Pierre Larrouturou : "Michel Barnier proposait un référendum pour les 32h en 1994"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 58 %Attaque 34 %Défensif 8 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:42OuverteRéponse directe
Que doit dire Michel Barnier lors de sa déclaration de politique générale ?
- 4:18RelanceRéponse directe
Quel est le scandale, Pierre ?
- 5:51OuverteRéponse directe
Comment ça va se terminer tout ça ?
- 6:57OuverteRéponse directe
Quelle est votre lecture de la situation ? Sommes-nous en cohabitation, en coalition ou en coalitation ?
- 8:06FerméeRéponse directe
La France doit-elle trouver les 30 milliards réclamés par Bruxelles pour boucler son budget 2025 ?
- 9:20FerméeRéponse directe
Dans son discours de politique générale, Michel Barnier doit annoncer des hausses d'impôts sur les plus hauts revenus ou les plus grandes entreprises ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:28Invité politiqueFait
« Michel Barnier, en 1994, proposait un référendum pour aller à 32 heures en 2 ou 3 ans. »
- 2:41Invité politiqueFait
« Si l'entreprise créait des emplois, il arrête de payer les cotisations au chômage. »
- 3:10Invité politiqueFait
« L'Europe, pour le moment, est guidée que par des critères financiers. »
- 6:14Invité politiqueChiffre
« Il y aura bientôt, on ne le dit pas assez, mais bientôt 7 millions d'inscrits à Pôle emploi. »
- 6:26Invité politiqueChiffre
« Au 1er janvier, il y aura 7 millions d'hommes et de femmes inscrits à Pôle emploi. »
- 8:21Invité politiqueFait
« On a considérablement baissé les impôts sur les plus riches, sur les grandes entreprises. »
- 8:29Invité politiqueFait
« Bruno Le Maire a augmenté de 10% le prix de l'électricité. »
- 8:41Invité politiqueFait
« Ils ont mis la TVA à 0% sur l'alimentation et la vie quotidienne. »
- 8:50Invité politiqueFait
« Pedro Sánchez a dit qu'on ne va pas tuer les banquiers, tuer les grands pétroliers, mais on peut taxer les superdividendes des banques. »
- 9:30Invité politiqueFait
« Quand on était petit, l'impôt sur les bénéfices était à 50%. »
- 10:07Invité politiqueChiffre
« Il y a 6 millions d'Allemands qui ont des petits boulots à 10 heures par semaine, 520 euros par mois. »
- 11:23Invité politiqueChiffre
« Joe Biden a mis 390 milliards de subventions sur la table. »
- 12:15Invité politiqueFait
« Aujourd'hui, c'est en Europe qu'on dépose le plus de brevets sur l'hydrogène vert. »
- 15:47Invité politiqueFait
« J'ai fait voter un rapport qui expliquait comment trouver de l'argent pour le climat, pour la santé, pour l'emploi. »
- 26:39Invité politiqueFait
« J'en ai marre du blabla des politiques qui pensent qu'ils vont voter un rapport, ils ont voté un texte intelligent et puis on retourne au restaurant, tout va bien parce qu'on a voté un texte. »
- 28:50Invité politiqueFait
« on a baissé les impôts sur les plus riches mais on fait de la dette publique. »
- 28:57Invité politiqueFait
« le pape nous dit qu'on avait une révolution qu'un système économique qui fou en l'air la planète et qui fou en l'air la cohésion sociale »
- 29:08Invité politiqueFait
« le pape François nous dit c'est le fumier du diable dans son dernier bouquin »
- 29:32Invité politiqueFait
« Mitterrand émerge sur son bouquin en 1964 sur le coût d'état permanent »
- 30:45Invité politiqueChiffre
« il y a déjà 400 entreprises qui sont passées à 4 jours 32 heures sans baisse de salaire »
- 33:11Invité politiqueChiffre
« en Angleterre il y a eu des dizaines d'entreprises depuis 3 ans qui ont expérimenté les 4 jours et je crois que c'est 92% des patrons et des salariés et 92% de ceux qui ont essayé les 4 jours qui veulent y rester »
- 33:31Invité politiquePromesse
« si l'entreprise crée au moins 10% d'emploi elle arrête de payer les cotisations chômage »
- 33:40Invité politiqueChiffre
« chez Mami Nova tous les salariés 800 salariés ils sont tous passés à 4 jours 32 heures 125 réactions d'emploi en CDI »
- 36:07Invité politiqueFait
« en 1994 Michel Barnier soutenait l'idée de la semaine de 4 jours »
- 40:03Invité politiqueFait
« évidemment Jean-Pierre Zanniféri a raison de dire que le bilan économique de la suppression de l'ISF Emmanuel Macron avait dit on va supprimer l'ISF et on fera le bilan et bien la Cour des comptes a fait le bilan il n'y a eu aucun impact positif sur l'investissement »
- 40:15Invité politiqueChiffre
« ça nous fait une perte de 4 milliards chaque année »
- 40:35Invité politiqueChiffre
« le patron de l'SNCF avait demandé 100 milliards d'investissements sur 15 ans »
- 40:47Invité politiqueFait
« Joe Biden a mis en place aux Etats-Unis une taxe de 1% sur les rachats d'actions »
- 41:00Invité politiqueChiffre
« on a fait une rénovation thermique je gagne 800 euros chaque année sur mes dépenses de chauffage »
Temps de parole
- Pierre Larrouturou77 %
- Présentateur19 %
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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Sens Politique, l'émission qui prend le temps de connaître un invité pour décrypter avec lui son parcours, son engagement et sa personnalité au rythme de l'actualité. Notre invité est un homme en mouvement. A presque 60 ans, ce périgourdin d'origine ne semble jamais s'arrêter. Issu d'une fratrie de 6 garçons, père ingénieur chez EDF, mère prof de lettres. Diplômé de l'agro et de Sciences Po, il prend sa première carte d'un parti politique en 1988.
Le parti socialiste, époque Michel Rocard, la deuxième gauche et un compagnonnage de près de 30 ans, au point d'écrire un livre ensemble en 2013 qui résonne encore étrangement aujourd'hui, la gauche n'a plus droit à l'erreur. Mais lui, en a-t-il fait des erreurs quand il se présente 5 fois à la présidentielle sans jamais vraiment aller au bout ? Barrage des primaires ou des parrainages de maires ? Après un passage chez les écologistes, il font de nouvelles donnes pour, disait-il, faire de la politique autrement. Au Parlement européen, il entame une grève de la faim pour défendre le climat contre les puissances financières. Il vient du monde associatif et est sensible aux enjeux du travail.
Il plaide depuis toujours pour sa réduction. 32 heures et 4 jours par semaine, c'est possible, dit-il encore, dans un récent ouvrage. Bonjour Pierre Larouturou.
Bonjour.
Merci d'avoir accepté notre invitation.
Avec plaisir.
Vous écoutez Sciences Politiques, vous êtes bien sur France Culture. Nous sommes ensemble jusqu'à 13h30. Que doit dire, selon vous, Pierre Larouturou, Michel Barnier, Premier ministre, mardi prochain lors de sa déclaration de politique générale ?
Oui.
J'espère qu'il ne va pas dire oui.
Je ne sais pas, parce que je ne comprends plus très bien ce que Michel Barnier a dans la tête. Je l'ai connu il y a 30 ans, ça ne nous rajeunit pas, en 1994, quand on avait lancé l'idée de la semaine de 4 jours avec Michel Rocard, Antoine Riboud. Et Barnier avait été un des premiers qui nous avait soutenus. Il avait fait un livre en 1994, je crois que c'était « Vers une mer inconnue », où il y avait 4 pages pour expliquer que la semaine de 4 jours, 32 heures, de M. Larouturou, était une bonne idée, que la droite avait eu tort de s'en moquer. Il allait expliquer que ce n'était pas bannir la valeur de travail, que le travail était important.
