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interviewLe Média (sur YouTube)· 18 mars 2026 18 min

DATI À PARIS : LE PIÈGE MORTEL POUR LA GAUCHE ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mais il se passe quoi ? Qu'est-ce que vous ? Bah on déménage.

Ah ? Bah personne m'a prévenu. Ah mais il faut partir là Marion.

En fait c'est Rachida qui va passer, on pourra plus payer le loyer là. ! Ah bah oui c'est vrai.

Maintenant là comme ? Bonjour et bienvenue dans le récap. Nous sommes le mercredi 18 mars et sauf énorme surprise Rachida Dati va devenir maire de Paris dimanche.

Je vous laisse quelques secondes pour digérer tout ça. Alors me regardez pas comme ça hein parce que moi j'y suis pour rien, je négocie aucune alliance et détail amusant, je vote même pas à Paris. En revanche, j'ai regardé les chiffres et eux ils sont sans état d'âme.

À moins d'un sursaut spectaculaire des abstentionnistes du premier tour pris d'un élan civique tardif ou d'une panique morale soudaine, on pourrait les comprendre, les cartes semblent déjà largement distribuées pour le second tour. Qu'on s'en désole ou qu'on s'en félicite, la gauche est très mal embarquée, du moins pour décrocher le gros lot, le fauteuil de maire. Alors comptez pas sur moi ni sur cette chronique pour vous servir d'excuse pour bouder les urnes dimanche, ce ne sera pas le cas, même si l'hôtel de ville semble acquis à Dati, la partie n'est pas totalement pliée pour autant.

L'enjeu très concret sera d'envoyer un maximum de conseillers d'arrondissement et de conseillers de Paris capables de mettre des bâtons dans les roues à la politique de turbo droite car que nous propose Rachida Dati. Et ce rapport de force là, il ne s'impose pas en restant à glander dans le canapé, mais plutôt en passant par l'isoloir. Alors avant de jouer les grands stratèges politiques, je vous propose de revenir sur les faits pour ceux qui n'auraient pas trop suivi les derniers événements.

Dimanche dernier, cinq candidats ont dépassé le seuil des 10 % nécessaires pour accéder au second tour dans la capitale. En tête, Emmanuel Grégoire, le socialiste successeur d'Anne Hidalgo et sa liste unioniste de gauche avec près de 38 % des suffrages suivi de Rachida Dati ex-ministre macroniste sous étiquette LR cette fois avec presque 26 % en 3e position Sophia Chikirou la candidate de la France insoumise qui frôle les 12 % dans un mouchoir de poche avec Pierre-Yves Bournazel d'Horizon distancié d'à peine 3000 voix tout juste et enfin la mauvaise surprise de dernière minute Sarah Knafo de Reconquête qui se qualifie avec tout juste 10 % 5 candidats, 3 de droite, 2 de gauche, voilà la ligne de départ pour le second tour mais les négociations s'engagent très vite après une campagne souvent électrique entre eux Sophia Chikirou tend immédiatement la main à Emmanuel Grégoire pour une alliance ce que ce dernier refuse catégoriquement alors c'est pas vraiment une surprise hein il l'avait répété à plusieurs reprises pendant la campagne Pour le second tour si il faut faire front contre Rachida Dati contre cette menace dont vous parlez vous faites front avec Bournazel macroniste ou avec Chikirou et Ni l'un ni l'un moi je l'ai dit clairement et je vraiment je peux le redire ça ni l'un ni l'autre pourquoi pourquoi parce que avec Sophia Chikirou c'est impossible parce que fondamentalement elle ne le souhaite pas Jean-Luc Mélenchon ne le souhaite pas ils ont passé le meeting à me cogner dessus Mais vu la configuration mal engagée les postures auraient pu évoluer voire carrément voler en éclats on l'a vu d'ailleurs dans d'autres villes hein surtout qu'à droite et ben les mains se serrent pendant ce temps-là en priorité l'équipe de campagne de Rachida Dati s'est tournée vers Pierre-Yves Bournazel et ses 11 % d'électeurs un rapprochement un peu forcé hein tant les deux entretiennent depuis des années une collection assez fournie de griefs politiques certes mais surtout personnels malgré l'ambiance glaciale les deux listes fusionnent assez rapidement, puis coup de théâtre, Bournazel se retire finalement, de quoi laisser penser que l'accord a été signé sous contrainte pour le candidat Horizon. Faut dire que ça fait quand même bien les affaires de son patron, Édouard Philippe, qui se positionne lui comme un rassembleur de la droite et du centre en vue de 2027.

