L'héritage romanesque d'Alexandre Dumas, avec Adélaïde de Clermont-Tonnerre et Joseph Incardona
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] Bienvenue dans l'émission littéraire de public Sénat. Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro de bonheur des livres. Chaque semaine, vous le savez, nous essions tout simplement de vous donner envie de lire mais aussi de découvrir ou de mieux connaître les auteurs.
Alors, avec nous, deux romanciers dont on n' pas pu lâcher les livres. Tant leurs héroïnes, leurs héroïnes respectives sont attachantes, mystérieuses, marqué dans leur corps aussi par la violence des hommes la plupart du temps et animé par un désir l'une et l'autre de vengeance. Deux très beaux personnages de fiction.
Et je le soulligne parce que ça n'est pas toujours fréquent en cette rentrée littéraire où les de où l'autofiction est très présente, passionnante mais très présente. La première romancière est Adélaï de Claire Montonner qui signe Je voulais vivre chez Grasset. Un livre formidable qui d'ailleurs est déjà dans la première liste du prix Renaudo dans bien d'autres aussi.
Et puis le second, c'est Joseph Uncardona qui publie le monde est fatigué chez Finitude et qui vient lui d'obtenir le prix des deux magoots et qui dans la liste du féminin aussi, il faut bien le souligner. Joseph Uncardona derrière ce très joli titre un peu énigmatique dont on va évidemment parler en détail apparaît votre héroïne. Elle s'appelle Ève.
Elle joue les sirènes avec une sorte de queue en silicone euh mais qui s'avère aussi cette ve avoir subi euh une épreuve, un terrible accident qui l' mutilé euh et qui va l'amener donc à jouer ce rôle un peu bizarre à travers le monde. Euh et aussi d'ailleurs, elle va être, je le disais, poussée par évidemment un désir de vengeance contre ce quasi meurtrier qui l'a laissé handicapé. L'écriture, elle est tenue, il y a beaucoup de lucidité, d'humour et et d'émotion.
Adéï de Clair Montonner, je rappelle que vous êtes romancière, diplômée de Malsup. Oui, genre je précise Saint-Clot pour ceux qui sont un petit peu précis. Font Saint, c'est pas mal.
Euh journaliste, directrice actuellement de la rédaction de point de V et votre livre, le dernier des nôtres, avait reçu en 2016 le Grand Prix de l'Académie française. Donc ce 4e romain, c'est c'est le 4e roman Adé Lait, je voulais vivre. Euh alors, j'allais dire qu'il témoigne de votre goût pour l'histoire, mais d'ailleurs de nous, on en était très heureux quand on l'a lu.
Euh ce goût pour les personnages romanesques, euh pour les héroïnes qui nous emportent et c'est le cas de cette personnalité forte hors du commun. Euh et vous avez voulu d'une certaine façon donc réhabiliter ce personnage incroyable qui est Melody de Winter, qu'on a bien sûr découvert dans les euh romans d'Alexandre Duma. Comment vous êtes autorisé, j'allais dire, à aller sur la piste d'un personnage de fiction.
Alors, j'ai eu un moment de vertige parce que j'aime passionnément Duma mais c'est vrai que ce livre il naî un peu d'un double mouvement. Cet amour pour la littérature romanesque avec du souffle qui nous embarque vers d'autres d'autres lieux et d'autres temps au galot. Et évidemment une sorte de honte rétrospective parce que j'ai lu et relu et encore relu ce texte sans jamais avoir un mouvement d'empathie pour Miledy.
Pour moi c'était la criminelle, l'empoisonneuse, magnifiquement belle mais évidemment elle méritait bien ce qui lui arrivait. On l'aimait pas beaucoup c'est vrai ? Non, on l'aimait pas et ça m'a pris des années et c'est peut-être au fond un parcours de femme, il m'a fallu 30 ans pour tout à coup un jour absolument frappé d'évidence et me dire que le traitement qu'on lui fait subir est en fait une terrible injustice.
