Gilles Simeoni : "L'Etat continue malheureusement d'adopter une attitude de mépris vis-à-vis de la Corse"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 4:47OuverteRéponse directe
Donnez-nous le sens du contexte actuel ici en Corse.
- 5:57RelanceRéponse directe
Comprenez-vous ce que Gérald Darmanin évoque en reportant sa visite ?
- 6:49OuverteRéponse directe
Quel sens donnez-vous au Conseil exécutif de Corse ?
- 7:51OuverteRéponse partielle
Cette institution répond-elle à vos revendications autonomistes ?
- 8:58OuverteRéponse directe
La Corse pourrait-elle s'inspirer des statuts de la Polynésie ou Nouvelle-Calédonie ?
- 9:57OuverteRéponse directe
Quel sens accordez-vous au score de Marine Le Pen en Corse ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 10:31Invité politiqueFait
« lorsque le suffrage universel parle, on ne peut pas le traiter par le mépris ou par l'indifférence. »
- 15:18Invité politiqueFait
« Il ne peut pas y avoir de Corse libérée, émancipée, heureuse, sans la démocratie. »
- 27:50Invité politiqueFait
« une politique qui continue malheureusement trop souvent à être celle du mépris du fait démocratique et du suffrage universel de la part de Paris. »
- 28:00Invité politiqueFait
« je crois qu'on est aujourd'hui à un point de bascule. »
- 30:30Invité politiqueFait
« le métier et le serment d'un avocat c'est de défendre. »
- 30:45Invité politiqueFait
« Yvan Colonna s'est toujours affirmé innocent »
- 31:00Invité politiqueFait
« Yvan Colonna a été assassiné dans des conditions terribles »
- 31:06Invité politiqueFait
« les autres hommes qui ont été condamnés dans cette affaire sont libres pour certains depuis plusieurs années »
- 31:11Invité politiqueFait
« il en reste deux : Pierre-Alessandre Alain Ferrand »
- 31:24Invité politiqueFait
« le moment était venu du pardon et le moment était venu de la semi-liberté notamment pour Pierre-Alessandre et Alain Ferrand »
- 31:36Invité politiqueFait
« elle devrait intervenir dans le courant du mois de janvier »
- 31:40Invité politiqueFait
« le 6 février 2023 sera le 25e anniversaire de l'assassinat du préfet Rignac »
- 35:45Invité politiqueFait
« la violence a pu apparaître et peut quelquefois continuer d'apparaître comme légitime »
- 35:48Invité politiqueFait
« nous faisons le choix clair de renoncer à l'action clandestine et à l'action violente »
- 35:53Invité politiqueFait
« seule l'action démocratique est aujourd'hui à même de permettre l'investissement du peuple corse dans la lutte »
- 36:04Invité politiqueFait
« on a l'impression d'une formidable hypocrisie de la part notamment des représentants de la classe politique traditionnelle »
- 37:27Invité politiqueFait
« cette question de la violence qui continue aujourd'hui de tarauder la société Corse »
- 39:08Invité politiqueFait
« il y a aujourd'hui le retour peut-être d'une tentation de la violence politique »
Temps de parole
- Gilles Simeoni58 %
- Présentateur35 %
- Invité3 %
- Invité 23 %
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Bonjour. On a beau savoir que le principe d'une mode est de se périmer, que l'utilisation même de la notion de tendance induit un avant différent et un après inconnu à l'heure où nous mettons sous presse, ça va vraiment vite. La radicalité du changement de tendance est logiquement proportionnelle à l'amplitude des sentiments que suscite la tendance en question, si bien que les responsables politiques disposent d'assez peu de temps pour flairer, que la mode arrive bientôt au sommet de la parabole et qu'il faut dardard changer de cap à 180 degrés sous peine de disparaître à tout jamais dans les rapides des chutes niagaresques de l'opinion publique dont personne n'est jamais revenu.
Souvenons-nous du bling-bling, de la fascination que nous ressentions, fascination matinée d'une certaine fébrilité honteuse, lorsque nous effeuillâmes comme tant de bronchiteux avant nous, dans cette salle d'attente bondée, le Paris Match garni de clichés des vacances de Noël de Jacques Chirac dans un palace 8 étoiles de l'île Maurice. Qu'il fut en sorcelant le temps où Bernard Tapie débarquait à Marseille dans le jet privé qu'il pilotait lui-même grâce à la vue bionique que lui conférait ses Ray-Ban toute saison.
Comme nous fûmes éblouis par ce président qui à peine élu s'en alla, fouquet de sais, sur les Champs-Elysées, juste histoire de régler avec son agent de voyage Vincent Bolloré les derniers détails du séjour all-inclusive Falcon et autres fruits de mer qu'il allait s'offrir, oui ou se faire offrir si vous préférez, avant de se coltiner pendant 5 ans les râleurs du pouvoir d'achat. Mon Dieu, mais qu'il nous en sort cela, ce président qui à peine, même pas élu, privatisa une très chic brasserie de la rive gauche pour célébrer entre Stéphane Bern et Pierre Arditis sa victoire de dans 15 jours.
Ah, nous en arrivions à bénir la première carie venue puisqu'annonciatrice d'un passage dans la salle d'attente, gorgée de magazines célébrant les apôtres du bling bling. C'était il y a 5 ans, il y a un siècle, il y a une éternité. Le cours de l'or pour l'opinion publique a considérablement chuté, à ce niveau-là c'est même plus un changement de valeur mais carrément un changement de monnaie. L'élu ne veut plus s'afficher en vacances ailleurs que chez ses cousins du Morvan qui l'aura rejoint en TER.
