour une part imprévisibles. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est de voir d'où sont partis. Les gilets jaunes, ce n'est pas tout le peuple, mais c'est la partie qui a pris la main, d'une certaine manière, dans la séquence de crise que nous traversons. Et les gilets jaunes, ils sont plutôt dans des zones de périphérie urbaine. C'est aussi ceux qui avaient rêvé d'avoir eux-mêmes leur pavillon, peut-être d'avoir un métier indépendant.

Tout ce mythe libéral qu'on a fait miroiter et qui découvre, ce faisant, qu'ils n'arrivent pas à joindre les drobous, qu'ils travaillent énormément et qu'une vie digne, ils ne l'ont pas. Et cette promesse libérale, elle est en train de s'échouer et quelque part, elle nous pète à la figure. Et elle montre aussi que le peuple, comme on l'a pensé dans ce qu'on appelle la tradition du mouvement ouvrier pendant longtemps, était défini par le revenu, le statut. Et là, ce qui, à mon avis, émerge, c'est le fait que c'est aussi le rapport au territoire et les modes de vie qui s'y rattachent, qui sont un des enjeux de la définition du peuple et de ce qu'est une catégorie populaire.

Et le peuple de Seine-Saint-Denis ? Donc le peuple de Seine-Saint-Denis, il est en soutien, je le sens, mais pas mobiliser.

14:28
Invité

Voilà, c'est ce que j'allais vous dire. Vous sentez le soutien, mais peut-être qu'il soutient le gouvernement ?

14:31
Clémentine Autain

Et non, mais je vais même vous dire que c'est un des enjeux pour la séquence qui s'ouvre. C'est que, dès lors que, par exemple, l'extrême droite, mais pas seulement, souhaitent diviser, fragmenter plus encore le peuple, en disant, regardez, c'est les périphéries urbaines, c'est les territoires outreaux et non pas la banlieue. Regardez, c'est le petit peuple blanc et non pas le peuple issu de l'immigration. Ce sont, non pas les cheminots, les fonctionnaires, mais ce sont les indépendants, les petits commerçants. Moi, ce que je dis, et ce que je vous dis un peu solennellement aujourd'hui, c'est que notre enjeu, c'est de fédérer le peuple.

Et il se fédérera par le refus des politiques menées, mais aussi par une espérance. Et cette espérance de progrès, cette espérance qui doit se structurer, à mon avis, autour de la justice et de l'égalité, est la clé pour qu'il y ait une issue de transformation sociale et écologique. Et je tiens écologique, parce que ça a été quand même un peu mis sous le boisseau, peut-être, ces dernières semaines, aux crises et aux désordres actuels.

15:27
Présentateur

Au standard, on nous attend et nous appelle Nadege. Bonjour, bienvenue. Bonjour, monsieur Demorand. Bonjour, madame, on vous écoute.

15:34
Auditeur

Écoutez, voilà, je fais partie de cette France qui en a marre de voir ce qui se passe par les violences. On comprend, bien sûr, la détresse de beaucoup de Français. Mais moi, je voudrais demander à madame Autain et lui dire, et qu'elle puisse répondre franchement, est-ce qu'elle n'envisage pas une alliance avec le Rassemblement national ? Parce que ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que leurs idées sont de concert. Et ils font tout, ils font tout pour que la France soit dans le chaos le plus total. Parce qu'il n'est plus possible à nous de voir, et moi, je ne fais pas partie de la classe, ni riche, ni quoi que ce soit. Moi aussi, je travaille pour gagner durement ma vie.

Mais ce n'est plus possible de voir ça. Donc, qu'ils soient clairs avec leurs convictions et qu'ils nous disent ce qu'ils veulent faire. Parce qu'on a l'impression qu'ils sont restés dans leur frustration de la perte de la présidentielle, d'accord ? Par cet ovni qui est M. Macron. Et qu'aujourd'hui, cette frustration, ils veulent l'exprimer en faisant n'importe quoi aux Français et en les opposant complètement.

16:40
Présentateur

Et donc, vous, vous proposez une alliance avec le Rassemblement national ?

16:44
Auditeur

Ce n'est pas ce que je propose. Je voudrais savoir si ce n'est pas le but ultime. Parce qu'on voit que les idées se rejoignent. On voit que les actions se rejoignent. Je ne parlerai même pas de M. Mélenchon. Il faudrait une autre émission pour ça. Parce que ce monsieur, je ne supporte plus de le voir à la télévision, dire des choses aussi anti-républicaines, prétendant qu'il aime la France et les Français. Ce n'est plus possible.