C'est pour ça qu'on ne peut pas laisser des millions de gens au chômage et qu'en même temps, le travail n'est pas tout dans la vie. Donc Michel Barnier, en 1994, proposait un référendum pour aller à 32 heures en 2 ou 3 ans. Et il m'avait invité dans les Alpes et devant 300 de ses amis, il avait pris position pour la semaine de 4 jours avec le financement qu'on proposait, en disant que si l'entreprise créait des emplois, il arrête de payer les cotisations au chômage. Donc Michel Barnier, en 1994, m'a expliqué qu'il était un gaulliste social.
Pendant le dîner, il m'avait expliqué ce qui était vrai, comment, au moment des Jeux Olympiques, il avait mis en place des systèmes de covoiturage dans les Alpes pour ne pas abîmer les montagnes, pour ne pas abîmer... Donc en 1994, c'était quelqu'un de, à mes yeux, très bien, un vrai gaulliste social. Puis après ça, qu'on avait lancé avec Rocard, avec Stéphane Essel, l'idée d'un traité social pour mettre des critères sociaux. Vous savez que l'Europe, pour le moment, est guidée que par des critères financiers. Et nous, on avait rédigé des critères sociaux et environnementaux. Et Michel Barnier, comme ministre des Affaires étrangères, nous avait soutenus. En 2004 ? En 2000, bravo.
Il vous soutient sur ce traité de l'Europe social, Michel Barnier ?
Oui, tout à fait. Mais il n'a jamais abouti ? Non, non, mais ça, c'est parce qu'il y avait la droite, parce qu'il y avait le blocage des Anglais à l'époque. Ça reste tout à fait d'actualité de se battre pour des critères sociaux. Mais donc, il y a une époque où Barnier était tout à fait fréquentable. Et puis là, depuis trois ans, quand il court après l'électorat d'Éric Ciotti et de Wauquiez, ça fait peur. Et aujourd'hui, quand il appelle Le Pen, honnêtement, j'ai honte pour lui. Pour être franc, c'est quelqu'un pour qui j'avais vraiment de l'estime. Il y a trois ans, pendant le confinement, quand il avait chopé le Covid, on s'appelait il y a quatre ans.
Là, je ne voudrais pas être trop méchant, mais j'ai honte pour lui. Mais est-ce qu'il n'est pas tenu par ces 142 députés de l'extrême droite ? Mais il n'est pas obligé de se mettre dans ce guépier. Il peut dire, comme l'a dit Dominique de Villepin ou d'autres hommes et femmes d'État, en disant, la gauche est arrivée en tête, voilà, la gauche doit arriver à Matignon. Même Emmanuel Macron, d'ailleurs, quand il a enfin, enfin, après des semaines d'hésitation, il a accepté de recevoir les formations politiques à l'Élysée, c'est le nouveau Front populaire qui a été reçu en premier.
Donc, dans n'importe quel autre pays d'Europe, franchement, on est face à un scandale, mais comme ça se fait doucement pendant l'été...
Quel est le scandale, Pierre ?
Même le roi d'Espagne ou le roi des Belges, même s'ils n'ont pas voté pour les socialistes, quand la gauche gagne une élection, au bout de deux jours ou trois jours, le roi d'Espagne ou le roi des Belges demandent à celui qui est proposé par la gauche d'essayer de faire un gouvernement. Voilà, donc étant Nicolas...
Donc, il fallait demander à Lucie Casté de lui tenter de composer une équipe.
Voilà, donc je pense que Lucie Casté, vous lui avez donné la parole il y a quelques semaines, et quelqu'un de très construit, qui a des vraies convictions, qui sait de quoi elle parle, sur la question des services publics et sur d'autres sujets. Et puis, elle aurait pu montrer qu'il y avait une équipe autour d'elle. Et puis, moi, déjà le 14 juillet, je me souviens d'une discussion avec des gens du Modem, quand on nous explique que Lucie Casté aurait été censurée. Mais attendez, il faut qu'Emmanuel Macron arrête de croire qu'il est un génie, qu'il sait tout avant tout le monde. Voilà, il aurait dû nommer, il lui proposait à Lucie Casté de faire un gouvernement.
On aurait vu si elle était censurée ou pas. Mais moi, j'ai vu des gens du Modem qui, le 14 juillet, me disent que le pays va très très mal, la gauche a gagné les élections, on est prêt à prendre des risques, et on peut avoir, sur les questions de logement, sur les questions de fiscalité, sur les questions de climat, sur les questions de services publics, on peut avoir des points d'accord, y compris avec des gens de la France insoumise, des gens du Modem qui me disent qu'ils sont prêts à travailler à partir du projet, pas 100% du projet du nouveau Front populaire. Mais donc, c'est un déni de démocratie absolument scandaleux.
Donc, Michel Barnier aurait dû dire non, Michel Barnier aurait dû dire qu'on respecte les institutions de la Ve République.
Il aurait dû dire non, je préfère que ce soit un premier ministre de gauche.
Oui, juste, on respecte. Moi, j'aime bien les gens qui respectent les règles du jeu. Quand la droite gagne les élections, c'est normal que la droite soit au pouvoir. Mais là, ça fait 7 ans que Macron avait les mains libres, il est temps d'une alternance.
Comment ça va se terminer tout ça, Pierre Larouturou, vous qui avez l'expérience de la politique ?
Je ne sais pas, parce qu'on est dans un moment de pourrissement très très grave. Donc, je pense que le premier responsable, c'est Emmanuel Macron, qui a fait une politique, et Bruno Le Maire, ils ont fait une politique quand même catastrophique. On voit l'état du pays, un déficit monstrueux, une dette monstrueuse, des hôpitaux qui sont à deux doigts du chaos. Il n'y a pas d'argent pour les EHPAD, pour la santé, pour l'éducation, pour la recherche. Il y aura bientôt, on ne le dit pas assez, mais bientôt 7 millions d'inscrits à Pôle emploi.
J'ai vu l'autre jour un article qui disait qu'avec la réforme du RSA que Gabriel Attal a fait passer, pour obliger ceux et celles qui sont au RSA à s'inscrire à Pôle emploi, au 1er janvier, il y aura 7 millions d'hommes et de femmes inscrits à Pôle emploi. Donc, vraiment, le pays va très très très mal. Donc, le premier responsable, c'est Emmanuel Macron et ceux qui sont au pouvoir depuis 7 ans, mais la gauche, depuis 20 ans, est beaucoup trop paresseuse. Vous aviez fait un livre sur les 7 péchés capitaux de la gauche. Moi, à un moment, j'étais au PS, avec Rocard, on a essayé de remettre le PS au travail, on a essayé que le PS... On va en parler.
Restons, avec votre débit si rapide qu'on vous connaît, restons un instant sur la situation politique actuelle, si vous le voulez bien. Quelle est votre lecture de la situation ? Sommes-nous en cohabitation, en coalition ou en coalitation ?
Je ne sais pas comment je...
Vous n'avez jamais vu ça, vous, dans votre carrière ?
Non, non, non. J'ai été à Matignon, quand Michel Rocard était en 88, j'ai fait 10 mois à Matignon. Non, j'ai vu un peu de cohabitation, voilà. Mais il y avait... On respectait les institutions, on respectait les personnes. On savait qu'il y a eu, y compris Michel Rocard, n'avait pas une majorité très facile et a dû parfois... a dû souvent négocier. Mais c'est un truc important en politique de savoir négocier, d'avoir des convictions et de savoir négocier. Mais là, c'est n'importe quoi. Franchement, c'est... Retailleau, c'est la vieille droite moisie. Je suis désolé, quand je vais en Vendée, il y a des fois où je vois des gens très punchy.