Je vous assure que si Nicolas Sarkozy est élu en 2027, on ne le prendra plus la main dans l'yaut d'un copain milliardaire, mais il ira fêter sa victoire en jouant au Scrabble avec un moine contemplatif de la grande chartreuse. Il est tout de même un homme qui avait eu l'instinct, instinct précurseur de la dangerosité pour un responsable politique de s'approcher trop près de ce qu'on n'appelait pas encore bling bling mais disons la jet set, c'est Charles de Gaulle qui conseilla fermement à Georges Pompidou de laisser sa Porsche au garage et d'abandonner les vacances à Saint-Tropez.
Consigne suivi et Pompidou n'a jamais été aussi populaire qu'à l'époque où les gazettes le photographiaient devant sa quatrelle et sa bergerie en pierre sur un Austercoce du Lot. C'est bien dommage, même la Corse, vous n'avez plus le droit. En tout cas, bon courage pour l'assumer. Si en plus vous êtes un responsable de gauche, il y a comme un court-circuit. L'exemple touchant de ce chef de parti, parti dont on ne donnera pas le nom pour respecter l'anonymat du vacancier, juste les initiales, PCF.
Traditionnellement, il part l'été avec famille et copains pour un séjour en Corse, les pieds dans l'eau, mais à chaque fois qu'un journaliste l'évoque, Fabien Roussel précise que, certes, c'est la Corse, mais un camping, un camping deux étoiles, un camping deux étoiles sans piscine, ni restaurant, ni discothèque. Alors je vais me méfier, moi aussi, au moment de vous avouer quelque chose. L'émission d'aujourd'hui se tient en Corse, mais dans un studio que je vous promets sans piscine, ni restaurant, ni discothèque.
Nous sommes à Bastia, pour un sens politique réalisé depuis France Bleu, RCFM, Radio Corsica, Frequente Samora, émission à Bastia, avec celui qui préside depuis sept ans, presque jour pour jour, le conseil exécutif de Corse, avocat, avant d'entrer pour de bon en politique, ancien maire de Bastia, son parti est un parti autonomiste, fais-moi à Corsica, faisons la Corse, nous accueillons Gilles Simeoni, bonjour.
Bonjour.
Je vous souhaite la bienvenue sur France Culture. Le destin de la Corse et finalement le vôtre s'écrivent au fil des événements, parfois tragiques, toujours politiques, qui jalonnent les quatre dernières décennies. Nous allons donc cheminer pendant presque 45 minutes de moments marquants, personnalités marquantes, mais pour planter le décor. Dix mois après la mort en détention d'Yvan Colonna, reconnu coupable de l'assassinat du préfet Rignac, dix mois après les manifestations tendues, dix mois après la venue de Gérald Darmanin, un mois après votre visite à Paris au ministère de l'Intérieur. Gilles Simeoni, donnez-nous le sens du contexte actuel ici en Corse.
Contexte incertain, qui est à la fois fait d'espoir, parce qu'il faut toujours avoir l'espoir que le dialogue réel puisse s'instaurer, qu'une solution politique globale puisse se construire, et qu'il y a la possibilité de le faire, toujours, et en ce qui nous concerne, il y a une volonté inébranlable d'y parvenir.
Espoir donc d'un côté, mais de l'autre forcément inquiétude, parce que vous l'avez rappelé, un drame d'abord, un assassinat dans des circonstances aussi tragiques qu'inesplicables, et largement inexpliquées à ce jour, des manifestations ensuite, un sentiment d'injustice, concernant notamment le refus de placer en solime liberté Pierre-Alaissandre Alain Ferrande, et condamné pour l'assassin du préfet Rignac, mais en détention depuis près de 24 ans. Puis donc, un contexte global qui reste marqué par le déficit de dialogue, et me semble-t-il, une insuffisante volonté de la part de Paris de s'inscrire dans la durée, dans la recherche d'une solution équilibrée.
Et lorsque le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, reporte, je crois qu'on en est pour l'instant à deux fois sa nouvelle visite en Corse, parce qu'il estime que le climat n'est pas propice aux échanges, c'est son expression, comprenez-vous ce qu'il évoque, et si oui, est-ce qu'il y a une petite probabilité pour que le climat en question change ?
J'espère que le climat va changer, vous savez, l'Assemblée de Corse, à l'unanimité, a dit que, premièrement, il faut que ce processus de dialogue réussisse, il n'y a pas d'alternative, deuxièmement, ce processus est aujourd'hui en danger, et troisièmement, et là aussi, les élus de la Corse, dans la diversité de leurs composants, de leurs engagements politiques, l'ont affirmé de concert, il appartient au gouvernement et à l'État de dire des choses, et de faire aussi, à travers des actes, qui permettent de reconstruire la confiance.
Pour bien comprendre ce que nous évoquerons tout au long de l'émission, Gilles Simeoni, arrêtons-nous dès maintenant sur cette institution que vous présidez depuis sept ans, je le disais, décembre 2015, le Conseil exécutif de Corse. Quel sens vous donnez à cette institution, et peut-être plus spécifiquement, en quoi elle est une sorte de boîte à outils pour les élus territoriaux ?
Alors, d'abord, rappelez que nous fêtons cette année les 40 ans du statut particulier de la Corse, 1982, ce sont les grandes lois de décentralisation au lendemain de l'élection de François Mitterrand. Gaston de Ferre ?
Gaston de Ferre, un statut particulier pour la Corse, c'est la création d'une assemblée avec des pouvoirs qui vont au-delà de ceux des régions de droit commun, et puis ensuite des statuts spécifiques, successifs, qui vont élargir les compétences de cette collectivité, qui est aujourd'hui la collectivité de Corse, qui est née officiellement le 1er janvier 2018, notamment de la fusion de l'ancienne collectivité territoriale de Corse, des deux conseils départementaux, donc une institution qui assume à la fois les compétences des régions et départements de droit commun, mais également des compétences plus spécifiques.
C'est un pouvoir territorial qui est une revendication très ancienne des nationalistes de Corse. Est-ce que vous considérez que cette institution, vous l'avez décrite, qui représente donc schématiquement région plus département, considérez-vous que cette institution, et votre fonction de président, répondent constitutionnellement et philosophiquement à vos revendications ?