17:05
Présentateur

Merci, Nadej, pour cette intervention. Clémentine Autain vous répond.

17:08
Clémentine Autain

Jamais de l'avis. Moi, je vous le dis très simplement, très sincèrement. Non, je n'envisage aucunement une alliance entre la famille politique qui est la nôtre et l'extrême droite. Parce qu'en réalité, en tout point, nous sommes opposés. Vous savez, en 2005, on s'était déjà retrouvés dans cette situation un peu inédite, puisque l'extrême droite et les forces de progrès de gauche appelaient au nom au traité constitutionnel européen.

Et ce qu'on a fait d'ailleurs à l'époque, c'est des collectifs qu'on appelait antilibéraux pour fédérer les syndicats, les associations, les partis politiques, les forces citoyennes qui se battaient pour un nom, mais un nom qui voulait traduire un oui de progrès, un oui humaniste. Et donc, il faut bien comprendre à quel point les projets, dès lors qu'on passe du côté du oui, d'ailleurs ce que disait Thomas Legrand à la fin de sa chronique tout à l'heure, et pour le coup, je suis d'accord qu'à chaque fois que le rouge et le brun s'alignent, c'est le brun qui l'emporte, on le voit en Italie. Mais surtout, les projets sont opposés. Est-ce que je peux répondre sur le fond ?

Oui, bien sûr, mais je précise juste la question de Nadal.

18:17
Présentateur

Quand François Ruffin tire un coup de chapeau à Étienne Chouard, le théoricien du RIC, dont le profil idéologique a évolué tout de même très substantiellement depuis 2005, vers la droite extrême et le complotisme. Est-ce que vous ne vous dites pas, Clémentine Autain, qu'il se passe parfois quelque chose de bizarre dans votre propre camp ?

18:43
Clémentine Autain

Écoutez, à ce moment-là, j'ai dit mon désaccord au fait de prendre en référence Étienne Chouard, mais ce n'est pas pour autant que François Ruffin aurait quitté les rives de la gauche ou serait ambiguë, je ne le crois pas du tout. Et je vais vous dire pourquoi. Je vais vous dire pourquoi. En quoi nos projets sont différents ? Il faut le dire, puisque si cette question arrive là, c'est bien quand même que les choses ne sont pas forcément tout à fait claires. Nous sommes en désaccord profond avec l'extrême droite, qui est climato-sceptique, qui se moque éperdument de l'enjeu environnemental, qui sur la question sociale n'est pas pour le partage des richesses. C'est faux.

L'extrême droite ne veut pas le partage des richesses. Et d'ailleurs, sur l'ISF, vous l'avez très peu entendu au moment du débat, et sur l'augmentation du SMIC, Marine Le Pen a dit qu'elle était opposée à cette augmentation du SMIC. Le partage des richesses n'est absolument pas son problème. Et sur les questions des droits et libertés, pardonnez-moi, mais c'est un gouffre. Nous, nous voulons une nouvelle république qui permette une participation plus grande des citoyennes et des citoyens, la vie de la cité. L'extrême droite, sa tradition, est une tradition qui ne peut que parfaitement s'accommoder et même accélérer tous les travers de la monarchie présidentielle dans laquelle nous vivons.

19:56
Invité

Mais quand Benoît Hamon dit Jean-Luc Mélenchon, je l'écoute mais je ne le comprends plus, il a quitté les rivages de la gauche. Vous lui répondez quoi Benoît Hamon ? Entre sa fascination pour Éric Drouet, entre Ruffin qui cite Chouard, vous Clémentine Autant qui venez de la gauche, qui le revendiquait toujours, est-ce qu'il y a des fois où vous ne comprenez pas non plus ce qui se passe ?

20:15
Clémentine Autain

Non, ce que je crois, c'est qu'on est dans un moment d'agernamento d'une certaine manière. Il ne vous aura pas échappé que le mouvement ouvrier, aussi bien dans ses partis politiques, communistes, socialistes, que dans sa frange syndicale, connaît une période d'essoufflement absolument certaine, par rapport à 150 ans où quand même, quand on avait des grandes luttes sociales, elles étaient insufflées, je ne sais pas comment vous dire, mais je veux dire, elles étaient en lien avec ce mouvement ouvrier. Donc on est dans un moment qui est un mouvement neuf où le terme de gauche a été abîmé profondément et notamment par le quinquennat de François Hollande.

