Chine / États-Unis : la guerre commerciale
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France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent. Bonjour à tous. Donald Trump a un faible pour les droits de douane. « Tarif », c'est le plus beau mot de la langue anglaise, disait-il pendant la campagne électorale. Lundi dernier, en dépit du traité de libre-échange qui lie les États-Unis à ses deux voisins, il décide donc de taxer de 25% les importations en provenance du Mexique et du Canada sous prétexte d'endiguer les flux de fentanyl venus de l'un et d'asservir l'autre, juste bon selon lui, à intégrer la fédération américaine. Ce président-là, on le sait, ne lie pas beaucoup, sauf les cours de bourse.
Et voilà que Wall Street se rebiffe, les marchés effacent en quelques séances les embellis de la victoire électorale. Résultat, jeudi soir, la Maison Blanche fait marche arrière et suspend les mesures pour un mois. Les acteurs économiques détestent l'incertitude et certains osent poser cette question. À quoi bon ce retour en force du protectionnisme alors que depuis 80 ans, le développement des échanges a accéléré l'enrichissement des grandes économies, en particulier dans le cas des États-Unis, soucieux de forger des outils multilatéraux à leur avantage.
En attendant l'annonce des mesures de rétorsion à l'encontre de l'Union européenne, conçue pour entuber son pays, selon l'expression du président américain, c'est bien l'affrontement avec la Chine qui promet d'être le plus complexe. À Pékin, le Parti communiste vient de tenir cette semaine ses deux assemblées annuelles, l'occasion de souligner par contraste le besoin de stabilité des échanges et d'afficher un objectif de croissance à 5%. C'est le moment choisi par la Maison Blanche pour déclencher une nouvelle hausse de 10% des droits de douane sur les importations de produits chinois, s'ajoutant à une première salve du même montant le mois dernier.
Cinq ans après la pandémie du Covid-19, l'économie chinoise n'a pas reconstruit les fondamentaux qui lui avaient permis de devenir la deuxième du monde, mais ses échanges commerciaux avec les États-Unis restent largement excédentaires. Comment Xi Jinping va-t-il riposter ? Quel risque pour la Chine, notamment dans le secteur technologique, mais aussi pour une économie américaine dans le brouillard ? On sait le tempérament transactionnel de l'Américain, jusqu'où les consommateurs vont-ils en faire les frais ? Quel impact sur l'économie mondiale, surtout sur les marchés agricoles et donc nos propres intérêts ?
C'est ce qu'on va comprendre ce matin grâce à Florence Pisani, chef économiste de Candriam, enseignante à l'université Paris-Dauphine. Agathe Demaret est avec nous, elle dirige les travaux géoéconomiques du Conseil européen des relations internationales. Sébastien Jean, professeur d'économie au Conservatoire national des arts et métiers, directeur associé de l'initiative Géconomie-Géofinance de l'IFRI, et François Schimitz, qui est économiste senior, comme on dit, à l'Institut Mercator des études chinoises, et qui est aussi affiliée au Centre d'études prospectives et d'informations internationales.
Florence Pisani, expliquez-nous pourquoi Donald Trump, dans sa très longue allocution au Congrès, mardi dernier, a promis bien évidemment une Amérique encore plus riche et encore plus grande, tout en disant, bon, mais les droits de douane, ça va quand même créer un peu de désordre. Un peu de désordre ou beaucoup de désordre ?
Alors ça crée déjà pas mal de désordre. Si vous regardez aujourd'hui, il y a des indicateurs de confiance qui se retournent un peu. Les ménages craignent des hausses de prix, donc de l'inflation, un prélèvement sous pouvoir d'achat. Les entreprises n'y voient plus rien, donc elles ne savent pas si elles vont continuer leur projet d'investissement. Donc ça crée déjà des désordres, y compris aux Etats-Unis.
Et ça crée d'autant plus de désordre qu'on ne sait pas trop ce qu'il cherche avec ce levier des droits de douane et ce qu'il cherche à négocier pour obtenir des concessions, auquel cas, à la fin, il ne mettra pas de droits de douane, et ce qu'il cherche à obtenir des recettes budgétaires pour financer ces coûteuses baisses d'impôts, auquel cas il faut des droits de douane très élevés sur beaucoup de produits et beaucoup de pays, et ce qu'il cherche à réindustrialiser les Etats-Unis. En gros, il a un instrument qui est dans ses mains, qui peut librement manipuler, et il veut obtenir des objectifs qui sont, au fond, assez contradictoires.
Et ça, ça génère énormément d'incertitudes, en particulier mettre 25% de droits de douane sur le Mexique et le Canada, qui sont des partenaires qui sont extrêmement intégrés, ça pénaliserait évidemment le Mexique et le Canada fortement, les exportations du Mexique vers les Etats-Unis, c'est plus de 25% du PIB mexicain, c'est plus de 20% du PIB canadien.
Donc ces deux pays-là souffriraient fortement, mais les producteurs américains souffriraient aussi, et on l'a vu, c'est-à-dire dès qu'on a eu la menace de droits de douane de 25%, on a vu les constructeurs automobiles américains aller à la Maison Blanche pour expliquer que ce n'était pas possible, et que le prix des véhicules automobiles risquerait d'augmenter aux Etats-Unis, de plus de 3 000 dollars par véhicule, que ça désorganise des chaînes de production, et ça, évidemment, ça va complètement à l'encontre d'avoir une zone Amérique dans laquelle on sécurise les chaînes de production.
Donc c'est une politique qui déstabilise, même si on ne met pas de droits de douane à la fin, ça crée énormément d'incertitudes pour l'économie mondiale, bien sûr, mais aussi pour l'économie américaine.
Mais donc cette annonce de suspendre l'augmentation massive de droits de douane sur ces deux pays pour un mois, mais qu'est-ce que ça veut dire un mois ? Le Wall Street Journal, qui n'est quand même pas suspect d'être férocement anti-Trump, a tout simplement écrit que le Président traite, je lis cette citation, traite l'économie nord-américaine comme son jouet personnel.
Oui, c'est un peu l'impression que ça donne, c'est-à-dire qu'on est dans une économie mondiale qui, au lieu d'être dirigée par des règles, un minimum de règles, on a l'impression que le Président a un instrument dans ses mains et qui veut jouer avec. Donc il met des sanctions, il les retire, il les remet, il les retire, mais à force de jouer avec les sanctions et de les retirer, ce qui n'a aucun sens, au cas particulier sur le Mexique et le Canada.