Au stade où nous en sommes aujourd'hui, certainement pas. Nous pensons qu'il faut aller plus loin, et notamment vers un véritable statut d'autonomie, de plein droit et de plein exercice, c'est-à-dire la capacité pour cette collectivité de produire des normes, des compétences élargies, et en fait, la traduction au plan juridique institutionnel de la volonté des Corses, du peuple corse, de s'assumer très largement, tout en restant dans une relation, qui est une relation à repenser, à reconstruire avec l'État et la République. Et le régalien reste à Paris ?
Le régalien à Paris, effectivement, le régalien à l'État, et pour tout le reste, une compétence de principe de la collectivité de Corse, qui assume donc la responsabilité, mais qui est aussi en situation de le faire à travers le transfert d'un certain nombre de ressources fiscales.
Il y aurait des équivalents pour, là aussi, concrétiser un petit peu cette autonomie que vous réclamez, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, ce sont un petit peu des modèles dans l'idéal pour vous ?
Alors, en droit français, en droit interne, il y a effectivement le statut de la Polynésie et le statut de la Nouvelle-Calédonie qui, eux-mêmes, sont différents entre eux, mais qui montrent qu'on peut aller très loin et de façon très différenciée, y compris dans le cadre du droit constitutionnel actuel. Pour aller plus loin pour la Corse, cela passe par une révision constitutionnelle. Elle a été longtemps promise. J'espère qu'elle interviendra dans le courant de ce quinquennat. Et puis, si on regarde un peu ailleurs, on se rend compte que toutes les îles de Méditerranée sont au minimum autonomes.
Un statut qui nous paraît extrêmement intéressant, c'est par exemple celui des Açores au Portugal, puisque le Portugal est un État unitaire et que là, il y a une reconnaissance constitutionnelle du statut d'autonomie des Açores et qu'il y a une répartition claire entre les compétences régaliennes du ressort de l'État et les compétences de la collectivité autonome des Açores qui sont exercées au plan local.
À la présidentielle du mois de mai dernier, au second tour, Marine Le Pen est arrivée largement en tête des votes en Corse avec 58% des suffrages exprimés, réalisant au passage son meilleur score de France métropolitaine. Gilles Simeoni, quel sens accordez-vous à ce résultat ? Est-ce que c'est l'expression des urgences, des dossiers prioritaires qui peuvent aujourd'hui être sur votre bureau de président du Conseil exécutif ?
Il est utile de vous dire que je regrette bien sûr ce score de Marine Le Pen puisque Mme Le Pen est au plan politique aux antipodes des valeurs et des idées qui sont les miennes. Ceci étant, lorsque le suffrage universel parle, on ne peut pas le traiter par le mépris ou par l'indifférence. Donc il faut prendre en considération ce résultat, ce qu'il exprime. À mon avis, ce n'est pas pour la plupart d'entre les personnes qui ont voté en faveur de Mme Le Pen un vote d'adhésion à ses idées, notamment les plus extrémistes, mais c'est certainement l'expression d'un malaise profond et il faut en identifier les causes et les traiter par des réponses non démagogiques.
Elle est notamment, Marine Le Pen, sauf erreur, opposée à l'apprentissage des langues régionales à l'école, ce que vous demandez, et elle estime, c'est son expression, que l'autonomie corse est un leurre. Donc 58% de la présidentielle, ça paraît, vu l'extérieur en tout cas, assez mystérieux. Est-ce que vous êtes surpris, Gilles C. Méoni, vous qui d'ailleurs, contrairement à 2017, n'avez pas explicitement appelé à voter Emmanuel Macron au second tour ?
Alors, quand je dis que je suis en désaccord total avec les idées et les valeurs de Mme Le Pen, il y a bien sûr son approche de la question corse. Historiquement, elle a toujours été totalement opposée aux idées que nous portons, mais je dirais que ce désaccord va bien au-delà. Il touche à la substance de ce qui fait la politique, à la vision d'une société. En ce qui concerne son score, il est effectivement paradoxal, puisqu'elle fait de très bons résultats à l'élection présidentielle, et ses résultats ou les résultats de ses candidats ou des candidats qui la représentent dans les autres élections sont très faibles.
Dernier mot, j'avais effectivement appelé à voter Emmanuel Macron lors du précédent scrutin présidentiel en expliquant pourquoi, parce que je ne voulais pas que la Corse soit la seule région de France où Mme Le Pen arrive en tête, ça risquait d'être le cas. J'ai appelé, et nous avons appelé après un débat politique interne à voter en faveur d'Emmanuel Macron, en disant aussi que nous espérions que ce vote lui conduirait pendant le quinquennat précédent à construire la solution politique au principe de laquelle il s'était dit attaché.
Pendant cinq ans, il y a eu malheureusement de nombreuses désillusions, et j'ai considéré, en mon âme et conscience, qu'en l'état de ce qu'avait été le rapport du président de la République à la Corse pendant le premier quinquennat, il n'était pas possible d'appeler à voter pour lui, donc je me suis absolu de toutes consignes au deuxième tour.
Depuis les élections territoriales de l'an dernier, le rapport de force est beaucoup plus clair à l'Assemblée de Corse. Plus un seul élu de la République en marche, plus un seul élu de gauche, plus un seul écologiste, et vous l'avez suggéré à l'instant, plus un seul élu du Rassemblement national. Des sièges occupés par des autonomistes comme vous, Gilles Siméoni, ou par des indépendantistes comme Jean-Guy Talamoni. Qu'est-ce que vous avez de commun dans votre engagement par votre action avec les indépendantistes, et qu'est-ce qu'il y a au contraire d'incompatibles dans votre vision et le dessin qui est le vôtre pour la Corse ?