Oui. Vous pourriez partager ce sentiment, Joseph ? Absolument.
Euh je je je trouve très courageux. Je trouve je trouve très intelligent de de prendre un personnage de fiction pour le réhabiliter. Ouais. et euh et ça demande aussi une grande connaissance de de l'œuvre antérieure et je crois que ça c'est vraiment quelque chose d'assez d'assez rare.
Enfin, c'est la première fois que je vois une réécriture ou une paraécriture sur un classique comme ça. Ouais. et qui a donc nécessité évidemment sans doute des recherches parce qu'il faut comprendre pourquoi cette intrigante enfin celle qui nous apparaît à l'époque comme intrigante, empoisonneuse, maléfique euh ben comment pourquoi vous êtes allé euh amené à euh j'allais dire la défendre, est-ce que vous avez senti tout d'un coup que elle avait souffert dans sa vie, que c'était ça qui allait la réhabiliter en fait quand on regarde les faits c'estàd quand on s'abstrait de la merveilleuse capacité d'illusion de d'humain, les faits sont têtues.
Elle meurt à 25 ans dans des conditions atroces, jugée par des hommes en dehors de toute justice. Elle est marquée au fer rouge en dehors de toute justice. Elle est victime d'un d'une première tentative de féminicide et elle est d'une certaine manière abusée aussi dans sa relation avec D'Artagnan.
Donc on est quand on ouvre les yeux, les faits sont là et d'une certaine manière c'est un col case que je rouvre, un très très vieux col case celui de Miledy en me disant mais je vais convoquer différents points de vue. Son ami d'enfance, un d'tranian vieillissant parce que j'aime tellement ce personnage que je voulais qu'il puisse porter finalement euh le poids d'une vie qui fait qu'il va avoir des doutes. Quelques instants avant sa mort au siège de Mastrich.
à son jeune et il est capable parce que c'est un homme très courageux de se dire au fond est-ce que j'ai été du bon côté de l'histoire. Donc je je recrée un procès dont lecteur pourra trancher finalement la décision finale. Oui parce qu'on a tous en mémoire ces livres.
On avait pris bien sûr on on fait côes pour Nartan Athos et cetera. C'est vrai que elle on l'avait évidemment elle nous fascinait mais on l'avait un peu mise de côté. On découvre donc, c'est ce que vous dites, toutes les épreuves qu'elle va traverser et d'abord donc dans ce siècle de Richelieu de Louis XI, une petite Anne qui va assister à la au viol et à la mort de sa mère.
Et c'est ce qui va fonder bien sûr ce qui va la marquer dans sa vie et dans son dans son cœur. C'est une c'est une petite fille très vive, assoifé de connaissance avec beaucoup de capacité et elle est évidemment dévorée par le thème du masien s'il en est le désir de vengeance. Et ça c'est aussi un pont avec Ève euh de la la la l'héroïne de Joseph qui a aussi un dévorant désir de vengeance.
Et j'ai trouvé ça très beau en fait d'aller expliquer comment on devient la grande méchante de la littérature. Duma a créé ce personnage qui est une des premières femmes fortes finalement intelligente, puissantes à la marqué des générations. Mais comment devient-elle ce cette terrible femme fatale qui fait fantasmer et effrait des générations de petits-enfants ?
Mais moi, il y a une chose qui me que que je trouve très touchant, c'est votre postface où vous vous adressez à Duma en en en lui disant "Mais au fond, sans que vous l'aimez cette héroïne, pourquoi vous l'avez pas réhab ?" C'est c'est très touchant et et moi j'adore ce jeu un peu à la Borgesse où on est dans dans un jeu de miroir comme ça, on est dans une spirale et puis et puis la fiction qui s'intègre dans la réalité qui redevient fiction, j'ai trouvé ça vraiment très très brillant. Merci.
