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interviewÉlysée (sur YouTube)· 9 mai 2019 36 min

Sommet européen informel de Sibiu - Conférence de presse

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-E. Macron : Bien. Bonjour, mesdames et messieurs.

Nous avons donc tenu cette réunion à 27 en ce jour de l'Europe, ce 9 mai. Réunion qui était importante pour justement évoquer les sujets d'avenir, et nous avons pu le faire en deux temps. D'abord en parlant des sujets stratégiques extérieurs, puis des sujets intérieurs et, au fond, parler à chaque fois de l'avenir de notre Europe.

Et je résumerai ça autour de 3 grands sujets, à mes yeux, qui étaient tout particulièrement importants. En tout cas, cette réunion était importante à mes yeux à 3 égards : d'abord parce que nous nous sommes concentrés sur autre chose que la gestion des crises et du quotidien, et en particulier du Brexit. Ensuite parce que cette réunion du 9 mars intervient 15 jours avant les élections européennes partout en Europe.

Et donc 15 jours avant qu'un peu plus de 400 millions de nos concitoyens aient à exprimer un choix. Il dépend évidemment des listes de chaque pays. Mais même s'il y a des nuances entre les visions, il y a clairement des projets qui veulent construire l'Europe en la changeant, en la refondant, en la transformant, en l'améliorant et des projets qui veulent la déconstruire, et dont la présence est croissante, et qui veulent revenir au nationalisme sous toutes ses formes.

Et je crois très profondément qu'au moment que traverse notre Europe, ces élections constituent une étape absolument critique pour définir le projet à venir. Si, en Europe, ceux qui veulent moins d'Europe l'emportent, si demain, en Europe, au parlement, il n'y a pas de majorité possible sans les nationalistes ou les extrêmes, il est clair que nous aurons moins d'Europe et la désunion sera notre faiblesse. Or, nous avons pu le constater ces dernières années, nous avons besoin d'une Europe plus forte, plus souveraine, plus démocratique, plus efficace, mais face à l'unilatéralisme américain sur bien des sujets, face à la crise du multilatéralisme que nous vivons, face à la montée chinoise dans beaucoup de domaines, nous avons besoin d'une Europe qui protège, qui porte aussi notre avenir et qui est, au bon niveau aussi, notre forme d'expression, notre souveraineté.

C'est pourquoi je pense que ces élections sont extrêmement importantes. Enfin, cette réunion a permis de peser les jalons de l'agenda européen pour les cinq prochaines années. Nous avons eu une longue discussion sur ces sujets, mais je veux ici souligner 3 priorités qui ont largement structuré nos échanges, et je pourrai revenir dans le détail sur ces sujets comme sur d'autres en fonction de vos questions.

D'abord, il y a un clair consensus pour dire que le climat doit faire partie de la stratégie à venir de l'Europe. Le texte proposé d'ailleurs par la présidence pour l'agenda des leaders était très clair sur ce point et de très bonne qualité. Mais nous avons besoin de redoubler, si je puis dire, d'ambition climatique et environnementale en Europe.

C'est ce que demandent nos jeunesses partout dans le continent, c'est ce qu'impose la situation de la planète, qu'il s'agisse de réchauffement climatique comme de biodiversité. Et c'est très clairement la crédibilité de l'Europe et la construction de son modèle qui en dépend. A cet égard, je me félicite qu'à notre initiative, 9 pays aient signé une contribution essentielle qui défendent un renforcement de nos objectifs climatiques, et en particulier la neutralité carbone, et donc le zéro émission en 2050.

De même que nous poussons fortement la mise en place de financements adapté pour l'investissement dans la transition écologique, et j'ai proposé à cette fin de mettre en place une banque du climat qui permettra de porter toute cette ambition au niveau européen. Il y a évidemment toutes les réformes que nous devons porter aussi pour un prix minimum du CO2 en Europe comme une taxation à nos frontières. L'ambition climatique doit faire partie du coeur de stratégie de la commission et du parlement européen à venir.