Alors, d'abord, une précision peut-être. Juin 2021, des élections territoriales, la liste que j'ai conduit a remporté 42% des suffrages exprimés, ce qui lui assure une majorité absolue. Si l'on totalise l'ensemble des listes autonomistes et indépendantistes, elles étaient au nombre de trois, ça fait pratiquement 70% des suffrages avec un taux de participation qui est beaucoup plus important que pour les élections régionales sur le continent. Donc, je crois que ça fait 46 sur 63. C'est ça. Et puis, 30% restant pour une liste de droite. Donc, premier constat, c'est qu'il y a des forces politiques qui existent en Corse qui ont leur légitimité et qui ne sont pas représentées.
Donc, le suffrage universel à parler, il faut en tenir compte, mais il faut aussi penser des formes d'organisation et de consultation qui permettent à celles et ceux qui ne sont pas représentés au sein de l'Assemblée de Corse et bien de participer au débat, surtout quand c'est un débat fondamental sur l'avenir de la Corse, premièrement. Deuxièmement, il y a historiquement des désaccords entre les autonomistes et les indépendantistes sur l'objectif institutionnel, d'abord, sur les moyens de lutte puisque souvent, les indépendantistes ont soutenu la violence clandestine même si, depuis 2014, le FLNC a déclaré unilatéralement qu'il abandonnait définitivement C'était la condition
sine qua non pour vous pour les admettre dans votre cercle de travail. voire dans votre majorité. Oui,
c'était une condition essentielle que je ne posais pas comme un préalable parce que je pense qu'on ne va pas vers des discussions politiques internes à la Corse ou dans la relation à l'État en posant des préalables lorsqu'on essaie de trouver des solutions à un conflit qui dure depuis 50 ans. Par contre, j'ai toujours été très clair. Je pense que nous sommes nationalistes les uns et les autres. Nous sommes attachés à la notion de peuple corse nationaliste au sens qu'a donné l'histoire contemporaine de la Corse à ce terme. Je ne me reconnais pas, vous vous en doutez, dans les notions de nationalisme historique en France ou en Europe, par exemple.
Donc, nous sommes attachés à la notion de peuple corse, nous sommes attachés à l'émancipation de ce peuple, nous sommes attachés à une évolution institutionnelle mais à mon sens, ce combat-là, il est indissociable des valeurs universelles et du combat pour la démocratie à la fois comme méthode et comme objectif. Il ne peut pas y avoir de corse libérée, émancipée, heureuse, sans la démocratie. Et je l'ai dit à l'époque aux indépendantistes qui continuaient de soutenir la violence clandestine et de la pratiquer, je pense qu'il fallait et qu'ils ont bien fait de tourner définitivement la page de la violence clandestine.
Et quand certains d'entre eux barbouillent de petits drapeaux bleu, blanc, rouge vos affichent pour vos prochaines discuter avec Gérald Darmanin et donc de collaborer avec l'État français, c'est un verbe que j'utilise volontairement puisque c'est celui dont vous affublent les plus radicaux. Est-ce que ça vous fait mal, Gilles Siméoni, ou vous considérez que c'est après tout le prix personnel à payer pour qu'avance la longue route vers l'autonomie politique ?
Oui, je pense que lorsqu'on fait des choix politiques, on les fait en son âme et conscience. Moi, vous savez, je suis dans le fil historique d'un combat qui, depuis plus de 60 ans pour la période contemporaine, a visé à la fois à faire reconnaître le peuple corse dans son existence et dans ses droits et à construire la démocratie en Corse tout en essayant de reconstruire une liaison et un lien de confiance avec l'État, avec la République. Donc, je suis dans ce fil-là. Il y a des critiques. Certaines peuvent être fondées, en tout cas, elles peuvent être compréhensibles. D'autres sont tout à fait excessives.
Si on me traite de traîtres ou de collaborateurs, je pense que ce sont des insultes qui salissent surtout ceux qui les portent. France Culture, Sens Politique, Arnaud Rousseau.
Gilles Siméoni, les alliés de votre cause et donc de votre combat ne se trouvent pas seulement sur l'île, mais aussi à Paris, dans ce qu'on appelle les palais de la République et parfois même ses alliés figurent parmi les tout premiers personnages de l'État français. Voici la première archive sonore de l'émission. Il s'agira de l'extrait que vous, vous avez voulu, Gilles Siméoni, partager avec les auditeurs de France Culture. donc c'est la tradition. Je vais vous proposer de nous présenter en quelques phrases cette archive et puis nous l'écouterons.
Alors, si vous avez appliqué mon choix, j'ai beaucoup hésité parce qu'il y a beaucoup de discours. Nous l'avons appliqué. Merci beaucoup. Des discours importants, mais puisqu'il fallait en choisir un et qui permet d'éclairer aussi en partie ma trajectoire politique et les relations entre la Corse et l'État, c'est le discours de Michel Rocard devant l'Assemblée nationale en avril 1989. Il est à l'époque Premier ministre et il y a une crise sociale importante qui plonge la Corse dans les difficultés depuis plusieurs semaines.
Depuis de nombreuses années, il se trouve posé à la communauté nationale, à la collectivité nationale, ce que l'on a appelé ici ou là le problème Corse ou le malaise Corse. Des poussées nationalistes, il n'y a pas de guillemets à l'oral, je les y mets, parfois, parfois, trop souvent violentes, ont mis en évidence cette réalité jusqu'à l'absurde et même jusqu'à l'insupportable. Cela veut dire que le mal est profond et qu'il vient de loin. Je voudrais demander que l'on se souvienne.
La France a acheté les droits de suzeraineté sur la Corse à la République de Gênes mais il a fallu d'une guerre pour les traduire et nous y perdîmes davantage d'hommes que dans la guerre d'Algérie deux siècles après. Pendant que nous construisions sous la Troisième République notre démocratie locale, nos conseils généraux, nos libertés communales, la Corse était sous gouvernement militaire.