Je rappelle que le Mexique avait pris les devants et avait même proposé à Donald Trump de taxer les importations chinoises de 25% des importations en provenance de Chine qui rentreraient au Mexique pour dire qu'on sécurise une zone Amérique et qu'on continue le libre-échange dans la zone Amérique. Et donc menacer en permanence pour maintenir la pression sur les pays, c'est un jeu qui est extrêmement dangereux et c'est dangereux aussi pour l'économie américaine. Et la réaction de la bourse, elle est plutôt salutaire, c'est peut-être une des forces de rappel. À laquelle le président américain reste, pour l'instant, sensible.
François Schimitz, comme tous les ans à pareille époque, le Parti communiste chinois a tenu ses deux assemblées parlementaires et c'est évidemment pour les sinologues dont vous faites éminemment partie, un moment clé pour comprendre où va la politique de Xi Jinping. Quand le ministre des Affaires étrangères chinois a accusé Donald Trump d'offrir un double visage, c'est-à-dire il se répand en amabilité sur Xi Jinping et en même temps il durcit de 20% en deux fois ces dernières semaines les droits de douane à l'encontre des importations chinoises aux États-Unis. Qu'est-ce que cela veut dire de la riposte chinoise ? Alors, cela fait réponse à la dernière salve de M.
Trump qui en effet passe les tarifs appliqués et droits de douane appliqués supplémentaires aux importations en provenance de Chine et entrant aux États-Unis à 20% après une première phase de 10% que vous avez mentionné. Face à cela, on observe une relative retenue, en tout cas verbale, dans les réponses chinoises assortie à une réponse, on va dire, fine mais intelligente et ferme de Pékin pour essayer de faire un maximum de dégâts à M. Trump lui-même en passant par le truchement de l'économie américaine.
Et pour ce faire, les Chinois ont principalement ciblé les exportations agricoles et un certain nombre d'acteurs technologiques clés américains avec des mesures qui vont être mises en place probablement de restrictions à l'accès au marché chinois mais aussi à l'accès aux intrants chinois qui dans un certain nombre de secteurs deviennent de plus en plus vitaux et parfois même sans alternatif du fait de la montée en puissance de l'appareil techno-industriel chinois.
Il faut bien inscrire cette réponse dans une dynamique de l'économie chinoise que l'on observe depuis 2-3 ans et qui est relativement sans précédent après quasiment 3 décennies de croissance absolument phénoménale qui est une grande fragilité de l'économie chinoise.
Pour la première fois depuis quasiment 40 ans, en part de PIB mondial, la Chine a décru sur les trois dernières années assez sensiblement en partie du fait d'un abaissement de la valeur de la monnaie chinoise et donc du taux de change chinois mais surtout aussi du fait d'une pression déflationniste très importante qui existe en Chine avec donc la deuxième économie mondiale, la première économie industrielle mondiale qui depuis deux ans, contrairement au reste de la planète, connaît une déflation en particulier pour sa production industrielle avec toute la discussion qui existe autour de l'enjeu des surcapacités.
Et face à cela, les Chinois sont donc dans une position de relative difficulté vis-à-vis des pressions mises par Washington, ce que M. Trump sait probablement très bien et sont donc cantonnés pour le moment à une réaction qui cherche relativement à tempérer les éventuels impacts sur leur économie tout en démontrant une grande fermeté.
Et d'ailleurs, à ce titre, ça démontre l'évolution de la Chine sous Xi Jinping durant ces dix dernières années puisque la forme de la réponse est, on va dire, beaucoup plus fine mais aussi beaucoup plus réactive que lors du premier mandat Trump où il semblait que les Chinois et que Pékin en particulier réagissaient en répliquant un peu bêtement ce que les Américains faisaient en matière de droits de douane assez largement horizontaux et avec souvent un peu de retard puisqu'ils semblaient relativement surpris par les mesures américaines.
Là, si on peut résumer, il y a certes des faiblesses côté chinois mais en tout cas très clairement une plus grande préparation et une plus grande volonté de démontrer une très grande fermeté face à ce que les autorités de Pékin mais hélas d'autres autorités de par le monde peuvent ressentir comme une forme de bullying donc de comportement d'enfants violents et martyrisant un peu ces petits partenaires dans la cour de récréation qui est donc inacceptable pour Pékin.
Ce qui est frappant, François, c'est que Pékin prend soin de cibler des États qui sont aux mains du parti républicain américain et notamment des États agricoles et on voit le maïs, le soja, le porc qui sont des exportations américaines majeures déjà souffrir sur les marchés mondiaux. Tout à fait, tout à fait et il y a en cela, on va dire, un double bénéfice pour Pékin et donc c'est pour cela que ces secteurs étaient très largement anticipés par les analystes dans la réponse de Pékin.
Tout d'abord, comme vous l'avez indiqué, ce sont des secteurs, y compris d'ailleurs pour les matières premières énergétiques, charbon et potentiellement gaz qui proviennent ou qui ont la majorité de leur activité économique dans des États plutôt républicains aux États-Unis et qui donc maximisent l'impact politique sur Trump et sur le Congrès qui bien évidemment va mettre la pression sur la Maison-Blanche pour essayer un peu de trouver un terrain d'entente avec Pékin.
Et dans le même temps, vous avez relativement une très faible impact sur l'économie chinoise parce que ce qui se passe en pratique, c'est que ce sont des secteurs qu'on appelle commodities donc où en effet les produits sont assez standards et les marchés internationaux assez liquides et fluides et donc concrètement ce qui se passe sur le terrain, c'est que vous avez une redirection, une réorientation de la demande chinoise vers d'autres fournisseurs sans vraiment un surcoût trop important ou très important pour l'économie chinoise dans son ensemble.
Et donc vous avez un peu ce double bénéfice qui vient probablement en effet fortement percuter les certitudes et notamment la base politique de Trump. Il n'existe pas, ceci étant dit, de consensus dans la science économique sur la réalité de ce mécanisme impact local donc vote potentiellement contre Trump avec des papiers qui trouvent soit un impact sensible mais relativement faible soit peut-être parfois pas d'impact du tout.
Agathe Demaret, ce qui a surpris, enfin on va de surprise en surprise, c'est que hier sur son réseau social qui s'appelle Truth Social, le président américain a tout à coup affirmé qu'il envisageait des sanctions et des droits de douane à grande échelle, a-t-il écrit contre la Russie. Et puis, quelques heures plus tard, il a dit ben non, finalement, c'est Poutine qui a les cartes en main et puis il peut être très généreux. Donc là aussi, on voit à Agathe à quel point l'arme des sanctions et des droits de douane est maniée avec une relative légèreté.