Ensuite, très clairement, il y a la politique de souveraineté, de sécurité, de voisinage dont nous avons longuement discuté aujourd'hui et qui doit faire partie de notre vision à venir. L'Europe n'est pas une île, et elle vit au milieu de dangers, d'opportunités, en tout cas de mouvements qui ne dépendant pas que de nous, mais qui supposent les partenariats les plus constructifs avec nos voisinages et la juste protection de nos frontières pour que nos intérêts et nos concitoyens soient préservés. Ce qui veut dire qu'à mes yeux, un deuxième axe extrêmement structurant de notre politique européenne, c'est cette bonne politique de développement, de sécurité et de protection de nos frontières, qui passe, à mes yeux, par un partenariat fort avec l'Afrique, nous avons fait beaucoup ces dernières années, mais je pense qu'on ne pourra pas régler les risques potentiels qu'il y a, comme les opportunités pour l'Europe qu'il peut y avoir, si nous ne sommes pas plus acteurs, plus partenaires, et dans un partenariat équilibré, avec le contient africain.

Et c'est à mes yeux au coeur de cette priorité. Mais dans le même temps, l'Europe doit aussi être plus lucide et efficace dans la protection de ses intérêts et de ses frontières. C'est pourquoi je plaide très fortement, avec plusieurs autres collègues, pour une refondation de ce qu'on appelle aujourd'hui Schengen.

On en voit les limites avec l'incapacité que nous avons depuis plusieurs mois à revenir sur les 7 directives en cours et réformer en profondeur nos procédures, mais on a besoin de définir un espace commun, au sein de cet espace, d'avoir une même politique d'asile pour éviter tous les déséquilibres, d'avoir une même politique efficace de nos frontières communes et d'avoir une vraie solidarité au sein de cet espace pour que ça ne soit pas simplement les pays d'accueil ou les pays les plus attractifs au sein de cet espace qui aient l'essentiel de la charge. Aujourd'hui, tel qu'il a été pensé, l'espace Schengen ne fonctionne plus de manière satisfaisante. Il faut donc refonder, faire appliquer pleinement les règles et refonder de manière beaucoup plus exigeante, comme je l'ai déjà plusieurs fois proposé, la chose.

Enfin, le troisième axe de nos prochaines années, à mes yeux, repose très profondément sur la redéfinition et le renforcement de ce que j'appellerais le modèle économique et social de croissance européen. Les 70 dernières années ont reposé sur une certaine vision du progrès qui était la nôtre, permettant d'apporter le progrès aux classes moyennes, de développer chacun et l'Union européenne a été créée sur, justement, cette capacité, par l'économie sociale de marché, d'assurer le progrès à chacun. Ce progrès est défaillant ces dernières années, parce que nous avons vécu des crises économiques et financières, parce qu'aussi notre propre modèle a un peu oublié cet objectif.

Et donc la construction pour moi du modèle économique et social de demain en Europe passe par des ambitions qu'on doit se fixer. D'abord que nous soyons leaders de l'innovation, de la création de valeurs de demain. Ca veut dire une Europe qui investit massivement dans le numérique, l'intelligence artificielle, l'industrie environnementale.

L'initiative que nous avons prise avec les batteries avec les Allemands en fait partie. Mais nous devons avoir un vrai budget dédié de formation, de recherche et de politique industrielle et être au coeur de cette ambition qui sera la croissance de l'Europe de demain. Ensuite, ça veut dire une Europe qui a aussi une vraie politique sociale.

On a eu une très longue discussion qui était passionnante. Beaucoup de pays, pour la première fois, nous expliquaient : "A l'est de l'Europe ou au sud, "moi, j'ai un problème : "je perds de la population et je perds des travailleurs." Mais pourquoi ?

