L'interview en intégralité d'Arnaud Rousseau (FNSEA)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:26OuverteRéponse directe
Pourquoi les prix de l'alimentaire ne baissent-ils pas alors que le coût des matières premières baisse ?
- 0:33OuverteRéponse directe
L'huile de tournesol a baissé de 55% en un an, pourquoi ça ne baisse pas dans les rayons ?
- 1:19FerméeRéponse directe
Vous dites que vous avez déjà accepté des baisses de tarifs auprès de la grande distribution ?
- 1:54OuverteRéponse directe
Pour vous, c'est la grande distribution qui bloque les baisses de prix ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Les prix au rayon des huiles ont augmenté en moyenne de 22% en un an, pourquoi votre augmentation est plus forte ?
- 3:05RelanceRéponse partielle
Pourquoi votre augmentation est plus forte que la moyenne du marché ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:44Invité politiqueFait
« Parce qu'entre le moment où l'agriculteur produit son tournesol et qu'il le transforme, puis le vend au distributeur, il se passe une récolte par an et du délai, et donc le tournesol en ce moment est en train de baisser. »
- 1:44Invité politiqueChiffre
« On a dans nos contrats, encore une fois, distinguons bien ce qui relève de l'exploitation agricole, où le tournesol est vendu, travaillé, trituré, et ensuite vendu à la grande distribution, avec des prix dans les contrats qui prévoient des clauses de renégociation. Et donc en ce moment, il y a des discussions qui ont été faites chez nous en tous les cas, avec une baisse de l'ordre de 20% sur le tournesol. »
- 2:13Invité politiqueChiffre
« Mais il faut aussi savoir que dans nos exploitations agricoles, les prix ont continué à augmenter, puisque c'est l'ordre de 10% de charges en plus sur un an, et que dans l'industrie agroalimentaire, il y a aussi un certain nombre de charges qui vont demeurer, je pense notamment au coût du travail ou à un certain nombre de sujets autour de l'énergie. »
- 3:48Invité politiqueFait
« Pour le monde agricole, pendant 10 ans, ça a été de la déflation. Je voudrais le rappeler, parce que je trouve que les grands distributeurs sont très pronds en ce moment à nous expliquer que les prix ne baissent pas, que c'est un scandale. »
- 4:43Invité politiqueChiffre
« Le B2C, comme on appelle la vente des huiles chez Avril, ça représente 2% de notre chiffre d'affaires. Parce que ce que vous ne savez pas, c'est qu'on fait beaucoup d'huile pour les carburants, on a des activités dans la nutrition animale, on a des activités dans la transformation. »
- 5:15Invité politiqueFait
« Avril ne verse pas de dividendes à ses actionnaires agriculteurs, il réinvestit la totalité de ses bénéfices. »
- 6:55Invité politiqueChiffre
« chez Puget, l'huile d'olive, en France, en Espagne, au Maroc, a vu ses prix s'envoler de à peu près 2 500 euros la tonne à plus de 5 000 euros la tonne. »
- 8:44Invité politiqueFait
« La loi Egalim, elle a un an et c'est la première année d'application pleine. »
- 11:16PrésentateurChiffre
« Vous réclamez toujours un chèque alimentation ? »
- 12:12Invité politiqueChiffre
« La discussion qu'on avait eue à l'époque avec le gouvernement, c'était de 1 à 3 euros par jour. Et donc, c'était un coût de l'ordre de 2 à 5 milliards d'euros. »
- 13:55PrésentateurChiffre
« 60% des fruits que l'on consomme en France sont importés, 60% des fruits, 50% du poulet, 40% des légumes. »
- 17:31Invité politiqueChiffre
« 425 000 exploitations agricoles, 17 000 entreprises agroalimentaires, 4 entreprises de distribution. Qui est le plus puissant, à votre avis ? »
Temps de parole
- Arnaud Rousseau70 %
- Présentateur12 %
- Invité6 %
- Invité 25 %
- Invité 34 %
- Invité 43 %
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Bonsoir Arnaud Rousseau, merci d'être avec nous, vous êtes le nouveau président de la FNSA, le très puissant syndicat agricole. Vous êtes agriculteur évidemment, céréalier en Seine-et-Marne, et vous êtes aussi président du groupe Avril. Avril, ce sont par exemple les huiles Le Sueur, Puget, Isio 4, j'en oublie forcément, il y en a beaucoup d'autres, mais ce sont les plus connus. Marc, hyper connue, avec toutes ces casquettes, vous êtes tout désigné ce soir pour qu'on parle d'abord évidemment du pouvoir d'achat, de notre pouvoir d'achat.