Oui, tout à fait. Je crois que la question de l'imprévisibilité des actions de Trump est clé dans cette situation puisque cette imprévisibilité, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que les entreprises ne peuvent pas s'adapter. S'adapter dans des circonstances où on ne sait absolument pas ce qu'il va se passer, c'est totalement impossible. Et par ailleurs, est-ce que le jeu en vaut la chandelle de chercher à s'adapter pour quatre ans puisque le mandat de Trump, ce sera quatre ans et des investissements, cela prend beaucoup de temps, cela prend beaucoup d'argent. Donc, est-ce qu'il y a en fait un bénéfice à tenter de s'adapter à Trump ?
Je crois que du côté de la théorie économique, ce qui est intéressant si on se penche sur la théorie économique, c'est qu'il n'y a que trois cas où les tarifs douaniers peuvent être, peut-être, bénéfiques à une économie. Le premier cas, c'est la question de la défense nationale, c'est-à-dire tout simplement de produire des produits critiques, des produits militaires pour la sécurité nationale. Le deuxième cas, c'est la protection d'industries naissantes et ce n'est absolument pas ce qui est essayé, ce n'est absolument pas la stratégie de Trump aujourd'hui. Et, pardon, le troisième cas, c'est d'essayer de faire émerger des champions nationaux.
Et là aussi, en fait, ce n'est pas du tout la stratégie qui est poursuivie par Trump. Les droits de douane de Trump sont bien des droits de douane sur l'ensemble des domaines, sur l'ensemble des importations. Et en fait, quand on regarde ce que cela veut dire, cela va avoir un impact à la fois sur les importations américaines et sur les exportations américaines. Du côté des exportations, les droits de douane, on le sait, vont entraîner une appréciation du dollar américain et cela va pénaliser les entreprises exportatrices.
Et pour ce qui concerne les entreprises importatrices, eh bien, elles vont payer plus cher tout simplement leurs importations puisque les droits de douane sont bien réglés par les importateurs américains. Et ce qu'il va se passer, et on a beaucoup de données à ce sujet depuis le premier mandat de Trump, depuis les premières guerres commerciales, c'est que dans l'immense majorité des cas, elles vont passer ces surcoûts aux consommateurs. Et je crois qu'il y a deux statistiques qui sont particulièrement intéressantes dans ce domaine.
On sait que les droits de douane qui ont été imposés par Trump dans la seule année 2018 ont coûté 7,2 milliards de dollars à l'économie américaine, même en tenant compte des recettes fiscales légèrement augmentées et des gains de certains secteurs d'activité. Je pense notamment, par exemple, à l'acier. Et la deuxième statistique qui me semble être particulièrement intéressante à garder en tête, c'est que des modélisations économiques montrent que le ménage médian américain pourrait perdre 1 200 dollars par an suite aux récentes annonces de Trump pour ce qui concerne les droits de douane seulement sur la Chine, le Mexique et le Canada.
à 1 200 dollars par an donc 100 dollars par mois pour le ménage médian mais une perte probablement encore plus importante pour les ménages les plus modestes qui consomment proportionnellement plus de biens que de services. Donc c'est vraiment, en fait, se tirer une balle dans le pied pour l'économie américaine et les dégâts vont être importants potentiellement pour l'économie américaine.
Ce qui surprend, Agathe, c'est qu'on voit dans cette administration, dans ce gouvernement Trump, il y a toujours eu des milliardaires au pouvoir aux Etats-Unis mais là, c'est décidément le plus grand nombre et des milliardaires particulièrement riches mais donc, on se dit que ce sont des gens qui connaissent la réalité. Or, le secrétaire d'État au commerce, M.
Lutnik, a expliqué benoîtement, hier, que c'était pas grave d'avoir des droits de douane élevés parce que ça permettrait de produire aux Etats-Unis même si les salaires sont plus élevés et quand le journaliste lui disait oui mais donc, ça veut dire que les prix vont monter, que l'inflation va augmenter et là, Lutnik a répondu ben c'est pas grave, si les salariés sont trop chers, on mettra des robots. Donc, à qui a-t-on affaire ?
Alors, je crois que la réponse est dans la question. il y a une autre anecdote dans ce domaine qui est qu'un officiel américain avait déclaré dans une interview récente que cela ne posait aucun problème à l'administration Trump que d'autres monnaies soient fortes si le dollar était lui-même fort, ce qui n'a absolument aucun sens puisque le dollar est fort s'il s'apprécie, cela veut dire qu'une autre monnaie en face se déprécie.
Et effectivement, on peut s'interroger sur le degré de connaissance économique de l'administration actuelle, peut-être un manque d'intérêt pour les détails et les implications de certaines politiques, peut-être également une certaine volonté de faire plaisir à une partie de l'électorat américain avec des mesures fortes, mais cela pose effectivement la question et on a vu des grandes purges au sein de l'administration américaine, on a vu tout un tas en fait de ministères fermés et être dans une situation très difficile donc il y a la question de l'expertise et je crois aussi qu'une chose à garder en tête c'est que les personnes qui acceptent aujourd'hui de faire partie de l'administration Trump 2 sont des personnes qui croient dure comme fer aux politiques menées par le président Trump c'est-à-dire que lors du premier mandat de Trump il y avait peut-être des personnes, des républicains qui ont essayé, on a vu ces personnes s'épuiser, on a vu beaucoup de turnover au sein de la première administration, les personnes qui acceptent de travailler pour Trump aujourd'hui dans son entourage proche sont des personnes qui sont persuadées du bien fondé des politiques menées par le président américain non seulement dans le domaine économique mais également dans le domaine social et je regardais hier des données qui ont été publiées par le Financial Times aujourd'hui les visions du monde et les valeurs de la droite MAGA américaine c'est-à-dire proche de Trump semblent plus proches des visions du monde des partis au pouvoir en Russie, en Turquie et en Chine que des visions du monde dans les autres démocraties occidentales.
Sébastien Jean, est-ce que cela veut dire que nous sommes en train de vivre véritablement un changement d'époque sur le plan géoéconomique aussi avec 80 ans d'une politique économique et financière américaine en quelque sorte effacés ou pulvérisés en quelques semaines ?