Parce que le modèle économique d'autres pays s'est construit sur cette main d'oeuvre à bas coût qui, quittant ces pays, est allée vers d'autres. Et donc, on voit bien que le modèle strict de compétitivité jouant sur le dumping social ne fonctionne plus en Europe. C'est pourquoi je crois très profondément que cette croissance européenne de demain, elle doit aussi reposer sur une nouvelle convergence sociale.

C'est pour ça qu'au coeur du projet de renaissance pour ma part que je porte, je crois beaucoup à cette idée d'avoir un salaire minimum dans tous les pays de l'Union européenne et de recréer de la convergence sociale. On part pas tous de la même situation. La France a un salaire minimum, que je défends, et que je ne laisserai personne renier, qui est compatible avec notre compétitivité.

On pourra revenir sur ce point parce que nous avons mis en place les dispositifs qui permettent de le faire, mais beaucoup de pays encore au sein de l'Union n'ont pas de salaire minimum. Et donc il faut pouvoir en créer partout et pouvoir monter progressivement les standards pour qu'il y ait à nouveau cette vraie convergence. Et puis ce modèle économique, cette croissance de demain, ce modèle de progrès européen passe aussi par la mise en cohérence de notre politique industrielle et commerciale avec ces objectifs.

Je l'ai rappelé avec beaucoup de force. La France s'est en effet opposée à un nouveau mandat de négociation avec les Etats-Unis d'Amérique, parce que les Etats-Unis sont sortis de l'accord de Paris. Et je crois très profondément que si nous voulons défendre en Europe un vrai modèle de progrès économique et social et environnemental, on a besoin d'avoir une politique commerciale qui intègre nos objectifs environnementaux et sociaux.

Sinon on fait faire des efforts à nos entreprises à nos concitoyens, mais on devient un marché ouvert qui ne défend plus nos concitoyens et nos entreprises face aux compétiteurs internationaux. Et donc pour moi, ces aspects sont au coeur de ce nouveau modèle économique et social de croissance et de progrès et au coeur de ce que nous aurons à défendre donc dans les prochaines années en Europe. Et c'est pour ça que l'euro, notre politique industrielle et environnementale, notre politique énergétique, sont au coeur de cette ambition.

J'ai eu l'occasion de le rappeler encore ces derniers jours en recevant la Confédération européenne des syndicats. C'est ce qui est aujourd'hui en jeu, ce qui sera en jeu le 26 mai prochain et dans les semaines qui viennent. Au fond, nous avons à bâtir dans ces semaines, et cette discussion était à cet égard extrêmement importante, nous avons à bâtir le nouvel agenda de l'Europe pour les cinq années à venir, qui doit être un agenda d'ambitions, de progrès pour nos concitoyens, et qui doit être à mes yeux le coeur de l'ambition que doit se donner la coalition de progrès pour laquelle je veux que nous nous battions.

Il y aura des sensibilités diverses, mais nous avons à construire en Europe une coalition de progrès qui permettra d'avancer et qui ne devra rien céder à la coalition de la destruction et du délitement. Je vous remercie. Je vais maintenant répondre à vos questions. -Bonjour, M. le Président.

Valéry Lerouge, France 2. Vous ne l'avez pas évoqué, mais je crois que vous avez amorcé cet après-midi aussi les premières discussions sur le remplacement, le renouvellement, des dirigeants des institutions européennes. Alors comment ça se présente, j'ai envie de dire, à la lumière de ces premières discussions ?

Donald Tusk espère que ça sera rapide et efficace. Comment la France peut espérer s'imposer sur l'un des postes clés, si tant est que la France l'espère ? Et sur le cas précis du président de la Commission européenne, est-ce que vous êtes personnellement toujours réticent au système des Spitzenkandidat ? -E.

Macron : Alors nous avons en effet eu des discussions plutôt principielles, mais je ne nie pas que dans les couloirs, il y a eu des discussions plus particulières. Ecoutez...