La politique nationale a ses raisons que les candidats aux municipales doivent ignorer. Alors l'autre coup de tonnerre est tombé hier en milieu de journée. La candidate d'extrême droite, Zemmouriste, Sarah Knafo, a finalement décidé de se retirer de la course.

Elle a bien tenté de jouer des coudes pour tirer, elle aussi, avantage de sa position de qualifiée, mais il semblerait, du moins c'est ce qui est dit publiquement, que Rachida Dati n'a pas donné suite. Faut dire que Pierre-Yves Bournazel avait posé ses exigences avant de taper dans la main de l'ex-ministre. Parmi elles, rejeter toute alliance ou toute porosité avec l'extrême droite et la liste de Madame Knafo.

C'est ce qu'il avait dit sur X. Alors il n'a pas sûrement dû trop insister, hein, tant Rachida Dati déteste personnellement Éric Zemmour, le compagnon et mentor politique de Knafo. Il y a quelques années, le polémiste reconverti a critiqué le prénom donné par Rachida Dati à sa fille.

Autant vous dire qu'elle a pas trop aimé. Alors s'il fait les affaires de Rachida Dati, le retrait de Knafo sonne comme un coup de semonce pour la gauche. La droite est parvenue à se rassembler, de gré ou de force, enfin surtout de force, derrière la candidature unique de Rachida Dati, en seconde position sur la ligne de départ à la base, et la gauche, pendant ce temps, eh ben elle a creusé l'ornière dans laquelle elle s'est fourrée et a encore accentué les divisions.

De confession d'insoumis au QG de Chikirou hier, à ce moment-là, on se dit que le téléphone va enfin sonner et que Grégoire va capter l'importance du moment. Et ben non, le silence demeure et le temps presse quand à lui. Pendant ce temps-là, bah de l'autre côté, certains alliés des socialistes à Paris, notamment chez les écolos et à la pré, et ben ils plaident pour l'union en interne, mais rien à faire, les socialistes refusent de faire liste commune avec les insoumis à Paris.

Faute d'accord, Sophia Chikirou décide de maintenir sa candidature. Ce sera donc une triangulaire avec deux listes de gauche dimanche prochain à Paris. Dans cette configuration et même avec les scénarios les plus optimistes, la gauche désunie part perdante, même si Emmanuel Grégoire s'est offert presque 13 points d'avance et un total d'environ 310000 électeurs, Rachida Dati et ses 208000 soutiens, bah le rattrapent largement avec ses réserves de voix, notamment chez Reconquête.

L'électorat bourgeois de Knapfo, presque 85000 voix tout de même, ne devrait pas avoir trop de mal à se reporter sur la candidate LR dans un esprit dégagiste. Rien qu'avec eux, en supposant un report total, il ne manquerait plus à Dati que 17000 voix à aller chercher chez les électeurs centristes de Bournazel, une bagatelle hein sur les 92000 personnes qui lui ont accordé leur vote. Ce sont néanmoins eux qui tiennent l'élection entre leurs mains à ce stade parce qu'à gauche, Grégoire peut bien espérer grappiller à la marge quelques électeurs insoumis qui se boucheront le nez pour faire barrage à Dati, mais on devrait être assez loin d'un siphonage massif puisqu'en y regardant bien, le vote utile pourrait bien déjà avoir eu lieu au premier tour.