Donc vous supposiez qu'il l'aimait bien son héroïne. Mais alors ce qui est très intéressant, c'est que Duma lui-même change de position et de point de vue sur elle. Dans les trois mousquetaires, elle est légitimement punie.
Bon, à 25 ans, il l'exécute et voilà. Et au fil des œuvres postérieures, il revient. Et quand son fils, le fils de Miledy, parce qu'on oublie qu'elle est mère Miléi, le fils de Miledy Mordon vient pour la venger.
Hm. cette fameuse punition devient potentiellement un crime. Et à la fin, dans la la pièce de théâtre qu'il écrit qui s'appelle La jeunesse des mousquetaires, c'est une certitude finalement que ce procès a été problématique et a été expéditif.
Donc Duma lui-même en fait au fil de sa vie a un peu évolué sur sa propre héroïne et je me suis sentie du coup l'autorisation de de poursuivre ce qu'il avait esquissé parce que vous l'avez souligné, c'est peut-être le plus grand féminicide de toute la littérature que l'on lit. enfin à laquelle on auquel on assiste dans ces dans ces romans. Mais c'est fascinant parce que vous me l'avez dit on a discuté un instant juste avant de commencer cette émission que vous aussi vous aviez été très amoureuse d'atos.
Bien sûr héros. Voilà, il est il est brunéux, noble, absolument magnifique. On se rend compte qu'il l'a épousé et que voilà, il pense avoir épousé une jeune fille pure.
Tout cette idée moi qui demande de la pureté, de la sainteté et malheureusement de de la prostituée, de la femme perdue. Il pense avoir épousé une jeune fille pure, il découvre sa marque. Il en déduit qu'elle n'est pas pure et sans lui donner un instant la possibilité de s'expliquer, il la met à nu et il la pend.
C'est d'une violence inouie. Sauf que Danduma, c'est raconté par Atos qui le dit à D'Artagnan, donc c'était c'est un peu effacé la la violence est atténu. Moi, je donne cette scène à voir.
Donc je respecte absolument l'histoire de Duma simplement en la donnant à voir et bien on prend en compte l'extraordinaire violence de ce de cette réaction. Bien sûr. Euh euh c'est ce qui est évidemment très beau, c'est que c'est une certaine façon c'est une héroïne de toujours cette miléit d'aujourd'hui aussi.
On pourrait tout à fait transposer. Euh on parle évidemment beaucoup de euh violence faite aux femmes, mais elle est victime de la violence des hommes naturellement. Et c'est une femme libre et c'est ce que vous disiez, elle se dit mère très important mais libre.
Et c'est ce qui explique le titre. Mais c'est tout à fait ça. C'estàd que c'est une femme qui a un élan vital extraordinaire euh qui au fond à une époque où c'est absolument impossible veut échappé et au couvent et au mariage.
Elle a envie d'une autre voix et moi je pense qu'elle a traversé les siècles et qu'elle a traversé la littérature justement parce qu'elle par sa vie elle raconte des choses effectivement d'aujourd'hui et toutes les femmes aujourd'hui peuvent se sentir en empathie avec elle. Mais j'ai voulu aussi, c'est-à-dire que c'est un livre pour une femme et ce n'est pas un livre contre les hommes. Et d'ailleurs, je dédie ce livre à toutes les femmes qui nous ont précédé parce qu'elle me bouleverse, toutes ces femmes qui ont ouvert la voix pour nous et à tous les hommes qui les ont défendus et aimés.
Hm. C'est très beau. Est-ce que les grands défenseurs d'Alexandre Duma vous ont fait des réflexions ?
Vous ont dit "Mais pour c'est bien là, on découvre mieux Alexandre Duma ou au contraire, mais comment tu t'attaques à à cette personne ?" Alors, j'avais très peur de ça. J'étais très inquiète et j'ai beaucoup de chance parce que je crois queon ne peut pas ouvrir ce livre sans se rendre compte à quel point c'est une déclaration d'amour à Alexandre Duma avant tout.