Je partage totalement la vision de Donald Tusk, et en tout cas je m'emploierai à ce que, très vite après les élections, nous puissions prendre les décisions qui conviennent conformément à nos traités. C'est-à-dire chacun exerçant la compétence qui doit être la sienne au terme des traités. Et donc une décision rapide et efficace dans les jours et les semaines qui viennent est une bonne chose.

Je souscris à cela. Ensuite, je considère que l'objectif premier que nous devons poursuivre à la fois pour la France et pour l'Europe, c'est d'avoir des nominations de personnalités qui sont cohérentes avec le projet qui sortira, qui sont cohérentes avec des ambitions européennes fortes, et qui sont des personnes compétentes reconnues qui apporteront au projet européen. Et donc moi, je ne suis pas, si je puis dire, arc-bouté sur des sujets de nationalité, sinon, ça serait un jeu sans fin, à 28, et demain, 27.

Mais je crois que nous devons en tout cas éviter le compromis sur le moins bon candidat, ce qui a parfois pu être le cas dans certaines situations. Nous devons prendre les meilleurs candidats possibles pour un projet européen fort et d'ambition. C'est ça ce que nous allons nous atteler à faire ensemble Il faudra des compromis entre les uns et les autres et les sensibilités, mais je m'emploierai en tout cas à ce qu'on ait des dirigeants qui soient les plus forts possible, le plus clairs possible et je me battrai pour qu'ils soient en cohérence avec les quelques ambitions essentielles que je viens de rappeler.

C'est ce à quoi je suis attaché pour notre pays comme pour le continent. Enfin, vous l'avez dit, moi, je ne suis pas favorable au principe du Spitzenkandidat. Je ne suis pas favorable, parce que je suis cohérent.

Moi, j'étais favorable à des listes européennes. C'est-à-dire que les formations politiques discutent partout en Europe sur la même liste et sur les mêmes projets. Les grands partis européens s'y sont opposés préférant avoir des listes dans chaque pays avec des gens qui vont alimenter dans chaque pays essentiellement des débats nationaux Et le jour d'après, ils veulent nous dire : "Mais nous, on est pour que le candidat, "ça soit nous qui le choisissions en Europe." Ca s'appelle les candidats de la cuisine.

Et je crois que nos concitoyens en ont assez qu'on prépare les plats en dehors d'eux. Donc moi, je suis pour que demain, on puisse avoir des lites européennes, mais je ne suis pas pour que la cuisine soit faite par les grands partis européens. Et puis sur certaines nominations d'importance, je rappelle la compétence du conseil.

Donc voilà. Je souhaite qu'on avance progressivement vers plus de démocratie européenne, vers des élections qui seront de plus en plus européennes pour d'ailleurs des quotas, comme je l'avais dit...

Ce serait bon dans chaque pays, en tout cas partout en Europe, qu'on élise plusieurs dizaines de parlementaires vraiment sur une base européenne et à ce moment-là, on pourra avoir des grands partis européens qui porteront un candidat. Il aura une légitimité démocratique. En attendant, moi, je ne me sens pas engagé par le processus que certains partis ont décidé pour eux-mêmes.

Et il ne vous aura pas échappé que la France a constamment tenu cette position. Voilà. Donc on aura un débat clair, conforme au traité, éclairé par le résultat des élections le 26 mai au soir et qui se fera entre l'ensemble des dirigeants et avec les autres institutions lorsqu'elles ont compétence sur certaines nominations. -Philippe Ricard pour le journal "Le Monde".

Pour préciser un peu la question, est-ce que vous êtes donc d'accord avec messieurs Orban et Tsipras, qui ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils ne soutiendraient pas la nomination de M. Weber en cas de victoire du PPE aux élections européennes ? C'est donc également votre avis.

Et à quel candidat alternatif pourriez-vous penser ? Peut-il être français, par exemple, et se nommer Michel Barnier ? -E.