Donc ce qu'il faut, c'est réinventer des formes et un projet politique qui a à voir avec cette histoire. Et donc peut-être qu'on est dans un moment où il y a des choses qui sont en effet périlleuses ou pas claires. Ce moment de clarification, il doit se faire en articulant du neuf et en même temps des convictions bien solides du côté de l'égalité, de la justice.

21:13
Présentateur

La parole à Joël Rostandard de France Inter. Il y a énormément de questions. Soyez le bienvenu Joël.

21:20
Locuteur non identifié

Bonjour, je voulais l'entendre Madame Houtin dire durant la première partie de son intervention que le gouvernement voulait remettre en cause le mariage pour tous. Un, je n'ai jamais entendu le gouvernement dire qu'il voulait remettre en cause le mariage pour tous par voie référendaire. Deux, ça existe en effet sur le site du Conseil économique, social et environnemental. Mais ce n'est pas le gouvernement qui est à l'origine. Ce sont les mouvements traditionnalistes. Alors entendre de telles choses, il y a un homme politique qui a dit que ça relégitimerait le mariage pour tous. Excusez-moi, je suis ému. C'est M. Corbière. Alors réellement, moi je n'ai pas envie de revivre ça.

Et que Madame Houtin ose dire que le gouvernement est prêt à revoir le mariage pour tous par voie référendaire, c'est honteux, honteux, honteux, honteux. Voilà ce que j'avais à dire.

22:12
Présentateur

Merci Joël pour cette question. Clémentine Houtin, on entend votre émotion. Clémentine Houtin, vous répondez.

22:17
Clémentine Autain

Oui, mais je la partage, je la partage cette émotion parce que s'il y avait à nouveau un débat sur l'ouverture du mariage pour tous, je me battrais évidemment pour que le mariage pour tous puisse être maintenu. Mais nous savons que ce pourrait être, attendez, nous savons que ce pourrait être l'occasion d'un débordement infernal d'homophobie. Donc il ne faut pas rouvrir ce débat. Donc vous n'êtes pas d'accord avec Alexis Corbière ? Mais Alexis Corbière ne veut pas rouvrir ce débat-là. C'est Chantal Joanneau hier, c'est pour ça que je disais ça tout à l'heure sur le gouvernement, c'est Chantal Joanneau hier...

22:45
Présentateur

Il n'a pas dit à Alexis Corbière qu'en débattre permettrait de le relégitimer sur la chaîne parlementaire, il ne l'a pas dit. Il l'a dit évidemment qu'il l'a dit.

22:53
Clémentine Autain

Il a répondu à une insistance d'une journaliste, mais pour en avoir discuté avec lui et pour vous dire l'état de notre réflexion, je crois, dans la France insoumise et par-delà, dans notre famille politique plus largement...

23:08
Présentateur

Mais vous ne tremblez pas sur vos valeurs, là ?

23:09
Clémentine Autain

Ah moi je ne tremble pas sur cette valeur. Et je ne me sens pas tremblée sur les valeurs. Non mais vous voyez, enfin Léa, vous a posé la question de choix, je ne me sens pas du tout tremblée sur les valeurs.

23:15
Présentateur

La question de Drouet, la question du mariage pour tous, on vous sent en porte-à-faux par rapport à toutes ces déclarations. Vous mélangez des choses un peu différentes. Ça finit par dessiner un spectre idéologique.

23:25
Clémentine Autain

En tout cas, moi je vous le dis très tranquillement, je ne tremble pas sur mes valeurs, je ne suis pas pour ouvrir ce débat-là. Je parlais du gouvernement parce que c'est Chantal Joanneau qui hier a dit qu'il n'y avait pas de tabou, et notamment sur le mariage pour tous, alors que sur l'ISF, les ministres se sont succédés pour nous expliquer que ce débat ne serait pas réouvert. Voilà pourquoi je disais cela. Je ne souhaite pas que le gouvernement le fasse, je pense que le gouvernement ne le fera pas, mais soyons fermes sur nos valeurs et défendons ce mariage pour tous.

23:53
Présentateur

Voilà Joël, vous avez votre réponse. Merci Clémentine Autain d'avoir été au micro d'Inter depuis 8h20. Il est 8h46, le carrefour du 7-9. Merci.

Clémentine Autain : "Ce qui mettra en échec ce gouvernement, c'est le nombre" — Clémentine Autain · Pourquijevote