Je me souviens également qu'en 1962, quand les premières centaines de terres mises en vente au profit de la paysannerie corse par le Comsomivac furent réservées à raison de 90% à nos compatriotes de retour d'Algérie et en effet en déshérence, il aurait mieux valu avoir une autre répartition entre la Corse et le continent de cette charge du rapatriement de nos compatriotes d'Afrique du Nord. Et nous avons porté là à la Corse un coup dont vous savez qu'elle n'est pas encore tout à fait remise.
Michel Rocard, Premier ministre le 12 avril 1989. ce qu'il faut préciser dans cette intervention, c'est que c'est donc un député Corse, Pierre Pasquini, à l'époque RPR, qui abordait le sujet à l'Assemblée nationale des grèves et des problèmes de pouvoir d'achat, la crise sociale que traversait Lille à ce moment-là. Michel Rocard, Premier ministre, prend la parole et il se lance dans un discours inattendu, c'est-à-dire qu'il va beaucoup plus loin que le discours classique qu'on allait attendre de lui. Pourquoi ce choix, Gilles Siméonine ?
C'est un discours qui va saisir à la fois la représentation nationale qui assiste en direct et puis ceux qui l'écoutent. C'est un discours qui a marqué parce que c'est la première fois qu'au plus haut niveau de l'État, Michel Rocard est à l'époque Premier ministre, on reconnaît et devant au pupitre de l'Assemblée nationale, devant la représentation nationale, le fait colonial qu'a subi la Corse.
L'injustice qu'a subi la Corse est de façon durable pendant près de deux siècles avec les grandes étapes de cette injustice, la conquête militaire, la destruction de l'économie insulaire à travers des lois douanières qui sont des lois coloniales et puis également la période contemporaine avec le sous-développement chronique qui est aux racines des difficultés d'aujourd'hui et puis le sentiment d'injustice avec une Corse qui donne beaucoup dans le rapport à la France, notamment pendant les guerres.
Elle donne la richesse qu'elle a la plus importante, c'est-à-dire son capital humain qui va venir soit verser son sang dans les champs de bataille, soit renforcer l'administration et notamment l'administration coloniale. une Corse qui est abandonnée et qui est trahie par l'État et que le Premier ministre de l'époque le dise avec cette force, c'est un moment à mon avis important et un moment peut-être, et je termine avec aujourd'hui, un moment dont pourraient s'inspirer les gouvernants d'aujourd'hui pour comprendre qu'on ne pourra pas régler la question Corse si on ne la resitue pas dans sa perspective historique.
Et l'attachement de Michel Rocard pour la Corse était tel qu'il a souhaité que ses cendres y reposent, ce qui est le cas dans un village corse. Alors 1989, tandis que Michel Rocard discoursait à Paris sur la suzeraineté franco-corse, Gilles Siméoni, vous vous apprêtiez à revenir au pays pour suivre vos études et préparer votre doctorat en droit dans la ville de Corté qu'on présente comme le berceau du nationalisme. Vous allez rapidement vous investir au point de devenir l'un des leaders du syndicat des étudiants corse. Quels souvenirs vous gardez de cette période particulièrement de ce qui bouillonne en vous, vous qui ressentez déjà, dites-vous, et qui vous sentez corse et nationaliste ?
Alors, pour la petite histoire, en 1989, j'ai fini mon DEA d'études politiques à Aix-en-Provence avec le professeur Cadou et mon mémoire de DEA est consacrée au sujet suivant, réflexion sur la notion du peuple corse. Donc vous voyez que je viens un peu de suite dans les idées. A l'époque, la notion de peuple corse va être consacrée par le préambule du statut JO qui s'est censurée, vous le savez peut-être, vous en rappelez peut-être, par le conseil constitutionnel. A l'époque, le préambule parlait de peuple corse composante du peuple français et le conseil constitutionnel va invalider malheureusement cette notion.
je rentre je rentre à Corté effectivement, je vais m'engager dans le syndicalisme étudiant c'est un moment important il y a à l'époque des convulsions fortes en Corse et moi je suis comme beaucoup de garçons et de filles de ma génération engagé à mon niveau pour essayer de faire avancer les choses.
Corté, je le disais, ville qualifiée le berceau du nationalisme Corté c'est aussi au sens propre le berceau du nationaliste puisque c'est dans cette ville qu'est né votre père Edmond Simeoni le docteur Simeoni présenté comme celui qui a inventé le nationalisme moderne c'est à dire lutter pour l'autonomie et non l'indépendance et lutter de manière pacifiste pacifiste mais pour autant vos premiers souvenirs sont teintés de violence l'engagement nationaliste de vos parents a un impact très concret sur votre vie d'enfant c'est pas un ressenti est-ce que c'est ce qui explique votre rejet originel de la politique ?