Macron : Ecoutez. Il est trop tôt aujourd'hui pour dire ce serait un tel ou tel, et j'ai donné les critères. Je pense aussi qu'il faut pouvoir regarder l'état de l'Europe le jour d'après.

Regarder les sensibilités, les forces qui sont en présence, comment elles se structurent et les conclusions qu'on doit en tirer. Ca sera le fruit aussi de discussions entre les chefs d'Etats et de gouvernements et puis l'émanation politique qui se fera dans le nouveau parlement. Ensuite pour ce qui est du candidat de PPE, j'ai beaucoup de respect pour M.

Weber, mais je l'ai dit. Moi, je ne me sens absolument pas lié par le système du Spitzenkandidat. Que M.

Tsipras ne se sente pas lié est une chose. Il n'appartient pas à cette formation non plus. Et donc je pense que de toute façon, sa formation n'aurait jamais défendu une telle nomination.

Je crois que le fait nouveau est que l'un des membres du PPE dise clairement, en effet, en tant que chef de gouvernement, qu'il s'y oppose. Ca veut dire qu'au sein même d'un parti qui a décidé d'adopter cette démarche, il n'y a plus consensus. C'est la seule leçon que j'en tire.

Pour nous, il n'y a rien de neuf sous le soleil ou sous la pluie. -Oui. Bonjour, M. le Président.

Pascal Verdeau. France 3. Pour revenir aux élections européennes, 77 % des jeunes Français manifestent leur intention de s'abstenir lors des élections européennes.

Ils considèrent peut-être que cette Europe est un peu désincarnée, ou pour faire le lien avec les questions précédentes, que, finalement, les nominations aussi aux postes importants se font plutôt dans les cuisines portes et fenêtres fermées des chefs d'Etats. Cette fois, je voudrais savoir en cette journée de l'Europe, comment est-ce que vous pourriez les remobiliser ou les mobiliser ? Et est-ce que vous auriez un récit européen aujourd'hui dans le contexte actuel qui leur parlerait ? -E.

Macron : Alors d'abord, vous avez raison de dire que l'Europe a besoin d'être plus démocratique, plus transparente, plus claire. Ca veut dire qu'il faut qu'on change nos règles. Moi, j'y suis favorable.

Je l'ai déjà dit. Ce qui n'a pas toujours été la position de la France. Je suis pour qu'on prenne de nouveaux traités et qu'on ait une nouvelle dynamique démocratique.

C'est vrai. Mais la seule façon de le faire, c'est pas que ce soit des partis européens qui n'ont pas de légitimité démocratique européenne qui le fassent, c'est que ce soient les citoyens par les élections. Donc pour revenir sur ce que vous disiez, aujourd'hui, il faut qu'on applique les traités tels qu'ils sont.

Et en effet, pour ce qui est des responsabilités que vous évoquiez l'un et l'autre dans votre question, c'est la compétence du conseil. Bon. Simplement je dis elle devra regarder l'état des forces politiques en Europe et le parlement.

Je souhaite qu'on aille plus loin, et je n'ai pas été suivi jusqu'à présent sur cette voie par les formations politiques qui existaient. J'espère convaincre aussi mes partenaires qu'on puisse revoir les traités pour avoir une Europe plus démocratique. Donc je suis d'accord avec vous.

En attendant, il faut qu'on prenne des décisions sur cette base, et je préfère que ces décisions soient prises par des chefs d'Etats et de gouvernements qui ont une légitimité démocratique dans leur pays que par des chefs de partis qui n'ont pas la même légitimité démocratique, parce que si je vous parle des chefs de partis des grandes formations politiques aujourd'hui, je serais parfois bien en peine de me les citer et ils ont moins de légitimité que ce qui sont autour de la table du conseil. Donc là-dessus, je préfère ce point. Ensuite, deuxième sujet, les chiffres aujourd'hui qu'on voit d'abstention.

