Martine Aubry : pour 2027, "il faut une gauche la plus large possible, mais sans Jean-Luc Mélenchon"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 1:22OuverteRéponse directe
Que ressentez-vous face à la nouvelle donne internationale avec Trump ?
- 2:47OuverteRéponse directe
Quel regard sur Trump et ses milliardaires de la tech ?
- 4:23OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on doit faire face aux droits de douane américains ?
- 5:00OuverteRéponse directe
Comment jugez-vous la riposte de l'UE et de la France sur la défense ?
- 7:29RelanceRéponse directe
Envoyer des soldats français à la frontière ukrainienne, vous y êtes favorable ?
- 7:42OuverteRéponse partielle
Faut-il faire des sacrifices pour augmenter les budgets militaires ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:40Invité politiqueFait
« On assiste à un effondrement du multilatéralisme. »
- 1:56Invité politiqueFait
« Le multilatéralisme, c'est quand même des pays qui se disent « Nous allons ensemble affronter des enjeux communs ». »
- 3:34Invité politiqueFait
« Cet homme est inquiétant, très inquiétant, et il est entouré du monde de l'argent. »
- 4:30Invité politiqueFait
« On ne fait pas la guerre aux États-Unis, mais on doit être à la même hauteur. »
- 6:12Invité politiqueFait
« Je ne dirais pas que c'est gagné, mais c'est vraiment un pas considérable. »
- 8:56Invité politiqueChiffre
« 100 milliards de dividendes et de rachats d'actions qui ont été, cette année, versés par les entreprises du CAC 40. »
- 13:34Invité politiqueFait
« Un parti politique au pouvoir, quand il explique que le problème majeur des Français, c'est l'immigration. »
- 14:51Invité politiqueFait
« Il faut traiter les problèmes de l'immigration parce qu'il y a des problèmes aux frontières. »
- 20:57Invité politiqueFait
« Ce n'est plus possible à cause de Jean-Luc Mélenchon. »
Temps de parole
- Invité politique71 %
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- Présentateur 211 %
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons donc ce matin la maire socialiste de Lille. Vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Martine Aubry, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, je vous ai présenté comme la maire de Lille. Vous l'êtes effectivement depuis 24 ans, élue depuis 30. Mais dans quelques jours, vous ne le serez plus. La semaine dernière, vous avez en effet présenté votre démission au profit de votre premier adjoint, Arnaud Deslandes. Le temps est venu de passer la main, avez-vous dit en conférence de presse. Vous nous expliquerez pourquoi vous avez pris cette décision.
Mais démissionner ne veut pas dire disparaître ou se retirer de la vie publique. Vous comptez continuer à peser sur le débat. En tout cas, on est ravis de vous entendre, vous qui êtes si rares dans les médias. Mais commençons, avant de parler de la France, par le monde tel qu'il va depuis l'élection de Donald Trump. Nos points de repère historiques vacillent. Brutalisation, bras tordus à l'Ukraine. Guerre commerciale, déclaration critique. Et on est très poli du président américain à l'égard des Européens. Que ressentez-vous Martine Aubry face à cette nouvelle donne ? Vous êtes sidéré, branlé, révolté ? Ou voyez-vous quelque part peut-être une lueur d'espoir ?
D'abord sidéré, parce qu'actuellement Trump, avec ses décisions qui changent souvent dans la journée d'ailleurs, il met à bas l'ordre public mondial qui existait depuis 1945. Et surtout, on assiste à un effondrement du multilatéralisme. Et pas seulement sur la défense, aussi sur la santé quand il sort de l'OMS. Aussi sur le climat quand il sort de l'agenda 21. Quand il supprime la recherche, il sort aussi de l'UNICEF et autres. Le multilatéralisme, c'est quand même des pays qui se disent « Nous allons ensemble affronter des enjeux communs ». C'est majeur. Et c'est cela qui est en train d'être à un moment où l'Europe vacillait et où j'espère qu'elle va pouvoir se reprendre. Vous espérez ?
