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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 12 novembre 2023 22 min

Marine Tondelier : "La participation du RN à la marche contre l'antisémitisme en change la nature"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. L'invité du grand entretien avec Marion Lourdes est la secrétaire nationale du parti Les Écologistes. La marche contre l'antisémitisme, la campagne des européennes, l'urgence écologique aussi évidemment. Pour intervenir, chers auditeurs, le 01 45 24 7000 ou l'application France Inter. Bonjour Marine Tondelier. Bonjour. Et bienvenue. Le Parisien Aujourd'hui en France publie ce matin une lettre aux Français que signe le Président de la République à quelques heures de la marche contre l'antisémitisme. Il assume de ne pas y participer et il déclare, je le cite, nous voulons l'unité des Français, nous sommes la nation de l'universel.

Est-ce que vous avez le sentiment de vivre justement un moment d'unité, d'unité nationale ?

0:48
Marine Tondelier

J'aurais aimé vivre un moment d'unité nationale parce qu'une cause aussi grave que celle de l'antisémitisme le mérite, parce que celles et ceux qui sont victimes d'actes antisémites ou qui ont peur de l'être de plus en plus depuis quelques semaines dans ce pays le mérite. Moi quand j'entends que des personnes décrochent la mésouza de leur porte d'entrée, quand j'entends que des personnes ont peur de mettre leurs enfants à l'école, dans des écoles juives, parce qu'il y a des menaces particulières contre ces écoles, qu'ils ont peur de rentrer tard chez eux seuls le soir, oui je pense que ça devrait mériter un moment d'union nationale et j'aurais aimé que ce soit le cas.

1:20
Présentateur

Et ça n'est pas le cas, pourquoi ?

1:22
Marine Tondelier

Ça n'est pas le cas parce que cette initiative d'une grande marche aujourd'hui a été lancée et très sincèrement, les écologistes ont toujours marché pour l'antisémitisme et ce n'est pas aujourd'hui que ça va s'arrêter. Mais on voit bien que le fait que le Rassemblement national, que Marine Le Pen, que Jordan Bardella aient annoncé leur participation à cette marche en change un peu la nature, mais beaucoup de personnes dans l'embarras, ce n'est pas pour ça que nous n'irons pas. Mais moi j'entends le malaise, je le partage.

1:46
Présentateur

Vous êtes embarrassée ?

1:47
Marine Tondelier

Évidemment, évidemment. Alors moi en plus je vous dis ça, je suis élue dans la circonscription de Marine Le Pen. Depuis 2014, ma mairie et Rassemblement national, que le 4 décembre pour la sainte barbe, la sainte patronne des mineurs, nous défilerons dans la ville, que pour le 14 juillet nous défilons avec les pompiers, ça m'est déjà arrivé. Mais j'avoue que sur ce sujet de l'antisémitisme, ça m'embête encore un peu plus et je pense que ça dessert le sujet parce que c'est ce sujet-là.

2:12
Invité

Vous y serez, vous cet après-midi, Marine Tondely, avec d'autres formations de gauche, derrière une banderole en forme de cordon républicain contre, je cite, tous les fauteurs de haine et de racisme. C'est suffisant comme cordon sanitaire pour vraiment se démarquer du Rassemblement national, une banderole ?

2:28
Marine Tondelier

Vous voyez, moi j'étais beaucoup interpellée par des militants et par des républicains qui ne sont pas des militants politiques, qui disaient, c'est nous qui avons notre place dans cette marche, c'est eux qui devraient se poser la question de ne pas venir, avoir la décence de ne pas le faire, avoir le respect de ne pas le faire. Et du coup, qui cherchent les solutions ? Oui, c'est ce que j'ai demandé aux organisateurs et ça m'aurait paru très logique. À partir du moment où ils annoncent qu'ils viennent et ils seront là, je pense que c'est trop facile que nous, du coup, on leur laisse la place parce que ça veut dire que du coup, cette marche devient majoritairement la leur.

Et je pense que par une participation massive, les Françaises et les Français, que leur présence dérange, on doit montrer que, oui, on est là parce que cette cause est indispensable, l'antisémitisme, que, non, on ne leur cède pas la place et qu'on fait même en sorte de garantir un cadre sain avec le Parti communiste, avec le Parti socialiste, avec beaucoup de partis de gauche. Nous travaillons à cela depuis quelques jours, vous l'avez dit, derrière une banderole contre l'antisémitisme et tous les fauteurs de haine et de racisme. Je pense que le message est clair.

