Quand les Français se tournent vers les pétitions - reportage #cdanslair 18.09.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
ont l'impression de ne pas être entendus, ils se tournent parfois vers d'autres types d'action: les pétitions. Celle sur la loi Duplomb a réuni 2,1 millions de signatures. P.de Villiers souhaite mobiliser les Français pour obtenir un référendum sur l'immigration. - Il fait la une de nombreux médias ces derniers jours. - "Sauvons la France, exigeons un référendum sur l'immigration." - P.de Villiers a lancé une pétition en ligne pour un référendum sur l'immigration. - Le texte déroule l'argumentaire de la théorie complotiste du Grand remplacement, dénonçant rien de moins que la fin de la France. ... - En une dizaine de jours, P.de Villiers revendique plus de 1,5 million de signataires.
Un chiffre invérifiable. Aucun contrôle de l'identité des internautes. Il est même possible de signer de nombreuses fois en changeant d'adresse mail.
Mais cela suffit à faire monter le sujet Dans le débat public et à obliger les partis politiques à se positionner. Chez LR, L.Wauquiez annonce l'avoir signée, mais pas le président des Républicains B.Retailleau. - B.Retailleau: Je ne signerai pas.
Je n'ai jamais signé de pétition. - Mais vous voulez un référendum sur l'immigration. - B.Retailleau: Nous avions proposé avec F.Fillon, en 2016, un référendum pour modifier la Constitution, pour que ce soit le peuple qui tranche. - D'accord sur le fond à la lettre sur la forme, M.Le Pen non plus n'a pas voulu signer.
Son programme présidentiel comporte pourtant une proposition similaire. Son entourage parle d'une opération de communication montée par ses concurrents à l'extrême droite. - M.Le Pen: Tout le monde sait ce que je pense de l'immigration.
Je n'ai pas besoin de signer une pétition. Je n'ai rien contre monsieur de Villiers. N'essayez pas de créer une division. - P.de Villiers, ouvertement inspiré par une autre pétition au succès récent. ... - Mais à la différence de son initiative, la pétition contre la loi Duplomb a suivi une procédure officielle.
Plus de 2 millions de signatures authentifiées sur le site de l'Assemblée pour dénoncer notamment le retour prévu d'un insecticide, l'acétamipride. La loi Duplomb avait été votée sans débat dans l'Hémicycle et les Ecologistes ont fait du succès de la pétition un levier pour l'imposer dans le débat public, criant victoire quand le Conseil constitutionnel censure en outre l'introduction de l'acétamipride pour les raisons en réalité juridiques. - Ca montre que le rapport de force fonctionne, que l'élan populaire a fonctionné.
La colère des citoyens et citoyennes a marché. - C'est une opportunité d'écouter la démocratie participative vivante. C'est une étudiante de 23 ans qui a fait la pétition. 2 millions de Français se sont reconnus dans un texte plein de singularité, spontané. - Ces 2 millions de signatures officielles permettront bientôt un débat à l'Assemblée.
C'est une première, mais ça ne donnera lieu à aucun vote. - C.Roux: Arrêtons-nous sur cette façon de faire vivre la démocratie.
Il y a des manifestations. Si on veut être entendu, on peut signer une pétition. - C.Barbier: C'est une forme nouvelle et très intéressante de participation au débat public.
Les Français veulent plus de démocratie directe. Ce genre de pétition en est une. Il y a cette pétition officielle, juridiquement encadrée, à l'Assemblée nationale, qui ne permet pas d'obtenir l'annulation d'une loi...
Le Conseil constitutionnel a fait des réserves juridiques. Le Conseil constitutionnel aurait censuré à cause de problèmes juridiques concernant le pesticide. Mais ça peut ouvrir un débat à l'Assemblée.
C'est entré dans l'Hémicycle, dans la vie de la représentation nationale officiellement. Mais pour annuler la loi Duplomb, il faudra déposer une autre loi qui fera tout le parcours. La pétition de P.de Villiers, outre le fait qu'on peut voter plusieurs fois, n'a pas de fondement juridique.
Il y avait une autre possibilité, le référendum d'initiative partagée. Il faut réunir 10 % de l'électorat, 4,9 millions de signataires. On se souvient de la privatisation des aéroports de Paris.
E.Ciotti a tenté un référendum sur l'immigration, plus précisément l'accès aux aides sociales pour les immigrés. Ca avait été retoqué.
B.Retailleau veut changer un article de la Constitution pour élargir le champ du référendum. Ca ne peut pas être l'immigration. - C.Roux: On ne peut pas organiser un référendum sur l'immigration? - C.Barbier: Non. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Non.
Quand bien même il y aurait une grosse majorité des électeurs pour dire qu'ils veulent un référendum sur l'immigration, il faudrait d'abord changer la Constitution avec un premier référendum. Ensuite, référendum sur quoi? Vous devez faire un projet de loi immigration et le faire ratifier par référendum.
Le texte de P.de Villiers ne dit rien. C'est un texte idéologique, pas juridique.
Quelle loi serait proposée aux Français? - C.Roux: C'est une manière de reposer un sujet dans le débat public. - G.Dansart: Encore faut-il que ce soit organisé et que ça obéisse à des règles.
Le mérite de la pétition de cet été contre la loi Duplomb, c'est qu'elle était cadrée. Elle correspondait à la mobilisation d'une certaine part de l'électorat. C'est plutôt intéressant parce que ça complète la démocratie représentative, qui est considérée par un certain nombre de nos concitoyens comme insuffisamment à l'écoute de la complexité et de la multiplicité des constats. - C.Roux: On a vu des grandes manifestations sur les retraites.
Ca n'a pas payé. On parle de pétitions...
Il faut des conditions très difficiles à réunir pour que ça aboutisse concrètement à un changement des règles du jeu. - G.Dansart: Le collectif, la démocratie, c'est un effort.
C'est s'informer pour aller voter, aller manifester, peut-être perdre une journée de salaire, prendre du temps, participer à des associations...
L'effervescence démocratique est indissociable de la réussite. Si on veut être optimiste...
On peut être pessimiste...
On peut être optimiste et considérer qu'il y a une sorte de réveil citoyen qui prend des formes diverses. Il y a des personnes qui sont dégoûtées...
Globalement, cette effervescence peut être considérée comme positive au sens où tout le monde se préoccupe de l'avenir de notre pays. - C.Roux: Les manifestations, les pétitions et l'expression sur les réseaux sociaux. - G.Dansart: Il faut que ce soit relayé par l'exécutif à la hauteur. - C.Barbier: 2 millions pour la loi Duplomb, c'est énorme, mais c'est 4 % de l'électorat.
Ca relativise. - A.Goutard: C'est une pétition proposée par une jeune étudiante.
On dit que la jeunesse ne s'y intéresse pas. Ca interroge sur la façon dont on gère notre démarche démocratique. Est-ce qu'on n'est pas un peu ringards, sans pour autant être antidémocratiques...
Les instruments sont là et doivent être contrôlés, mais il y a peut-être un moyen plus souple à trouver, à envisager pour donner la parole aux citoyens. On a longtemps pensé à la façon de faire voter les jeunes, notamment à distance. - C.Roux: Le vote électronique. - A.Goutard: Pourquoi le vote électronique ne revient pas sur le tapis?
Les pétitions pourraient permettre plus facilement d'obtenir des votes à l'Assemblée nationale. - C.Barbier: Le vote blanc reconnu comme exprimé. - A.Goutard: Il y a une volonté, un souhait des Français de circuits courts. - C.Roux: Et de se faire entendre.
Philippe de Villiers