Il y a des patrons même de droite en Vendée qui innovent. Quand je vais voir les gens de Fleury-Michon, de Brouillage-Pasquet, qui sont capables d'innover. Innovation sociale, innovation marketing, innovation produit, innovation pour baisser les emplois de CO2. Mais Retailleau, c'est quand même la vieille droite moisie. Et c'est quand même eux qui ont perdu les élections, au moins aux législatives. Il y a quand même un moment où le parti qui a perdu les élections, qui ne voulait pas être dans l'arc républicain, donner les clés du pouvoir à ce parti-là, c'est scandaleux.
La France doit-elle trouver les 30 milliards réclamés par Bruxelles pour boucler son budget 2025 ?
On peut le faire si on voit toutes les baisses d'impôts qui ont été faites depuis 7 ans, mais même globalement depuis 15 ans. On a considérablement baissé les impôts sur les plus riches, sur les grandes entreprises. Il ne s'agit pas de faire des trucs révolutionnaires, mais en Espagne, en même temps, Pedro Sánchez, le gouvernement espagnol, a fait baisser le prix de l'électricité. Le contraire de Bruno Le Maire. Bruno Le Maire a augmenté de 10% le prix de l'électricité, alors que la Creux disait que ce n'était pas la peine d'augmenter le prix de l'électricité. Ça a énervé beaucoup de gens. Au contraire, les socialistes espagnols ont fait baisser le prix de l'électricité.
Ils ont mis la TVA à 0% sur l'alimentation et la vie quotidienne. Donc, des millions d'Espagnols vivent mieux. Et par contre, ils ont taxé les superdividendes. Pedro Sánchez a dit qu'on ne va pas tuer les banquiers, tuer les grands pétroliers, mais on peut taxer les superdividendes des banques. Et du coup, même le FMI dit que ça marche très bien en Espagne, qu'ils ont cassé l'inflation, que la consommation et la vie quotidienne s'est maintenue et que la croissance est plus forte. Tandis que nous, on a des gens super à droite de la théorie du ruissellement. On a encore des gens qui croient en 2024 à la théorie du ruissellement.
On baisse les impôts sur les grandes fortunes, on baisse les impôts sur les grandes entreprises. Et les milliardaires, un jour, vont être gentils et ça va ruisseller, ça va faire le bien commun.
Donc pour vous, pour revenir sur ma première question, dans son discours de politique générale, Michel Barnier doit annoncer des hausses d'impôts sur les plus hauts revenus ou les plus grandes entreprises.
Oui, on annule les baisses d'impôts. Oui, oui, encore une fois.
Augmenter l'impôt sur les sociétés, par exemple.
Quand on était petit, l'impôt sur les bénéfices était à 50%. On trouvait normal de laisser la moitié des bénéfices aux actionnaires et la moitié des bénéfices, 50%, aller pour le bien commun, pour l'éducation, la santé et la recherche.
Et la France était-elle aussi attractive qu'aujourd'hui ?
On a divisé par deux l'impôt sur les sociétés. Mais est-ce que la France était aussi attractive ? Pardon, mais après ça, s'il y a une dimension européenne, je plaide, vous m'avez parlé de mon combat avec Michel Rocard, déjà en 2003, on expliquait, et Jacques Delors en 2005, expliquait que c'était la priorité de lutter contre le dumping fiscal européen. Donc la seule « bonne nouvelle », entre guillemets, c'est qu'y compris l'Allemagne est en récession, parce que je mets des gros guillemets à « bonne nouvelle », mais à force d'avoir des petits boulots, il y a 6 millions d'Allemands qui ont des petits boulots à 10 heures par semaine, 520 euros par mois.
Donc ce dumping social a foutu en l'air la consommation de monsieur et madame tout le monde, et ce dumping fiscal, le fait que tous les pays baissent l'impôt sur les plus riches, tous les pays baissent l'impôt sur les bénéfices, parce que le voisin fait pareil, est en train de mettre, nous tous, on est tombés dans un piège. Donc je crois que la France devrait dire, on se donne 6 mois avec les Allemands, avec les Espagnols, pour changer les règles européennes. Notre liste aux européennes, c'était changer l'Europe, et je crois qu'on a une fenêtre, mais ça suppose de mettre les choses clairement sur la table.
Et justement, Mario Draghi a sorti un rapport très récemment, où il propose à l'Union Européenne d'investir 800 milliards d'euros pour son industrie, sa défense, l'intelligence artificielle ou la transition énergétique. Vous qui avez été, Pierre Larouturou, ancien rapporteur du budget européen en 2021, jusqu'à 2020, jusqu'aux dernières élections, que va devenir ce rapport, selon vous ?
C'est un vrai sujet, parce qu'il y a eu beaucoup de rapports intelligents depuis 30 ans, on fait deux conférences. Et vous en savez quelque chose ? Et on les met sous la table. Donc oui, Mario Draghi a raison quand il dit qu'on va vers une agonie, ce n'est pas rigolo, mais il est possible qu'on ait bientôt une nouvelle crise financière. Quand vous voyez le niveau de dettes aux Etats-Unis ou en Chine, on peut très bien avoir bientôt une nouvelle crise. On n'a rien réglé après la crise financière de 2008. On a mis des russines, mais on peut avoir une nouvelle crise.
Notre industrie, ça fait deux ans que les Américains, Joe Biden a mis 390 milliards de subventions sur la table et donc ce qu'on appelle une façon de réduction d'actes et donc toute l'industrie verte part aux Etats-Unis. C'est aussi pour ça que l'Allemagne...
Mais que va devenir ce rapport ?
J'espère que mes amis sociodémocrates vont se battre pour qu'on mette en place ces idées. Moi-même, je retourne à Bruxelles et je travaille avec des syndicats et avec tel ou tel commissaire.
Il faut le mettre en œuvre.
Il faut le mettre en œuvre. Après ça, le rapport Draghi, il y a des choses très intéressantes. Par exemple, sur le besoin d'une vraie politique industrielle pour lutter contre les délocalisations, le fait qu'on est capable d'innover en Europe mais qu'on n'est pas capable de construire des emplois derrière, on ne le sait pas assez, mais c'est en Europe qu'on a inventé Internet et les écrans tactiles. C'était des chercheurs et des chercheuses qui cherchaient le boson 2X, les particules. On a mis des milliards pour les aider à chercher le boson 2X et en chemin, c'est eux et elles qui ont inventé Internet et les écrans tactiles.
Donc l'innovation, elle s'est faite en Europe, mais après ça, toute l'industrie, Google et tout ça, c'est aux Etats-Unis. Donc est-ce qu'on est capable ? Aujourd'hui, c'est en Europe qu'on dépose le plus de brevets sur l'hydrogène vert. Mais après ça, le rapport de Mario Draghi, qui en gros passe son temps à parler du retard du PIB, qu'il faut rattraper les Américains, rattraper les Américains. Je suis désolé, mais le modèle américain peut s'effondrer et quand on voit le niveau d'injustice sociale, de surconsommation, le bilan carbone des Etats-Unis, le projet de l'Europe ne peut pas être seulement de rattraper les Américains.
Il faut avoir une vraie politique industrielle, mais il faut transformer notre système pour lutter contre l'injustice sociale et pour gagner la bataille du climat. Donc le rapport Draghi est intéressant, mais il est très partiel. Hélas, je préfère dire la vérité. Non, je ne serai pas réélu dimanche. La campagne a été très difficile. Quand on faisait des cafés citoyens, les gens repartaient avec plein d'énergie, mais dans les grands médias, ça a été vraiment très difficile de se faire entendre. Donc il est évident qu'on ne passera pas à la barre des 5%, qu'on ne pourra pas être élu.
Mais le but de cette vidéo n'est pas de vous parler de moi ou de notre liste, mais d'un problème beaucoup plus global. On risque de perdre 5 députés écolos au Parlement européen et d'en donner 2 ou 3 de plus à l'extrême droite et à la droite. Parlons franchement, Raphaël Glucksmann est sûr d'être élu et de faire un très bon score. Manon Aubry est sûr d'être élu et de faire un bon score. La seule liste pour laquelle ça peut se jouer, à 1000 voix près peut-être, on ne sait pas, c'est la liste des écolos de Marie Toussaint. Donc voilà pourquoi, à mes yeux, le seul vote utile dimanche, c'est de voter pour les écolos.