Définitivement on est face à un changement d'époque effectivement je pense que pour en prendre la mesure il faut déjà souligner que ce système en fait multilatéral est un système qui tâche d'encadrer les relations entre états souverains par des règles or par définition contraindre amener un état souverain à respecter les règles c'est quelque chose de difficile parce qu'on ne peut pas le contraindre puisqu'il est souverain donc il y a un équilibre fragile et qui dépend éminemment des relations des pays entre eux et puis d'un leader ou de plusieurs leaders qui organisent les choses et qui donnent un exemple et là aujourd'hui au fond cet ordre multilatéral il est pulvérisé par les Etats-Unis et j'ajouterais aussi par la Chine d'une façon assez différente mais donc il est fort complètement déstabilisé et là les annonces qu'a fait Donald Trump sur sa politique commerciale de différentes façons j'ai été marqué en particulier par celle sur ce qu'il a appelé le commerce réciproque c'est vraiment de fait érigé en principe de ne plus du tout tenir compte des contraintes qui étaient dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce donc oui on a une déstructuration finalement le leader de ce système qui en sort est-ce que ça veut dire que tout le monde va en sortir qui va exploser c'est pas forcément le cas parce que je crois que les autres pays voient quand même avec beaucoup d'appréhension l'air qui s'ouvre parce que s'il n'y a plus de règles ça veut dire qu'on tombe dans le rapport de force alors quand on est les Etats-Unis ou même la Chine d'ailleurs on peut penser qu'on va arriver à défendre ses intérêts efficacement dans ce contexte-là mais les autres pays je pense ne partagent pas cette vision et beaucoup d'entre eux sont attachés à essayer de retenir un cadre de règles et j'en veux pour preuve pour prendre juste un seul exemple au premier mandat de Trump il y avait une négociation qui avait été initiée par les Etats-Unis avec leur partenaire du Pacifique on appelle ça le partenariat transpacifique et Trump a dit on en sort qu'est-ce qui s'est passé après ?
Les autres pays qui avaient négocié avec eux les 11 autres pays si ma mémoire est bonne ont finalisé l'accord sous le leadership du Japon ils ont finalisé sans les Etats-Unis parce qu'ils regrettaient beaucoup le départ des Etats-Unis ils espéraient d'ailleurs qu'ils reviennent mais ils préféraient avoir ce cadre-là plutôt que rien et que la situation est passée
Mais quand cette administration à Washington parle d'un principe de réciprocité dans les tarifs en fait ça veut dire que d'une certaine manière les autres pays eux aussi ont la main et il y a presque un sous-traitement de la politique tarifaire
Oui on joue un peu avec les mots parce qu'en fait l'un des principes aussi d'un ordre international fondé sur des règles c'est qu'on se met d'accord sur les règles et là les Etats-Unis réinterprètent tout donc eux quand ils disent réciprocité en fait ils parlent d'une pure symétrie il faudrait que à chaque fois qu'ils ont des conditions d'importation d'un produit le partenaire est exactement le même mais en fait ça n'est pas pratiquable à grande échelle parce que ça veut dire finalement qu'il faudrait que sur chaque produit tous les pays du monde pratiquent la même politique or ils n'ont pas les mêmes contraintes ils n'ont pas le même contexte politique donc c'est pas pratiquable le principe de réciprocité il existe dans l'ordre commercial international effectivement depuis le début c'en est même un fondement mais c'est une réciprocité dans les engagements c'est à dire que au fond l'évolution en particulier de ce système enfin dès le départ elle repose sur le fait que les pays prennent des engagements les uns par rapport aux autres le principe de réciprocité il stipule que ces engagements doivent être équilibrés qu'est-ce que ça veut dire équilibrés ça veut pas dire exactement symétriques ça veut dire considérés par toutes les parties prenantes comme équilibrés dans leurs conséquences commerciales donc c'est différent de la pure symétrie que Trump voudrait brandir aujourd'hui surtout qu'il a brandi avec une libre interprétation complète de l'administration américaine maintenant il met le doigt sur un point sensible et sur une réalité c'est que avec ce système où on définit la symétrie seulement sur les engagements en fait sur l'évolution on a une sorte de problème d'héritage c'est-à-dire ceux qui sont partis avec un niveau beaucoup plus élevé ou bien qui sont partis avec des privilèges liés à leur statut de pays relativement pauvre on a du mal à s'en défaire le long du chemin j'allais dire et ça explique pourquoi aujourd'hui de fait les droits de douane appliqués et pour lesquels les Etats-Unis sont engagés d'ailleurs dans le cadre de l'OMC sont en moyenne plus faibles que ceux appliqués par la Chine et a fortiori d'autres pays donc pour donner des ordres de grandeur si vous voulez en tout cas pour les droits appliqués actuellement sans les droits extraordinaires ajoutés par l'administration Trump c'est de l'ordre de 3,5 pour les Etats-Unis mais c'est 7,5 pour la Chine 11 pour le Brésil 17 pour l'Inde donc il y a de fait il y a des asymétries mais c'est un dévoiement c'est joué avec les mots que de présenter ces mesures comme des mesures de réciprocité je crois
François Schimitz en fait ce que Donald Trump ne supporte pas s'agissant en particulier de la Chine et on en reste pour le moment aux seules considérations commerciales c'est que la Chine entretient un excédent très important vis-à-vis du marché américain et les exportations sont d'autant plus utiles à l'économie chinoise que son propre marché intérieur ne redémarre pas à proportion de l'époque avant Covid la vision qu'a déployé Trump alors toujours délicat de faire l'exégèse d'un personnage aussi sémillant on va dire et divers parfois et incohérent dans le temps c'est une vision vraiment mercantiliste traditionnelle donc il voit l'exportation de son pays comme une bonne chose l'importation comme une mauvaise chose et tout décalage entre les deux comme la marque d'une grande faiblesse là où l'analyse de monsieur Trump est particulièrement unique on va dire c'est son obsession sur les déséquilibres bilatéraux le mercantilisme est plutôt une pensée extrêmement marginale dans la science économique mais au moins en général il s'intéressait aux déséquilibres globaux ce qui est particulièrement étrange c'est que chez Trump il y a cette obsession du bilatéral et donc la Chine à cet égard principal poste de déséquilibre des comptes commerciaux américains avec l'Union Européenne fait figure donc d'obsession de monsieur Trump de longue date là où dans son second mandat il y a quelque chose qui surprend un peu plus c'est que pour le moment cette obsession chinoise liée au déficit bilatéral a assez largement disparu et c'est quelque chose qui interroge beaucoup les analystes ou en tout cas un certain nombre d'analystes puisque cela était un élément constitutif de son récit politique jusque là or cet élément constitutif a largement disparu même les droits de douane récents dont on a