Et Alexandre Duma maintenant est très à la mode depuis peu de temps. Il a été très longtemps méprisé. C'était pas de la bonne littérature, c'était du feuilleton, c'était de la série, c'était facile.
Et moi, je crois que c'est beaucoup plus que ça. Et quand on vient me voir en me disant "Mais vous savez quoi ? Ça m'a donné envie de lire ou de relire." Et bien, j'ai le sentiment que tout est gagné.
J'ai l'impression que Duma enfin le père c'était le Stephen King de l'époque. Oui, c'est vrai. Parce que moi par exemple, je trouve que il y a des des purs chefœuvres chez Stephen King.
Après, il en a fait beaucoup, il y en a des moins bons. Mais je pense que voilà, ça sera un écrivain qu'on réhabilitera sans doute comme avec comme avec Alexandre Dumain. Effectivement.
Oui, bien sûr. Et une une autre chose aussi que je trouve assez magnifique, c'est que finalement sa destinée tragique est d à cause d'un mensonge initial. Oui. qui la concerne pas.
Et en fait, on est dans cette société du mensonge, il faut toujours cacher les choses et pour cacher une chose, on fait un mensonge un peu plus grand. Et elle n'a jamais en réalité, c'est que à la fin avec D'Artag qu'elle peut s'expliquer et d'ailleurs, il essaie de la sauver. Oui.
Et comme ça, vous réhabilitez aussi d'Artag. Oui, ça je les aime trop pour pour C'était bien de souligner aussi qu'effectivement, c'est quand même un être humain qui apparaît quand même sensible dans sa complexité. En fait, on est dans une époque où la nuance se perd et je trouve que la littérature doit rester un refuge d'humanité et de complexité.
Au combien ? Et évidemment, ce succès d'Alexandre Duma notamment après Montecristo et le succès du film nous réjouit tous. Alors, Joseph Uncardona, vous c'est d'une autre victime que nous vous parlez brillamment d'ailleurs dans ce le monde est fatigué.
C'est le titre du livre. Je précise que vous êtes un italien, un écrivain italien suisse euh avec une enfance peut-être très différente de celle d'Adélaï, je pense. Un peu nomade, un peu turbulente, un peu euh plus chaotique ou chahuté, disons.
Voilà. Ouais, chauté, c'est bien. Ouais.
Chahuté. Euh mais vous avez reçu aussi de nombreux prix, notamment de littérature policière. C'est comme ça aussi qu'on vous connaît.
Alors dans dans ce livre, nous suivons donc une étrange héroïne dont on va découvrir, on va pas tout dévoiler parce qu'il y a aussi, c'est évidemment ce que vous savez écrire, il y a beaucoup de suspense. On découvre progressivement ce qui lui est arrivé. Elle a été victime, cette aide, cette ve et elle est elle va utiliser un drôle de talent avec ce dans ce monde aquatique, avec ces talents de sirène et dans ce monde aquatique que vous décrivez.
Mais est-ce que ça veut dire que vous l'aimez particulièrement ce cet univers de l'eau, de la mer ? Alors l'eau, la mer oui, c'est ce que je fais du surf, je je j'ai toujours eu l'appel de la mer quand j'étais gosse et on allait en vacances avec en Sicile et quand on était à 2 3 km d'arrivé à la plage, je commençais déjà à me déshabiller. J'avais déjà mon maillot de bain dessous, près, je sortais de la voiture, je partais dans l'eau.
Donc l'eau, voilà ça. Après, non, le le l'idée de la sirène, c'est quelque chose qui est arrivé de manière assez inattendue. C'est pas un mythe qui vous avez marqué dans l'enfance pas. parce qu'on a eu aussi des comptes pour enfants.
Mais c'est non, d'autant plus que le la la sirène à la base c'est un être chimérique plutôt plutôt néfaste, plutôt plutôt mauvais. C'est c'est des femmes oiseaux en fait. C'est un corps d'un oiseau.