Il y a une question qui nous occupe depuis le début de la semaine, pourquoi est-ce que les prix de l'alimentaire ne baissent pas alors que le coût des matières premières baisse ? On a un exemple, l'huile, vous connaissez par cœur, l'huile de tournesol, on nous dit que le cours a baissé de 55% en un an, pourquoi est-ce que ça ne baisse pas dans les rayons ?
Parce qu'entre le moment où l'agriculteur produit son tournesol et qu'il le transforme, puis le vend au distributeur, il se passe une récolte par an et du délai, et donc le tournesol en ce moment est en train de baisser. Les prix qui sont appliqués à la grande distribution ont baissé en tournesol en tous les cas chez Avril, puisque vous en parliez, qui est une entreprise détenue par le monde agricole de 20%, mais entre le moment où c'est fait dans les contrats et où ça s'applique dans les magasins au profit des consommateurs, il y a toujours un peu de latence. Donc je suppose qu'on verra une baisse du prix de la bouteille d'huile de tournesol dans quelques semaines.
Donc vous, vous dites que vous avez déjà accepté des baisses de tarifs auprès de la grande distribution ? On a dans nos contrats, encore une fois, distinguons bien ce qui relève de l'exploitation agricole, où le tournesol est vendu, travaillé, trituré, et ensuite vendu à la grande distribution, avec des prix dans les contrats qui prévoient des clauses de renégociation. Et donc en ce moment, il y a des discussions qui ont été faites chez nous en tous les cas, avec une baisse de l'ordre de 20% sur le tournesol.
Donc ça veut dire que pour l'instant, pour vous, et contrairement à ce que beaucoup de patrons de la grande distribution nous disent, pour vous, c'est la grande distribution qui bloque un peu les baisses de prix ?
Mais la grande distribution, elle a probablement des stocks qu'elle avait acquis, et puis ensuite, elle a des politiques de prix qui ne sont pas les mêmes d'une marque à l'autre. Il y a d'ailleurs des marques de distributeurs qui parfois ont augmenté plus que les marques nationales. Donc en tous les cas, on verra, je pense, dans les prochaines semaines ou les prochains mois, un début de baisse.
Mais il faut aussi savoir que dans nos exploitations agricoles, les prix ont continué à augmenter, puisque c'est l'ordre de 10% de charges en plus sur un an, et que dans l'industrie agroalimentaire, il y a aussi un certain nombre de charges qui vont demeurer, je pense notamment au coût du travail ou à un certain nombre de sujets autour de l'énergie.
Alors avant de laisser la parole à mes camarades, je reste sur l'exemple de l'huile, puisqu'encore une fois, vous êtes le patron d'un groupe, comme on dit d'ailleurs, un groupe oléagineux. – Oléagineux, mais on peut dire groupe oléagineux, c'est bizarre.
– Oui, absolument, en fait, le cœur de notre métier, c'est de triturer le colza, le tournesol, prix les protéagineux des produits français.
– Alors on va triturer notamment les chiffres qui sont donnés par le spécialiste de la grande distribution, Olivier Dover. Les prix au rayon des huiles ont augmenté en moyenne en un an de 22%. Certaines de vos marques sont largement au-dessus de cette moyenne, ou un peu au-dessus. On va regarder par exemple Isio4, c'est chez vous, Isio4 plus 27% d'un an. Pourquoi cette différence ? Pourquoi est-ce que votre augmentation est plus forte que la moyenne du marché ?
– Il y a tout un tas de raisons, encore une fois, qui tiennent soit à la manière dont les huiles ont été achetées, soit à la manière dont la répercussion s'est faite tout au long de la chaîne. Encore une fois, dans une bouteille d'huile, il peut y avoir l'huile à propre en parler, mais il peut y avoir le marketing, il peut y avoir un certain nombre de choses. Ce qui nous tient à cœur, nous, c'est de faire en sorte que les coûts de production interprofessionnelle reconnus auprès des agriculteurs ne baissent pas en ce moment, continuent à monter, et que la répercussion ne détruise pas de valeur.
Ce que je voudrais rappeler sur la grande distribution, puisque vous m'interrogez sur les prix, c'est que pour le monde agricole, pendant 10 ans, ça a été de la déflation. Je voudrais le rappeler, parce que je trouve que les grands distributeurs sont très pronds en ce moment à nous expliquer que les prix ne baissent pas, que c'est un scandale. La vérité, c'est que sur les 10 dernières années, les prix ont été en déflation permanente. C'est que si nous ne nous étions pas battus, nous, pour avoir ces fameuses lois égalimes qui protègent la matière première agricole, nous n'aurions pas eu les hausses que nous avons enregistrées.
