Vincent Jeanbrun, député "Droite Républicaine" du Val-de-Marne | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La violence contre les élus, il connaît, mais jamais mon invité n'avait imaginé que sa famille puisse être visée. Un traumatisme qu'il a placé sous le feu médiatique. Depuis, le jeune maire est devenu député, il siège au sein du groupe de la Droite républicaine à l'Assemblée.
Générique (...) (...) Bonjour Vincent Jeanbrun. -Bonjour. -Les Français vous ont découvert à l'été 2023, pendant les émeutes à la suite de la mort du jeune Nahel à Nanterre, à l'époque, vous étiez maire de l'Hay-les-Roses, Val-de-Marne, touchée par les émeutes pendant plusieurs jours, jusqu'à la nuit du 1er au 2 juillet.
Là, une étape supplémentaire a été franchie, regardons. -Il est environ 1 h 30 ce matin, des individus viennent de mettre le feu à une voiture bélier lancée contre le portail de ce pavillon. Au moment des faits, l'élu était absent, mais sa femme et leurs deux enfants, âgés de 5 et 7 ans, se trouvaient à l'intérieur.
Ils ont dû fuir par le jardin. Nous avions rencontré Vincent Jeanbrun hier et il ne cachait pas ses craintes après la découverte de menaces sur les murs de la ville. -Là, ça a été tagué sur le marché.
On l'a effacé depuis. "On a vos adresses". "On va vous brûler vivant". -Alors, je précise qu'au moment de cette attaque contre votre propre domicile, vous étiez vous-même à la mairie.
Vous passiez la nuit à la mairie pour la protéger. Et votre femme s'est fracturée le tibia quand elle a dû fuir votre domicile. Et je crois qu'un de vos enfants a aussi été blessé à cette occasion.
Est-ce que vous aviez envisagé qu'un jour, votre propre engagement puisse mettre en danger votre famille ? -Non. Non, beaucoup d'émotion en revoyant ces images, le...
Quand on est élu, mais je pense que c'est vrai quand on est exposé comme un policier, un pompier, même un prof, on peut s'attendre à être soi-même la cible d'attaque ou de gens qui contestent les décisions que vous pouvez prendre. Mais jamais j'aurais imaginé ce niveau de lâcheté, c'est-à-dire aller attaquer une maison et a fortiori une famille sans défense. Donc c'est sûr que ça a été... j'allais dire un trauma, mais c'est au fond une sorte de recadrage, quelque chose que je pensais inimaginable, qui aujourd'hui est présent. -Vous êtes-vous interrogé sur le fait de poursuivre cet engagement politique ou de l'arrêter ? -Evidemment, j'avoue l'avoir beaucoup dit, mais cette nuit-là, quand je rejoins quelques heures après les images que vous voyez là, ma femme à l'hôpital, évidemment que la première chose que je lui dis, c'est : "J'arrête tout.
Jamais j'ai fait de la politique pour vous mettre en danger, donc j'arrête tout." Evidemment qu'on s'est plus que posé cette question. -Et c'est elle qui vous a convaincu de... -Ma femme étant elle-même engagée en politique au niveau local, dans l'équipe municipale, on a toujours eu l'amour de notre ville chevillée au corps.
Et c'est effectivement elle qui me dit à ce moment-là, avec énormément de courage : "Il est hors de question que ce soit eux", donc sous-entendu ceux qui nous ont attaqués, ceux qui nous ont terrorisés à ce moment-là, "qui décident si on doit arrêter ou pas notre engagement". "On ne va pas être des victimes." Elle répétera beaucoup cette phrase. "On ne sera pas des victimes", au sens où ce n'est pas eux qui décident notre destin.
Et aujourd'hui, on vit encore dans la maison qui a été attaquée. On a changé le portail, on a changé notre façon de vivre, on est plus sécurisé qu'avant. Moi, il m'arrivait de jamais fermer les portes.