C'était le 6 juin 2024, Pierre Laroutirou. C'est vous qu'on entend dans une vidéo publiée sur vos réseaux sociaux. À la surprise générale, vous vous retirez de la course aux européennes au profit de la liste écologiste de Marie Toussaint. Pourquoi et comment avez-vous pris cette décision ?
Parce qu'on avait fait une liste avec les amis d'Alons-Enfants, de Nouvelle Donne, parce qu'on avait des idées qui nous paraissaient importantes à défendre sur l'Europe, pour dire comment on peut trouver de l'argent pour investir dans les services publics, dans le climat, dans la recherche. Comment est-ce qu'on peut mettre en place des critères sociaux ? Comment on peut avoir 300 milliards, une grande banque du climat qui mettrait 300 milliards sur la table chaque année pour l'Europe et pour l'Afrique ? Et puis, on s'est rendu compte que l'accès aux médias est très compliqué. Peut-être qu'on s'y est pris un peu tard, mais notre liste, on avait 15 secondes par-ci, par-là.
Et même en parlant vite, et vous voyez que je suis bien entraîné, même en parlant vite, c'est compliqué d'expliquer un vrai projet avec si peu d'accès aux médias. Et donc, on s'est rendu compte que nous, on ne franchirait pas la barre des 5%. Vous savez, en Allemagne, si on n'avait fait que 2%, on aurait eu 2 députés. Et si les écolois avaient fait 4%, ils auraient eu 4 députés. Mais en France, on a un système qui est quand même bien verrouillé. Et si vous ne faites pas 5%, vous avez 0 député. Donc, ça a été un moment un peu pénible, mais j'ai préféré, en conscience, dire qu'il vaut mieux voter pour les écologistes, pour qu'ils aient des députés.
Vous l'aviez prévenu, Marie Toussaint ?
Non. Je l'ai peut-être prévenu un quart d'heure, honnêtement, un quart d'heure avant.
En 2019, vous êtes élu député européen sur la liste PS Place Publique de Raphaël Glucksmann. Donc, pourquoi, 5 ans plus tard, vous n'êtes plus sur sa liste ?
Il faudrait lui demander.
C'est lui qui n'a pas voulu vous prendre ?
Écoutez, il y a 6 ans, ses premiers mots, c'est « j'ai absolument besoin de toi ». Quand on s'est vu, il m'a dit « j'ai absolument besoin de toi », parce que Nouvelle-Donne, tout seul, on avait fait un peu plus de 3% aux élections précédentes. Et puis là, en février dernier, c'est justement la tête de liste de tous les socialistes au niveau européen qui me dit « je suis inquiet, parce que quand je demande à Glucksmann est-ce que la route rouille serait bien en position 5 ? » On lui a répondu « on avait absolument besoin de Pierre il y a 5 ans, mais maintenant, vu les sondages, on n'a plus besoin de lui ».
Vous vous êtes fait lâcher.
Oui, donc honnêtement, ça n'a pas été un moment très agréable. J'ai essayé de faire un boulot correct au Parlement européen, mais peut-être que je crois qu'on ne m'a pas pardonné ma grève de la faim. Je crois qu'au PS, j'ai fait une grève de la faim pendant 18 jours. J'étais quand même rapporteur du budget, donc ça veut dire que j'ai fait un boulot correct. C'est moi qui ai négocié les 160 milliards de tout le budget européen au nom du Parlement. Donc si le Parlement m'a confié cette responsabilité, c'est sans doute que j'étais un député à peu près sérieux. J'ai fait voter un rapport qui expliquait comment trouver de l'argent pour le climat, pour la santé, pour l'emploi.
Et puis quand j'ai su que c'est la France qui bloquait, j'ai fait une grève de la faim. J'ai eu la preuve que c'était juste la France qui bloquait pour la taxe sur les transactions financières. J'ai fait une grève de la faim pendant 18 jours pour dire que c'était scandaleux. Et il y a des députés qui m'ont félicité, il y a des jeunes qui venaient chanter devant le Parlement pour me remercier. Mais au sein du PS, il y en a qui ne me l'ont pas pardonné et qui m'ont dit quand est-ce que tu démissionnes ? Pierre, tu es député, tu es rapporteur général du budget, tu dois démissionner, ça ne se fait pas. Pour quelles raisons ? Je ne sais pas, on n'a pas la même vision du boulot de député.
Il vous disait que c'était quelque chose de trop activiste ? Voilà, ça ne se fait pas. L'argument, c'est trois fois... Vous l'en reprochez. Voilà, trois fois. Quelqu'un m'a dit quand est-ce que tu démissionnes ? Et après ça, j'ai participé à la primaire populaire parce que je pensais qu'il fallait qu'on se rassemble, que si on ne voulait pas laisser Macron pendant cinq ans... En 2021. Oui, je trouve ça assez choquant que la gauche peut se rassembler pour les législatives, pour avoir un programme commun, mais aussi pour sauver leurs fesses comme députés, sauver leur financement.
Ils sont capables de se rassembler pour les législatives, mais pour les élections présidentielles, qui sont l'élection la plus importante, on n'est pas capable de se rassembler. Et du coup, j'étais persuadé qu'on a laissé le pouvoir à Emmanuel Macron. Et donc, on avait été nombreux à demander une primaire populaire. Et là aussi, il y en a qui m'en veulent. Il paraît qu'Anne Hidalgo était furieuse. En plus, je suis arrivé devant elle dans la primaire populaire.
Vous arrivez à la quatrième place avec la mention Passable Plus, puisque c'était un système un peu particulier de vote. Derrière Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Christiane Taubira.
Donc, voilà. En tout cas, on m'a fait comprendre que je ne serais pas sur la liste des Européennes. Ah, on vous a fait payer cette participation ? Je ne sais pas. Il n'y a jamais eu vraiment d'explication. Et donc, ce que je sais, c'est que la politique est un monde redoutable. Il y a des fois où Michel Rocard me racontait ses relations avec Mitterrand, qui ne lui a jamais parlé cinq minutes comme une discussion amicale ou normale. Voilà. Dans la vie politique, il y a un monde dur. Et c'est honnête. Au-delà de mon problème de cette façon dont on m'a foutu dehors, c'est est-ce qu'on est capable de faire une équipe ?
Est-ce qu'on est capable de se dire, vu la gravité de la situation, vu l'énormité des enjeux, il n'y a pas un homme ou une femme providentielle qui va régler tous les problèmes. On a bien d'une équipe. Avec lui, il est compétent sur les questions de logement, elle sur les questions d'économie ou de santé. Moi, j'aimerais que la gauche se mette au travail pour avoir un vrai projet et joue le collectif. Quand on applaudit l'équipe de France qui gagne au rugby ou au foot, il y a un collectif. Tandis qu'en politique, c'est que des petites querelles de chapelle. On ne voit pas le projet et on voit les querelles des personnes.
Justement, Pierre Laroutirou, votre parcours politique est assez haché. Vous êtes passé par plusieurs partis. Le Parti Socialiste, les écologistes, Nouvelle Donne. Parfois, ils ne sont jamais y restés. Comment l'expliquez-vous ? Vous êtes trop libre, indépendant pour les collectifs ? Ou c'est les partis politiques ?
Quand j'ai fait cette grève de la faim, il y avait un gros papier dans le Nouvel Observateur qui disait qu'il a souvent changé de famille politique, mais jamais de conviction. Ce qui était quand même plutôt sympa. Et à chaque fois, quand j'ai changé, c'était souvent avec Stéphane Essel. Certains disent, Laroutirou, il change. Mais on oublie de dire qu'avec Stéphane Essel, on avait fait une motion au PS. Quand la gauche revient au pouvoir, quand François Hollande est... On a cru à un moment que le PS...