Ce qui est important pour nous en tant qu'agriculteurs, c'est de faire en sorte qu'on trouve un équilibre entre le prix des produits dans nos fermes et la capacité pour les consommateurs à les acheter.
Mais est-ce que vous trouvez l'équilibre entre effectivement consommateurs et producteurs quand, par exemple, votre bénéfice l'an dernier augmente de 45% ? C'est-à-dire que vous profitez de l'inflation, d'une certaine manière ?
Le B2C, comme on appelle la vente des huiles chez Avril, ça représente 2% de notre chiffre d'affaires. Parce que ce que vous ne savez pas, c'est qu'on fait beaucoup d'huile pour les carburants, on a des activités dans la nutrition animale, on a des activités dans la transformation. Donc la partie du lien entre Avril et le consommateur, c'est 2%. Et que l'essentiel de la hausse des prix et donc du résultat que vous décrivez, c'est fait à travers l'énergie, puisque l'huile carburant qui va dans l'énergie a été très valorisée avec la hausse de l'énergie.
Mais vous avez, de fait, quels que soient les produits, vous avez profité de l'inflation,
quels que soient les produits que vous vendez ? On s'est surtout alignés sur le marché, parce qu'en même temps qu'on avait ces hausses d'énergie, on avait aussi un certain nombre d'investissements majeurs à faire. Vous savez qu'on travaille d'arrache-pied sur la décarbonation. Cette décarbonation nécessite des investissements importants. Puis je veux vous le dire un mot, parce que c'est important pour le monde agricole, c'est qu'Avril ne verse pas de dividendes à ses actionnaires agriculteurs, il réinvestit la totalité de ses bénéfices. Or, vous savez que pour être au rendez-vous de la décarbonation, le monde agricole va devoir investir massivement.
Et donc cette hausse importante des résultats est une bonne nouvelle pour nous, parce qu'elle est la garante dans les 5 ou 10 prochaines années qu'on va avoir les moyens d'accompagner ces décarbonations. Pauline ?
Oui, c'est quand même important de ré-espicler aux téléspectateurs, aux consommateurs, parce que ce que vous nous dites, c'est que finalement, ça va prendre un peu plus de temps que prévu, mais ça finira par baisser parce que le cours des matières premières baisse. Mais il y a tout de même une grosse interrogation. Les consommateurs, ils ont du mal à acheter leurs produits, certains doivent sauter un repas. Et on voit que vous avez profité, c'est l'impression que ça donne en tout cas, on a ça pour l'huile, on a ça pour le café, on a eu ça exactement pour les biscuits, que les marques nationales ont augmenté encore plus pendant l'inflation.
Pourtant, tout le monde a été touché par les coûts d'énergie, par le fret, par le transport, mais tout ça a baissé maintenant. Comment expliquer que les marques nationales, finalement, aient augmenté encore plus et bien plus que les autres marques ?
Là aussi, je voudrais vous répondre en regardant ce qu'est l'histoire du groupe Avril. En 2015, 16 et 17, on a perdu énormément d'argent, on n'a pas fermé les outils, parce que le monde industriel est inscrit agricole dans le temps long. Aujourd'hui, on profite de l'embellier, je vous ai expliqué que le rapport aux consommateurs, chez nous, c'était tout petit, 2% du chiffre d'affaires chez le SIEUR, et qu'en fait, le gros de ce qui a été le résultat de cette année, s'est fait plutôt dans le milieu de l'énergie, les huiles carburants.
Et donc, vous me parlez des marques nationales, je vais vous parler de Puget, vous m'avez parlé beaucoup d'huile de tournesol, chez Puget, l'huile d'olive, en France, en Espagne, au Maroc, a vu ses prix s'envoler de à peu près 2 500 euros la tonne à plus de 5 000 euros la tonne. Je comprends que le consommateur ait du mal à acheter, et d'ailleurs, quand vous êtes agriculteur, voir un certain nombre de consommateurs ne pas pouvoir se nourrir, ça pose un vrai problème. Mais il y a des réalités d'augmentation de prix qu'on est obligé d'impacter, et après, il y a des politiques commerciales d'un distributeur à l'autre qui peuvent être très différentes.