J'espère, oui. Je soutiens à cet égard ce que fait le président de la République parce qu'on n'a vraiment pas le choix. On va sans doute parler de la guerre en Ukraine. Je pense que c'est la priorité des priorités pour l'Europe. Mais il y a beaucoup d'autres choses à faire sur le pacte vert, sur la réindustrialisation de l'Europe, au-delà de cette politique de défense commune que la France réclame depuis des années et que peut-être enfin, même si la Hongrie n'est pas d'accord, on pourra réaliser.
On va en parler, mais un mot sur la personne, le style, la politique et l'entourage de Donald Trump. Quel regard vous avez sur Donald Trump et sur ses milliardaires de la tech qui l'entourent ? C'est quand même cet attelage-là qui a été confortablement élu par les Américains ?
Exact, pourvu que ça change, c'est d'abord la première chose que je dirais. Moi j'ai parfois l'impression... Pas tout de suite que ça va changer. Pas tout de suite, oui, mais pourvu que ça change, que l'opinion se rende compte des choses. Parce que dans le fond, on a souvent l'impression d'assister à quelque chose de virtuel qui n'existe pas. Surtout que la brutalité de ses annonces, quelques heures plus tard, il y a la même brutalité en sens inverse où il abandonne une décision qu'il a faite encore hier sur le Canada où il leur annonce des droits de douane de 50% sur l'acier et l'aluminium pour revenir dessus quelques heures plus tard.
Cet homme est inquiétant, très inquiétant, et il est entouré du monde de l'argent. Et puis de Vance, qui est quand même quelqu'un qui va profondément anti-européen, c'est-à-dire anti-démocratique, n'aimant pas un modèle qui ne met pas l'argent, les finances au premier rang de tout. Donc c'est assez terrible. Et personnellement, je suis très contente que Musk commence à subir les conséquences, je dirais, de ses positions. Il est tapé au portefeuille, là. Oui, il est tapé au portefeuille et la bourse, peut-être que c'est la seule chose qui peut toucher, d'ailleurs, Trump. La bourse, la bourse qui s'effondre.
Et puis se rendre compte que les Américains commencent, eux aussi, à se rendre compte que les droits de douane qui augmentent, ça va être une inflation encore plus grande, alors qu'on sait bien que le pouvoir d'achat, c'est aujourd'hui leur problème essentiel, un risque de croissance moindre, etc.
Qu'est-ce qu'on doit faire face aux droits de douane qui augmentent des Américains ? Il faut tendre l'autre joue, il faut être aussi dur, il faut faire quoi ?
Il faut faire la même chose. On ne fait pas la guerre aux Etats-Unis, mais on doit être à la même hauteur. Des quotas, des droits de douane, tous les outils qu'on a utilisés, d'ailleurs, pour les voitures électriques chinoises, on doit les mettre en place. Mais l'urgence de l'urgence, c'est la politique de défense commune. Oui, oui, allez-y.
Nicolas, allez-y. On a un code avec Léa, en interview, on se montre des chiffres. C'est pour ça que je me suis tué pour vous laisser la parole, Nicolas. Donc là, c'est la 2, Nicolas. Alors justement, comment jugez-vous la riposte de l'Union européenne et de la France ? 800 milliards, dit Ursula von der Leyen, pour réarmer l'Union européenne. Emmanuel Macron, qui annonce aussi augmenter encore les budgets de la défense. Il a des propos aussi, le président de la République, sur l'extension de la dissuasion nucléaire. Et les mots historiques, comment vous les avez reçus ? Ces mots historiques du futur chancelier allemand. Est-ce que tout ça va dans le bon sens ?
Est-ce qu'il faut aller vers une Europe de la défense à 27 ? Ou avec ceux qui veulent bien, quitte à assumer une Europe à plusieurs vitesses ?
Ce n'est pas la première fois qu'on demande. En tout cas, moi, j'ai toujours été favorable. Mon père l'a souvent soutenu. Qu'il y ait une Europe qui avance, et puis qu'il y ait des accords de coopération avec les autres. Là, je crois réellement que tout le monde, à partir du moment où l'Allemagne, qui est peut-être le pays qui attendait le plus du parapluie américain, avec les pays baltes, avec le Danemark, à partir du moment où le nouveau chancelier, dans sa coalition, commence à nous dire, je vais mettre 200 à 400 milliards sur la politique de défense, et je suis d'accord pour faire une politique de défense commune. Je ne dirais pas que c'est gagné, mais c'est vraiment un pas considérable.