parlé les plus 10 plus 10 donc les plus 20% de droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance de Chine ont été pris au titre de l'absence d'efforts chinois dans la lutte contre les importations de drogues illégales de fentanyl en particulier aux Etats-Unis là où lors de son premier mandat il y avait plus clairement un ciblage de ce déséquilibre là où cela crée particulièrement un risque pour nous européens c'est que lors du premier mandat de Trump Pékin et Washington avaient su trouver un terrain d'entente justement du fait de la relative faiblesse de cette ligne d'attaque on va dire trumpienne les chinois s'étaient engagés à importer beaucoup plus de produits américains notamment des produits des matières premières ce qui avait assez largement semblé convenir à monsieur Trump la mise en oeuvre ensuite de cet accord avait été défaillant puisqu'il y avait eu la période du Covid et puis le départ ensuite de monsieur Trump mais ce que l'on peut craindre nous européens c'est un accord de type similaire qui serait relativement peu coûteux pour Pékin puisqu'il s'agirait là de simplement réorienter ces demandes en produits agricoles ou en produits énergétiques vers les Etats-Unis et qui pourrait se faire assez largement en effet sur le dos des intérêts américains maintenant côté Pékin si évidemment il y a un énorme défi représenté par la pression américaine en cette période de difficulté économique deux leviers quand même très importants restent encore disponibles pour y répondre le premier et on l'a vu à l'oeuvre déjà durant les deux assemblées et plus généralement durant le déploiement assez lent de ce virage vers le soutien à son économie domestique opéré depuis septembre de l'année dernière qui est l'activation d'une politique assez claire de soutien à son économie domestique à la fois avec le levier budgétaire et avec le levier le levier monétaire et donc probablement un soutien très important à l'économie chinoise qui va être mis en place par Pékin durant l'année 2025 pour atteindre cet objectif de stabilisation de la croissance réelle autour de 5% qui était déjà l'objectif et le chiffre obtenu en 2024 L'autre levier et on l'a vu à l'oeuvre principalement en décembre et janvier c'est celui de la dévaluation de la dépréciation de la monnaie chinoise qui si elle n'est pas formellement administrée répond assez parfaitement au désir de Pékin avec des mécanismes qui ont été fortement opacifiés sous Xi Jinping pour justement avoir une espèce de plausible deniability en très mauvais français mais de capacité à pouvoir nier l'interventionnisme Trump avait durant son premier mandat très fortement mis l'accent sur les doutes sur les interrogations qui existaient autour de la sous-évaluation sciemment orchestrée par Pékin de sa monnaie cette rhétorique a là aussi pour le moment assez largement disparu en tout cas des déclarations de la Maison-Blanche quand on regarde les mesures qui sont prises systématiquement ces mesures ouvrent la possibilité de sanctions et de droits d'ouane vis-à-vis de Pékin au titre de cette sous-évaluation du change mais sans que cela soit pour le moment en tout cas portée et mise en avant par Trump ce qui pourrait donner lieu à une correction par Pékin ou en tout cas à un accueil de la pression américaine par une dépréciation du change qui viendrait donc annuler les éventuels droits de douane qu'on a pu observer à ce titre d'ailleurs le fait que le jet de Minbi se soit déprécié d'environ 20 à 25% vis-à-vis de la monnaie américaine depuis l'élection de Trump enfin depuis sa victoire lors des élections jusqu'à aujourd'hui n'est probablement pas complètement anodin et reflète probablement l'activation de ce levier par Pékin François est-ce qu'il y a aussi en fait une opportunité politique disons de type classique pour le régime chinois disant à sa propre population et bien vous voyez les américains encore une fois nous font du mal tout à fait alors ça demande un tout petit cadrage sur ce qu'est-ce que l'économie politique en Chine il faut savoir qu'en Chine dans le système politique chinois il y a vraiment cette centralité d'épargner toute forme de tort fait aux dignitaires principalement à la personne de Xi Jinping pour justement garantir la stabilité politique du régime et en général au niveau national cela prend la forme de l'utilisation des strates administratives et politiques d'une Chine qui est quand même très décentralisée il faut le rappeler pour justement porter le blâme d'éventuelles difficultés économiques ou difficultés sociales que peuvent rencontrer les chinois et là en l'occurrence Trump fournit un peu sur un plateau à monsieur Xi Jinping une excuse ou un quelqu'un à blâmer pour les difficultés très réelles que connaissent les chinois depuis maintenant quelques temps est-ce que cela sera suffisant et est-ce que cela fonctionnera auprès de la population chinoise du fait de la très grande opacité autour de l'information et de la circulation de l'information en Chine il sera probablement dur d'en estimer exactement l'impact mais il est certain que le régime va activer à plein cette opportunité de détourner l'origine des problèmes de l'économie chinoise vers la Maison-Blanche et donc de faire de la Maison-Blanche le responsable de tous les maux en plus de cela cela permet de souder l'ensemble de la nation chinoise derrière son parti état pour justement accomplir les grands efforts de transformation que Xi Jinping ambitionne pour son économie depuis maintenant quelques années et qui justement a chopé sur un manque d'enthousiasme des différentes parties prenantes de l'économie chinoise pour opérer cette mutation de l'économie chinoise vers cette économie sociale de marché moderne que le parti maintenant appelle de ses voeux depuis officiellement huit ans Florence Pisani il est temps de retourner à ce qui se passe aux Etats-Unis et en particulier le risque assez évident que le consommateur américain a commencé par les plus modestes se fournissant en marchandises à bas prix la plupart du temps chinoises quel peut être l'impact sur le niveau de vie des américains