La bonne nouvelle, c'est que probablement, dans un certain nombre de métiers, de produits, ça va baisser dans les semaines et les mois qui viennent. Pas partout, ça ne baissera pas en huile d'olive, pour la simple et bonne raison, c'est que c'est une récolte par an, et que l'année dernière, elle n'a pas été bonne, et qu'il n'y a pas de produits, et que donc le marché...
Donc, personne n'a profité quand les prix ont augmenté de parfois 35-40%, alors que la moyenne, c'était 22%. Aucun industriel n'a profité de ça. Les revenus des agriculteurs ont augmenté quand même. C'est-à-dire que la hausse du cours des matières premières a aussi bénéficié aux revenus des agriculteurs. Et d'ailleurs, on peut s'en féliciter pour une partie d'entre eux, parce qu'il y a des grandes inégalités. On imagine que les grands céréaliers se sont gavés davantage. Mais d'une certaine façon, il y a quand même eu un bénéfice dans cette hausse des cours, qui est que les agriculteurs ont eu des revenus qui ont augmenté. Oui, c'est vrai, et c'est une bonne nouvelle.
Je m'en réjouis. Et d'ailleurs, les céréaliers qui se sont gavés, pour reprendre vos propos, ont eu aussi des hausses de charges très importantes, parce que le coût de l'énergie, ce qu'on appelle l'azote...
On l'a tous, le coût de l'énergie, les distributeurs aussi. En fait, il y a toutes choses égales par ailleurs. Vous avez une source de profit
beaucoup plus importante que d'autres. Nous, on travaille pour gagner notre vie. Et donc, si on fait une bonne année, on s'en réjouit. Et je peux vous dire que je n'ai pas de problème à regarder ce que sont les revenus de l'agriculture sur les dix dernières années. Ils sont bien loin ceux de la grande distribution, pour reprendre le sujet précédent. Ce que je veux vous dire, c'est que la déflation qu'il y avait dans la négociation de nos produits était un vrai crève-cœur, à détruire près de 25% de l'élevage français et 100 000 agriculteurs. C'est le passé. Attendez, c'est tout neuf. La loi Egalim, elle a un an et c'est la première année d'application pleine.
Donc, je me réjouis de voir qu'elle ait des résultats. On voit l'inflation. D'ailleurs, on ne vit pas en dehors de la société. On la subit aussi. On pense qu'on va être capable de stabiliser les choses. Et c'est ce qu'on souhaite faire. Nous, on a besoin de continuer à produire. Parce que cette inflation, elle a aussi une conséquence. C'est une augmentation forte des importations de produits qui ne viennent pas de France.
On va en parler de ça. Mais pardon, il faut quand même que vous répondiez à la question de Pauline. Vous n'avez pas répondu sur pourquoi est-ce qu'il y a une différence dans les hausses entre les marques de distributeurs et les marques nationales qui ont augmenté plus fortement que les marques de distributeurs.
Alors, pardonnez-moi, ce n'est pas tout à fait exact pour un certain nombre de produits concernant l'huile. Il y a des prix d'huile et même des non-hommes qui ont été cherchés de l'huile ailleurs et qui ensuite ont permis aux marques de distributeurs de remonter. Je ne sais pas quel exemple vous prenez, mais en tous les cas, chez nous, en permanence, on n'a pas répercuté la totalité des coûts parce qu'on avait plutôt bien acheté. Mais sur les aspects purement techniques, parce que je voudrais redire aussi que moi, chez Avril, je suis président du conseil d'administration. Ce n'est pas moi qui suis en négociation en permanence avec les distributeurs.
Mais en tous les cas, l'état d'esprit n'était pas du tout celui-là. L'état d'esprit était de permettre les débouchés, la création de valeur et le retour de valeur ajoutée. Parce que je le redis, le modèle Avril, c'est le retour de valeur ajoutée
aux agriculteurs. Il faut qu'on parle de l'autre casquette, évidemment, celle de la FNSE. C'est la Géraldine Vosner.
Oui, non, j'avais une dernière question pour comprendre, parce qu'on est encore là en train de se renvoyer la balle. Ce n'est pas nous, c'est la grande distribution. Non, c'est légèrement. Juste, la transparence sur la formation des prix, est-ce que ce n'était pas quelque chose qui devait justement arriver ?
Nous, on était très demandeurs de cette transparence. Et d'ailleurs, dans le cadre des états généraux de l'alimentation, au niveau agricole, c'est la non-négociabilité de la matière première agricole à partir des coûts de production par filière. Et ces coûts de production sont faits dans un cadre interprofessionnel. Ce n'est pas parfaitement transparent
au niveau du monde agricole. En gros, le but, c'est qu'on ne vous achète pas de l'huile ou un autre produit agricole moins cher que ce qui vous coûte. C'est exactement le but.