Et il y a eu ces trois, aussi bien l'anglais, le français et l'allemand, qui sont partis en avant. Moi, je pense que Mme van der Leyen a fait très rapidement, elle a dégainé un plan, c'était très important, 800 milliards d'euros. Il faut y aller. Après, il faudra peut-être parler du financement. On va parler du financement. Mais juste peut-être dire qu'il faut aller très vite, parce qu'on voit bien que si, hier, il y a eu une amorce de paix. Paix. De trêve. Une amorce peut-être de paix par une trêve aujourd'hui. Attendons de voir ce que va nous dire Poutine. Et de toute façon, il faut continuer à armer profondément les Ukrainiens. Car aujourd'hui, Poutine n'a pas gagné.
Il a pris 20% du territoire, mais on le voit bien. L'aide américaine, qui a été remise, soit disant, hier soir, on verra, ça peut encore changer, a permis aux Russes de reprendre une partie de leur territoire. Donc, il faut continuer à aider l'Ukraine de manière extrêmement forte. Il faut cette politique de défense commune. Et puis, il faut faire ce qu'a fait le président hier, c'est-à-dire, il faut préparer une force qui sera sur le terrain et qui permettra de s'assurer, s'il y a un accord de paix, que c'est une paix juste, durable. Donc, envoyer des troupes, vous y êtes favorable.
Des soldats français, entre autres, qui iraient à la frontière surveiller que le cessez-le-feu est respecté. Vous y êtes favorable. Vous parliez du financement face à cette nouvelle donne internationale et européenne. Face à l'état aussi de nos finances publiques, Martine Aubry, est-ce qu'il va falloir faire des sacrifices si on veut augmenter les budgets militaires, si on veut mettre plus d'argent dans l'armement ? Et est-ce qu'il faut dire, simplement, aux Français qui nous écoutent, il va falloir travailler plus et plus longtemps ?
Moi, d'abord, je voudrais vous dire, quand j'ai entendu le président de la République, la première partie, bon, certes, elle était sombre et inquiétante, mais je crois qu'il a raison. Parce qu'avec Trump, on ne sait jamais un jour entraîner l'inverse de la veille. Mais, en revanche, la fin de son intervention, quand il dit « j'attends des propositions des Français », c'est un côté un peu presque ridicule. Mais quand il a dit « il n'y aura pas d'augmentation d'impôts, il va falloir faire des économies ». Aujourd'hui, on ne peut pas faire d'économies dans deux domaines.
Les services publics, qui vont très mal, que ce soit l'éducation, l'hôpital, je dirais même la justice et la police, et on ne peut pas en faire non plus sur le climat. Parce que, alors que les États-Unis renoncent, il va falloir que là aussi l'Europe aille plus loin dans le plan climat, et notamment dans le fonds social climat, pour aider ceux qui n'ont pas les moyens. Alors, où on prend l'argent ? Eh bien, aujourd'hui, je pense qu'il faut une augmentation des impôts, là où l'argent est là. Alors, je ne l'ai jamais dit. Chez les plus riches ? Oui, chez les plus riches, notamment les entreprises.
100 milliards de dividendes et de rachats d'actions qui ont été, cette année, versés par les entreprises du CAC 40. Alors, je ne dis pas qu'il faut des mesures définitives, mais il faut néanmoins des mesures. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire des économies dans certains domaines. J'essaie toujours de bien gérer là où je suis. Mais ça ne pourra pas suffire.
Est-ce que ce n'est pas un peu facile, Martine Aubry, de dire qu'il manque de l'argent, on va aller taper les entreprises et les plus riches ? Et faire des économies. À un moment où, de l'autre côté, Donald Trump, lui, baisse les impôts sur les entreprises et favorise les plus riches, est-ce qu'on ne risque pas d'accélérer aussi le déclassement de l'Europe par rapport aux États-Unis en taxant les entreprises ?
