Sabrina Agresti-Roubache : "Je n'appellerai jamais à voter pour un candidat LFI ou un candidat RN"
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C'est votre grand interview sur CNews et Européens. Bonjour Sabrina Gresti-Roubach, secrétaire d'État chargée de la citoyenneté et de la ville. On va parler évidemment de cette campagne des législatives.
Y a-t-il un accord avec la droite dite républicaine et votre parti Renaissance, puisqu'il y a une soixantaine de circonscriptions dans lesquelles il n'y aura pas de concurrence entre vous ? C'est un accord qui a été passé au niveau national ? Alors c'est un accord local, ce sont des accords locaux.
Si on doit parler de ma circonscription...
Vous-même, vous n'aurez pas de candidat à LR. Vous avez négocié avec eux ? Non, ce qui se passe, c'est que je suis la candidate du rassemblement, la seule en mesure de battre l'extrême droite dans ma circonscription.
Donc localement, et Martine Vassal, que je salue ce matin, la présidente de la métropole et du département, a beaucoup aussi œuvré dans ce sens, parce que je suis la candidate qui va pouvoir battre, comme la dernière fois, et la seule en mesure de battre l'extrême droite. Et aussi autre chose, quand j'ai gagné, que j'ai été élue députée, et quand je suis montée au gouvernement, je n'ai pas trié mes électeurs. J'ai travaillé avec tout le monde et considéré tout le monde de la même manière.
Vous ne parlez que de la concurrence avec le rassemblement national, il n'y a pas de concurrence de front populaire sur votre circonscription ? Dans ma circonscription, la liste LFI a fini deuxième, et c'est justement, je suis la candidate. Et la dernière fois, c'était pareil, j'avais aussi une extrême gauche élevée, et en faisant le rassemblement, nous permettons aux candidats républicains, avec un grand R, de pouvoir battre, et l'extrême gauche, et l'extrême droite.
Pour vous, il y a une équivalence entre le vote rassemblement national et le vote front populaire, ou pas ? Est-ce qu'il y a une équivalence ? Je ne sais pas.
Est-ce que je renvoie dos à dos ? Par contre, les deux parties, c'est une évidence, je l'ai dit dix fois. LFI et l'extrême droite, d'un côté, l'extrême droite, populiste, nationaliste, et qui, en réalité, vend des choses qui n'existent pas.
Moi, il m'a fallu 30 secondes pour comprendre. Quand je vois que Jordan Bardella, qui voit son parti, et c'est vrai, aux portes du pouvoir, renoncer à tous leurs programmes de 2022, l'exercice du pouvoir va être difficile. C'est beaucoup plus compliqué que faire des TikTok.
De l'autre côté, vous avez des gens qui jouent sur le communautarisme, et je vous invite, Laurence Ferrari, à aller regarder la diversité sur leur liste. On utilise les voix, mais par contre, on n'envoie pas les candidats là où ils peuvent se faire élire. Donc, attention, c'est la même chose.
Ils sont bien, voilà, la diversité, ça ne leur parle pas. La seule chose qui les intéresse. Et vous savez, juste un mot sur Jean-Luc Mélenchon et de LFI.
Je dis et je lance un appel à nos habitants des quartiers populaires, dont je suis issu. Je suis née dans le quartier le plus pauvre d'Europe, vous le savez. Jean-Luc Mélenchon n'est pas un Moudjahidine.
Il n'est pas allé faire la guerre en Palestine. C'est un multimillionnaire de la politique qui n'a vécu que de la politique, et qui va expliquer aux jeunes des quartiers comment il faut faire. Alors, je leur dis, regardez bien à qui vous avez affaire.
Regardez bien comment ils instrumentalisent et ils manipulent le fameux vote communautaire et comment ils instrumentalisent cette religion qui est l'islam. Donc, de bien regarder à ce que demain, si la cause palestinienne ne leur apporte plus une voix dans les urnes, ils passeront un autre combat et ils lâcheront le combat précédent. Et ils le jetteront à la poubelle.
Sabrina Gresti-Roubache, en cas de second tour entre le Rassemblement National et le Front Populaire que vous venez détrier à l'instant, quelle est la consigne de vote que vous donneriez ? Qu'est-ce que vous voteriez ? Moi, ce que je veux faire, je ne suis pas un barrage au Rassemblement National.