Moi, ils m'inquiètent, ils me préoccupent. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai suivi l'appel du président allemand, M. Steinmeier, qui a sollicité tous ses homologues pour appeler à la participation à ces élections.

Je pense c'était une très bonne initiative. et qu'on se mobilise pour cela, parce que partout, il faut se mobiliser. Mais moi, je veux dire à notre jeunesse de manière très simple, très claire, quelques éléments.

D'abord il y a une conscience politique qu'on sent partout. On la sent quand notre jeunesse manifeste pour le climat. On a tout à l'heure été, avec 8 autres chefs d'Etats et de gouvernements, voir, justement, des jeunes gens Européens, il s'agissait de 3 jeunes femmes, qui portaient cette ambition climatique.

Donc la conscience politique est là. Mais la conscience politique dans nos démocraties ne peut pas s'exprimer que dans la rue, que dans les prises à partie. Elle doit à un moment se traduire politiquement par le vote.

C'est le combat même que nous avons mené. C'est la conquête même de l'Europe. La liberté démocratique, c'est cela.

Et elle implique d'exercer son devoir de citoyen. Et on ne peut pas dire : il y a une nouvelle vitalité politique, mais elle ne serait que dans la rue, l'interpellation et les tribunes, mais elle nierait le vote. Donc ça, je crois que c'est important.

C'est un message de ce qu'est la citoyenneté et le caractère civique. La conscience civique est là partout en Europe, on la voit, elle doit s'exprimer dans les urnes, parce que c'est une traduction. Alors les décideurs peut-être ne correspondent jamais à ce qu'on voudrait parfaitement, les propositions qui sont faites ne sont jamais parfaitement ce qu'on voudrait.

Mais c'est ça vivre en société, vivre en commun. On n'a pas toujours exactement tout ce qu'on voudrait. Mais il faut faire des choix sur ce qu'on préfère.

Derrière ça, je voudrais aussi ajouter un point très fort pour notre jeunesse. Ne vous laissez pas voler l'Europe. Ne vous laissez pas voler l'Europe.

Moi, je pense très souvent à la jeunesse britannique. La jeunesse britannique, elle, s'était désintéressée du Brexit. Elle a considéré que c'était pas son affaire, qu'une fois encore, la jeunesse, elle allait pas voter, etc.

Et la jeunesse britannique, elle s'est réveillée le lendemain avec la gueule de bois. Et quand on a regardé la structure des votes, c'était plutôt les personnes plus âgées qui ont été voter. L'Europe qui va se faire dans les cinq années qui viennent tout particulièrement, c'est l'Europe de nos jeunes.

C'est une Europe où on aura des choix climatiques, géostratégiques, de modèle de croissance comme je les ai évoqués, qui seront déterminants pour les années à venir, mais qui porteront tous leurs fruits dans 10 ans, 15 ans, 20 ans. C'est votre Europe qui se décide maintenant. Et donc je pense que notre responsabilité à tous, décideurs politiques, mais aussi journalistes, parce qu'on participe tous de cette vie démocratique, c'est d'expliquer à nos jeunesses que c'est leur Europe qui se décide aujourd'hui par cette élection.

Donc elle doit absolument prendre part à ce vote pour choisir quelques projets que ce soit, d'ailleurs, librement. Et puis on disait : quelle est la grande histoire européenne qu'on a à raconter ? Ecoutez.

Moi, je vais d'abord vous dire une chose très simple : on s'est tous collectivement un peu embourgeoisés, parce qu'on s'est habitués. On pense que l'Europe dans laquelle on vit, parce qu'on dit elle va de sommet en sommet, elle est acquise pour toute l'éternité. Folie.

Folie. Elle a 70 ans, cette Europe. Pas plus.

Elle vient briser des millénaires de guerres, de divisions internes. Et regardez le monde tel qu'il va aujourd'hui. Tout ce qu'on pensait impossible est en train de se réaliser.