Et on a beaucoup de retours de gens qui nous disent merci, merci parce que j'avais envie de venir et je ne savais pas comment faire. Grâce à ce safe space, en gros, je sais que je pourrais le faire en sécurité. Après, voilà, on a dû réfléchir ça parce que je ne veux pas que notre présence à cette marche soit interprétée, assimilée à une caution donnée à leur présence et à la légitimité de cette présence du Rassemblement National dans la marche.

3:46
Invité

Mais ce cordon sanitaire, il ne suffit pas à LFI, à vos partenaires de la NUPES. Vous aviez déjà dit aussi, à une époque, qu'il fallait priver le chef de file d'LFI, Jean-Luc Mélenchon, de Twitter. Vous partez sans eux aux européennes. Ça y est, c'est le dernier clou sur le cercueil de la NUPES. C'est fini ?

4:01
Marine Tondelier

Alors, premièrement, juste préciser qu'ils ont annoncé qu'ils ne viendraient pas avant qu'on puisse discuter même de l'idée de ce cordon sanitaire. Donc, je ne pense pas que les deux décisions soient liées. Après, encore une fois, je pourrais vous dire tout ce que j'en pense, mais je pense que le sujet aujourd'hui, c'est l'antisémitisme. Et ce qui m'agace, ce qui me fait mal, c'est que j'ai l'impression qu'on n'arrive pas à garder au premier plan ce sujet. On est sans cesse perturbés dans le débat politique actuel par les polémiques. Et donc, tout sujet devient un prétexte apolémique du tweet de l'un, de la réponse de l'autre.

Il y a une vraie brutalisation du débat politique qui ne nous aide pas à prendre de la hauteur. Et je pense que dans les moments terribles que notre débat national et que la situation internationale traverse depuis le 7 octobre, c'est de hauteur dont nous avons besoin. N'empêche que la gauche part désunie.

4:47
Présentateur

Oui, et je le regrette. Vous le regrettez ? Vous avez, comme secrétaire nationale, changé le nom de votre parti. Il n'est plus question d'Europe, Écologie, Les Verts, mais des écologistes. Le parti, Les Écologistes. Dans une période de transition jusqu'aux élections européennes. Et une fois le 9 juin passé, il vous enlèverait Europe et Les Verts. Même Les Verts font du greenwashing, Marine Tandelier.

5:11
Marine Tondelier

Vous savez, on a arrêté de s'appeler Les Verts il y a 10 ans et tout le monde nous appelle encore Les Verts et ça me va très bien.

5:15
Présentateur

Mais c'est du greenwashing ?

5:16
Marine Tondelier

Pourquoi vous dites ça ?

5:17
Présentateur

Changer de nom, pourquoi faire ?

5:19
Marine Tondelier

Parce que vous pensez qu'on n'est pas écologiste et qu'on cherche des noms pour faire semblant qu'on est écologiste.

5:22
Présentateur

Vous vous débarrassez d'Europe et vous vous débarrassez de la couleur verte.

5:26
Marine Tondelier

On ne se débarrasse de rien du tout. On a fait plusieurs enquêtes d'opinion qui montrent que les gens ont besoin qu'on ait un nom très simple et que Europe, Écologie, Les Verts, même en termes de français, c'était la fusion d'Europe, Écologie et des Les Verts. Et donc c'est un nom provisoire. Il est resté provisoire 10 ans et donc il y a plein de choses qui ne sont pas dans notre nom et qu'on est et qu'on demeure. Ne vous inquiétez pas pour ça.

5:44
Présentateur

Ah, je ne parle pas de mon inquiétude, je parle de « rebranding », comme on dit en bon français, c'est-à-dire d'une opération marketing. Vous venez de l'avouer d'ailleurs en disant que c'était une série d'enquêtes et d'études. Est-ce que ça indique un changement de doctrine, Marie-Thondelier ?