En 2012 ?
Oui, mais même avant, j'oublie des épisodes. Mais voilà, il y a un moment où on s'est dit la vieille maison, la partie principale, c'est le PS. On va essayer de le faire bouger. En 2008, on avait lancé un appel avec Stéphane Essel, avec Michel Rocard, avec 5000 militants, juste pour que le PS se mette au boulot. En 2008, on avait dit, on voudrait juste respecter les statuts du PS et prendre six mois pour travailler sur les questions sociales, chômage, précarité, salaire, logement, six mois. Et puis six mois sur les questions européennes et internationales.
Et donc, je me souviens comment Stéphane Le Foll, le bras droit de François Hollande, nous avait physiquement empêché de rentrer à Solferino. François Hollande m'avait dit, Pierre, tu peux venir au bureau national pour déposer ta pétition avec quelques députés qui sont avec toi. Et quand on arrive à Solferino, Stéphane Le Foll, le directeur de cabinet de Hollande, m'a hurlé dessus. Mais là, où tu roules, tu nous fais chier ? Qu'est-ce que tu veux ? Tu veux faire péter le calendrier ? Je lui ai dit, Stéphane, on prend ses cachets. Je veux juste qu'on travaille. Nous voulons juste. On est 5000 militants qui disent, on ne peut pas juste dire la droite est méchante, la droite est méchante.
Il faut que le PS se mette au boulot pendant six mois sur les questions sociales, qu'on dise quel est notre projet, et puis six mois sur les questions européennes. Et donc, Stéphane Le Foll et deux gros costauds m'ont physiquement empêché de rentrer au bureau national et le PS ne s'est jamais mis au boulot. Donc, en 2012, François Hollande arrive à gagner parce qu'il est sympa. Mon adversaire, c'est la finance. Il a des bons communicants. Mais c'était quand même cinq ans dramatique. Vous avez dit, on avait fait un livre avec Michel Rocard à ce moment-là, quand François Hollande arrive au pouvoir, pour dire que la gauche n'a plus le droit à l'erreur.
Et on montrait avec Rocard comment miser tout sur la croissance, miser tout sur le dumping fiscal, était une erreur dramatique. Mais donc, le problème de la gauche est est-ce qu'on est capable de se mettre au boulot ? Est-ce qu'on est capable d'avoir des vraies propositions à mettre sur la table ?
À l'époque, en 2008, vous êtes au Parti Socialiste, Pierre Larouturot, et vous faites une motion commune avec Benoît Hamon au congrès de Reims. Vous êtes même délégué national du PSA à l'Europe. Comment expliquez-vous ce que vous décrivez comme une forme de déliquescence du Parti Socialiste ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous vous sentez encore socialiste ?
Écoutez, quand je lis Jaurès, quand je lis Pierre Mendès France, quand je lis Rocard, je me sens, quand je vois ce que fait Pedro Sanchez en Espagne, je me sens, quand je vois ceux qui ont lancé les accords d'Oslo en 1991, et Felipe González qui a, en 1991 à Madrid, ce qui est devenu les accords d'Oslo, je me sens de cette famille social-démocrate. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qu'on a à dire ? Hier, je faisais mes courses, je voyais la caissière qui était crevée à la limite du burn-out, parce qu'elle doit tenir deux caisses en même temps quand il y a un client qui paye, il faut aller déjà, voilà.
Qu'est-ce qu'on a à dire aux agriculteurs qui se suicident, parce qu'ils n'arrivent plus à vivre de leur travail, alors que Michel Rocard avait mis en place des quotas laitiers. Pendant 30 ans, l'Europe a protégé le revenu des paysans, ça ne s'est pas fait tout seul, c'est Michel Rocard qui s'était battu pour mettre en place des quotas laitiers, et ça a fonctionné pendant 30 ans, et c'est des gens comme Michel Barnier et Bruno Le Maire qui ont foutu en l'air les quotas laitiers. À chaque fois qu'il y a un paysan qui se suicide, je pense quand même que c'est Bruno Le Maire et Michel Barnier qui ont accepté qu'on détruise les quotas laitiers.
Donc j'aimerais que la gauche, sur les questions des loyers, il y a plein de gens qui ont un boulot mais qui n'arrivent pas à vivre correctement parce que les loyers sont trop importants ou alors ils doivent s'exiler, ne plus vivre dans les centres-villes et avoir une heure de transport tous les matins. Donc on est dans une crise sociale gravissime, on est dans une crise climatique gravissime, on est dans une crise démocratique gravissime. Qu'est-ce que la gauche a proposé ? Juste dire la droite est méchante et l'extrême droite c'est des fachos. Oui, l'extrême droite c'est des néofascistes, mais qu'est-ce que nous on propose pour donner envie aux gens d'aller voter pour nous ?
Une dernière question sur votre parcours politique. quand vous créez Nouvelle Donne, ensuite vous êtes exclu de ce parti en 2016 pour incompatibilité avec les valeurs et l'éthique. Aujourd'hui vous y êtes revenu.
Oui, ça c'est des amis de Jean-Luc Mélenchon qui m'ont foutu dehors. Encore une fois. Oui, mais je suis naïf donc j'avais laissé plein de gens rentrer au bureau national. Je ne suis pas du tout un homme de pouvoir d'appareil.
Mais pourtant à chaque fois vous faites entendre votre voix, je le disais en introduction, vous avez essayé en tout cas de faire entendre votre voix, vos idées, cinq fois dès 1995 à chaque présidentielle, à chaque élection. En 2014 vous allez aussi au Parlement européen, vous faites 3% des voix. Qu'est-ce qui vous fait courir Pierre Larout-Duraud ?
Écoutez, je pense qu'on n'a qu'une vie et je pense qu'on a tout pour être heureux. En fait fondamentalement, je pense qu'on a tout pour être heureux, que notre pays n'a jamais été aussi riche, qu'on pourrait très bien avoir un pays où tout le monde a un boulot correct, tout le monde a un logement, que tout le monde a accès à une éducation de qualité. Et donc, ça me fout en l'air quand je vois des SDF dans la rue, quand je vois quand mes enfants étaient petits dans l'école du quartier, des enfants qui ont une situation d'échec parce qu'on ne s'est pas donné les moyens d'allumer leur intelligence dès les premières années de leur vie.
Quand je vais en Afrique comme député européen, j'ai fait des cauchemars pendant plusieurs semaines après mon premier voyage en Afrique, quand je vois la pauvreté et ce qui va se passer si on continue le blabla sur le dérèglement climatique. Donc, je suis un petit gars assez sensible, je suis horrifié par les injustices, par les gens dont la vie est foutue en l'air par les injustices et je pense qu'en quelques années on pourrait avoir une métamorphose de notre système économique et social et je pense qu'on a tout pour être heureux.
Et je pense qu'en plus que si on prend le temps de l'expliquer, il y a beaucoup de gens qui se foutent de moi parce qu'en général j'arrive avec des graphiques par la radio, mais c'est aussi comme ça qu'on fait bouger les mentalités. Un de mes souvenirs depuis quelques années c'est le chef de cabinet d'Angela Merkel qui m'avait dit qu'il n'avait que 20 minutes pour me recevoir, le chef de cabinet mais je suis arrivé avec des graphiques sur l'urgence climatique, sur la fiscalité, il m'a finalement gardé une heure et demie. Il avait dit que le chef de cabinet de Merkel qui n'avait que 20 minutes, il m'a gardé une heure et demie parce que je prenais le temps de réfléchir avec lui.
Donc je pense que la gauche doit avoir un projet et se donner les moyens de convaincre aussi bien les élites qui ne réfléchissent plus que monsieur et madame tout le monde.
Vous ne vous découragez jamais ?