Oui, ça touche bien sûr à l'histoire familiale intime ma mère n'est pas Corse elle n'est pas née en Corse en tout cas maintenant elle se sent profondément en Corse elle rencontre mon père ils sont très jeunes 17 ans pour ma mère et 20 ans pour mon père
Elle est alsacienne je crois
Oui juive et alsacienne ils ne vont plus se quitter jusqu'au décès de mon père en 2018 donc plus de 60 ans de vie commune et c'est vrai que l'engagement a toujours été consubstantiel de notre vie familiale avec des moments qui ont été difficiles qui font partie de l'histoire personnelle et collective de la Corse la prison pour mon père des attentats multiples des tentatives d'assassinat qui vont le viser lui et mon oncle Max notamment un attentat ravageur qui manque de tuer ma grand-mère tout ça organisé par des officines barbouzardes
ici à Bastia
à Bastia et au Liole la région de l'Ochéan originaire et des gens qui sont des repris de justice des policiers des fonctionnaires recrutés par des gens qui sont dans la préfecture donc c'est une histoire aussi que je ne peux pas oublier et qu'à mon avis ne faut pas oublier parce qu'elle concerne aussi des dizaines d'autres responsables nationalistes de l'époque et leurs familles donc ce sont des moments difficiles et effectivement cette histoire-là fait que j'ai plutôt lorsque je suis adolescent ou jeune homme plutôt tendance à m'éloigner de la politique plutôt que d'avoir envie d'en faire
Gilles Siméoni je voulais vous proposer allez disons le mot vous offrir une archive sonore assez rare je crois de votre père Edmond Siméoni il est interrogé en 1983 donc vous avez 16 ans par la télévision suisse pour un documentaire sur la Corse et ses paradoxes et on va l'entendre en moins d'une minute trente votre père fait entrer dans son propos l'histoire l'économie la sociologie la politique et même un brin de philosophie
le peuple corse comme tous les peuples a ses contradictions ses héros ses doutes ses interrogations et il est affronté depuis quelques années à une mutation économique sociale culturelle qui remet en cause les fondements traditionnels d'une société affrontée à ces difficultés neuves le peuple corse hésite s'interroge doute s'extrémise dans ses factions les plus jeunes mais la ligne de fond qui est nettement perceptible depuis ces deux dernières décennies c'est qu'il se réconcilie progressivement avec son identité profonde les corses sont des méditerranéens passifs non pas impulsifs comme on le croit acceptant l'intolérable pendant longtemps mais ayant prouvé toujours au cours de leur histoire qu'il y avait des limites qu'il ne fallait pas dépasser et je crois que l'état en particulier au cours des deux dernières décennies a montré par une politique de colonisation qui s'il n'était pas féroce était quand même extrêmement efficace l'état a démontré qu'il voulait atteindre le peuple corse dans sa substance dans son identité et ce fut une période pratiquement inévitable de convulsions de violences de drames d'emprisonnements mais il est difficile d'être témoin et acteur de son temps parce que l'acteur est impatient
Votre réaction Gilles Siméoni à cette archive du docteur Siméoni
Bien sûr je suis ému je ne la connaissais pas bon je retrouve bien sûr mon père et sa façon de poser les problématiques mais je l'écoute aussi avec émotion parce que je me dis que finalement c'est en 1983 et presque 40 ans qui ont passé et j'ai l'impression d'une forme de tragédie grecque parce que ce qu'il dit là malgré tout ce qui s'est passé et malgré notamment le travail de fond l'évolution de la société corse les aspects positifs la voix forte du peuple corse à travers les urnes à trois reprises en 2015 2017 et 2021 malgré tout ça j'ai l'impression que nous nous laissons remettre en place les mêmes mécanismes cette angoisse de ne plus être collectivement ce sentiment de dépossession cette spéculation effrénée cette incapacité à être dans un dialogue réel avec l'État une politique qui continue malheureusement trop souvent à être celle du mépris du fait démocratique et du suffrage universel de la part de Paris tout ça fait que vraiment sans dramatiser je crois qu'on est aujourd'hui à un point de bascule le meilleur reste possible mais le pire n'est malheureusement plus à exclure et vous savez pour les garçons et les filles de notre génération qui avons connu cette histoire douloureuse et qui l'avont vécu de façon intime une bonne partie de notre engagement s'explique par la volonté de faire que les générations d'aujourd'hui et celles de demain ne connaissent pas ça et qu'elles puissent vivre d'abord dans la paix parce que la paix c'est quelque chose de précieux et ensuite en étant tout simplement eux-mêmes c'est-à-dire bien sûr corse parce que nous sommes profondément corses mais des gens qui avons une dimension méditerranéenne française européenne avec la volonté de s'ouvrir au monde et on a l'impression que c'est pas possible et donc ça crée un sentiment de frustration et quelquefois de révolte il faut éviter ça il est encore temps d'éviter ça
et pour revenir à ces années de jeunesse et cette jeunesse cette génération qui avait 15, 20, 25 ans dans ces années 70 et 80 si vos souvenirs d'enfants dans ce qu'ils ont de plus sombre vous ont dans un premier temps fait rejeter la politique est-ce que vous considérez aujourd'hui que l'emprisonnement de votre père à la santé en 75 après l'affaire de l'occupation de la cave d'Alleria ça vous a marqué au point de vouloir devenir avocat
alors il y a toujours une part une part de l'inconscient dans les choix qu'on fait qui forge une personnalité qui permet d'expliquer un chemin ce qui est certain c'est que cette histoire je me suis construit avec cette histoire et que la vie a fait que j'ai été avocat que j'ai été avocat pénaliste que j'ai donc défendu des femmes et des hommes qui risquaient la prison et quelquefois avaient à l'enduré et que de façon plus générale j'essaie d'être en cohérence avec cette histoire là dans mes choix politiques et dans mes choix humains
Le 6 février 98 le préfet de Corse Claude Erignac est abattu dans une rue d'Ajaccio en 2003 Yvan Colonna est arrêté procès 3 ans plus tard et vous êtes à sa demande Gilles Simeoni l'un de ses avocats pourquoi vous avez accepté de défendre Yvan Colonna qu'est-ce qui a compté ?