Est ce qu'on pensait qu'on aurait des Etats-Unis d'Amérique qui souhaitent plutôt le démantèlement de l'Europe que sa réussite ? Qui ne nous suivent pas sur le climat ? Qui ne suivent plus les règles du multilatéralisme ?

Est-ce qu'on pensait pouvoir voir à nos frontières une Russie qui revienne et qui déstabilise certains pays qui étaient en train de discuter leur adhésion, comme l'Ukraine ? Est-ce qu'on pensait qu'on pouvait avoir les Britanniques sortant ? Est-ce qu'on pouvait penser d'un seul coup avoir un risque qui est aujourd'hui le nôtre ?

Celui de l'effacement de l'Europe. Celui d'une contestation même du modèle démocratique dans ses fondements et de sa réussite et de voir émerger un modèle chinois, un modèle américain qui peuvent signifier d'ailleurs que l'Europe deviendrait une terre où on se repartit les terres et les rôles. Non.

Enfin en tout cas, moi, je ne m'y résous pas. Et donc nous sommes à un moment profondément décisif du continent, celui qui consiste à savoir si on a la force, la force d'âme, d'intelligence de réinventer ce qu'on a fait au XVIIIe siècle en éclairant le monde. C'est-à-dire une construction politique économique sociale, totalement neuve qui sert de modèle aux autres.

C'est ça...

La grande histoire qui est devant nous, c'est celle-là. La grande histoire européenne, est donc aussi française, c'est celle-là. Qui arrivera à construire le grande modèle de puissance économique, sociale, environnementale du XXIe siècle ?

Et avec lui, l'indépendance stratégique, technologique qui l'accompagne ? Je crois que nous sommes les seuls à pouvoir le faire. Les seuls.

Et l'Europe, regardez la carte du monde. Il n'y a pas un espace qui concentre autant de différence, de multitude de diversités, de langues, de religions, de culture. Avoir préservé la paix, c'est fou.

Et donc la grande histoire de la génération qui arrive pour l'Europe, c'est ça. Réinventer la paix dans ce continent sous une forme qui sera forcément nouvelle, savoir porter à la fois la renaissance et les lumières qui sont les deux grands moments qui nous ont fait dans ce qu'ils doivent être au XXIe siècle dans un monde qui est en train d'être bousculé et inventer ce nouveau modèle économique, social et environnemental. C'est une formidable histoire.

C'est encore plus passionnant qu'il y a 20 ans. Donc oui, moi, comme vous, je pense qu'il faut tout faire pour convaincre notre jeunesse d'aller voter. -Bonjour, M. le Président.

Mathieu Coache, BFMTV. Vous avez parlé à deux reprises aujourd'hui des projets qui veulent construire et de ceux qui veulent déconstruire l'Europe. Alors en France, est-ce que vous faites allusion au Rassemblement national, par exemple ?

Et quelles seraient les conséquences selon vous si, justement, ce parti devançait la liste que vous soutenez lors du scrutin européen ? -E. Macron: Ecoutez, je crois qu'il y a pas mystère pour dire que la liste du Rassemblement national, c'est une liste de déconstruction de l'Europe.

Moi, je suis patriote français et européen. Eux, ils sont nationalistes. C'est différent.

Et comme le disait François Mitterrand dans l'un de ses derniers discours : "Le nationalisme, c'est la guerre." Et il y a deux ans, le Rassemblement national, alors Front national, nous disait : "80 % de mon projet "dépend de la sortie de l'euro." N'ayant pas su expliquer comment on sortait de l'euro, il a finalement décidé qu'il pouvait y rester.

Mais son projet n'a pas changé. C'est le même. Moi, j'ai toujours pas compris.

C'est un projet de fait gravitairement de sortie de l'euro, de destruction de nos acquis au sein de l'Union européenne, comme de la zone euro. Donc c'est un projet de désunion. Eh bien, la désunion fait rarement la force.