Et puis, c'est assez simple. J'essaie de résumer en... C'est très simple. Un producteur qui vend en dessous de ses coûts de production, ça ne dure pas très longtemps. C'est pour ça qu'on a détruit de la valeur et des exploitations agricoles qui ont fermé. On s'est battu pour ça. On l'a obtenu. Et je veux le redire ici, pour les producteurs, c'est très transparent par filière à partir de négociations interprofessionnelles. En revanche, ensuite, ce qui se passe dans les négociations peut... Pour ce qui est d'avril, je vais vous dire comment on fait. On fournit à la grande distribution ce qui est l'option C de l'égalisme.
C'est-à-dire que nos commissaires aux comptes fournissent la transparence sur la réalité des coûts d'achat de la matière première agricole. Bon.
Vous réclamez toujours un chèque alimentation ?
Oui, pour une raison simple, c'est qu'est revenu dans le débat le panier anti-inflation. Et là, je veux être précis. L'idée, c'est pas du tout d'écarter le fait qu'un certain nombre de concitoyens ne mangent pas leur faim ou n'ont pas les repas ou ne sont pas en capacité d'acheter l'alimentation. Et pour un agriculteur, c'est jamais très agréable d'aborder ce sujet. Mais nous, on pense que le panier anti-inflation, c'est à nouveau une manière de contourner les lois égalimes. Pourquoi ?
C'est quoi les différences ?
C'est-à-dire de faire pression à nouveau sur les prix La différence, c'est que dans le chèque anti-inflation, en tous les cas qu'on réclame, c'est la possibilité d'accompagner les gens qui sont sous condition de ressources, pas en capacité d'acheter leur alimentation, de leur octroyer un soutien pour acheter des produits français dans un panier à définir, mais de le faire en sorte que ça n'appuie pas à nouveau sur les prix des matières premières et que ça ne contourne pas les loyers.
Il serait de combien ce chèque ?
Écoutez, la discussion qu'on avait eue à l'époque avec le gouvernement, c'était de 1 à 3 euros par jour. Et donc, c'était un coût de l'ordre de 2 à 5 milliards d'euros, ce qui est beaucoup d'argent, mais d'autres pays le font. Et c'est aussi peut-être le prix de notre modèle social. En tous les cas, pour nous, c'est important qu'on ne rouvre pas à côté ce qu'on a obtenu de haut-plut, c'est-à-dire la loi Egalum.
On a vu des frais espagnols dans des paniers anti-inflation. Ça vous a fait bondir ?
Évidemment. Je veux dire, si je voulais expliquer, si le modèle demain, c'est de dire que, ce qui est déjà le cas aujourd'hui, de moins en moins d'aliments se trouve dans l'assiette des Français, d'origine française, la part de l'alimentation française dans l'assiette des Français est de moins en moins importante. Et que le bas coût, c'est de l'importation. Ça n'est pas le respect de nos normes de production, ça n'est pas les standards de qualité, ça n'est pas la proximité, ça n'est pas la naturalité que les consommateurs nous demandent. Et ça, oui, on lutte contre ça absolument.
Pardon, Pablo, mais sur le chèque alimentaire que vous appelez, Bruno Le Maire, pas plus tard qu'aujourd'hui, a dit, les chèques exceptionnels, c'est terminé, on ne peut plus, on n'y arrive plus, on ne financera plus. Déclaration très générale, qui concernait pas uniquement le chèque alimentaire, mais le ministre de l'Économie dit, il faut qu'on se désendette,
on n'y arrive pas. Très bien, moi j'entends ce que dit le ministre de l'Économie, en revanche, nous, ce ne sera pas le panier anti-inflation. Voilà, je crois qu'il faut être clair. Si c'est de la fraise espagnole à Bakou, si c'est de la tomate marocaine, si c'est, voilà, ça arrive déjà par quantité astronomique. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la souveraineté alimentaire française. Ce qui m'intéresse demain, c'est la compétitivité des exploitations agricoles. Ce qui m'intéresse demain, c'est que des agriculteurs continuent à avoir du revenu pour fournir de la qualité reconnue comme ce qui se fait de mieux dans le monde. Je redonne les chiffres,
pardon, pour appuyer ce que vous dites. 60% des fruits que l'on consomme en France sont importés, 60% des fruits, 50% du poulet, 40% des légumes. Je crois qu'on est dans ces volumes-là.
