Fillon-Sarkozy : coulisses d'une haine qui brise la droite
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« François Fillon va faire en sorte de couler judiciairement Nicolas Sarkozy. »
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« Nicolas Sarkozy dit : « Je le veux à terre, et sans oxygène. » »
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« Ils l’appellent « Mister Nobody ». »
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« François Fillon décide de s’en servir, en approchant le pouvoir socialiste, désormais en place. »
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« Il va lui demander durant ce déjeuner : « J’ai mis mon nez dans les comptes de l’UMP, il faut casser les pattes de Nicolas Sarkozy » »
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« Pour Nicolas Sarkozy, François Fillon s’est comporté ni plus ni moins comme Pierre Laval. »
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« Le 25 janvier 2017, Le Canard enchaîné révèle les premiers éléments d’un immense scandale. »
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« Nombre de mes amis politiques parlent d’un assassinat politique. »
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« Il y a eu une volonté d’utiliser ces affaires-là pour instrumentaliser la justice. »
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Nicolas Sarkozy. François Fillon. De 2007 à 2012, ils ont dirigé la France, l’un comme président, l’autre comme premier ministre.
Deux hommes dont les relations toxiques ont accompagné plusieurs scandales judiciaires et qui empoisonnent la droite française, encore aujourd’hui. Fillon, Sarkozy… c’est l’histoire d’une lutte implacable pour le pouvoir. François Fillon va faire en sorte de couler judiciairement Nicolas Sarkozy.
Mais aussi d’une vengeance impitoyable. Nicolas Sarkozy dit : « Je le veux à terre, et sans oxygène. » Journalistes au « Monde », Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont enquêté plusieurs mois sur cette rivalité.
Pour eux, celle-ci puise sa source à l’élection de 2007. Dès le début de l’installation à l’Elysée, les problèmes commencent. Roselyne Bachelot, qui est très proche de François Fillon, nous dit que dès la rentrée 2007, il y a une distance qui s’installe.
Il y a une sorte de mépris affiché du camp sarkozyste vis-à-vis de François Fillon. Ils l’appellent « Mister Nobody ». C’est-à-dire que pour le camp sarkozyste, François Fillon c’est quelqu’un qui n’imprime pas, qui ne rentre pas dans la lumière.
Or, le camp sarkozyste c’est un camp qui aime les vainqueurs, qui aime les winners, les gens qui affichent leur puissance. Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier. François Fillon, au caractère plus discret, tire de ce mépris une profonde amertume.
Quand il accède à la présidence de l’UMP, en 2014, en compagnie d’Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin, il n’a rien oublié des humiliations de Nicolas Sarkozy. En fait, on s’aperçoit très concrètement que cette espèce de haine, que va ressentir François Fillon – le mot n’est pas trop fort car ils sont nombreux à nous expliquer que c’est le cas –, il va la déployer pour nuire à Nicolas Sarkozy. Et il va lui nuire de manière très précise quand, par exemple, arrivé à la tête de l’UMP, il va mettre son nez dans les comptes financiers de l’UMP.
Et il va se rendre compte qu’il y a là de quoi couler judiciairement Nicolas Sarkozy. Ce qu’il découvre, c’est ce qui concerne l’affaire Bygmalion. Des comptes de campagne largement dépassés, et même falsifiés par les équipes de Nicolas Sarkozy en 2012.
François Fillon décide de s’en servir, en approchant le pouvoir socialiste, désormais en place. Il prend rendez-vous avec le secrétaire général du président Hollande : Jean-Pierre Jouyet. Les deux hommes se rencontrent en juin autour d’un déjeuner.
Ce fameux déjeuner de 2014, on s’est rendu compte qu’il avait une importance excessive dans le processus mortifère qui a abouti à la tragédie de la droite. Nicolas Sarkozy va apprendre très rapidement que François Fillon a déjeuné avec Jean-Pierre Jouyet, et qu’il va lui demander durant ce déjeuner : « J’ai mis mon nez dans les comptes de l’UMP, il faut casser les pattes de Nicolas Sarkozy, vous ne vous rendez pas compte Jean-Pierre de tout ce qui a été fait, il y a beaucoup de malversations. » Et Nicolas Sarkozy va l’apprendre très, très vite.
Et il va en concevoir une colère absolue. Il y a même une phrase très forte, que nous rapporte Jean-François Copé. Il nous dit que pour Nicolas Sarkozy, François Fillon s’est comporté ni plus ni moins comme Pierre Laval.
En dénonçant judiciairement Nicolas Sarkozy, il a franchi une sorte de Rubicon politique et s’est attiré la haine des sarkozystes. Cette haine, François Fillon va aussi en faire les frais. En 2016, il remporte la primaire de la droite.
Nicolas Sarkozy, englué dans les affaires, est largement battu. François Fillon voit un boulevard électoral s’ouvrir devant lui. Mais il n’en est rien.
Le 25 janvier 2017, Le Canard enchaîné révèle les premiers éléments d’un immense scandale, dont des soupçons d’emploi fictif de son épouse, Pénélope. Moins de deux mois plus tard, il est mis en examen. Nombre de mes amis politiques parlent d’un assassinat politique.
C'est un assassinat, en effet. Nicolas Sarkozy, qui est très très, très en colère contre Fillon et le dit assez clairement – il dit, « je le veux à terre, et sans oxygène » –, va faire en sorte que les affaires concernant François Fillon sortent. Attention, je ne dis pas là que François Fillon a été victime de Nicolas Sarkozy directement sur le plan de son affaire personnelle avec sa femme Pénélope, parce que rien ne vient le prouver.
Simplement, l’enquête que l’on a menée montre qu’il y a eu une volonté très claire du clan sarkozyste de faire sortir les éléments concernant François Fillon. Ils sont très nombreux à nous dire : « On savait et on savait que ça finirait par se savoir. » La suite est connue.
Cette présidentielle marquée par la débâcle des deux grands partis de gouvernement. Le candidat LR, François Fillon, échoue à la troisième place. Une première pour le camp de droite, désormais en mille morceaux.
La défaite de François Fillon a été la conséquence absolue de cette guerre entre Nicolas Sarkozy et François Fillon. Il y a eu une volonté d’utiliser ces affaires-là pour instrumentaliser la justice. Et ça, c’est ce qui a abouti aujourd’hui à la défaite de la droite.