5:57
Marine Tondelier

Non mais quand on fait de la politique, on le fait pour être entendu parce que nous souhaitons convaincre. Et donc à partir du moment où votre nom est un obstacle au fait que les personnes situent bien qui vous êtes, d'où vous parlez, oui on a un problème. Les écologistes, c'est simple et je pense que comme le disait Boileau, ce qui se conçoit aisément s'énonce clairement. Les écologistes, c'est très clair, nous restons pro-européens, nous sommes verts plus que jamais même, il n'y a pas de problème là-dessus. Et donc voilà, on va changer la doctrine, pas forcément, nos valeurs restent, évidemment.

Mais ce que l'on va changer, c'est la manière de faire parce qu'on est en 2023, à un moment où les gens ne s'engagent plus comme il y a 40 ans et j'étais énormément sollicité par des gens qui disent, moi je suis loin de la politique mais je veux des pour les océans, pour les forêts, pour la biodiversité. Je veux des conseils pour limiter mon impact sur l'environnement. Je veux préparer les municipales comme citoyens dans ma ville mais je pense que vous pouvez m'aider. Je veux des formations, de l'information et ce serait le rôle aussi d'un parti comme le vôtre.

Et donc les écologistes, ce sera bien plus qu'un parti politique et pas du tout, absolument pas moins d'Europe, ça, faites-nous confiance.

6:58
Invité

Et ça va vous permettre d'aller vers les élections européennes l'année prochaine. Alors les états membres de l'Union européenne devront restaurer la nature sur au moins 20% des terres et des espaces marins de l'Union d'ici 2030. C'est ce que prévoit le texte qu'ont conclu le Parlement européen et les 27 états membres cette semaine. Mais il y a quand même des mais. La droite, représentée par le Parti populaire européen, se réjouit de la suppression dans ce texte de l'obligation de renaturer 10% des terres agricoles. Et puis le texte prévoit une obligation de moyens et pas de résultats.

Marine Tondelier, est-ce qu'au niveau européen, avec une telle obligation de fonctionner avec des compromis, on n'est pas condamné à une certaine inefficacité sur ce sujet de l'écologie et de l'environnement ?

7:37
Marine Tondelier

Alors on a une spécificité en France, c'est que dès qu'on n'est pas très content de ce que fait l'Europe, on accuse l'institution européenne. Mais l'institution européenne, ce sont des états, ce sont des députés européens qui prennent des décisions en conscience. Et à partir du moment où le président de la République a dit qu'en gros l'écologie ça commençait à bien faire au niveau européen et qu'il fallait faire une pause réglementaire au niveau européen, ça a fait que beaucoup de gens de droite, d'extrême droite, des conservateurs se sentent autorisés à légitimer tous les reculs sur l'environnement et notamment cette directive sur la restauration de la nature.

On voit bien que c'est des processus qui sont très longs, ça vous avez raison, parce qu'il faut emmener tout le monde. Il faut emmener tout le monde parce que ça donne beaucoup plus de leviers, beaucoup plus de force à l'écologie. Et voilà, je pense à ma collègue Caroline Rousse qui est très engagée pour l'écologie au Parlement européen et qui suit notamment ce texte qui a passé des heures et des heures ces derniers jours en trilogue pour la restauration des fonds marins. Et c'est un sujet sur lequel, à 2-3 centimètres près, on repartait en arrière.

Et donc moi j'en veux un petit peu au président Emmanuel Macron qui, au lieu d'appuyer de toutes ses forces pour faire avancer ses sujets au niveau européen, fait preuve d'un peu de fébrilité et même de recul. On le voit aussi sur le glyphosate, sur d'autres sujets, c'est pas possible de faire ça. Et obligation de moyens et pas de résultats, c'est une déception ? Évidemment, mais vous savez, au niveau européen, on n'obtient jamais exactement ce qu'on voudrait. Et on va se battre aux élections européennes pour avoir plus de poids au sein de ce Parlement européen. Mais les écologistes ne s'avouent jamais vaincus. Et ils vont arracher centimètre par centimètre des avancées.

C'est ça le rôle de l'écologiste. C'est pas en 2023, au moment où les enfants qui naissent cette année, on ne sait pas leur garantir que la planète sera encore habitable dans 30 ans. Je vais vous dire, on n'en est plus à attendre le grand soir, attendre que toutes les planètes soient niées pour pouvoir dire, ça y est, on est content, ça y est, on s'engage. On va arracher centimètre par centimètre toutes les choses qui permettront de reculer l'effondrement, d'améliorer notre adaptabilité au changement climatique et en fait d'oeuvrer pour la justice environnementale et la justice sociale.