Régulièrement je me dis que c'est peut-être trop tard mais régulièrement je me remets au combat avec d'autres. Là je vais passer deux jours à Rennes avec des centaines d'étudiants et étudiantes et ça donne l'agnac à tous ces jeunes qui veulent changer le système.
Il y a un an
je suis venue à Davos vous dire que notre maison est en feu. J'ai dit que je voulais que vous paniquiez. On m'a dit que demander aux gens de paniquer à propos de la crise climatique est quelque chose de très dangereux
mais ne vous inquiétez pas tout va bien.
Faites-moi confiance je l'ai fait et je peux vous assurer que ça ne mène à rien. Vous ignorez le problème parce que vous jugez qu'il est trop déprimant et que les gens abandonneront mais les gens n'abandonneront pas. Vous êtes ceux qui abandonneront.
Le discours de Greta Thunberg au forum de Davos en janvier 2020. Vous à ce moment-là et vous en avez parlé Pierre Laroutourou vous êtes en train de préparer votre grève de la faim pour le climat dans les couloirs du Parlement européen en pleine crise du Covid. Est-ce possible de ne pas s'alimenter pendant 18 jours ?
Oui, il n'y a pas de problème. Je buvais de l'eau et j'avais des sels minéraux tous les matins. J'ai perdu 11 kilos mais je suis un bon bernet. Les médecins du Parlement voulaient que j'arrête tout de suite et au bout de 18 jours j'ai arrêté parce qu'ils m'ont dit que si je faisais un malaise ils m'ont fait à l'hôpital et ils m'ont dit que j'avais perdu beaucoup de muscles et que mon muscle cardiaque était peut-être en train
Tout à fait.
J'en avais fait une en 2005 quand je voyais venir une crise financière. J'étais un des premiers Dominique Strauss-Kahn à se foutre de ma gueule en expliquant qu'il n'y avait aucun risque de crise mais j'avais fait des papiers dans Le Monde, dans l'Ibé pour expliquer qu'on allait vers une crise financière majeure et je crains hélas qu'on ait réglé. Je ne suis pas le seul à le penser qu'on ait réglé aucun problème qu'on peut avoir une nouvelle crise financière. La grève de la faim c'est juste un moyen pour dire que ce n'est pas rigolo ce n'est pas de la blague. Un enfant de 5 ans s'est fait à la différence entre ce qui est pour de vrai et pour de rire.
Le dérèglement climatique c'est catastrophique. Vous avez vu encore cette semaine les inondations en Allemagne, en Autriche, en Floride. Il y a des endroits où les gens meurent sous les inondations et des endroits où les gens meurent parce qu'il n'y a plus une goutte d'eau dans la corne de l'Afrique des sécheresses qu'on n'a pas vu depuis 1600 ans. J'en ai marre du blabla des politiques qui pensent qu'ils vont voter un rapport, ils ont voté un texte intelligent et puis on retourne au restaurant, tout va bien parce qu'on a voté un texte.
Est-ce que ça fonctionne comme mode d'action ?
Écoutez, ça a permis que des millions de gens aient conscience. Beaucoup de gens ne savent pas ce qui se passe au niveau européen donc le fait que ça a permis que des millions de gens apprennent que le Parlement européen, pas juste moi et trois copains, j'avais d'abord fait voter un rapport par 70% des députés, en gros tout le Parlement sauf l'extrême droite avait voté le rapport que je proposais pour dire comment on peut trouver d'argent pour la rénovation thermique, pour les transports en commun mais aussi pour la santé, pour les services publics et que la meilleure solution, pas la seule, c'était une petite taxe sur les marchés financiers qui donnerait 60 milliards par an.
Donc j'ai d'abord fait ce travail de conviction pour faire voter le Parlement et après ça, j'ai mis la lumière sur le fait que c'était Bruno Le Maire et Macron qui bloquaient la négociation. Donc ça n'a pas suffi. Le fait aussi qu'il y ait le Covid m'a empêché d'aller jusqu'au bout mais ça a permis de mettre le zoom sur cette question.
Quel est votre regard d'économiste avec 2000 ou 3000 personnes qui comptent le plus au monde et tient-il sa promesse initiale de 71 engagée à améliorer l'état du monde ?
Visiblement non. Il y a eu des progrès quand on voit la mortalité infantile qui recule à peu près sur tous les continents, l'extrême pauvreté en Asie a reculé. Donc il y a eu des progrès mais globalement quand on voit la crise sociale sur tous les continents, quand on voit le niveau d'endettement, quand le capitalisme ne fonctionne qu'avec toujours plus de dettes. L'an dernier, beaucoup de gens y compris Mario Draghi, qui se disent c'est formidable les Etats-Unis ils ont eu plus de croissance que l'Europe, ils ont eu 2,5% de croissance l'an dernier, 2,5%. Mais pour avoir 2,5% de croissance aux Etats-Unis il y a eu 15% de dettes en plus.
Entre la dette privée et la dette publique la dette totale des Etats-Unis a augmenté de 15% du PIB. C'est comme si, je ne sais pas si vous avez une voiture mais si vous fallait 5 litres d'huile tous les 300 mètres. Ok, elle roule mais il y a un problème.
Donc dans tous nos pays occidentaux depuis Ronald Reagan ce n'était pas le cas avant mais c'est depuis la révolution Reagan-Thatcher dans tous les pays on a baissé ce qui va au salaire dans tous les pays d'Europe jamais la masse salariale n'était aussi faible et on pousse les gens à s'endetter en disant tu n'as pas eu d'augmentation mais tu peux t'acheter une voiture on va te faire un prêt pour que ta consommation continue et puis on a baissé les impôts sur les plus riches mais on fait de la dette publique.
Donc dans tous nos pays le capitalisme fou en l'air on a été reçu 2 fois par le pape François et le pape nous dit qu'on avait une révolution qu'un système économique qui fou en l'air la planète et qui fou en l'air la cohésion sociale le pape est poli donc il ne dit pas que c'est de la merde comme le dirait un adolescent qui s'énerve mais le pape François nous dit c'est le fumier du diable dans son dernier bouquin le pape dit ce système économique qui fou en l'air la planète qui fou en l'air la cohésion sociale il dit c'est le fumier du diable ça veut dire que ça ne sent pas bon
Qu'est-ce qui bloque Pierre Larouturou vous qui connaissez par cœur ses arcades bruxelloises ou même parisiennes ?