D'abord dire que l'assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998 a été bien sûr un drame humain immense et un traumatisme en Corse et un traumatisme aussi pour la République et je pense qu'il continue ce drame de peser très lourdement de façon consciente et inconsciente directe et indirecte dans les rapports entre la Corse et la République alors j'ai défendu Yvan Colonna parce que le métier et le serment d'un avocat c'est de défendre ensuite au-delà de cette première raison qui est évidente ça a été un moment politique historique et judiciaire très particulier je rappelle que Yvan Colonna s'est toujours affirmé innocent il a eu trois procès d'assises dans des conditions extrêmement particulières sur lesquelles je ne veux pas revenir ce que je voudrais dire aujourd'hui c'est que vous l'avez dit c'était le 6 février 1998 Yvan Colonna a été assassiné dans des conditions terribles les autres hommes qui ont été condamnés dans cette affaire sont libres pour certains depuis plusieurs années il en reste deux Pierre-Alessandre Alain Ferrand l'Assemblée de Corse et l'ensemble de la société Corse a dit que sans rien oublier de la douleur de la famille Rignac sans rien relativiser du caractère inexcusable et inacceptable de l'acte le moment était venu du pardon et le moment était venu de la semi-liberté notamment pour Pierre-Alessandre et Alain Ferrand et les juges auront à statuer là-dessus mais au-delà de ça et au-delà de cette décision judiciaire qui est quand même attendue et importante elle devrait intervenir dans le courant du mois de janvier je voudrais dire que le 6 février 2023 sera le 25e anniversaire de l'assassinat du préfet Rignac et donc une génération et je crois que d'un point de vue des symboles il est important que l'Etat puisse dire qu'au bout de 25 ans au bout d'une génération le moment est venu d'écrire une nouvelle page des relations entre la Corse et l'Etat nous nous l'avons dit depuis longtemps moi je l'ai dit en tant que président du conseil exécutif j'ai été présent systématiquement depuis mon élection aux cérémonies d'hommage à la mémoire du préfet Rignac je crois que pour les générations à venir il est temps d'ouvrir une nouvelle page des relations France Culture Sens Politique Arnaud Bousquet
Gilles Siméoni juste après le procès Colonna le premier procès Colonna vous allez vous lancer dans la campagne des municipales à Bastia vous vouliez pourtant rester avocat et considériez qu'on ne pouvait pas être en même temps avocat et homme politique donc pourquoi vous avez plongé dans cette aventure bastiaise et si c'est par devoir c'est devoir de quoi ?
disons qu'à partir de 2007 j'ai commencé à m'engager de façon plus active notamment en étant candidat aux élections législatives en 2007 aux élections municipales à Bastia en 2008 aux élections territoriales en 2010 aux élections législatives à nouveau en 2012 et puis il y avait ce combat de Bastia alors Bastia c'est une ville méditerranéenne une ville passionnante une ville attachante une ville où je suis né auquel j'ai construit une bonne partie de ma vie et puis elle incarnait aussi une forme d'opposition entre celles et ceux qui avaient été aux responsabilités dans cette ville notamment Emile Soucaré et son père avant lui qui incarnait globalement le rejet de tout ce que nous nous avons porté et la volonté donc de porter sur le terrain démocratique cette contradiction et j'avais dit aussi que si les Bastia me faisaient l'honneur de m'élire maire j'abandonnerais mon métier pour me consacrer tout entier à ma ville et c'est ce que j'ai fait
on s'arrête quelques instants là dessus dans le sens politique parce que précisément ça a un sens que vous avez dit comme ça entre deux évocations l'opposition au radical de gauche Emile Soucaré et on va même dire aux Soucaré au pluriel puisque Jean le père et Emile le fils occuperont le fauteuil de maire de Bastia j'ai calculé pendant 43 ans quel était le sens précisément de cette opposition sur ce mandat 2008-2014
d'abord dire qu'il y a une opposition politique mais que bien sûr il y a le plus grand respect pour les hommes pour leur famille et que jamais ces oppositions politiques qui peuvent être très fortes ne peuvent à mon sens et ne doivent déboucher sur des antagonismes personnels après historiquement je crois que c'est pas leur faire injure et d'ailleurs il le revendique Emile Soucaré et celles et ceux qui ont été à ses côtés ont toujours dit que le sens profond de leur combat c'était de faire que des gens comme Edmond Simeone ou moi-même ou d'autres nationalistes n'arrivions jamais à quelque responsabilité que ce soit que nous étions la honte de la Corse et qu'il fallait nous marginaliser et je crois que nous avons porté nos idées avec foi détermination conviction et nos idées qui à mon avis sont dans le sens de l'histoire et qui d'ailleurs ne sont rien non seulement incompatibles mais sont même totalement compatibles avec les valeurs universelles y compris celles portées par la République ou par la Révolution et qu'aujourd'hui les courses ont choisi ils ont choisi clairement notamment à travers leur vote successif
C'est le moment pour vous Gilles Simeoni de découvrir en même temps que les auditeurs de France Culture la troisième et dernière archive sonore de l'émission il s'agit de vous donc je ne vous donne aucun indice aucun contexte on écoute et puis juste après Gilles Simeoni vous nous expliquerez ce que vous avez reconnu de cet extrait et le sens de vos déclarations savoir ?
Moi j'ai l'impression de n'avoir reçu comme seul héritage que la mort de ce pays je n'ai pas de capital électoral à gérer je n'ai pas de place à défendre j'ai simplement la volonté de m'inscrire dans une lutte qui est une lutte collective et qui est fondamentalement juste la violence a pu apparaître et peut quelquefois continuer d'apparaître comme légitime ceci étant nous faisons le choix clair de renoncer à l'action clandestine et à l'action violente parce que nous pensons que seule l'action démocratique est aujourd'hui à même de permettre l'investissement du peuple corse dans la lutte et de permettre la définition d'une véritable solution politique on a l'impression d'une formidable hypocrisie de la part notamment des représentants de la classe politique traditionnelle qui n'ont de cesse d'invoquer la république et ses vertus et qui dans leur comportement quotidien se démontre de véritables pourfondeurs de la démocratie à travers le recours systématique au clientélisme aux fraudes électorales
Gilles Siméoni est-ce que vous réussissez à dater cette archive ?