9:32
Présentateur

De nombreuses questions au standard Marine Tondelier. Mais vous avez l'impression qu'on vit une période de recul en matière écologique en France en ce moment ?

9:40
Marine Tondelier

Vous voyez là, dans le débat public, on voit bien qu'avec l'actualité qui est la nôtre, le sujet passe au second plan. Je peux comprendre pourquoi, semaine après semaine, je me dis, bah oui, il y a le conflit israélo-palestinien, bah oui, il y a la réforme des retraites, et en fait, semaine après semaine, on pourrait ne jamais parler d'écologie, il y a toujours plus urgent. Et ça, ça me préoccupe, et c'est pour ça qu'il faut un parti écologiste fort dans ce pays.

Vous voyez, quand Emmanuel Macron a réuni les chefs de parti le 17 novembre, vendredi prochain, et qu'il ne met même pas l'écologie à l'ordre du jour, alors qu'on va parler de décentralisation, référendum sur l'immigration, je me dis, mais ils ont compris ou ils n'ont pas compris ?

10:14
Présentateur

Et vous y allez quand même ?

10:15
Marine Tondelier

Et j'y vais quand même, parce que vous savez quoi ? Si j'estime que l'écologie doit être à l'ordre du jour, je pense que ma simple présence met le sujet à l'ordre du jour. Je suis connue pour être franche. D'ailleurs, Emmanuel Macron nous demande des échanges francs, il va être servi. Et donc, si je n'y vais pas, alors je suis sûre qu'on n'en parlera pas. Ma simple présence me permet de m'assurer que ce sera le cas sur l'environnement, mais aussi sur la justice sociale, qui est la préoccupation première des Français, qui n'est pas non plus à l'ordre du jour.

Alors, pour parler immigration, retraite des élus, cumule des mandats, là, il y a du monde, pour parler des sujets qui préoccupent aux premiers chefs des Français un peu moins. C'est pour ça que je vais me battre.

10:47
Présentateur

On file au standard, Marine Tondelier. Bonjour Jean-Éric. Bonjour Jean-Éric. Bonjour, vous nous appelez de Grenoble.

10:54
Auditeur

J'appelle de Grenoble, je suis ancien chargé de mission auprès de la région. Et j'aurais eu une question sur savoir si vous alliez soutenir la campagne du WWF, qui dit que de fabriquer des SUV, ça va nous emmener dans une impasse concernant les matériaux. et aussi que le gouvernement envisage d'exonérer le malus écologique des véhicules, les véhicules électriques uniquement, avec la notion de poids. Les véhicules lourds électriques ne seront pas soumis au malus écologique.

11:24
Présentateur

Merci Jean-Éric pour votre question et les questions sur les mobilités. Les voitures sont nombreuses. Marine Tondelier, qu'est-ce que vous lui répondez ?

11:31
Marine Tondelier

Merci à Jean-Éric pour la précision de sa question. On voit qu'il a beaucoup travaillé le sujet. La première chose, c'est qu'évidemment, on soutient la campagne du WWF. Et en fait, l'écologie, c'est un travail d'équipe. Il n'y a pas un parti tout seul qui serait omniscient, omnipotent. On repose sur une société civile écologique forte, sur des entrepreneurs. Il y a tout ce monde qui se mobilise. Et les écologistes, le nouveau mouvement qu'on a lancé, vise aussi à fédérer ces initiatives. Et donc, on a notamment une application qui s'appelle Écolo.

Vous pouvez télécharger sur vos smartphones et qui fait accéder à une plateforme de mobilisation où vous pouvez accéder à toutes les campagnes que l'on soutient. Pas juste celles qu'on organise, mais celles qu'on soutient. Et donc, celle-ci, vous me la prenez, en fera partie, on va l'ajouter, de ce pas sur l'application. Ensuite, sur les véhicules lourds, évidemment que c'est un... Moi, je ne dis pas qu'il ne faut pas de voiture. Je suis la première à habiter dans un endroit en France, le bassin bainé du Pas-de-Calais, où sans voiture, je n'irai pas très très loin. Mais avoir une voiture, c'est un besoin pour le déplacement de beaucoup de gens en France.