Nos dirigeants François Hollande avait dit mon adversaire c'est la finance il n'a pas essayé pendant 5 ans il n'a pas essayé pendant 5 ans de faire la séparation des banques ça fait 40 ans que la gauche nous dit que ce système n'est pas démocratique Mitterrand émerge sur son bouquin en 1964 sur le coût d'état permanent Mitterrand dit je veux le pouvoir pour vous le rendre donc le fait on est dans une crise c'est Pierre Mendes France qui disait que le manque de justice sociale vient d'un manque de démocratie donc le pouvoir est accaparé par un petit nombre de personnes et manifestement je ne veux pas juger les personnes mais je vois collectivement ces personnes manifestement leur moteur ce n'est pas la justice sociale et la protection de la planète ils ne sont pas débiles ils ont un QI Macron et les autres ils ont un QI tout à fait correct mais manifestement leur intelligence n'est pas mise au service du bien commun et le problème c'est que le système est verrouillé et que ça décourage de plus en plus de citoyens donc un des enjeux fondamentaux c'est de lutter contre le découragement je me souviens à la dernière discussion avec les panes et cèles
il y a plein de choses
qu'on peut faire en France lutter contre l'échec scolaire moi un de mes premiers engagements c'était avec ATD Carmonde quand j'étais jeune consultant tous les samedis j'allais faire du colportage de livres dans des quartiers difficiles dans toutes nos familles il y a Pomme d'Api qui arrive il y a Astrapi dans toutes nos familles on lit des histoires aux enfants le soir on leur fait des bisous on leur chante des chansons et donc quand les enfants arrivent à l'école ils ont déjà un gros bagage de mots, de chansons, d'histoires il y a des familles où il n'y a aucun livre donc est-ce qu'on se donne les moyens de lutter contre l'échec scolaire ça on peut le faire en France sans attendre les autres une vraie politique du logement qui fait baisser les loyers on peut le faire lutter contre le chômage vous avez parlé de la semaine de 4 jours il y a déjà 400 entreprises qui sont passées à 4 jours 32 heures sans baisse de salaire et avec une exonération qui n'augmente pas les coûts donc il y a des choses qu'on peut faire
il y a une question de Ronan sur Instagram qui vous demande pourquoi vous n'êtes pas premier ministre
Emmanuel Macron ne me l'a pas proposé
Pierre Larouture on va parler de votre livre 32 heures la semaine de 4 jours c'est possible que vous avez sorti en mai dernier aux éditions du Seuil et c'est un engagement qui vient de loin vous venez d'en parler quand vous étiez en 1992 dans cette association dans cette ONG ATD CarMonde vous prenez conscience du chômage de masse et vous avez à ce moment là la conviction qu'il faut réduire le temps de travail
oui ça ne nous rajeunit pas mais j'étais jeune consultant donc j'étais chez Arthur Andersen une grande boîte un des plus grands cabinets de conseils en stratégie américain et donc 5 jours par semaine j'étais en costume cravate très bien payé pour mettre en place des conseils de la stratégie et des gains de productivité et souvent les gains de productivité débouchaient sur du chômage et le samedi avec des amis d'ATD CarMonde on allait dans des quartiers difficiles où le chômage foutait en l'air les gens ça cassait tout et je me suis dit qu'il y en avait marre d'être schizophrène et j'ai pris une année sabbatique j'étais le gars le mieux payé de les plus belles promotions chez Accenture donc je me suis dit tant que j'ai pas d'enfant à charge je mets des guillemets pour à charge je vais prendre une année sabbatique et je me suis mis bénévolement gratos au service d'ATD CarMonde et c'est là que je me suis dit on ne peut pas juste critiquer les politiques je suis à la chance d'avoir fait des études correctes et donc des copains et des copines m'ont dit écoute tu as une année sabbatique donc tu mets tes idées par écrit et c'est là que j'ai eu l'idée la semaine de 4 jours en disant avec les robots les ordinateurs avec l'intelligence qu'on a mis dans la tête des gens on produit beaucoup plus on produit beaucoup plus avec en gros 20% de travail en moins donc ça n'est pas la fin du travail il y a toujours besoin de travail mais simplement on a besoin de globalement 20% de travail en moins et dans le même temps la population active a augmenté et donc ou bien on est comme des bonnets et on continue avec un partage du travail stupide et binaire d'un côté il y a ceux qui ont du boulot qui travaillent 40 heures par semaine et de l'autre côté tous ceux et celles qui sont à 0 heures par semaine ou bien on est capable d'un partage plus intelligent est-ce que vous partagez
l'expression de Sandrine Rousseau chez les écologistes qui parlent du droit à la paresse
je ne suis pas sûr non je ne sais pas si c'est la bonne expression je pense que c'est plutôt le droit à l'équilibre et on a des millions de gens en plus le Covid-19 fait que dans tous les pays depuis deux ans ça revient beaucoup de gens veulent en même temps un vrai travail un vrai travail j'ai envie d'avoir un boulot intéressant correctement payé ou je peux m'épanouir en même temps un vrai travail et du temps pour vivre parce qu'on n'a qu'une vie donc j'ai vu une enquête c'est que plus de 80% des français voulaient passer à 4 jours en Angleterre il y a eu des dizaines d'entreprises depuis 3 ans qui ont expérimenté les 4 jours et je crois que c'est 92% des patrons et des salariés et 92% de ceux qui ont essayé les 4 jours qui veulent y rester
4 jours avec le même temps horaire
4 jours 32 heures vous savez c'est très important de le dire le schéma qu'on défend 4 jours c'est 32 heures sans baisse de salaire mais avec une idée simple c'est que si l'entreprise crée au moins 10% d'emploi elle arrête de payer les cotisations chômage c'est comme ça que chez Mami Nova tous les salariés 800 salariés ils sont tous passés à 4 jours 32 heures 125 réactions d'emploi en CDI mais le prix du yaourt n'a pas augmenté d'un centime
une question de David en tant qu'artisan je veux bien mais on fait comment ?
on s'organise c'est un peu plus compliqué dans les PME mais quand je vous dis qu'il y a 400 entreprises qui sont passées à 4 jours on a y compris des PME dans mon coin des Pyrénées si vous allez acheter une chocolatine ou une tarte aux fraises à Pau ou à Bayonne ceux qui font le contrôle bactériologique à Biocé étaient passés à 4 jours un des bras droits de François Bayrou est passé son entreprise d'insémination porcine c'est un peu moins appétissant à 4 jours il y a une boîte de publicité d'agence verte qui est passée à 4 jours ils disent qu'au début c'est un peu compliqué parce qu'il faut faire des binômes mais ça marche
et l'état doit compenser selon vous ?
oui je parle trop vite mais c'est très important le point de départ en 93 on dit souvent que c'est moi qui ai lancé le débat c'est faux c'est Antoine Riboud le patron de Danone 24 heures avant que je fasse ma première tribune c'est le patron de Danone un des plus grands groupes industriels qui a dit il faut passer à 4 jours 32 heures 32 heures sans étape intermédiaire avec l'idée qu'on le finance parce qu'on est dans un pays qui met des dizaines de milliards sur les conséquences du chômage fort heureusement on ne laisse pas les chômeurs dans la rue sans avoir de quoi vivre dignement donc la question et c'est à l'époque la CFDT qui le proposait c'était Nicolota qui disait au lieu de mettre beaucoup d'argent uniquement sur les conséquences du chômage est-ce qu'on ne peut pas activer ses dépenses et dire à l'entreprise si vous passez à 4 jours 32 heures et si vous créez 10% d'emploi c'est fondamental parce que dans les politiques emploi depuis 20 ans en France on donne des aides sans aucune contrepartie c'est-à-dire que nous depuis le début on dit il faut qu'il y ait 10% d'emploi et si l'entreprise crée 10% d'emploi elle arrête de payer les cotisations chômage je suis vingue de sortir un petit bouquin à moins de 5 euros
qui compense si vous avez le temps
de lire jusqu'au bout vous verrez la démonstration de Patrick Artus qui dit le système de la route Patrick Artus directeur des études à la caisse des dépôts c'est pas un gauchiste qui dit le système de la route est équilibré parce qu'on donne une exonération importante et durable à l'entreprise mais seulement si elle a créé 10% d'emploi donc il y aura moins de chômeurs quand je vous dis que Maminova a créé 125 emplois c'est 125 personnes qui retrouvent un boulot qui vont cotiser pour les caisses de retraite qui vont payer la TVA et c'est des chômeurs en moins donc le système est équilibré
Une question de Vincent sur Instagram la question n'est-elle pas aussi celle du temps libre au sein des entreprises ne serait-ce pas à elles de s'organiser ?
Les entreprises peuvent s'organiser mais je pense qu'on devrait refaire ce qui a été la loi d'Eurobien qu'on redonne une capacité de négocier quand vous voyez les enquêtes qui montrent que dans tous les pays d'Europe aujourd'hui les salariés ont envie de passer à 4 jours il faudrait qu'on puisse de nouveau négocier dans des bonnes conditions donc je le rappelle à Michel Barnier puisqu'en 1994 Michel Barnier soutenait l'idée de la semaine de 4 jours est-ce qu'il est capable de dire qu'on retrouve une capacité d'innovation sociale dans ce pays ?