25% de la viande bovine et le mouton et puis je peux vous en servir comme ça.
Oui, mais en même temps, j'imagine, la plupart des gens rêveraient tous d'acheter des œufs bio produits en France, du poulet bio produit. Mais malheureusement, pour beaucoup, c'est juste trop cher. C'est impossible de se l'offrir. Qu'est-ce qu'on peut faire ?
On peut fournir de l'alimentation française de qualité dans une segmentation de marché qui va des prix d'entrée de gamme jusqu'au premium. On sait le faire. pour peu qu'on n'ouvre pas nos frontières à des produits qui, encore une fois, n'ont pas nos qualités et nos normes. L'idée, ce n'est pas de se refermer sur soi. On peut continuer à commercer.
Les avocats bio qui viennent d'Amérique du Sud, par exemple, c'est du bio mais qui vient d'Amérique du Sud et qui a un bilan carbone désastreux. Oui, l'exception bio.
Ou l'utilisation de produits phytosanitaires qui sont interdits en Europe et qu'on importe sans aucun problème à ton de bras. Donc l'idée, c'est pas encore une fois, notre idée de souveraineté n'est pas l'autonomie, le repli sur soi, une forme de recroquevillement. Notre vision, c'est de dire si on veut durablement dans les 30 prochaines années garder une agriculture ancrée dans les territoires avec, encore une fois, les standards les plus élevés, on doit pouvoir faire l'entrée de gamme pour ceux qui ont du mal à se nourrir. Mais si la seule opportunité, c'est d'acheter des produits d'importation avec une alimentation sans valeur et sans saveur, ça n'est pas notre modèle.
Donc vous dites qu'il faut stopper un certain nombre d'importations que l'on fait aujourd'hui ?
Non, nous on dit juste pas de naïveté. Si on interdit aux producteurs européens et français d'utiliser un certain nombre de matières actives pour des sujets de santé publique que l'on comprend très bien, si l'on dit qu'on est attaché à notre modèle social, c'est le cas. Si on dit que demain on veut attirer des jeunes et on aura un challenge de renouvellement des générations extrêmement important, alors il faut donner des conditions à l'entreprise agricole française, à la ferme qui est souvent une TPE, de pouvoir exister dans un marché ouvert.
Et ça, ça nécessite un peu de cohérence à Bruxelles d'abord, en France ensuite, si on ne le fait pas, on sera dans le cas de l'industrie dans 30 ans, on dira on n'a pas été bon, on a décidé de se socialiser et puis on n'aura plus que nos yeux pour pleurer. Nous, on se bat pour garder une agriculture ancrée dans les territoires, respectueuse des modes de production, avec des produits attendus par le consommateur, mais pour ça, il faut y mettre les moyens et la cohérence. Pablo ?
Moi, j'avoue que c'est un peu un jeu de poker menteur entre vous et la grande distribution. On a un peu de mal à comprendre aujourd'hui. Vous dites tous que vous êtes au maximum de ce que vous pouvez faire et que, en gros, c'est la faute des autres. Je comprends aussi l'enjeu de souveraineté nationale que je partage d'ailleurs. Maintenant, sur votre autre casquette qui est la casquette FNSEA, c'est quoi en fait le modèle agricole tel qu'il existe aujourd'hui en France ? Est-ce qu'il vous satisfait ? Est-ce que vous pensez qu'on peut continuer comme ça avec, en gros, des grosses exploitations ?
Je rappelle que, je ne sais pas si Maxime l'a dit, mais vous êtes à la tête d'une plutôt grosse exploitation, c'est 700 hectares.
On a eu plusieurs chiffres d'ailleurs, 700 hectares. Je vais vous le préciser.
Vous le préciserez après. Mais est-ce que ce modèle de très grosses exploitations avec énormément d'intrants, avec énormément de pesticides, on va dire les mots qui fâchent, est-ce que, énormément de consommation d'eau, etc., est-ce que ce modèle-là, vous pensez qu'il est viable ? Vous avez dit tout à l'heure, le groupe Avril a fait des gros bénéfices, vous avez dit, on va investir, ça va retourner aux agriculteurs. Est-ce que le retour, enfin, ce que vous allez donner aux agriculteurs, je ne sais pas, les acquisitions que vous allez faire, etc., est-ce que ça va aller dans le sens toujours d'une agriculture plus industrielle ?
Alors, je vais... Non, non, mais c'est bien, ça donne... Tu m'en as de l'air,
pardon.