Alors écoutez ça pourrait être hier matin mais je pense c'est un peu plus lointain je pense que ça doit être pendant une campagne électorale peut-être la campagne électorale de Bastia ou avant mais en tout cas
encore avant bien avant 2000 5 août 2000 un reportage sur la jeune génération alors on ne sait pas encore si c'est politique au sens électoral du mot ou en tout cas la jeune génération d'intellectuels qui peuvent éventuellement prendre le relais d'une autre génération donc c'est le journal de France 3 le 5 août 2000 bon tout ça ce sont des messages aux Zoukareli quand même
pas que ce sont aussi des messages qu'on s'adresse à soi-même je pense que globalement il y a une cohérence dans ma trajectoire politique ce que je disais à l'époque je le dis encore aujourd'hui et je continue de le penser je pense que les faits m'ont donné en partie raison notamment lorsqu'on disait que cette classe politique un jour cette classe politique traditionnelle elle allait payer le prix de ses contradictions et de ses inconséquences je crois que les Corses ont sanctionné et puis cette question de la violence qui continue aujourd'hui de tarauder la société Corse je crois que c'est un enjeu d'importance il y a aujourd'hui des jeunes et des moins jeunes qui me disent et qui nous disent vous avez prôné le choix de la démocratie le choix de l'action exclusivement publique vous avez convaincu la violence s'est arrêtée vous n'avez rien eu et donc ça démontre que la démocratie ne fonctionne pas et que donc la violence reste légitime ce discours existe aujourd'hui et je dirais que l'attitude de l'Etat qui a été globalement une attitude de fermeture de déni du fait démocratique je l'ai dit de refus de prendre en compte le suffrage universel l'attitude de l'Etat a réouvert un espace politique pour ce discours là il n'en reste pas moins que je dis toujours avec la même force y compris à celles et ceux qui disent ça et qui me disent que je suis un traître parce que je refuse de cautionner la violence clandestine ou que je continue à dire qu'il n'y a pas d'autre chemin que celui du dialogue je dis que la démocratie est le seul chemin qui vaille pour la Corse pour la Corse et ailleurs mais pour le pays qui est le nôtre c'est le seul chemin qui vaille que l'attitude de l'Etat doit changer et que nous devons continuer sur ce chemin qui est celui aussi de la fidélité au combat que nous menons
et la statistique quant à la violence est implacable sur la période 2019-2021 nombre d'homicides en Corse qui s'établit à 0,38 pour 10 000 habitants c'est le taux le plus élevé du pays pratiquement trois fois plus qu'en Ile-de-France et que la moyenne nationale quel sens vous donnez à ces chiffres est-ce qu'il y a un espoir que disparaisse un jour cette avec quelques guillemets autour du mot particularité Corse ?
Alors d'abord il faut peut-être affiner le diagnostic il y a aujourd'hui le retour peut-être d'une tentation de la violence politique et à mon avis cette tentation
On la retrouve dans ces chiffres vous pensez ?
Non pas dans les assassinats mais cette tentation de la violence politique parce que jusqu'à aujourd'hui la démocratie n'a pas fonctionné comme elle devrait fonctionner du fait de l'attitude de l'Etat elle doit être combattue combattue par l'engagement combattue par la démonstration que nous pouvons changer les choses par l'action publique et que nous allons les changer et puis il faut aussi que l'Etat donne les signes qu'il a donnés et puis vous parlez des homicides ils sont aussi souvent le reflet d'une violence de droit commun d'une criminalité organisée qui est très prégnante qui est très forte qui est corrélée aussi au modèle de développement ou de non-développement que nous subissons l'Assemblée de Corse vient de tenir une session spéciale consacrée au refus des dérives mafieuses quelles qu'elles soient et ça démontre là aussi que nous avons une cohérence d'ensemble de notre approche nous voulons la démocratie pour ce pays et nous voulons la démocratie pour les jeunes d'aujourd'hui et pour les générations de demain
Gilles Siméoni ce sera ma dernière question vous décrivez en parlant de vous un certain détachement par rapport aux choses est-ce que c'est un constat ou est-ce que c'est un état d'esprit que vous cultiveriez pour que sais-je vous protéger
je ne sais pas si je vais parler de détachement écoutez moi certains détachements je considère que c'est un honneur que d'exercer les fonctions qui sont les bienes et d'assumer les responsabilités que les Corses ont choisi de me confier je crois être loyal je crois être cohérent avec ce qu'a été l'engagement de toute ma vie ce qu'a été l'engagement de mes parents avant moi ce qu'a été l'engagement de milliers de femmes et d'hommes depuis des générations donc j'essaie de faire les choses le mieux possible ça durera tant que ça durera les choses ont vocation aussi à se concrétiser en tout cas je le crois et puis préparer la transmission je l'ai beaucoup dit en 2021 notamment les années à venir doivent être celles de la concrétisation et celles de la transmission pour que nous construisions ensemble la Corse de nos rêves c'est une Corse qui est ouverte sur le monde c'est une Corse qui est heureuse c'est une Corse qui respire et je crois qu'elle est à portée demain
Gilles Simeoni même si l'histoire politique passionnante de la Corse et en particulier celle qui reste à écrire par vous et par les plus jeunes générations mériterait encore de nombreuses heures d'émission nous devons déjà refermer celle-ci merci de nous avoir rejoint sur France Culture pour nous livrer votre sens politique que nous pouvons dès maintenant réécouter comme d'ailleurs tous les autres épisodes de l'émission sur notre site franceculture.fr et si vous êtes davantage téléphone ou tablette qu'à cela ne tienne nous vous attendons aussi sur l'appli Radio France on se quitte avec un salut amical et plein de gratitude à Anne-Claire Bazin qui m'a aidé à préparer cette émission à Martin Desclozo pour la réalisation et je voudrais remercier très chaleureusement Théo Lacombrade qui était à la technique et toute l'équipe de France Bleu RCFM Radio Corsica Frequence Amor qui grâce à qui Sens Politique a pu exister aujourd'hui ici à Bastia Sous-titrage Société Radio-Canada
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Gilles Simeoni