Par contre, la compétition actuelle sur le poids des véhicules, sur le mode de consommation ostentatoire que ça signifie aussi, est un sujet. Et je suis d'accord avec ce que propose Jean-Éric. Moi, j'ajouterais même, pour commencer, puisque les petits pas, ça compte aussi, qu'on commence par interdire la publicité sur ce genre de véhicules. Ce n'est pas possible.

Alors qu'on sait que c'est climaticide, alors qu'on sait que ça ne rend pas plus heureux, alors qu'on sait que ça crée même plutôt de la frustration chez celles et ceux, soit qui ne peuvent pas se l'acheter, soit qui prennent un crédit en leasing et qui se surendettent pour avoir ce genre de véhicules qui ne les protègent pas plus qu'un petit véhicule. Oui, je pense que commencer par interdire la publicité, ce serait une bonne chose. Et que la réglementation arrête de fermer les yeux sur le poids des véhicules qui est un vrai sujet.

13:10
Invité

Un autre moyen de transport, Marine Tondelier, c'est l'avion qui a emmené la maire de Paris en Polynésie. Quelle transition, je vous félicite. Elle a été très critiquée. Pas tant que ça, parce que là aussi, il y a quand même un bilan carbone. Elle a été très critiquée à Hidalgo pour son voyage à Tahiti, mêlant professionnel et personnel du 16 octobre au 5 novembre. Un déplacement à 60 000 euros, notamment pour aller sur le site présenté pour l'épreuve de surf des Jeux Olympiques. Sauf qu'elle n'y est pas allée. Sauf qu'elle n'y est pas allée et qu'il y a des problèmes écologiques autour de ça. Un voyage qui a été finalement validé par la commission de déontologie de la ville.

Vous, vous êtes des écologistes, vous faites partie de la majorité municipale à Paris. Est-ce que vous pensez qu'il fallait vraiment faire ce voyage ?

13:51
Marine Tondelier

En fait, c'est toujours la même question. C'est qu'on a les Outre-mer, qui sont des territoires qui comptent aussi. Et moi, je veux bien expliquer. Moi, par exemple, qui ne prend plus l'avion, je pense que dans mon mandat secrétaire national, je trouverais logique qu'à un moment, j'aille quand même rendre visite aux Outre-mer pour le Chlordécone, pour les mines d'or en Guyane, pour le nickel en Nouvelle-Calédonie. Je ne vais peut-être pas tous les faire, mais vous voyez, il y a quand même des sujets majeurs et ce n'est pas une chance de seconde zone. Je ne prends plus l'avion, personnellement, mais je pense qu'il y a une raison pour laquelle je pouvais le prendre, ce serait un sujet pareil.

Après, si elle avait pris l'avion pour aller dénoncer le site des Jeux Olympiques, je veux bien, mais là, c'est vrai qu'on a l'impression que c'était une visite qui était faite pour aller voir ce site, qu'en plus, elle n'a pas été voir. Et donc, moi, j'aimerais qu'on se concentre sur le fond de ce problème, ce site des Jeux Olympiques que même les locaux dénoncent. Il s'agit d'organiser l'épreuve de surf en Polynésie.

Et donc, dans un lagon où il y a déjà un site de surf, vous voyez, quand c'est les Jeux Olympiques, il faut tout améliorer et donc, il faut construire une nouvelle tour de juge qui va abîmer, en fait, le lagon, les fonds marins et y compris les autorités locales se posent très sincèrement la question. Et donc, je pense que ça doit nous amener à reconsidérer la manière dont on organise les grandes compétitions sportives. Moi, quand je vois que les Jeux... Accrochez-vous, hein. Les Jeux adiatiques d'hiver de 2029, donc Jeux divers, vous voyez, du ski, des patinoires, vont avoir lieu en Arabie saoudite, les Jeux asiatiques d'hiver. Ça n'a aucun sens.