Et oui, si on compare les résultats de LFI à Paris aux dernières européennes, qui est un scrutin où les électeurs ont le choix entre toutes les nuances de gauche et votent donc par pure conviction, le mouvement insoumis décrochait 135000 voix environ. Aux municipales, ils ne sont plus que 95000 parisiens à avoir mis le bulletin Chikirou dans l'urne, soit une perte d'environ 40000 votes, dont on peut penser qu'ils se sont déjà reportés sur la candidature de Grégoire. On a donc affaire ici au noyau dur insoumis, ceux pour qui voter socialiste relève à peu près de la science-fiction, surtout après les mois de tensions particulièrement électriques entre les deux partis.

Autrement dit, même si la liste de Sophia Chikirou s'était retirée comme l'exigeait le camp socialiste, rien ne garantissait que les voix auraient suivi. Bien au contraire, il est très probable qu'une bonne partie de ces électeurs auraient préféré l'abstention ou le vote blanc. Pour gagner, Emmanuel Grégoire a besoin d'un report massif, pour ne pas dire intégral, des insoumis sur sa candidature par vote utile, on l'imagine.

C'est d'ailleurs le pari qu'il a fait. Alors, ça aurait pu marcher, hein, si l'extrême droite se tenait en face, comme à Marseille. D'ailleurs, là-bas, la stratégie insoumise a été différente et Sébastien Delogu a fini par se retirer au profit des socialistes, mais à Paris, c'est pas la même chanson et Grégoire a pris le risque de perdre la mairie par pure arrogance.

Dans cette configuration, ce sont les électeurs de Bournazel qui se positionnent en réel faiseur de roi et tout porte à croire qu'ils seront assez divisés. La fusion à marche forcée et puis le retrait de la tête de liste, mais aussi de Clément Beaune, autre tête forte représentant de l'aile gauche de la Macronie, et ben, ça en dit long, vu que les socialistes ont régulièrement tendu la main sur leur droite ces derniers mois, rien qu'avec la longue litanie du budget, on pourrait imaginer qu'une partie de l'électorat Bournazel se reporte quand même, bon gré mal gré, sur Grégoire. Mais laissez-moi penser que les fameux macronistes de gauche, c'est aussi fictionnel que les insoumis socialo-compatibles.

Heureusement que le PS est plus tellement la gauche, hein, ça peut aider, mais il se pourrait aussi que l'aspect unioniste de la liste socialiste finisse de les rebuter, hein, il y a des écolos, il y a des communistes, hein. De toute façon, s'il existe vraiment des macronistes de gauche, ils ne pèseront pas très lourd dans la balance. Et puis bon, même si Bournazel a claqué la porte, le reste de sa liste a quand même fusionné avec Dati.

Voilà le tableau. Alors, OK, je suis pas statisticienne et encore moins médium et je peux allègrement me tromper en disant que Dati va l'emporter dimanche, je le souhaiterais presque d'ailleurs. En revanche, j'affirme avec beaucoup de certitude que la stratégie du PS à Paris flirte avec l'inconscience compte tenu de la situation.

En s'alliant, la gauche aurait pu l'emporter, de justesse certes, mais le PS parisien en a décidé autrement. Donc tacte pour les insoumis qui ont donc changé de braquet. Leur objectif est désormais de rafler le plus de conseillers possibles et d'imposer le rapport de force qu'ils affectionnent tant au sein de la municipalité parisienne tout en se donnant au passage du poids côté grands électeurs.

Et comme toujours, au milieu, il reste les électeurs de gauche hors appareil militant qui doivent se décider soit glisser un bulletin un vote utile qui frôle l'illusion dans cette situation ou choisir un vote de conviction, peut-être discret dimanche, mais capable de grignoter du terrain pour les batailles à venir. Faites vos vœux. Et on fait une petite pause avant de continuer avec le reste de l'actualité.

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On l'a dit, ils avaient jusqu'à 18h hier soir pour déposer leur liste définitive en préfecture pour le second tour de dimanche. En dehors de la capitale, et ben les enjeux sont grands pour les villes de France. On en parlait hier, à Nice, la droite et l'extrême droite se disputent la mairie.

Éric Ciotti, allié du RN, est en position favorable face à Christian Estrosi. Le patron des Républicains, Bruno Retailleau, a annoncé qu'il ne soutiendrait pas le maire sortant, Estrosi donc, pour le second tour. Et la menace plane encore à Marseille.