Encore un point commun avec Mél sur le papier et avec le temps, c'est devenu une figure kit, un peu kitch pseudo glamour Walt Disney rose tout joli tout mignon. On fait des bisous bulles, tout ça. Donc euh euh en fait ça, il y a déjà ce ce glissement, on va dire, sur sur le personnage.
Mais quand j'ai appris qu'il y avait des sirènes professionnelles et une de mes rencontres avec une sirène était dans on prend dans votre livre parce que dans un avion, j'étais dans un vol transcontinental et il y avait une énorme housse au milieu du siège. Il y avait trois sièges et j'ai demandé à la à la jeune femme qui était là au bout de quelques heures. Je dit "Oui, c'est ma queue de sirène, je la mets jamais en soute.
Elle est trop précieuse parce qu'il y a un monop dedans." Et c'est comme ça, on a parlé un peu et j'apprends le et voilà, je me suis intéressée, je me dis tiens là il y a il y a il y a il y a il y a il y a un personnage déjà marginal de par sa profession. En plus, il y a quelque chose de l'idée de la fiction qui rentre dans voilà l'idée de mythologique de la sirène qui tout d'un coup s'incarne dans quelque chose de réel qui est bah il y a eu clair la sirène dans l'aquarium de Paris pendant des années qui faisait les spectacles pour les enfants. je m'en suis inspiré euh de du métier de sirène comme où j'ai regardé des documentaires, des choses comme ça et je me dis tiens là cette idée de ce personnage qui fait des bisous bulles, qui a le maquillage waterproof, qui qui doit mettre des gouttes dans les yeux parce que l'eau est salée et froide et cetera, qui est une une vraie sportive qui doit sourire, qui ne voit pas ce qu'il y a derrière la vitre et qui à l'intérieur est dévasté.
Je trouvais que tout d'un coup là, il y avait il y avait le déséquilibre initial avec un personnage. Alors comment elle est dévastée, pourquoi ? Voilà, ça c'est au fur et à mesure de la construction du du roman que les choses sont apparues.
On découvre que cette ve s'appelait en fait Nathalie et qu'elle a créé enfin qu'elle a été elle a changé de nom parce que victime d'un très grave accident qui l'a mutilé et au fond elle est marquée dans sa chair aussi comme la le fut Milady de Winter mais elle conserve et c'est ce que vous dites pour faire ce qu'elle fait une grande beauté une grande force c'est ça qui apparaît dans ce malgré cette alors je pense on peut on peut le dire parce que ça arrive assez vite en fait elle a les deux jambes amputé Oui. Et et une grande partie de son corps a été reconstitué suite à un tragique accident. Euh et euh et elle devient d'une certaine manière un peu transhumaine parce que et elle devient sirène parce qu'elle est à moite, c'est une femme tronquée finalement.
Et effectivement dans c'est dans cette apparente apparence reconstruite, elle apparaît en tout cas de loin, en tout cas comme un être presque mythologique, mythique et et plutôt séduisant. euh à l'intersection de de l'humain et d'autres choses. Et ça c'est c'est quelque chose qui m'intéresse aussi de de fouiller.
On parle beaucoup de transhumanisme et ça va avec l'idée des non lieux de Marc Og parce que elle ne fait que traverser des aéroports, des halles de gare, elle dort dans des hôtels impersonnels et puis on est au croisement avec Cronengenberg Crash. Voilà le le la reconstitution, elle a une mâchoire en porcelaine. Elle a des jambes en titane, enfin voilà, elle est elle est dans quelque chose. cinégénique.
D'ailleurs, ce personnage pour être un personnage de de film. Tout à fait. Enfin oui.