Donc, il faut arrêter ça et si on n'arrive pas à écologiser la manière dont on organise ces grandes compétitions, elles vont finir par disparaître parce qu'on ne pourra plus écologiquement les organiser. Donc, par exemple, pour les Jeux Olympiques, peut-être qu'à un moment, il faut penser à reconsidérer la manière dont ils s'organisent parce que peut-être que ce n'est pas un pays qui gagne tout et qui doit tout construire tous les quatre ans dans son pays, y compris des villages olympiques de 20 000 personnes qui servent une fois. Peut-être qu'il faut imaginer d'autres choses et par exemple, le fait d'avoir des épreuves sportives dans plusieurs pays, moi, c'est ça que je propose.

Mais je reviens à ma question, elle devait y aller à Nidalgo ou pas ? Moi, je n'ai pas compris le motif de son voyage perso, pro. J'ai compris qu'elle avait ses enfants aussi sur place. Elle a le droit d'aller voir ses enfants quand même. Mais j'ai compris que tout était un peu mélangé, que ça avait suscité les mois. Elle s'est expliqué, la commission de déontologie s'est prononcée. Voilà. Bonjour, Dominique. Je vais être sur la question. On retourne au standard.

16:01
Présentateur

Bonjour, vous nous appelez de Haute-Corse. Oui, bonjour, France Inter. Bonjour, Madame Pondelier. L'écologie, le bio, l'agriculture, y a-t-il un trait d'union entre ces trois entités ? Car il semblerait que l'agriculture soit un peu abandonnée dans le domaine des subventions de la part de l'Union européenne. Marine Pondelier, merci pour votre question, Dominique.

16:24
Marine Tondelier

Alors, les choses sont un peu plus compliquées que ça. Je pense que le montant des subventions européennes accordées à l'agriculture est un premier sujet, vous avez raison, mais c'est surtout la manière dont elles se répartissent. Et aujourd'hui, les aides agricoles européennes, en France, c'est nous qui décidons en France comment on les répartit en France et elles bénéficient essentiellement aux plus gros. Oui, mais elles bénéficient essentiellement aux plus gros. Et quand je vois qui dirige aujourd'hui la FNSEA, c'est-à-dire vraiment un très, très gros industriel, je me demande comment on peut prétendre représenter des petits paysans.

Et on voit bien dans la manière dont s'organise le débat agricole je vous donne un autre exemple, c'est celui des fermes-usines. On se dit comment ça peut encore être ouvert aujourd'hui. C'est 3% des éleveurs qui produisent aujourd'hui 60% de la viande en France. Et donc moi, je suis la première à défendre les petits éleveurs, les paysans, etc. Mais il y a une forme d'agro-business qui rafle toutes les subventions, qui est encouragée d'ailleurs par le système de subvention. Je trouve ça profondément injuste et en plus, évidemment, d'être climaticide.

17:24
Présentateur

Alors parlons du business tout court, vous êtes toujours pour la décroissance ?

17:28
Marine Tondelier

Vous voyez bien qu'on ne va pas pouvoir croître de manière infinie dans un monde fini ?

17:31
Présentateur

Je vous pose la question.

17:32
Marine Tondelier

Mais la croissance de quoi ? C'est ça le sujet. Je suis pour la croissance du bonheur, je suis pour la croissance des manifestations progressistes. Le PIB, ça ne veut rien dire. Ça veut dire quelque chose

17:42
Présentateur

sur l'ensemble des richesses polluées dans un pays par an.

17:44
Marine Tondelier

Tous les économistes sérieux remettent en cause cet indicateur de croissance. D'autant que déjà on se basera sur un indicateur dont tout le monde considère que ce n'est pas le bon, on aura du mal à parier sérieusement.

17:52
Présentateur

Mais qui est utilisé partout dans le monde. Notre écologie est radicale, disiez-vous, au moment de conquérir votre parti, elle est toujours radicale ?

18:01
Marine Tondelier

Mais nos problèmes sont radicaux. Les problèmes que l'on traverse en ce moment et que l'on s'apprête à vivre sont radicaux. Moi, j'habite dans le Pas-de-Calais, vous voyez les inondations...

18:09
Présentateur

Vous parliez de la politique des petits pains ? Oui, mais... C'est contradictoire avec l'idée que l'écologie politique doit être radicale, non ?