Ça donne l'occasion d'être précis. Un tout petit mot sur la distribution, comme ça vous allez comprendre. 425 000 exploitations agricoles, 17 000 entreprises agroalimentaires, 4 entreprises de distribution. Qui est le plus puissant, à votre avis ? Je viens maintenant sur les questions que vous m'avez posées. Le modèle agricole français, c'est un modèle essentiellement familial, d'exploitation à taille humaine, auquel on est très...
Auchan aussi, c'est familial, hein ?
Non, non, mais je... Je me parlais. Pardon, pardon. Je pense que le capital social d'une exploitation agricole française et d'Auchan n'est pas exactement le même, mais on pourra comparer si vous le souhaitez. La France, elle est très diversifiée dans ses modèles de production, dans le type de ferme et de production. Et il y a des exploitations qui vont plutôt être sur le circuit court, d'autres plutôt tournées vers l'export, d'autres plutôt vers le régional. Mon exploitation fait 339 hectares et ma femme est aussi agricultrice. Bon, les 700 hectares, c'est la somme, mais ma femme tient à son statut d'agricultrice et au fait qu'on puisse reconnaître le travail des femmes en agriculture.
près de 25% des chefs d'exploitation sont des femmes en agriculture. Et le modèle que vous décrivez, pardonnez-moi, mais de manière caricaturale, c'est le modèle le plus vertueux qui existe en production agricole dans le monde. Je vous demande de l'entendre, ce n'est pas moi qui le dis, c'est un certain nombre de...
Non, mais il y a un vrai débat aujourd'hui sur est-ce qu'il faut aller vers des exploitations toujours plus grandes ou est-ce qu'il faut justement avoir des... Par exemple, on n'a pas de méga-fermes avec des... En France, on ne le fait pas. Il n'y a pas des... C'est son état réalisé que c'est ridicule par rapport à ce qu'on attend justement par rapport à l'Allemagne, l'Ukraine, la Pologne, c'est peu de ça.
C'est vraiment le débat, c'est-à-dire est-ce qu'il faut toujours plus grand, des exploitations toujours plus grandes pour être plus compétitifs, ou est-ce qu'il faut avoir soit une diversité, soit des exploitations de taille moyenne qui respectent un certain nombre de normes aussi et de modes de production. C'est les mêmes normes pour les grandes et pour les petites.
Oui. À l'échelle de nos compétiteurs, les fermes françaises sont de petite taille. La plus grande ferme ukrainienne, puisqu'on parle beaucoup de l'Ukraine en ce moment, c'est 700 000 hectares. En Chine, aux États-Unis, au Brésil, en Argentine, nos fermes européennes et nos fermes françaises et en Europe, en Allemagne de l'Est, en Roumanie, en Grande-Bretagne, les fermes françaises sont plutôt des fermes moyennes sur lesquelles on a beaucoup investi sur la valeur ajoutée et sur le territoire et la transformation. Et je le redis, on est une des agricultures les plus durables au monde. Il y a un certain nombre d'organismes indépendants qui le disent.
Est-ce qu'on est tout en haut ou sur le podium ? Peu importe, on est quand même dans ce qui se fait de mieux, avec essentiellement des capitaux familiales. On va avoir un enjeu formidable de renouvellement des exploitations. Il y a près de la moitié des agriculteurs qui vont partir en retraite dans les 10 ans. Il faudra qu'on attire des talents, il faudra qu'on attire des jeunes. Nous, à la FNSOA, on a fait un rapport d'orientation sur entreprendre en agriculture, mon avenir, mon futur, pour dire qu'il y aura tous les modèles d'exploitation et on aura des profils très différents et on pense que trois quarts des nouveaux agriculteurs seront non-issus du milieu agricole.
Et donc, ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que notre enjeu, c'est de continuer à produire pour faire vivre les entreprises sur les territoires, le tissu de PME qui entoure les entreprises, la qualité avec tous les segments de production tels que vous le décriviez. Et donc, le sujet pour le faire, c'est qu'est-ce qu'on a comme moyen de production ? On aura besoin d'eau parce qu'on ne produit pas d'agriculture sans eau. Et vous voyez l'hystérisation des débats qu'on a en ce moment.
L'hystérisation, vous devez dire ? L'hystérisation.
Ah oui, le débat sur l'eau en ce moment, en fait, quand vous êtes sur une chaîne, on vous dit vous êtes pour ou contre Sainte-Solines. En dehors de ça, point de débat. Alors que le sujet est beaucoup plus profond.