Aujourd'hui, évidemment, c'est plus la même logique, notamment parce que nos enfants nous demandent plus de sécurité. Mais ce n'est pas à des assaillants, des voyous, ce n'est pas à des criminels de décider si on déménage ou pas. Voilà, c'est... -Dès le 3 juillet, il y a eu une importante marche de soutien dans la ville qui a rassemblé plus d'un millier de personnes.
La première ministre Elisabeth Borne et le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sont venus vous apporter leur soutien. Vous étiez inconnu des Français, les médias ne s'intéressaient pas à vous et en 24 heures, vous devenez la nouvelle coqueluche des journalistes, vous qualifiant d'étoile montante de la droite, de nouvelle icône de la droite, maire courage, nouveau visage de la droite des banlieues. Ce n'est pas un peu dérangeant d'obtenir une telle reconnaissance de votre engagement, pas pour ce que vous avez réalisé ou fait, mais pour ce que votre famille a subi ?
Comment vous l'avez vécu, ça ? -Vous posez une question qui est très juste. Je crois que vous êtes le premier à me la poser, d'ailleurs.
Alors, à ce moment-là, moi, je suis à des années-lumière de tout ça. Je lis à peine ce que vous évoquez, je ne lis pas la presse à ce moment-là, je suis "focus" sur mes enfants, qui enchaînent les heures chez le psy, l'enquête avec le procureur, et avec ma femme à l'hôpital encore à ce moment-là. Donc je suis...
Je ne suis pas dans cette espèce d'engouement qui va apparaître. Je sais que ma femme a pu mal le vivre, mais en fait, j'ai fait la une du magazine Le Point. -Vous êtes invité au 20 heures de TF1. -Ce qui était à la fois flatteur, évidemment, parce que ça mettait en lumière non pas mon cas personnel, mais le fait qu'il fallait dire : "Ca suffit", je crois que je l'ai dit dans le discours qui apparaît à l'écran, "Maintenant, stop ça suffit, on vient de dépasser une ligne qui est insupportable à dépasser." Donc oui, nous on n'a vraiment pas cherché cette exposition médiatique. -Ca a fait des jaloux.
On a vu dans certains articles, en OFF, certains de vos amis de droite, dire que vous aviez une soif de reconnaissance incroyable. Ils faisaient part de leur malaise face, je cite : "A une surcommunication de votre part", comme s'ils vous soupçonnaient de vouloir profiter personnellement de cette situation. -Jalousie dans la nature humaine...
Moi j'avais un besoin, et ma famille aussi, c'est que ça ne reste pas ignoré ou impuni. Pas pour la gloriole, pas pour être la star de je ne sais quoi, mais vraiment ce côté, on avait besoin de s'expliquer que ce n'était pas arrivé pour rien. Et même ma candidature aux législatives, à un moment donné, la première chose quand j'apprends la dissolution, c'est que j'appelle ma femme, et on se pose la question : "Est-ce que ça vaut le coup d'aller à ce combat-là ou pas ?" Avec cette idée de, encore une fois, ce qu'on a subi, ça ne peut pas être arrivé pour rien.
Et au-delà de notre cas personnel, il ne faut pas que ça recommence. Donc mettre un gros coup de projecteur sur le fait qu'aujourd'hui, l'engagement local, l'engagement d'élus, ça peut être aussi ça, c'était pour moi nécessaire. Et le fait de dire, quand on est élu, quand on est prof, policier, gendarme, infirmier, médecin, on risque aujourd'hui notre vie, parce que c'est quand même au fond ce qui s'est passé, pour nous et nos proches, parce que je ne suis pas le premier, encore une fois, je ne suis pas un cas isolé.
Combien de maires ont été attaqués, caillassés. Pendant les émeutes, il y a eu d'autres collègues blessés gravement. -Qui ont été reçus avec vous à l'Elysée par Emmanuel Macron.