Le maire sortant PS, Benoît Payan, est au coude-à-coude avec le candidat d'extrême droite, Franck Alisio. Le candidat insoumis, on l'a dit, Sébastien Delogu a retiré sa liste pour tenter d'empêcher le Rassemblement national de triompher au second tour après le refus d'une fusion avec le PS. Dans 26 villes, des accords ont été noués pour présenter des listes communes. 53 listes LFI se maintiennent au second tour et de nombreuses alliances ont été conclues, comme à Lyon, Toulouse ou encore Nantes.

Au total, les listes insoumises ont fusionné dans 10 villes avec des listes menées par des socialistes. Et ça, ça ne plaît pas à tout le monde. En conseil des ministres ce mercredi, Emmanuel Macron s'est exprimé pour alerter, je cite, "du danger des extrêmes où qu'ils soient", comme l'a rapporté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

Le président a tenu à souligner dans ce moment l'importance que personne n'oublie que les extrêmes, où qu'ils soient, demeurent dangereux pour la République. Il a insisté sur le fait que les arrangements des partis ne devaient pas faire oublier quelques principes. D'une part, on ne peut pas oublier les discours et les actes d'excès d'où qu'ils viennent.

Et d'autre part, on ne peut pas oublier les principes républicains niés d'où que cela vienne. Hier, neuf CRS ont été condamnés pour des violences commises sur les gilets jaunes en 2018. Ces policiers avaient infligé de nombreux coups aux manifestants qui s'étaient réfugiés dans un restaurant pour échapper aux gaz lacrymogènes.

Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé des peines de six mois à deux ans de prison avec sursis contre les policiers. L'affaire avait été révélée grâce à des images de vidéosurveillance et de journalistes, révélée notamment par France Télévision. On y voit des policiers matraquer et asséner des coups de pied aux manifestants sans sommation et sans leur laisser le temps d'évacuer les lieux. "L'usage de la force ne présentait pas les conditions strictes et impératives de nécessité et de proportionnalité", a souligné le président de la 10e chambre correctionnelle de Paris en rendant son jugement, alors qu'aucun des mis en cause ne s'est déplacé pour entendre sa décision.

Le magistrat a souligné la nature et la gravité des faits à l'encontre des manifestants qui présentaient un comportement pacifique. Notre journaliste du pôle enquête Nadia Swini a suivi l'ensemble du procès avec attention. Elle était sur place hier pour le jugement et je vous propose de retrouver sa chronique ce soir dans notre émission en direct toujours debout et puis sur notre chaîne YouTube.

Et on conclut ce récap par un point sur l'actualité internationale. Le bilan de la guerre menée au Moyen-Orient continue de s'alourdir. Selon l'association UNICEF, l'équivalent d'une classe de 30 élèves est tué ou blessé chaque jour au Liban.

D'après le ministère de la santé libanais, au moins 111 enfants ont été tués et 334 autres blessés dans les frappes israéliennes depuis le 2 mars. Au 19e jour de la guerre, Israël continue de bombarder quotidiennement le Liban et l'Iran. 12 personnes ont été tuées à Beyrouth cette nuit selon le ministère de la santé libanais.

De nouveaux appels à évacuer le sud du Liban ont été lancés et ce matin, le ministre de la défense israélien Israël Katz a annoncé l'élimination du ministre du renseignement iranien Ismaël Qaani confirmée par l'Iran dans la journée. Une frappe israélo-américaine a également touché un site gazier en Iran. En représailles, le pays a menacé de cibler de nouvelles installations énergétiques dans le Golfe.

Merci d'avoir regardé cette nouvelle édition du récap. N'hésitez pas à nous laisser vos impressions en commentaire si vous nous regardez sur YouTube ou via email si vous nous regardez à la télé. Pour nous soutenir, vous pouvez vous abonner au média, faire un don déductible toutes les infos sont sur notre site internet et puis vous pouvez aussi juste parler de nous autour de vous, ça ne coûte rien, nous suivre et nous partager sur les réseaux sociaux et ça fait beaucoup.

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