Alors, il y a pas eu encore autant de film que du maisard. Ce qui nous frappe aussi, c'est sa grande solitude, c'est cette vie qui comme vous dites, elle est dans les avions toute seule. Alors, elle a un ami qui lui aussi d'ailleurs un ami proche qui lui aussi a un problème avec son corps puisqu'il ne s'assume pas complètement. il est il est énorme, il a un problème de thyroïde et et il est pas dans le corps qui le représente et ça c'est quelque chose de terrible.
Et et non plus, elle n'est plus dans le corps qui la représente. Et ce rapport au corps qu'on a en permanence dans cette physicalité qui s'impose toujours à nous, dans cette résistance parfois du corps et quelque chose qui qui traverse un peu tous mes tous mes livres aussi. et et qui nous concerne tous dans ces sociétés où la le physique est important, où on se regarde.
Euh ce qui est aussi évidemment ce qui nous ramène à la à la à l'actualité ou à la réalité euh Joseph Uncardona, c'est que euh on va découvrir comment cet accident s'est produit. Alors ça, on va pas trop le préciser mais euh ce c'est un chauff enfin c'est un elle est renversée par un un de roue euh très puissant et conduit à toute allure et au fond c'est des faits divers très fréquents. C'est délit de fuite, c'est euh mort sur la route inexpliqué.
Euh alors alors déjà une chose avant de revenir sur ça, je voulais juste dire effectivement le sujet du livre c'est la vengeance mais la thématique c'est celle de la perte et de la solitude et et fait au fond on voit toujours une sirène sur son rocher qui regarde au loin. Elle est seule, il y a personne avec elle et elle est seule réellement Ève. Et effectivement à un moment donné je me je me suis posé la question qu'est-ce qui qu'est-ce qui apporte qu'est-ce qui pourrait être à l'origine de son de son de sa mutilation ?
Et alors, j'ai cherché des choses euh je suis allé chercher des choses très très complexes. Puis finalement, je me suis dit c'est exactement ce que vous dites, le simple accident de la jour. Voilà, c'est une voyet accident arrive où elle est dans un moment de plénitude absolue, de bonheur absolu et euh et c'est cette Lamborghini noire qui arrive dans la nuit et qui ne la voit pas parce qu'il y a l'arrogance.
Oui. de la richesse quand même. Voilà.
Et puis l'arrogance de la puissance et elle est alors après qui pilote cette voiture, ça sera intéressant. Je mais voilà y a il y a toute cette arrogance, le lien de de l'automobile aussi avec avec tout un type de comportement et et donc le vélo, il ne le voit même pas. C'est c'est ça n'existe pas et et ta vélo et ça ça se voilà et la et la chose qui m'est venue après parce que c'est souvent c'est en écrivant qu'on on qu'on on comprend ce qu'on est en train de faire c'est que je me souviens de cette image de des dents de la mer avec cette fille qui nage puis la pointe le museau du la pointe du requin qui va qui va vers elle et en fait c'est pareil elle est là elle est dans un elle est dans l'insouciance du moment et il y a cette voiture sombre qui arrive dans dans son dos et c'est un peu et on rejoint voilà Voilà.
Et et qui va la dévorer. Oui, parce qu'il va la dévorer d'une certaine manière. Voilà.
Vous voulez dire quelque chose à Oui. Alors moi, j'ai été absolument magnétisé par ce livre. C'estàd que je l'ai dévoré puisque sans être une lampe noir, je l'ai dévoré.
Euh il a quelque chose que j'aime beaucoup, c'est François Hitier qui disait ça, la notion de rémanence. C'estàd ce texte, vous le lisez, il vous reste, il vous marque. Il y a des images qui vous reviennent et au-delà de la la mythologie, de la beauté, du magnétisme de cette femme, il y a aussi quelque chose de très intéressant qui est une sorte aussi de critique de la société euh très voilà très pas virulente parce qu'elle est elle est elle est dite de très jolie manière mais extrêmement précise.