Tout le monde me connaît, et tout le monde, quand je dis tout le monde me connaît, à Marseille, je veux dire chez moi et sur mes convictions. Ce que je sais, c'est qu'il va falloir, pour moi, pour nous, nous battre tout de suite pour être au second tour. Et puisqu'on parlait tout à l'heure, il faut être au second tour pour avoir une chance de battre les deux extrêmes.
Et la réalité, c'est que je n'appellerai jamais à voter pour un candidat LFI ou un candidat RN. Donc, ça sera l'abstention pour vous ? Ça sera, s'il y a un candidat LFI, moi, je peux vous garantir que je n'appellerai jamais à voter pour un candidat LFI, au regard de ce qu'ils font.
Et je leur en veux énormément de réduire, justement, la jeunesse de nos quartiers prioritaires. Vous savez, il me semble que c'est Rachida Dati qui avait dit ça, et c'est une formule très juste. Rachida Dati, avec des parcours, on va dire, un peu communs avec le mien.
Mais il ne cherche pas des électeurs, il cherche des victimes. Vous savez, eux, c'est, ne touche pas à mon pauvre, plus les gens sont maintenus dans une certaine misère, plus ça les arrange. Eux, ce qu'ils veulent, ce n'est pas que les gens aillent mieux et s'en sortent.
Moi, je viens des quartiers populaires, je n'ai jamais tendu la main, je ne fais pas la manche. J'ai travaillé, j'ai bossé, j'ai été éduquée, je suis allée à l'école et je dis merci à la France, à la République de donner autant à ces enfants. Et je ne cherche pas à ce qu'on me prenne pour une miséreuse.
Arrêtez de prendre les gens des quartiers populaires pour des gens assistés qui n'ont que ça à faire et voter pour la LFI. Et je leur dis, quand je vois un député à Marseille qui fait des concours de kebab pour nos jeunes, mais j'espère qu'il donne à manger autre chose à ses enfants. Parce que ça, c'est la dégradation totale, mais totale, de ce que nous pouvons être, nous, dans les quartiers populaires.
Et de ce que, quand je dis nous, parce que je viens de là, et qu'à un moment donné, si on n'ose pas leur dire...
Et je rappelle aussi, à nos jeunes des quartiers populaires, vous savez combien gagne un député qui vous dit, je vais vous offrir un kebab si vous m'envoyez une voix ? 7500 euros brut. D'accord ?
Donc, remettre les choses aussi à leur niveau. La misère, c'est bien pour les autres, tant que ça nous ramène des voix. Et quand je vois, chez moi, que dans ce qui se passe, la gauche traditionnelle, la gauche, vous savez, il y a une gauche qu'on aime.
Quand je vois le combat de Jérôme Gage, et que je vois, chez moi, le maire de Marseille qui s'est aplati devant LFI, mais enfin, je suis sidérée outrée. Et regardez que c'est possible. Pourquoi Jérôme Gage a moins d'enjeux ?
Et il est sorti du front populaire de la honte. À Marseille, il y a notamment le député Delogu, celui qui avait, le député de France Insoumise, qui a brandi le drapeau palestinien. C'est une alliance contre nature pour vous ?
Ah, complètement contre nature. Non mais, enfin, alors, je ne sais plus où est ma gauche, où est ma droite. Je ne suis pas socialiste, je ne suis pas les républicains.
Moi, je suis une sociodémocrate républicaine. Mais enfin, comment est-ce qu'on peut imaginer que la gauche, mais regardez ce qu'a fait Glucksmann. Moi, je suis sidérée, effaré.
Il fait 14%. Il fait un bon score aux européennes. La preuve, vous voyez, presque 14%.
Et c'était son moment historique. Il aurait pu, il aurait pu dire, je suis cette gauche qui nous a expliqué, qui nous a vendu pendant les européennes. Et au premier accord, vous savez comment on appelle ça ?
De la tambouille. Et ce qu'on appelle aussi, on appelle ça le manque de courage. Parce que pour une place, on vend son âme au diable.
Même chose pour François Hollande, qui va être candidat et qui va accepter la bannière Front Populaire. Je l'ai dit, j'ai fait, vous le savez, je n'aime pas les réseaux sociaux, mais là, je me suis quand même fendue d'un tweet. Le déshonneur.
Et qu'à un moment donné...
Le déshonneur pour François Hollande. Pour François Hollande. Je l'ai écrit.
Je l'ai écrit et je le pense. Quand on a été président de la République, et vous me direz, nous n'avons pas mis de candidat en face de lui. Mais ce que j'ai lu hier...