Elle en est où l'enquête aujourd'hui ? Ils ont été identifiés ? -Rien.
C'est là aussi une des raisons pour lesquelles je suis parlementaire aujourd'hui. Parce qu'en fait, les policiers et la justice ont été au rendez-vous. Ils nous ont accompagnés, ils ont mis tous les moyens qui étaient à leur disposition.
D'ailleurs, Gérald Darmanin était ministre de l'Intérieur à ce moment-là. Je dois dire qu'on a pu compter sur lui, sur sa présence et son implication. Sauf que les policiers eux-mêmes m'ont dit : "On a fait tout ce qu'on pouvait dans le cadre légal d'aujourd'hui", ce que leur permet la loi.
Et quand je leur disais : "Mais qu'est-ce que vous voulez me dire par là ?", ils m'ont dit : "Il y a d'autres pays qui sont des démocraties, sur lesquels il y a un état de droit" où les forces d'investigation auraient eu beaucoup plus de moyens, notamment vis-à-vis des GAFAM, vis-à-vis des Apple, des Google, des constructeurs de téléphones, des applications comme Snapchat, pour aller chercher beaucoup plus précisément des informations. -Donc l'enquête n'a pas abouti en tout cas à l'heure qu'il est. -Je dois dire que pour mes enfants, c'est évidemment quelque chose qui a été longtemps un traumatisme, de dire que les auteurs courent toujours.
Et donc, il y a une vraie frustration. Et moi, vous comprenez évidemment que je me battrais pour que ça ne soit plus possible demain pour qu'on protège mieux les élus et les services publics, ceux qui les font vivre. Et il y a des lois à changer, je me battrais pour ça aujourd'hui, à l'Assemblée nationale. -Vous avez grandi dans le quartier des Tours Marrons de l'Hay-les-Roses, là où vivaient certains des émeutiers.
Peut-être même que vous étiez au collège avec certains de leurs parents. C'est une possibilité que vous avez envisagée ? Vous y avez pensé à ça ?
Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'en une génération, on bascule dans... -Une chose est sûre, en tant que maire, pendant 10 ans, il n'y a pas un hall d'immeuble, pas une tour, pas un quartier où je n'ai pas été discuter avec les parents, avec les jeunes.
J'étais régulièrement dans les collèges, dans les écoles. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a un échec de la République quand des jeunes qui sont nés sur le territoire national, qui ont été élevés à l'école de la République, qui ont été dans les clubs sportifs, les associations de la ville, en viennent à ce type d'extrémité, que ce soit ma maison, ou la mairie, le relais mairie dans lequel leurs mamans vont faire calculer le quotient familial pour être aidées. A un moment donné, c'est un échec collectif. -On va remonter un peu le fil de votre engagement politique.
Vous étiez plutôt éloigné de la politique, vous avez grandi dans un milieu modeste, avec un père chauffeur-livreur et une mère au foyer. Et c'est le 21 avril 2002, qui a été un peu l'élément déclencheur ? -Oui, la bascule entre l'engagement du délégué de classe, car j'ai toujours eu cette fibre-là, comme beaucoup ici, et puis d'un côté, la sphère politique, il y a quelque chose à y faire. -Vous avez donc organisé à cette occasion, je crois, une grande marche contre le FN, contre Jean-Marie Le Pen. -Je peux préciser ?
C'était pour la République. Il y avait beaucoup de mouvements qui étaient à la limite de la violence sur Paris, où c'était contre. Et nous, on a tenu à faire un mouvement pour vraiment réunir tous ceux qui avaient les mêmes valeurs. -Deux ans après, vous avez adhéré à l'UMP.
J'ai lu que le moteur de votre engagement était l'envie de corriger les inégalités sociales. Pourquoi la droite et pas la gauche, dans ce cas ? -Car, justement, dans la cité HLM où j'étais, j'ai beaucoup souffert, même si je ne connaissais pas encore bien le concept, de cette logique d'assistanat.