Mais est-ce qu'on est déclassé parce qu'on a moins d'inégalités ? Aujourd'hui, les États-Unis, on sait bien pourquoi la candidate démocrate, il y aurait beaucoup de raisons à dire, a perdu, mais notamment parce qu'il y a un problème de pauvreté, un problème de pouvoir d'achat qui va s'accélérer avec les mesures de Trump. Est-ce que nous, l'Europe, justement, le message de l'Europe que critique tant Vance, c'est justement réduire les inégalités, foncer sur le climat et travailler beaucoup plus tous ensemble dans les domaines majeurs, par exemple la défense ou bien la recherche, la réindustrialisation de l'Europe ? Moi, je crois que ce sont cela, aujourd'hui, les plus importants.
Les partenaires sociaux, vous le savez, continuent à débattre en conclave sur les retraites, mais d'ores et déjà, le président du corps, Gilles Berset, a estimé dans un article que l'entrée, je le cite, « l'entrée progressive dans une économie de guerre rendra secondaire sinon dérisoire les débats actuels sur l'âge légal à 64 ans ». La question deviendra plutôt comment augmenter rapidement cet âge au-delà de 64 ans. Qu'en pensez-vous, Martine Aubry ? Honnêtement, est-ce qu'on peut se permettre de revenir à 62 ans dans le contexte actuel ? Est-ce que vous pensez que c'est tenable que le PS a raison de s'accrocher à ce totem ?
Alors, d'abord dire que ce n'est pas parce qu'on a la guerre en Europe, parce que la guerre est déjà en Europe, qu'il va falloir revenir en arrière sur tous les progrès. Et Dieu sait s'il n'y en a pas eu sous la présidence actuelle de Macron. C'est trop facile, là aussi, de dire « ceux qui vont déjà mal n'ont qu'à se serrer la ceinture ». Donc, d'abord, je pense que Gilles Berset, que j'apprécie comme économiste, même si je ne suis pas toujours d'accord, aurait bien fait de ne pas sortir ce texte aujourd'hui. Bayrou avait déjà dit « vous avez toute liberté ». Et puis après, il a envoyé une lettre au partenaire en leur disant « vous devez faire l'équilibre en 2030 ».
Il faut savoir ce qu'on veut. C'est vrai que ça fait 7 ans que les partenaires sociaux sont méprisés. Là, on leur a redonné la main. Laissons-les négocier. Alors, s'il devait y avoir, comme le demandent certains, parce que moi j'ai toujours pensé que ce n'était pas un âge coup près qui était important, mais le nombre d'années travaillées. En pensant, par exemple, que ceux qui ont fait des emplois pénibles, leur année pourrait compter 1,2 ou 1,3. Ce qui permet de laisser plus de flexibilité. Et les gens, finalement, choisissent aussi. Est-ce que je veux une retraite plus importante ou est-ce que je veux partir plus tôt ? Voilà. Ça allie à la fois l'intérêt.
Je rappelle que la première réforme des retraites faite par Marisol Touraine, nous l'avions préparée au PS quand j'étais première secrétaire. Car, en effet, il fallait prendre des mesures. Mais la mesure coup près de 64 ans pose vraiment d'énormes problèmes aux femmes et aux personnes qui ont eu des emplois pénibles. Vous dites que ça pose problème, mais vous ne dites pas forcément si on vous entend ce matin, il faut revenir aux 62 ans. Non, parce que je ne vais pas moi faire comme Gilbert Sette ou comme Bayrou et dire aux partenaires sociaux, voilà ce qu'il faut faire. Je dis, c'est sur la table. Et pour cela, bien sûr, il faut trouver d'autres ressources.
On est bien d'accord. On voulait vous entendre aussi, Martine Aubry, ce matin sur la montée du Rassemblement national qui monte, qui explose dans notre région, mais aussi en France partout, avec des scores historiques. Qu'est-ce que les partis de gouvernement de gauche, de droite, du centre ont collectivement raté ? Quand vous entendez, certains disent, c'est la faute de la gauche, c'est elle qui a perdu les classes populaires au profit de la défense des minorités. C'est ça l'explication de la montée du RN ou la vraie explication ? Vous répondez quoi ?