C'est moi qui vous le dis. Hier, j'entendais que c'était eu égard à sa fonction. C'est lui qui aurait dû, eu égard à sa fonction, ne pas s'aplatir devant LFI, NPA, la jeune garde.
Nous n'avons pas mis de candidat en face, parce que le vote utile, notamment en face à François Hollande, où on peut parler de Cahuzac aussi, il y a un candidat, les Républicains. On a pensé que les meilleures chances pour battre les deux extrêmes étaient, on va dire, le candidat le mieux placé, les mieux placés. Et pour ne pas aller diviser des voix, des Républicains avec un grand R.
Hier, Adrien Quatennens a annoncé qu'il ne serait pas candidat. C'est une chose importante pour vous ? Je pense que la pression de son parti, la pression populaire, on va dire, mais populaire dans le sens noble du terme, et la décence.
Il a eu la décence de se retirer, oui. Et moi, vous savez, quand il a été conspué et insulté dans l'hémicycle, je ne me suis pas levée, ni pour l'insulter, ni pour le conspué. Parce que ce n'est pas ma manière de faire.
Si j'ai un truc à dire à quelqu'un, je lui dis en face. La dissolution, vous n'étiez évidemment pas au courant, comme l'immense majorité...
Et peu peuvent vous dire qu'ils l'ont fait, si vous le dites ? Ce n'est pas vrai. Est-ce que vous entendez le discours, notamment de Nicolas Sarkozy, qui dit qu'elle constitue un risque majeur pour le pays ?
Il dit que le pays déjà fracturé peut plonger dans un chaos dont nous aurons les plus grandes difficultés à sortir. Je comprends la position, et bien sûr ce que dit le président Nicolas Sarkozy. Ce que je pense, moi, c'est que le fait que le président puisse arriver à la dissolution de l'Assemblée.
Il ne faut pas avoir mis un jour son pied dans l'hémicycle, ni en tant que député, ni en tant que membre du gouvernement, pour ne pas comprendre ce qui était en train de se jouer. Et que le président, c'était...
Vous savez, j'ai dit, on ne peut pas gouverner dans le brasier. J'y ai été dans ce brasier. Et l'autre chose, vous me direz...
On aurait pu durer quelques mois encore. Oui, mais...
Et vous le savez. Parfaitement, parfaitement. Mais il n'y a jamais en réalité de bon moment pour prendre une grande décision, une décision grave.
Les Français ont envoyé un message au président de la République. Mais le message, c'est un message de colère. On sait très bien que les Européennes est un scrutin des fouloirs.
Et de l'autre côté, je rappelle que les législatives sont un scrutin local. Comme je vous parlais, pas de candidats LR face à moi. J'ai été la députée et la ministre de tout le monde.
Et rappelez quand même que ça va se jouer localement. Et que l'incarnation locale, et que le travail que vous avez fait localement...
Et aussi, et aussi, les Français sont face...
Le 30 juin, seront face à leur responsabilité. Puisque beaucoup ont dit que le président était trop autoritaire. On renvoie tout le monde devant les urnes.
Sur quel programme allez-vous tous, les candidats de l'ensemble pour la République, faire campagne ? Gabriel Attal a notamment évoqué le volet autorité. Il a annoncé qu'un mineur responsable de violences aggravées de plus de 16 ans, et en récidive, devrait pouvoir être jugé comme un majeur.
Mais en fait, pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Mais on a fait comment ça le dire ? Vous savez...
Vous allez passer à la majorité pénale ? Non, non, non. Ça, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, hier l'a rappelé.
C'est inconstitutionnel. Donc on sait très bien qu'on ne peut pas le faire. Ce que je crois, et vous connaissez mes positions, rappelez-vous le procès qu'on m'avait fait.
Dès que vous dites quelque chose d'à peu près normal, qui est sévère, vous savez, du ralègle. Non, mais on se dit qu'ils ont mis 7 ans à réaliser tout ce qui se passe dans notre pays. Non, pas du tout, pas du tout.
Je pense que nous avons pensé, et je fais partie...
Vous savez, je suis dans cette majorité. La première fois que je m'engage en politique, c'était auprès du président de la République. Et je l'avais dit, je serai avec lui jusqu'au dernier quart d'heure.
Quand j'avais dit qu'il fallait faciliter les mesures d'expulsion de familles de délinquants qui vivent dans des logements sociaux, est-ce que vous vous rappelez les menaces que j'avais reçues, les insultes que j'avais reçues ? Il ne faut jamais, pareil, avoir mis son pied dans un quartier prioritaire et avoir vécu à côté de familles de délinquants pour savoir ce que ça provoque chez les gens. Et cette colère, cette colère des gens qui disent, mais on voit à côté des gens qui font n'importe quoi.