il est élevé si Donald Trump fait ce qu'il avait annoncé pendant sa campagne électorale c'est-à-dire mettre 60% de droits douanes sur la Chine et 10% sur l'ensemble du reste du monde on va avoir deux points d'inflation en plus aux Etats-Unis et ce qu'on sait c'est que c'est surtout les ménages à bas revenus qui vont souffrir le plus c'est ceux qui dépendent des biens de première nécessité largement qui dépensent ceux qui gagnent mais largement en produits importés et notamment importés à bas prix de Chine et donc c'est les ménages des quintiles les plus bas de revenus qui vont être les plus affectés les calculs qui avaient été faits c'est qu'il y a 1500-2000 dollars de prélèvements sur ces ménages et ça c'est évidemment un effet très négatif pour la consommation américaine il faut rappeler que c'est les ménages du bas de l'échelle des revenus qui dépensent ceux qui gagnent donc ça va être les plus affectés donc ça c'est un premier point je ne suis pas sûr d'ailleurs pour revenir juste à la Chine que Donald Trump souhaite négocier avec la Chine on a un agenda qui est un agenda très conservateur il faut rappeler que beaucoup des choses qui sont annoncées par Donald Trump même s'il est imprévisible qu'il met des droits de douane qu'il les retire mais beaucoup de ce qu'il a annoncé étaient dans le mandate for leadership de 2025 l'agenda conservateur dont Donald Trump s'était détaché pendant la campagne parce qu'il avait peur de froisser une partie de son électorat donc il s'était détaché de cet agenda mais cet agenda il est mis en marche et dans cet agenda la Chine est ciblée et moi je ne suis pas sûre que Donald Trump souhaite négocier vraiment avec la Chine il cherche à affaiblir la Chine à un moment où la Chine est soumise en interne à des pressions déflationnistes elle a un problème d'emploi pour les jeunes diplômés les plus diplômés ne trouvent pas aujourd'hui d'emploi ou difficilement en Chine elle a un problème d'emploi de ses migrants les migrants qui étaient employés dans l'industrie manufacturière ou la construction dans des emplois relativement peu qualifiés ont perdu ses emplois et ça c'est une pression en permanence déflationniste sur l'économie chinoise et si vous ajoutez à ça des droits de douane qui sont extrêmement élevés sur la Chine il va falloir effectivement que la Chine stimule sa demande intérieure mais il va falloir qu'elle le fasse beaucoup plus que ce qu'elle a annoncé jusqu'à présent elle a annoncé jusqu'à présent des mesurettes qui sont de l'ordre de 0,2 0,3 points de PIB le choc sur l'économie chinoise dont on parle aujourd'hui c'est 1,5 à 2 points de PIB si Donald Trump va aussi loin qu'il le dit sur les droits de douane vis-à-vis de la Chine
mais quel choc Florence sur encore une fois les couches sociales aux Etats-Unis quand on voit qu'il y a aussi des coupes très significatives dans les budgets sociaux et là la conjugaison encore une fois avec un risque renouvelé d'inflation qui reste je crois autour de 2% mais encore une fois avec une politique de droits de douane alourdie cela va encore une fois impacter
les gens les plus fragiles oui ça va augmenter fortement la pauvreté quand on regarde ce qu'il y a dans le projet de budget qui est passé à la Chambre mais qui n'est pas encore voté il y a des coupes d'aide alimentaire et de la nutrition pour les enfants on veut couper 330 milliards sur un programme qui ont fait 650 sur les 10 prochaines années donc on coupe la moitié du programme d'aide alimentaire et d'aide aux étudiants on coupe les bons alimentaires les programmes de bons alimentaires il est question de faire des coupes dans Medicaid et là il y a des débats y compris au sein des républicains parce que toucher au programme Medicaid Medicaid c'est un programme qui bénéficie aujourd'hui à plus de 70 millions d'américains dont une large partie des électeurs qui ont voté pour Donald Trump donc revenir sur Medicaid ce serait quelque chose qui serait assez dommageable y compris pour les soutiens les grands soutiens de Donald Trump dans un certain nombre d'États républicains mais ce qui est envisagé aujourd'hui au Congrès c'est un programme de coupe budgétaire tous azimuts qui porte largement largement sur les plus défavorisés il y a en gros 2000 milliards de baisse de dépenses sur les 10 prochaines années qui sont annoncées dans le programme qui a été voté à la Chambre et sur ces 2000 milliards sur les 10 prochaines années c'est essentiellement des programmes pour les plus défavorisés qui sont coupés
et avec une baisse évidemment annoncée des impôts pour les revenus les plus élevés Sébastien Jean il y a un moment où le rôle du dollar est directement concerné on voit d'ailleurs les réactions inquiètes de la Banque Centrale Européenne du Fonds Monétaire International mais aussi et surtout si j'ose dire de la Banque Centrale Américaine
En effet et d'ailleurs c'est un élément assez nouveau par rapport au premier mandat je crois que la première raison pour laquelle le dollar est concerné c'est que quand on parle de droits de douane aussi élevés que ceux que Trump est en train de déployer il faut rappeler que je vous fais juste une petite parenthèse on fait le parallèle avec les années 30 mais là on se dirige vers une protection qui en moyenne serait beaucoup plus importante que celle des années 30 la crise protection des années 30 et cette vague protectionniste donc on est à un niveau de protection qui est si élevé que ça devient une question macroéconomique ça c'est un premier élément le deuxième c'est que même en termes de stratégie générale le volet monétaire est maintenant pleinement intégré en tout cas dans ce que disent et écrivent certains des conseillers de Trump c'était le cas déjà un peu de Robert Lighthizer précédemment et aujourd'hui en particulier du secrétaire au Treasor Scott Besant et du chef des conseillers économiques Stéphane Miran et ce qu'ils disent essentiellement c'est le dollar et la devise clé du système monétaire international et en fait pour nous c'est un fardeau parce que étant donné que c'est une devise clé tout le monde veut en acheter avant d'avoir nous on pourrait se dire quand même que c'est le privilège exorbitant selon le fameux terme de Giscard il y a maintenant 60 ans mais eux disent ben non en fait ça pousse à un dollar trop cher et donc c'est ça qui entretient structurellement nos déficits le problème derrière et ce qui je crois met tout le monde mal à l'aise c'est qu'on sent là encore comme ça a été précisé tout à l'heure sur les aspects commerciaux une sorte de non-choix c'est-à-dire il vaudrait vraiment tout à la fois y compris des choses contradictoires donc Stéphane Miran par exemple donc ce conseiller économique en chef il dit ben voilà la logique de ces mesures de protection c'est qu'en fait on arrive quand même à les faire payer par les partenaires parce qu'on obtient des gains des termes de l'échange ce que ça veut dire des gains de termes de l'échange ça veut dire on leur vend plus cher parce qu'ils sont obligés d'évaluer de déprécier leur monnaie en face donc ça au fond c'est une justification des politiques tarifaires en disant elles sont bénéfiques parce qu'on arrive avec un dollar fort finalement à faire payer les autres mais dans le même temps il veut aussi utiliser une dépréciation concertée du dollar pour faciliter la réindustrialisation avec derrière des propositions qui sont mises sur la table on ne sait pas exactement à quel degré de sérieux il faut les prendre en disant on va forcer nos partenaires à se mettre autour de la table pour faire un accord un nouvel accord du Plaza le cas du Plaza en 1985 il avait organisé un accord autour de la baisse de la valeur du dollar et là il voudrait faire ça avec différents instruments y compris des instruments réglementaires ou de taxation sur les bons du trésor américain donc on a l'impression aussi qu'en plus il y a une volonté même de bricoler au cœur du système monétaire international ce qui potentiellement est inquiétant évidemment
Est-ce que Sébastien l'importance prêtée par Donald Trump au rôle des crypto-monnaies s'inscrit dans la même stratégie ?