Je me souviens d'avoir croisé le maire de l'époque. -Parce que c'était une commune historiquement à gauche. -Très à gauche et qui, globalement, disait...
Ah, vous avez sorti les archives, c'est terrible. -C'était en 2007. -J'ai pas changé.
Il y avait cette envie de défendre la méritocratie, le travail, que le travail paye, que ceux qui avaient vraiment envie de s'en sortir puissent s'en sortir. Là où la logique de l'assistanat, c'est : vous êtes pauvres, on vous aide à survivre, mais on ne vous aide pas à vous en sortir, à vous émanciper. -Vous étiez sensible à cette dimension.
A partir de là, votre parcours est indissociable de celui de Valérie Pécresse. Vous avez été son collaborateur parlementaire à l'Assemblée, vous avez été son vice-président à la région. Et quand elle a quitté les Républicains en 2019, vous l'avez suivie.
C'est la droite qu'elle incarne qui vous a séduit ou c'est sa façon de faire de la politique ? -Il y a eu les deux parce que Valérie Pécresse, c'est une droite effectivement très ouverte. C'est une droite réformatrice.
C'est une droite avec son mouvement libre qui justement donne à la fois cette liberté d'entreprendre mais en même temps qui nourrit l'égalité des chances. C'est ce qu'elle met en oeuvre à la région et moi c'est ce parcours-là et cette volonté chez elle que j'ai toujours aimé défendre. Là, je crois que sur la photo qu'on voit là, elle dit dans son discours que je suis un bébé Pécresse, mais un grand bébé, car je suis un peu plus grand qu'elle.
C'est évidemment des souvenirs qui forgent, c'est évident. -Et une étape importante... -Je lui dois beaucoup. -...pour vous, c'est 2014, vous devenez le plus jeune maire de France d'une ville de plus de 30 000 habitants.
On a vu votre attachement à cette ville, l'Hay-les-Roses. -C'est la ville de mon enfance. -Et pourtant, trois fois, vous êtes présenté aux législatives.
Dès 2017, la troisième a été la bonne. Pourquoi cette obsession à devenir député à tout prix ? -Ce n'est pas une obsession.
D'abord, dans les premières élections, il y avait encore la possibilité de rester maire et député. Et j'avais la conviction que je pouvais servir encore plus ma commune, mon territoire, les habitants, en étant parlementaire. Evidemment, c'est beaucoup plus concret, être maire.
Et c'est un crève-coeur de ne plus être maire aujourd'hui, car c'est passionnant. Mais vous vous faites à une échelle qui, finalement, est un peu plus réduite. Au bout de 10 ans de mandat de maire, j'ai mesuré à quel point il y avait un certain nombre de lois absurdes qui nous empêchaient de bien faire notre travail. -On va passer à notre quiz pour conclure l'émission.
L'idée, c'est de vous proposer des débuts de phrases que vous compléterez. La politique, c'est comme dans le football américain. Je crois que vous avez pratiqué un peu le football américain. -J'ai fait capitaine de l'équipe de défense d'un club de football américain.
On est plus fort quand on joue en équipe. -Pour moi, Jean-Jacques Goldman...
Vous avez écrit tout un article dans le journal l'Opinion pour Jean-Jacques Goldman. -C'est la personne que j'aimerais absolument rencontrer et c'est une source d'inspiration inépuisable. -Enfin, je me raserais le jour où...
Vous n'avez pas toujours eu la barbe, on l'a vu sur les premières photos. -Celle-là, elle plaira à ma femme qui rêve que je me rase...
Peut-être que je me raserai le jour où j'arrête la politique, pour faire une transition. -Ce sera un indice, du coup. Merci beaucoup. -Pas pour tout de suite. -C'est compris. -Merci Vincent Jeanbrun, d'être venu dans La Politique et moi. -Merci, merci pour l'invitation.
Générique
Vincent Jeanbrun