Et de l'autre côté, pas de sanctions. Et j'avais parlé avant tout le monde, pas que du sentiment d'insécurité, j'avais parlé du sentiment d'impunité. Les Français, là, nous envoient le message de « on ne supporte plus le sentiment d'impunité ».
Et ce que je crois, c'est que sur le plan économique, on ne peut pas nous renier notre bilan économique. Deux millions d'emplois, nous sommes à deux points du plein emploi. Nous avons combattu et réussi à régler le chômage de masse.
Mais ça ne suffit pas. Il faut travailler sur les valeurs, sur ce que nous sommes, qu'est-ce qui fait que nous sommes Français, qu'est-ce qui fait que nous faisons nation. Et ça, par exemple, et je parle toujours pour les plus fragiles d'entre nous.
Les plus fragiles d'entre nous sont les plus exposés. Et quand vous dites des choses, juste, mais vous dites, les choses les plus basiques, on vous traite d'extrême droite. Mais moi, je dis, mais je suis une enfant d'immigré, née dans le quartier le plus pauvre d'Europe.
Non, je suis quelqu'un de normal, de pragmatique. Et parce que j'ai connu, je voudrais, et c'est l'histoire de ma vie, je voudrais me battre pour que les jeunes maintenant, les jeunes maintenant, est-ce que moi, je n'ai pas eu à mon époque ? Un tout petit mot des joueurs de football qui désormais aussi prennent des positions politiques.
Kylian Mbappé appelle les jeunes à se mobiliser contre les extrêmes aux portes du pouvoir, tout comme Marcus Thuram. J'espère qu'on sera encore fiers de porter le maillot bleu le 7 juillet, dit Kylian Mbappé. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Déjà, je pense qu'hier, on me posait la même question. Quand un sportif ou des acteurs de la culture ne prennent pas position, rappelez-vous l'élection de 2022, nous étions bien face à l'extrême droite, il me semble bien que c'était face à Marine Le Pen. Personne n'avait pris position, ni pour le président, ni contre Marine Le Pen, ni quoi que ce soit.
Quand on a la chance d'avoir, c'est un jeune, je pourrais être sa maman, c'est un jeune sportif, brillant, que les jeunes admirent, et qu'il dit, il faut, regardez, c'est un moment important pour notre pays, il faut aller voter et battre et combattre les extrêmes. Les extrêmes, c'est-à-dire qu'il en gobe les deux pour vous ? Quand tu dis les extrêmes, moi je n'en connais pas 50, je connais l'extrême droite et je connais l'extrême gauche.
Il a raison. Et je me réjouis d'une chose, il me semble que c'est Jacques Vendroux tout à l'heure qui parlait de Rocheteau. Les politiques, les artistes, c'est culturel.
Et il me manquait, ça, de voir des acteurs de la vie culturelle, de la vie sportive, et de grands sportifs et de grands comédiens, quel que soit ce qu'ils disent, s'engager pour dire c'est un moment important pour notre pays, allez voter. Un dernier mot, Sabrina Agresti-Robache. Est-ce que le risque de ces législatives, c'est qu'elles signent la fin du macronisme ?
Non, ce qu'elles signent, c'est que le macronisme n'a pas peur de revenir devant les urnes. Voilà ce que ça signe. Ça signe, vous savez, il faut avoir beaucoup de courage pour dans ce moment-là repartir au combat, se dire on ne va pas lâcher l'affaire.
On est en exercice, vous savez, je ne vous apprends rien. Tout le monde a été très surpris, bien sûr, de cette fin dimanche soir. Je ne peux pas imaginer que vous ayez un ministre ou un député de la majorité présidentielle venir vous dire que c'était attendu et que nous allions le faire.
Passer les cinq minutes de surprise, dimanche soir, j'étais en campagne. Et qu'on ne peut pas nous enlever au moins ça, tout le monde est reparti. Regardez les membres du gouvernement, tout le monde est reparti au combat.
Et regardez les députés, majorités, presque tout le monde. Mais on va dire que très, très globalement, tout le monde est reparti au combat pour gagner ces législatives. Merci beaucoup Sabrina Agresti-Roubache.
C'était votre grande interview sur CNews et sur Europe 1. Merci Laurence Ferrari, merci Sabrina Agresti-Roubache.
Sabrina Agresti Roubache