C'est une bonne question parce que cette importance elle est troublante et elle tient beaucoup aussi apparemment de la connivence avec un certain nombre de milieux elle tient beaucoup aussi de ces influences contradictoires dans l'entourage de Trump à la fois des néoconservateurs comme on a pu les voir au premier mandat mais aussi aujourd'hui des libertariens alors comment est-ce que les cryptos peuvent s'articuler avec ces objectifs ces stratégies sur le plan monétaire pour moi ce n'est pas évident parce que tout ce qui est crypto-actif si le dollar perdait au fond son statut ou en tout cas si son statut de visclé s'affaiblissait il y aura une recherche d'actifs de réserve d'actifs sûr alternatifs et peut-être que certains pourraient voir dans des modalités particulières de crypto des supports pour le faire mais si on veut justement maintenir le dollar comme ancre du système monétaire international ce qui fait partie des objectifs contradictoires affichés par ses conseillers et visiblement par lui aussi parce qu'il il l'a dit clairement à ce moment-là je ne vois pas bien l'articulation entre les deux
François, j'imite il y a un nom qu'on n'a pas encore prononcé mais on ne peut pas l'éviter s'agissant des rapports entre la Chine et les Etats-Unis c'est Elon Musk Elon Musk dont les activités automobiles avec Tesla reposent très très largement sur le soutien du régime chinois et aussi la demande du marché chinois est-ce que Elon Musk est actif et est-ce qu'il est lui qui parle de tellement de choses est-ce qu'il s'exprime sur les relations avec Pékin alors en effet c'est un probablement une des faiblesses ou en tout cas une des grandes incertitudes dans l'éventuelle stratégie Chine de la nouvelle Maison-Blanche c'est ce rôle potentiel que aurait M.
Musk et notamment avec cette exposition très importante en matière économique et une forme de bonne entente et de bonne relation sur un plan plus politique et peut-être même philosophique pour Musk vis-à-vis de ce qu'est le régime de Pékin dont M. Musk a par le passé loué les mérites en termes de productivité d'ordre etc. Ce qui est surprenant jusque-là c'est que Musk depuis l'arrivée de M.
Trump à la Maison-Blanche semble être interdit de parler de la Chine lui qui était assez disserte et qui l'est toujours sur plein de sujets n'a pas spécifiquement effectué de sorties ou de saillies sur la Chine ces derniers temps ce qui peut prêter en effet à l'analyse qui l'a reçu une fin de non-communiqué sur ce sujet et plus généralement aussi François pardon je vous interromps c'est que avant la mise en place de la nouvelle équipe il y avait un consensus d'ailleurs bipartisan sur une hostilité affichée verbalisée à l'encontre de la Chine et là tous ces faucons anti-chinois à commencer par le secrétaire d'Etat Marco Rubio on ne les entend pas et alors c'était exactement le point sur lequel j'allais venir c'est que nous avons une incertitude fondamentale sur quelle est la réalité de la stratégie Chine de monsieur Trump au sein du parti républicain au sein de sa base politique il y a eu très clairement une infraction très importante peut-être même ultra majoritaire qui fait de la Chine le grand adversaire stratégique des Etats-Unis pour le 21ème siècle face auquel Washington doit structurer l'ensemble de sa stratégie géopolitique et après les premières nominations nous avons pu penser qu'en effet cette faction-là si on peut parler ainsi avait la haute main sur les affaires économiques internationales et que donc on allait voir une géopolitique une géoéconomie américaine intégralement consacrée à cette grande lutte géostratégique et ce qui est particulièrement étonnant c'est l'absence de la disparition totale de la Chine dans le récit Trump depuis son arrivée au pouvoir alors est-ce que cela procède d'une dynamique tactique pour justement ne pas trop perdre sa relation bilatérale avec Xi Jinping et maintenir cet éventuel lien pour pouvoir après demain aller vers un accord est-ce que de manière plus substantielle cela révèle une priorité au sein de la Maison-Blanche qui va à plutôt cibler les partenaires on va dire traditionnellement alliés que sont les démocraties libérales et les pays de l'OCDE ce qu'on a pu observer depuis quelques semaines c'est là l'une des grandes incertitudes il y en a une deuxième qui procède aussi un peu de la sphère Musk on va dire qui est l'approche on a beaucoup parlé jusque là des droits de douane et de la guerre commerciale et on a assez largement ignoré la guerre technologique or cela avait été le grand levier activé par l'administration Biden pour justement opérer et essayer de gagner cette grande compétition géoéconomique internationale face à l'adversaire chinois jusque là les mesures mises en place par Biden ont toutes été maintenues certains signaux semblent indiquer qu'il va même y avoir un renforcement de cette approche mais pour le moment là aussi monsieur Trump ne pipe mot et donc engendre une grande incertitude quant à l'endossement quant à la capacité du président américain de réellement faire sien cette approche technologique qui dans les faits veut dire moins de business pour les entreprises américaines et qui donc pourrait aller à l'encontre de certains de ces ressorts personnels de businessmen et là-dessus une grande incertitude existe et donc cela vous donne au-delà de l'approche guerre commerciale une relation bilatérale qui est extrêmement incertaine et qui explique pour partie la réponse relativement ferme mais mesurée des chinois qui veulent se ménager toutes les possibilités y compris celles de l'éventualité d'un deal dans quelques temps une fois que les discussions auront sérieusement commencé entre les deux parties Agathe de Marais on approche vers la conclusion extrêmement provisoire de cette discussion est-ce que on peut voir et je reviens à ce moment troublant hier quand Donald Trump sur son réseau social menace la Russie de droits de douane et de sanctions pour deux heures après dire mais non Poutine avec lui on va pouvoir faire un deal on voit aussi le souci du président américain de dire à quel point Xi Jinping est un personnage intéressant et même admirable est-ce que cela veut dire qu'il y a cette fascination pour le modèle qu'il faut bien appeler dictatorial une fascination disons de dimension idéologique qui accompagne paradoxalement de la part des Etats-Unis une certaine automutilation qu'il s'agisse des budgets de USA c'est-à-dire tout le soft power américain qui part en fumée