C'est-à-dire que cette société, je trouve vide de consommation où on voit quand même des familles extrêmement gâtées qui offrent cette sirène pour la le le le goûter des enfants où on voit tous ces mondes aussi dans lesquels sont ces aquariums qui sont vraiment que des endroits de consommation et cetera. Il y a cette manière quand même d'aller analyser notre monde contemporain à travers quelque une histoire qui est de l'ordre presque de la mythologie que je trouve d'une très très grande puissance et c'est pour ça que ça nous reste. C'est la signification du titre qui est je dis d'ailleurs le monde est fatigué.
C'est ce qu'elle perçoit et c'est ce qu'on perçoit dans ce que vient de dire Adélaï. C'est ce qu'our parce qu'elle elle a perdu elle est dans une grande solitude et j'ai l'impression que on vit une époque euh où on on est en train de perdre des choses et aussi on est on est aussi dans une forme de solitude et de et de perte. hm de de de repère.
Alors ce que merci de de le souligner, c'est vrai aussi que j'ai pas eu envie de poser ni de point de vue personnel, ni de moral, surtout pas. Je pense qu'un écrivain ne doit surtout pas il doit donner à voir. Non, il y a des réflexions sur l'état de la planète puisquelle elle va participer à des campagnes pour ça, j'y suis arrivé un peu par hasard avec cette histoire du continent de plastique mais mais voilà.
Et puis après ça c'est un fait et et et elle et elle s'y retrouve euh pris voilà, elle est elle est là dedans. Elle mais elle ne monde là. Oui.
On est on voit avec ses yeux mais elle dit rien dessus. Elle dit pas c'est bien, c'est pas bien. C'est son ami qui pleure.
En voyant c'est juste qu' on va pas révéler la fin mais ce qui se passe à la fin montre bien qu'elle ne peut pas l'accepter. Oui, voilà. Ou ça est la fin est la fin avec ce désir de vengeance qui réunit vos deux héroïdes et on va pas dire contre qui parce que c'est tout de même le suspense aussi qui fait la saveur de ce livre.
Parlons des des styles de vos deux livres. Je dirais qu'ils sont différents. Euh pour vous Adï de Clair Montoner, c'est très élégant.
Euh enfin, je sais pas comment vous l'avez perçu. Moi, j'ai vu ça comme ça, c'est avec beaucoup de fluidité de Est-ce qu'il y a il y a des auteurs qui vous ont inspiré ? Même peut-être d'ailleurs l'alléande d'Alexandre Duma.
Enfin euh alors je me suis posé beaucoup de questions sur la langue, je vous remercie. Vous écrivez comme ça d'ailleurs depuis le début. Mais euh en fait toute la difficulté c'était comment faire voyager le lecteur dans cette époque parce que on parle quand même d'un écrivain du 19e qui écrit sur le 17e siècle et je voulais donc colorer.
Je voulais qu'il y ait des parfums du 17e siècle qu'on puisse se projeter dans ce moment-là. Mais en même temps, comme c'est une héroïne pour moi éminemment contemporaine, j'ai pas voulu singer une langue ancienne. Donc j'ai gardé une langue contemporaine mais qui est censée, voilà nous donner euh le sentiment euh de vivre un peu à la bougie, euh de pouvoir effectivement sentir le cuir et le cheval et entendre les épées, mais en me m'autorisant aussi des grands moments d'introspection.
Donc je joue avec le KPDP et je joue aussi avec le roman d'introspection. Alors parce que ça c'est le problème faut que le roman soit toujours devant sinon ça devient un essai ça devient et et là vous arrivez bien à le faire vraiment le contexte mais en même temps elle on la suit tout le temps enfin je veux dire c'est à elle qu'on s'attache c'est mais en tout cas et ça je pense que c'est quelque chose qu'on a en commun c'estàd qu'on a envie de de de prendre le lecteur et qu'il ait plus envie de poser le livre parce qu'on a envie d'offrir les livres que en tout cas moi j'aime lire et que j'ai ressenti en lisant le livre de Josep sûr, c'est vraiment voilà, on est embarqué et et ça demande en fait on pense que c'est ça ça demande pas mal de travail d'arriver à pas à pas laisser le lecteur descendre de cheval en fait. C'est sûr.