Je répondrai deux choses. La première, c'est la faute de tous les partis politiques républicains. Pourquoi aujourd'hui les Français ne nous écoutent plus ? Parce qu'ils ont l'impression qu'on ne les entend pas, qu'on ne connaît pas leur situation, qu'on n'a pas de réponse à leur apporter. Que finalement, les politiques ne sont là que pour leurs propres ambitions personnelles. Donc, ils vont vers les extrêmes. Mais ils vont vers le RN, ils vont aussi vers les films, même si bien évidemment, je ne fais absolument pas le lien entre les deux. Parce qu'ils pensent qu'en criant fort, ça ira mieux. Alors, le RN, il monte. Et aujourd'hui, qui fait monter le RN ?
Un parti politique au pouvoir, quand il explique que le problème majeur des Français, c'est l'immigration. Est-ce que vraiment, aujourd'hui, en montant chaque drame, chaque drame où un malade, un fou, terroriste, envoie un coup de couteau dans le ventre de quelqu'un, est-ce que réellement, ce sont toutes les personnes d'origine étrangère dans notre pays qui en sont responsables ? Sauf que, se les monter tellement, que finalement, les Français, notamment ceux qui ne vont pas bien, se disent, c'est eux les responsables de ma situation. Voilà, donc on est tous...
Vous savez ce que vous répondrez, François Bayrou, Bruno Retailleau, s'il était en face de vous ? Il vous dirait, vous voulez à nouveau mettre sous le tapis le problème de l'immigration en disant ça.
À partir du moment où c'est une préoccupation des Français, l'immigration, il faut le traiter. Mais il ne faut pas le traiter en reprenant les mots. Je ne reviens pas sur la submersion. Je laisse Bayrou de côté parce que je pense que c'est un homme qui a une certaine humanité. Mais quand j'entends Retailleau ou même Gérald Darmanin, ou quand j'ai entendu Gabriel Attal, Premier ministre, faire son discours de politique générale, reprenant les mots du Rassemblement national, ça fait monter le RN, ça le met dans le débat extrêmement classique et normal. Donc pour cela, il faut des réponses aux Français.
Il faut traiter les problèmes de l'immigration parce qu'il y a des problèmes aux frontières, parce que Frontex, ça ne marche pas très bien au niveau européen, parce que nous ne savons pas intégrer correctement. Et il faut renvoyer évidemment ceux qui ne respectent pas les règles dans notre pays et essayer de les renvoyer au mieux. Ce n'est pas simple, je crois qu'il faut le dire simplement. Tous les gouvernements se sont heurtés par rapport à cela. Donc il faut traiter le problème de l'immigration, mais pas comme il l'est aujourd'hui, parce que c'est un faux sujet.
Venons-en donc à votre ville de Lille, à cette décision de passer la main à votre premier adjoint Arnaud Deslandes. Vous aviez du mal à cacher votre émotion en expliquant votre décision. Le temps est venu de passer la main à une nouvelle génération, avez-vous dit. Cette décision de partir avant le terme de votre mandat qui est en 2026, Martine Aubry, quand l'avez-vous prise et comment s'est-elle imposée à vous ?
D'abord, l'émotion que j'ai eue, ce n'était pas parce que je partais. C'est parce que je regardais les personnes que j'aime, avec qui j'ai travaillé depuis 20 ans. Nous formons une équipe extrêmement soudée, et en regardant une d'entre elles, notre sénatrice, que j'apprécie beaucoup, ça m'a donné un coup d'émotion. En revanche, j'étais très sereine parce que depuis le début du mandat, je me suis dit que je resterai jusqu'à la fin ou je partirai un an avant pour faire connaître mon successeur Arnaud Deslandes, qui est un homme qui connaît parfaitement Lille et qui a une belle vision et qui défend surtout les valeurs de solidarité, un peu comme j'ai toujours essayé de le faire.