Une dernière question sur ce sujet Amazon suspend le télétravail à tous ses employés c'est une annonce qui a été faite la semaine dernière quelles seront les conséquences sur les autres groupes ?
Beaucoup de responsables des ressources humaines disent que c'est une erreur qu'il y a une aspiration maintenant qu'il faut prendre en compte c'est que les gens veulent vivre autrement le Covid a changé notre rapport au travail les gens ont dit il n'y a pas que le travail dans la vie le travail reste important mais il n'y a pas que le travail dans la vie j'ai envie d'avoir du temps pour moi pour ma vie perso pour les gens que j'aime et donc je crois qu'il faut qu'on soit capable de relancer ce débat
Et vous défendez aussi d'ailleurs dans ce livre la possibilité de faire un an de congés sabbatiques payés
Sens politique L'archive de l'invité
En tant que responsable mon propos est sans doute austère en tant que citoyen et tout simplement en tant qu'homme mon enthousiasme est entier mon espoir est intact Je rêve d'un pays où l'on se parle à nouveau Je rêve de villes où les tensions soient moindres Je rêve d'une politique où l'on soit l'attentif à ce qui est dit plutôt qu'à qui le dit Je rêve tout simplement d'un pays ambitieux dont tous les habitants redécouvrent le sens du dialogue pourquoi pas de la fête et de la liberté
La voix de Michel Rocard le 29 juin 1988 lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale Pierre Laroutroux Vous êtes où à ce moment-là ?
Je suis dans les Pyrénées en train d'écouter le discours de Michel à la radio J'ai pris quelques jours dans les Pyrénées et j'ai trouvé que ce discours était magnifique parce qu'il y a en même temps beaucoup de gens disaient Michel Rocard c'est un techno il a fait la CSG mais il a fait ce n'était pas un techno son but c'est un pays équilibré où les gens peuvent retrouver le goût de la fête où tout le monde a un boulot c'était déjà aussi ce que disait Jacques Delors 30 ans plus tôt que le PIB n'est pas tout et qu'il y a besoin d'une société de convivialité et d'équilibre et j'aimerais qu'on retrouve cet objectif l'équilibre la convivialité retrouver le goût de la fête on l'a vu au moment des Jeux Olympiques on est d'un pays qui aspire à l'unité et à un certain équilibre et c'est dommage si les politiques ne sont pas capables d'aller là-dessus
dans ce discours Michel Rocard en 1988 dit aussi défaire ce que les autres ont fait et faire ce que d'autres défairont voilà le type de politique dont les électeurs ne veulent plus 36 ans plus tard rien n'a changé Pierre Larouturot
je crains hélas qu'on n'ait pas beaucoup progressé c'est aussi pour ça que moi j'espère que le nouveau Front Populaire va arriver au pouvoir et j'ai proposé j'avais proposé à Laurence Dubiana j'ai proposé à Lucie Casté qu'on commence par des mesures d'urgence pour faire baisser les factures comme Pedro Sanchez l'a fait qu'on améliore la vie quotidienne des gens sur baisser le prix de l'électricité baisser la TVA mais qu'on prenne trois mois pour négocier un nouveau contrat social il y a des pays où même quand un gouvernement arrive et même s'il a la majorité absolue au lieu de dire voilà je sais tout ce qu'il faut faire on prend trois mois avec les patrons avec les syndicats en disant on a tous des cerveaux et on met en place un nouveau contrat social ce qu'on appelait les accords de Vaznar dans les pays du nord il y avait en même temps un chômage catastrophique et un déficit commercial catastrophique et au bout de trois mois on se met d'accord et au bout de quelques années il y a beaucoup moins de chômage et on a retrouvé une efficacité économique donc moi je rêve d'une gauche qui se donne les moyens d'arriver au pouvoir c'est quand même choquant de voir qu'il y a plus de 16 millions de gens qui ne sont pas allés voter au législatif le taux d'abstention le premier parti c'est pas l'extrême droite c'est l'abstention plus de 16 millions de gens qui ne sont pas allés voter parce qu'ils n'en ont rien à foutre dans la politique au premier tour des législatives donc je rêve d'une gauche qui se donne les moyens
Michel Rocard qu'on vient d'entendre il annonce le rétablissement de l'ISF l'impôt sur la fortune pour financer le RMI de l'époque aujourd'hui la question de l'ISF revient sur la table faut-il à votre avis Pierre Larouturou le rétablir ?
évidemment Jean-Pierre Zanniféri a raison de dire que le bilan économique de la suppression de l'ISF Emmanuel Macron avait dit on va supprimer l'ISF et on fera le bilan et bien la Cour des comptes a fait le bilan il n'y a eu aucun impact positif sur l'investissement par contre ça nous fait une perte de 4 milliards chaque année alors donc ça ne va pas tout régler mais Jean-Pierre Zanniféri qui avait fait la campagne de Macron il y a 7 ans ce n'est pas un gauchiste a raison de dire que si on a compris l'urgence climatique il faut se donner les moyens de faire des rénovations thermiques en commençant par les gens qui vivent dans l'HLM il faut avoir des rénovations thermiques il faut avoir des transports en commun le patron de l'SNCF avait demandé 100 milliards d'investissements sur 15 ans on lui a dit qu'il n'y avait pas d'argent pour les transports en commun donc oui rétablir l'ISF est un moyen de trouver de l'argent on peut aussi taxer les rachats d'actions Joe Biden a mis en place aux Etats-Unis une taxe de 1% sur les rachats d'actions c'est ce que vous proposiez dans votre grève de la fin d'ailleurs oui oui pour cette fameuse taxe sur les transactions financières tout ça c'est pour dire que monsieur et madame tout le monde ne paiera pas plus d'impôts et monsieur et madame tout le monde va y gagner parce que l'autre jour je voyais un monsieur qui vit dans l'HLM et qui dit ça y est on a fait une rénovation thermique je gagne 800 euros chaque année sur mes dépenses de chauffage je gagne du confort et je gagne 800 euros donc c'est plutôt une bonne nouvelle et les gens qui sont milliardaires ou qui sont multimillionnaires ils ne vont pas en mourir si on leur prend 1% Que retenez-vous de Michel Rocard Pierre Larouturot ?
L'envie d'être heureux dans sa vie perso c'était vraiment un copain à la fin et le fait que c'est compliqué de faire la politique qu'il faut voilà mais que le dialogue permet en Nouvelle-Calédonie c'était quand même magique il a été capable de construire la paix en Nouvelle-Calédonie par le dialogue et il avait fait un film sur ce qu'il avait fait en Nouvelle-Calédonie qu'il était allé montrer à des Palestiniens et à des Israéliens c'était un des grands regrets de Rocard à la fin de sa vie de ne pas avoir vu la paix en Palestine mais voilà mais donc l'idée qu'on peut mettre de l'intelligence et de la technique au service d'un pays qui retrouve l'équilibre et le goût de la fête
A l'époque Michel Rocard il dispose d'une majorité relative mais seulement 2 il lui manque seulement 15 députés on est très loin du compte aujourd'hui et il ne demande pas la confiance du Parlement est-ce que Michel Barnier doit-il à vos yeux la demander mardi prochain ?
C'est pas le plus grave Gabriel Attal ne l'a pas demandé on sait qu'on est la majorité mais par contre ce qui est choquant c'est que la droite et la droite moisie prennent le pouvoir alors qu'il y a un besoin d'alternance colossale dans ce pays
Merci Pierre Laroutierou d'être venu dans Sens Politique vous pouvez réécouter cette émission et toutes les autres sur franceculture.fr et sur l'application Radio France Merci à Luc Aliberati et Anne-Claire Bazin qui m'ont aidé à préparer cette émission à la réalisation comme chaque semaine Luc Jean-Rénaud à la technique aujourd'hui Jean-Guylain Magé à la vidéo Ruben Karmazine à samedi très bel après-midi sur France Culture Sous-titrage ST' 501