Je dirais que votre style Joseph Uncardona, il est très enfin oui mais il m'est apparu différent, plus aride enfin plus parfois décalé ou plein avec de des petites des virgules de l'humour de des petites saïciniques saciniques. Voilà. Non, j'ai trouvé vraiment différent.
Bien sûr, et c'est là, j'ai l'impression que ça nous ramène aussi au roman policier ou est-ce que est-ce que vous avez des modèles aussi pour écrire ? Chaque livre pour moi est assez différent. J'essaie toujours de d'adapter de manière subtile, en tout cas personnellement la forme au fond.
Et puis c'est vrai que vu qu'on est dans un monde déshumanisé euh parce qu'elle vit dans ses non lieux, elle ne fait que transiter d'un hôtel à l'autre, d'un continent à l'autre et cetera. J'avais envie d'une écriture à la carveur quoi, très sèche, très très avec et les moments d'humanité ils apparaissent quand il y a des des des frottements de personnages, on va dire. Et alors que j'ai d'autres moments qui sont un peu plus baroques, un peu plus voilà où il y a un peu plus d'adjectifs.
Mais là, on c'est pas le cas. Là, c'est pas baroque, c'est non, là on est on est on est on est comme une architecture de le corbusier. On est on est dans quelque chose avec du néon, avec voilà, on est on a c'est pas très chaleureux.
Et d'ailleurs au début, je sais pas si vous l'avez perçu comme ça, mais elle est pas très sympathique. Non, elle est assez dure. Voilà.
Oui, bien sûr. Parce qu'il y a des moments en même temps d'humanité assez bouleversante. C'estàd que quand elle espère à un moment justement un homme qu'elle croise dans un bar se rapprocher enfin avoir enfin en gros une peau contre la sienne, je vais pas dévoiler la scène mais moi j'ai été extrêmement touchée parce que c'est là qu'on sent la solitude.
Donc c'est architecture le corbusier mais avec de la chair. Ouais. Ouais.
Ça c'est vrai. Après il y a un petit tapis indien par terre et tout. Voilà.
Il y a un peu de Voilà deux héroïnes seuls marqués dans leur chair qui veulent se venger. Euh et deux livres qui nous passionnent du début à la fin. Ça c'est vrai.
Dé de Clarmontonner ça s'appelle Je voulais vivre. Merci beaucoup d'être venu nous voir. Et vous Joseph Incardon s'appelle Le monde est fatigué.
Alors juste quelques coups de cœur pour terminer cette émission. D'abord encore un personnage féminin très fort avec le roman de Yakuta Alikavazovic au grand jamais ça s'appelle chez Galimar. Un des très beaux livres aussi de cette rentrée.
Et puis pour changer un peu, alors une bande dessinée là, ils sont tous là euh très littéraire qui est assez formidable parce qu'elle est adaptée d'un roman de Simons. Ça c'est peut-être pour vous Joseph. Elle s'appelle la maison du canal de Bquet et édite aux éditions d'Argot.
Et puis pour ma part, ben parlait de Normal Supéï, je vous recommande le livre d'Éliass qui s'appelle 45 crud chez Flamarion. Bah, elle est voilà normalen agrégé de philosophie et dans la collection assez jolie qui s'appelle Retour chez soi, même très jolie, euh et bien elle raconte son retour à Normal Sup ce 45 rudulmes où elle a été elle a été reçue au concours enfin ce que vous avez vécu, j'imagine ses 4 ans passés dans l'école, retrouve ses amis, ses souvenirs. Ça s'appelle 45 crudumules.
Voilà. Merci beaucoup à tous les deux d'être venus nous voir. Euh merci à vous de nous avoir suivi.
On se retrouve très vite pour au bonheur des livres. À très vite. [Musique]
Catherine Dumas