Pourquoi partir un an avant ? Pour qu'il se fasse connaître. Mais moi-même, je m'étais mis des conditions. C'est-à-dire qu'on ait terminé les engagements qu'on a pris dans ce mandat pour les Lillois, ça y est, pratiquement tout est fait ou en train d'être terminé, qu'on ait une belle équipe, c'est le cas, et qu'on se mette d'accord entre nous pour effectivement choisir le candidat qui viendra demain. C'est chose faite. Et donc pour moi, c'est une certaine sérénité. Je ne peux pas vous dire que je n'ai pas un pincement au cœur. Je vais rester à Lille. Mais c'est chose faite et je pense que c'est comme ça qu'on gardera une ville à gauche. On a besoin de cette ville.
Oui, alors justement, entre vous et Pierre Morois, ça fait 50 ans que la ville est acquise au PS. Et avant le PS, c'était la SFIO. Vous ne croyez pas que le temps de l'alternance est venu ?
Non, mais on n'a personne en face qui est capable. Cette ville, elle est compliquée. Vous voulez la garder, la ville ? Non, non, mais c'est surtout pour les Lillois que je parle. Vous savez, on a 6 quartiers sur 10 qui sont des quartiers en difficulté. J'ai choisi, dès le début en 2001, de garder les catégories populaires dans la ville. Ce que la plupart des grandes villes n'ont pas fait en les envoyant en banlieue. Nous avons métamorphosé ces quartiers. Nous sommes une ville avec une très grande diversité culturelle, sociale. Il y a des gens très riches, il y a des gens très pauvres, générationnels. Et on arrive à bien vivre ensemble. Et pour moi, c'est comme une micro-société.
Comme si en France, on arrivait à bien vivre ensemble. Et c'est très, très important. C'est pour cela que je dis, je ne vois pas comment. Ou alors cette ville changerait profondément. Nous n'aurions plus ce vivre ensemble. On a réussi à l'image de la ville, mais la réalité a changé. On en a fait une belle capitale rayonnante, culturelle. Moi, quand je suis arrivée, Pierre Morois me disait, c'est encore une belle endormie. Vous avez un regret sur votre bilan ? Oui, on a toujours des regrets. Le logement ? Oui, le logement, parce qu'il y a toujours des mal logés. Nous sommes pratiquement la seule grande ville dans la métropole à construire des logements.
Ça nous a été beaucoup critiqué d'ailleurs par les écologistes. Mais moi, je pense, puisqu'il y a un débat aujourd'hui à l'Assemblée sur cette question-là, qu'il faut construire dense dans les cœurs de villes, pour éviter justement d'aller toucher les terrains agricoles, la nature, etc. Donc oui, on n'est pas aidé par la politique nationale. Et bien qu'on ait construit 30 000 logements et qu'on en ait rénové pratiquement autant, il en manque. Et puis la sécurité. La sécurité, parce qu'il y a un gros problème de drogue dans la ville. Et je me bats sans être entendue pour obtenir plus de policiers nationaux depuis que je suis maire.
Vous avez dit, je ne prends pas ma retraite politique, je vais continuer à m'exprimer, autant sur le plan national qu'international. Sur le plan national, il y a à dire, Martine Aubry, vous êtes éloignée des intrigues parisiennes et de la popole, comme vous dites, mais quand même, ça continue. Vous voulez peser, vous entendez peser. Notamment, vous avez appelé Olivier Faure pour, au moment de la censure, de ne pas censurer François Bayrou, vous l'avez dit dans le monde. Il y a un congrès au PS, en juin prochain, ça ne vous a pas échappé ? Non. La question vous saoule déjà, je sais. Mais tout de même, vous allez faire entendre votre voix, votre choix ? Vous avez déjà choisi ?
Moi, ce que je souhaite, c'est que le PS, et je pense d'ailleurs qu'il y a un petit regain de crédibilité. Actuellement, justement, j'étais ravie qu'Olivier, comme Boris Vallaud d'ailleurs, décide finalement de ne pas voter la censure, aussi bien sur la déclaration de politique générale que sur le budget. C'est vrai que j'ai beaucoup oeuvré pour cela, parce que ce n'est pas au moment où tout le monde va mal, où les Français sont inquiets et veulent un peu d'apaisement, qu'il faut en rajouter.