je crois effectivement qu'on peut s'interroger sur une certaine fascination de la part de Trump pour un modèle fondé sur des hommes forts je crois que sur la Russie les déclarations de Trump ont été intéressantes également à nouveau parce qu'on en vient à se dire c'est très imprévisible on ne sait pas ce qu'il cherche est-ce qu'il cherche même quelque chose le sait-il lui-même je n'en suis pas personnellement sûre et je crois qu'en fait la question de ces déclarations d'hier concernant la Russie où il a menacé Moscou de sanctions et de droits de douane alors bon des droits de douane sur les importations russes ça ne ferait pas grand mal ni aux Etats-Unis ni à la Russie puisqu'en fait les Etats-Unis et la Russie sont des partenaires commerciaux très mineurs il y a très peu d'échanges commerciaux entre les deux pays mais je crois qu'en fait ce qui est intéressant c'est de voir la déconnexion entre les paroles de Trump donc avec un style très particulier très agressif et les actes de Trump puisque là si on regarde ces paroles on peut se dire tiens il fait volte-face et finalement il adopte une posture beaucoup moins amicale vis-à-vis de Moscou mais en termes d'actes quand on voit ces actions de ces dernières semaines en coupant l'aide à l'Ukraine en arrêtant de partager des renseignements militaires avec les Ukrainiens je crois quand même que la direction générale est assez claire et je crois que l'un des grands objectifs de Trump c'est de signer un accord alors je n'ose même pas dire de paix mais signer un accord avec Vladimir Poutine je crains que Trump ait un intérêt très faible pour la question des détails de cet accord et des garanties de sécurité pour l'Ukraine donc cet accord ne résoudra probablement pas le conflit mais Trump pourra brandir cet accord et il est de notoriété publique qu'il pense que cela pourrait lui permettre d'avoir un prix Nobel je crois qu'en fait quand on regarde la réalité et surtout son échange avec le président ukrainien Zelensky il y a à peine une semaine cet échange très houleux au sein du bureau Oval je crois qu'en fait une façon de résumer la façon de voir les choses de Trump il parlait de cartes justement avec Zelensky en lui disant qu'il n'avait aucune carte c'est ça exactement en fait Trump si vous avez des cartes joue avec vous dans le but de vous humilier et si vous n'avez aucune carte il vous humilie également et donc au final l'objectif est le même toujours humilier son partenaire sauf si c'est un homme très fort comme Poutine et Xi Jinping pour montrer qu'il est selon son opinion l'homme le plus fort dans la salle et que c'est lui qui commande
et pourquoi cette forme encore une fois d'affaiblissement de certains outils construits encore une fois depuis la seconde guerre mondiale par des Etats-Unis exerçant bien évidemment leur ascendant parfois excessif sur le système occidental en tout cas
alors ça ça ne s'explique pas vraiment en fait il paraît assez évident que les Etats-Unis et en tout cas l'administration Trump se tire une balle dans le pied je dirais qu'en fait il y a une forme de méconnaissance ou un désintérêt vis-à-vis des conséquences à long terme des politiques qui sont aujourd'hui menées par Trump c'est-à-dire que on a l'impression que ce sont des politiques court-termistes je crois que ceux d'entre nous qui suivent les déclarations de Trump sur les questions commerciales ça peut changer trois fois dans la journée je me souviens des premiers tarifs douaniers qui avaient été imposés contre la Chine le Canada et le Mexique en 24 heures la situation avait totalement changé finalement c'était suspendu pour le Canada et le Mexique et en fait quand on regarde sur le long terme il y a véritablement un risque qui ne semble pas être pris en compte par l'administration américaine d'affaiblissement du leadership américain et de la place proéminente des Etats-Unis aujourd'hui à la fois sur la scène géopolitique et économique mondiale on peut penser à un certain nombre d'exemples par exemple les tensions commerciales aujourd'hui mais pas que commerciales technologiques également puisqu'il y a aussi toutes ces questions sur les entreprises technologiques américaines qui ne voudraient pas suivre les lois européennes mais être réguliers par les lois américaines quand elles exercent sur le sol européen et bien ces tensions entre les Etats-Unis et l'Europe évidemment bénéficient à la Chine on peut également penser à la fermeture de USAID donc l'agence américaine en charge de l'aide au développement dans un certain nombre de pays un certain nombre de pays notamment en Afrique subsaharienne dépendait de ces financements par exemple pour la lutte contre le virus du sida et bien qu'est-ce que cela va faire cela va faire en fait que la Chine s'insère dans ces pays pour proposer des projets de développement mais qui vont être liés aussi à des intérêts économiques par exemple pour l'extraction de ressources minérales et donc quand on met tout bout à bout effectivement il y a une véritable déconnexion entre les actions de Trump à court terme donc oui peut-être d'ailleurs à court terme que là l'économie américaine cela va aller mais à moyen terme et long terme c'est certain qu'il y aura des problèmes avec une hausse de l'inflation et de même sur la scène internationale probablement un affaiblissement du leadership américain et après également se pose la question de tout ce que cela veut dire pour la Chine la Chine va probablement redoubler d'efforts pour diminuer ses dépendances technologiques financières commerciales vis-à-vis des économies occidentales au premier rang desquelles les Etats-Unis pour se prémunir en fait de ses actions américaines
et une toute dernière question et une réponse très brève quand selon vous les Européens que nous sommes auront droit à l'annonce des droits de douane que souhaite nous infliger la Maison Blanche
c'est pour quand ? c'est très difficile à savoir c'est très difficile à savoir puisque Trump semble changer d'avis assez régulièrement mais je crois que début avril sera très probablement une date assez importante pour les hostilités entre les Etats-Unis et l'Union Européenne
et bien merci merci à vous quatre merci à vous Agathe Demaret vous avez signé plusieurs papiers sur la plateforme que je recommande bien sûr du Conseil Européen des Relations Internationales et un papier très intéressant le mois dernier dans la revue américaine Foreign Policy Florence Pizani vous avez co-signé avec Émile Gagnat une série de textes sur la politique économique de Donald Trump ça a été publié sur le site de Candrium François Schimitz vous avez vous aussi bien sûr publié plusieurs papiers en anglais sur la coordination de la politique économique et commerciale chinoise et vous avez signé en octobre dernier le rapport de l'institut Mercator sur l'asymétrie entre le commerce européen le commerce américain avec la Chine et je recommande enfin la note de Sébastien Jean sur le site de l'IFRI sur la façon dont les tensions géopolitiques micromodèles les relations commerciales à la réalisation ce matin bien sûr Luc-Jean Reynaud François Saint-Jour était à la technique Laura Duteche-Pérez et Patricia Mivra de la documentation de Radio France m'ont aidé à préparer cette émission nous sommes samedi voici Marina Carnère d'en cause et ses carnets de santé bon week-end