Mais vous, vous êtes pour Sainte-Solines.
Est-ce que je peux mettre un peu de nuance, Maxime Fouitech ? Oui, vous pouvez,
mais je peux vous poser la question aussi.
Mais je vais vous répondre.
Très précisément sur Sainte-Solines.
Très précisément, on a besoin de stocker l'eau. On sait que le changement climatique va être un impact majeur pour l'agriculture et qu'on aura dans un centre de territoire autant d'eau, voire un peu plus d'eau, mais de manière plus erratique. Donc on aura besoin de la stocker quand elle est en quantité suffisante. Et donc, le modèle de Sainte-Solines n'est pas un modèle réplicable partout. En revanche, dans le Marais-Pouedin où c'est très plat, ce modèle a du sens. Et donc le faire là, ça a du sens. Le faire ailleurs, ça n'a pas forcément de sens.
Mais a du sens pour le long terme ?
Du sens pour le long terme, puisque c'est ancré dans des mesures. Si vous êtes capable de me dire ce qu'il va pleuvoir, par exemple, dans le Marais-Pouedin sur les dix prochaines années, je pourrais répondre à votre question. L'année dernière, c'était compliqué. Cette année, ils ont eu des précipitations importantes et ça n'est pas compliqué de remplir les bassins de Sainte-Solines. Ce sera peut-être à l'avenir.
Donc là, il explique que c'est le modèle agricole qu'il faut changer pour ne précisément pas avoir besoin de cette eau-là. On aura toujours besoin d'eau en agriculture. On en aura toujours besoin, mais peut-être pas dans des quantités aussi importantes. Alors, c'est une bonne remarque.
J'ai déjà eu l'occasion de le dire. Sur ma propre exploitation, je fais depuis deux ans du tournesol, qui est une espèce qui a besoin de beaucoup moins d'eau pour faire son cycle de végétation. Et donc, les agriculteurs s'adaptent. Ils s'adaptent avec leurs assolements, ils s'adaptent avec leurs méthodes culturales, ils s'adaptent avec l'innovation, la recherche et la technique. On est par exemple capable d'avoir des sondes qui mesurent l'humidité du sol. Il y aura un vecteur de moyens qui nous permettront, y compris avec la recherche et l'innovation, d'avoir des semences plus résistantes à l'eau, moins consommatrices de pesticides. Donc, on est sur une trajectoire de progrès.
Et dans cette trajectoire de progrès, nous, on pense qu'on a les solutions durables pour continuer à alimenter, en dehors de toutes les polémiques un peu qu'on entend cette journée.
Vous redoutez la grébaching, vous diriez qu'on vit dans une époque de la grébaching ?
Non, moi, j'ai écrit à l'ensemble des adhérents de la FNSOA pour leur dire qu'il fallait qu'on sorte de la citadelle assiégée et qu'on aille à l'offensive pour expliquer que si on ne défend pas le modèle d'agriculture beaucoup plus équilibré que certains veulent le décrire, on a besoin d'expliquer mieux aux Français qui sont plus loin de l'agriculture aujourd'hui ce qu'est la réalité de nos métiers.
– Il y aura une bataille culturelle à conduire, on le voit même ce soir sur le plateau. Le gros est fatalement très consommateur d'intrants, plus consommateur de pesticides que les autres. Il y a tout un travail à reprendre. Et est-ce que c'est possible ?
– En tous les cas, c'est le combat qu'on souhaite mener à la FNSOA en expliquant qu'il y a tous les modèles d'entreprise et que si on reste dans la caricature, chacun se mûrera dans des espèces de préjugés et de principes. Nous, on explique qu'on pense que dans le moment dans lequel on est, l'agriculture, c'est une solution pour le changement climatique, pour la restauration de la biodiversité, pour une alimentation durable, pour le stockage de l'eau, pour l'utilisation le moins possible de pesticides. Mais on a besoin de parler d'une trajectoire de progrès. On a besoin d'investissement et d'innovation. C'est ce qu'on demandera à la Première Ministre dans les jours qui viennent.
On ne peut pas rester simplement dans des clichés. Le tout dans un monde ouvert. On a besoin de règles harmonisées en Europe. On ne peut pas expliquer qu'en France, on va laver plus blanc que blanc et ne pas donner les mêmes règles alors que nos voisins et nos concurrents sont principalement européens.
– Merci Arnaud Rousseau d'avoir été avec nous ce soir. – Merci pour votre invitation.
– Merci à vous d'avoir été avec nous. – Merci.