18:16
Marine Tondelier

Absolument pas. Moi, je pense que c'est très radical de s'attaquer aux problèmes et de vouloir les faire avancer coûte que coûte sans se draper dans une forme de dire ce n'est pas exactement ce que je voulais, donc je dis non et je proteste contre tous les gens qui ont dit oui. La radicalité, c'est de faire avancer les dossiers et en l'occurrence, je vous répète, ce n'était pas clair, les problèmes que l'on affronte sont radicaux. Moi, j'habite dans le Pas-de-Calais, je vois les personnes les plus précaires dont les maisons sont en train de fuir, dont les voitures sont endommagées, on ne sait même pas comment on va faire.

On sait que tous ces problèmes vont s'amplifier avec l'accélération du changement climatique et donc oui, les problèmes que l'on traverse sont radicaux. À propos de radicalité,

18:51
Invité

le Conseil d'État a annulé cette semaine la dissolution du collectif, les soulèvements de la terre décidé en juin dernier par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Pour le ministre Christophe Béchut, ce n'est pas un camouflet pour le gouvernement. Jamais, jamais, il en faudra bien plus. Il dit que ça pose la question des moyens d'action en quelque sorte, en tout cas que la violence, la radicalité justement est rejetée par une partie de la population. Qu'est-ce que vous lui répondez ? Écoutez, il se pose

19:15
Marine Tondelier

les questions qu'il veut, moi je me pose les miennes et je me pose notamment la question d'un gouvernement qui soutient de manière très très forte les méga-bassines. Ces méga-bassines sont remises en question sur le plan scientifique parce qu'on montre bien que la meilleure manière de conserver l'eau, c'est dans le sous-sol, c'est dans la nappe phréatique, sont remises en question par la justice puisque là, il y a encore 15 projets de méga-bassines qui ont été annulés par la justice, pas pour ou contre l'écologie parce que juste, c'est illégal.

Il y a un troisième sujet qui est les bassines existantes qui sont jugées illégales parce que l'État et les autorités se dépêchent de la construire avant les jugements et donc la question se pose de les démonter et il y a eu une polémique cette semaine au sein du ministère de l'Agriculture parce qu'un conseiller de Marc Fénaud a dit dans une conférence de presse que bien sûr, il va falloir les démonter qu'après Rétropédale, on ne comprend même pas si l'État va faire appliquer le droit et il y a cette quatrième question de est-ce qu'on a le droit ou pas dans ce pays de se mobiliser contre les méga-bassines.

Gérald Darmanin a tout fait pour mettre le débat sur la forme du combat plutôt que sur le fond du combat c'est son droit il a perdu donc ils ont perdu sur quatre points en plusieurs semaines

20:17
Présentateur

il n'est pas complètement perdu

20:19
Marine Tondelier

mais moi je me rappelle très bien de Prisca Tévenot à votre antenne cette semaine vous vous rappelez cet été quand le premier référé avait été jugé qui nous expliquait non mais c'est le référé mais vous verrez au fond on est très sûr il n'y a pas de problème et bien patatras ils ont encore perdu ça fait beaucoup de défaites sur le dossier des méga-bassines il serait peut-être temps d'entendre raison

20:37
Présentateur

même si le conseil d'État juge qu'il faudrait continuer à surveiller les membres du soulèvement de la Terre et que la désobéissance civile n'était pas quelque chose à pratiquer vous êtes pour la désobéissance civile comme mode d'action politique Marine Tondelier ?

20:49
Marine Tondelier

Moi je suis pour essayer tout ce qu'on peut faire et donc je suis pour les débats scientifiques qu'on a du mal à écouter je vous rappelle que sur l'autoroute A69 il y a 15 jours de cela la conférence des scientifiques qui démontrait l'absurdité du projet a quand même été évacuée par la police et gazée les scientifiques n'avaient jamais vu ça de leur vie donc je suis pour le débat scientifique je suis pour le débat juridique je suis pour qu'on puisse manifester et quand tout ça devient compliqué dans ce pays alors on en amène à faire de la désobéissance mais la désobéissance n'est pas la violence n'est pas la destruction ce sont des actions symboliques et je pense qu'on a beaucoup de débats biaisés aussi sur la notion de désobéissance et que Gérald Darmanin y contribue énormément

21:27
Présentateur

on les reprendra merci Marine Tondelier d'avoir été l'invité de France Inter ce matin merci infiniment d'avoir répondu à nos questions merci à vous

21:34
Locuteur

merci à vous merci à vous