Non pas qu'on soutienne la politique de Bayrou, son budget contre lequel on a voté d'ailleurs, mais parce que je pense qu'il faut laisser un peu de temps dans cette période, et c'était même avant toutes les folies de Trump. Maintenant, le Congrès, il ne faut pas refaire le Congrès de Marseille, où il y avait les Hollandais d'un côté, ceux qui se disent sociodémocrates comme si, et les partisans d'Olivier Ford d'autre côté. On y est pourtant, non ? Oui, c'est ce qu'essaye de faire aujourd'hui Boris Vallaud, en disant réconcilions-nous, réconciliation et doctrine. Oui, on aurait pu s'y mettre un peu plus tôt sur la doctrine. Boris Vallaud ferait un bon premier secrétaire ?
Je ne réponds pas à cette question, autrement je m'en vais.
Non, non, je ne ferai pas ça. Et sur Jean-Luc Mélenchon, vous le connaissez bien, sera-t-il candidat, quoi qu'il arrive ? Il avait, je le rappelle, réuni 22% des voix en 2022, le PS moins de 2%, le rapport de force peut-il s'inverser ?
Alors, moi très franchement, je pense qu'à les filles maintenant, ce n'est plus possible. Ce n'est plus possible à cause de Jean-Luc Mélenchon. Moi, je ne critique pas les militants, ou encore moins ceux qui votent pour eux, parce que, je le disais tout à l'heure, l'exaspération fait qu'on a envie de voter pour ceux qui parlent les plus forts, même si ce qu'ils disent n'a aucune chance d'arriver. Mais Jean-Luc, cette brutalité, cette façon permanente d'être dans la provocation, de ne pas respecter les institutions, ce n'est pas possible.
On a fait un accord électoral, le président de la République n'a pas voulu reconnaître que cet accord a permis à la gauche d'être en numéro 1, même si elle n'a pas gagné. Je crois qu'aujourd'hui, il faut regarder le fond des projets. Il faut effectivement une gauche la plus large possible, mais pas avec Jean-Luc Mélenchon, qui se présentera de toute façon, s'il ne change pas, et je ne pense pas, je le connais depuis très longtemps, qu'il changera.
– Une question d'auditeur ? Non, en fait, ce sont deux déclarations d'auditeur. Dagui, bonjour, la démission de Martine Aubry laisse-t-elle présager ? C'était une question, une candidature à la présidentielle de 2027. En tout cas, j'adhère à l'idée. Et Brigitte, Martine, présidente. Voilà.
– Écoutez, c'est très gentil, c'est à la hauteur de ce que j'entends dans la ville. Franchement, je suis très touchée des « merci », des petits cadeaux, de tous les… Ces jours-ci sont très émouvants, beaucoup plus que la décision que j'ai prise. D'abord, je ne pense pas que les Français, aujourd'hui, pensent à la présidence de la République, sauf pour éviter le RN. Je pense qu'ils ont d'autres préoccupations, et moi, de toute façon, je ferai tout pour aider à ce qu'on ait un candidat socialiste ou d'une gauche qui se colte au réel et qui défend ses valeurs. Mais évidemment, je ne serai pas candidate. – Pensez-vous qu'il y aura un jour une femme présidente de la République ?
– La question se pose, parce que moi, je me souviens au moment où nous avons fait les primaires avec François Hollande, il y avait plein de gens qui me disaient « Vous savez ce qui serait bien ? C'est François Hollande président et vous, Premier ministre, pour faire le travail. » – Cool ! – Voilà. – Vous avez rétabli les comptes de la sécu. – C'est sympa ! – Oui, donc les femmes ont fait confiance aux femmes parce qu'elles sont plus proches du réel, je pense. Elles ont peut-être moins d'égo. Voilà, donc elles font le boulot. – Mais pour le job de président, il faut que ce soit un homme. – Mais pour le job de président, il faut quelqu'un qui représente la France, il vaut mieux un homme.
Voilà, ça reste encore, je pense, un vrai sujet. Quand je vois les attaques auxquelles Anne Hidalgo a été la victime, je vois combien c'est difficile encore. Même si moi, je veux reconnaître que je n'ai pas eu trop d'attaques de cette manière.
– Merci Marc-en-Aubry d'avoir été au micro-dentaire ce matin.
– Merci à vous de m'avoir invité. – Merci.