Et alors même qu'on voit une Chine de plus en plus forte, qu'on voit des Etats-Unis qui essayent d'imposer au reste du monde leur vue, et que nous, nous nous battons pour une France plus forte qui se fasse entendre en Europe et une Europe plus forte, je crois que nous avons besoin de tout, sauf d'avoir le rassemblement national en tête. Et donc je ne fais jamais, vous le savez, de pronostics sur le jour d'après, mais je mettrai toute mon énergie pour que le Rassemblement national ne soit pas en tête. Je suis là où je suis.

Je suis le président de tous les Français, mais je considère que dans le projet qui est celui que je porte pour notre pays, dans les choix que notre pays a fait en Europe, il est très clair que l'adhésion à l'Europe, l'adhésion à l'euro, cette volonté d'être non seulement un membre fondateur, mais de porter cette ambition, ça n'est pas simplement un choix politique. C'est le choix de la nation française. plusieurs fois réaffirmé dans des référendums.

Plusieurs fois confirmé. Et donc je crois très profondément que ce choix de l'Europe, c'est aussi celui de la Nation et c'est celui qui me revient de défendre. Donc non à la désunion. -Bonjour, M. le Président.

Roxane Hazanpires, pour la télévision publique de Roumanie. L'année passée, vous évoquiez le danger du libéralisme en Roumanie tout en partant des exemples de la Hongrie et de la Pologne. Comment voyez-vous maintenant les choses ici, à Sibiu, en Roumanie ?

Est-ce que vous pensez que la Roumanie a déjà pris ce chemin ? -E. Macron : D'abord je veux ici remercier très sincèrement et personnellement le président Iohannis pour sa présidence actuelle de l'union et son accueil à Sibiu.

J'ai eu l'occasion de le dire tout à l'heure, mais je pense qu'il a formidablement mené cette mission et nous a très bien accueillis. Ensuite, je pense que oui. Des tensions sont à l'oeuvre en Roumanie et des décisions portées par le gouvernement ont conduit à fragiliser l'Etat de droit.

La Commission a eu l'occasion de le dire et nous sommes, sur ce sujet, vigilants. Mais j'ai aussi noté que le président Iohannis a constamment été là vigilant, présent, fort, pour tenir la ligne. Et donc je considère pour la Roumanie, pour le peuple roumain, qu'être un Etat fort dans l'Union européenne en porter les valeurs, toutes les valeurs, y compris l'indépendance de la justice, et tout ce qui constitue l'Etat de droit, est un élément très important pour le peuple.

Et donc je suis aux côtés évidemment de la commission et nous sommes plusieurs états membres à nous être exprimés à plusieurs reprises clairement sur ces sujets, et je soutiens aussi à cet égard les choix forts, à plusieurs reprises, qui ont été portés par le président Iohannis. -Avez-vous discuté du nucléaire iranien ? Et dans ce cas, est-ce que vous ne ressentez pas, vous, globalement, Européen, un sentiment d'impuissance sur ce dossier face à la fois les Etats-Unis d'un côté et l'Iran de l'autre ?

Et est-ce que vous croyez qu'il est vraiment possible de sauver cet accord ? -E. Macron : Nous en avons évidement discuté, et nous avons constamment d'ailleurs coordonné nos positions avec, en particulier, l'Allemagne et le Royaume-Uni, qui sont cosignataires avec nous du traité, et Mme Guerini, qui a passé un long moment de la journée avec nous, a pu échanger sur ce sujet.

Notre position est claire. Nous sommes favorables à l'accord de 2015. Deuxièmement, nous considérons que cet accord n'est pas suffisant, qu'il doit être renforcé par une discussion sur le nucléaire après 2025, une discussion sur l'activité balistique de l'Iran et une discussion sur la présence dans la région de l'Iran, mais en aucun cas le démantèlement de cet accord de 2015 ne nous permettrait de progresser dans ce sens.

Au contraire, il nous fait courir des risques. Et donc je pense que ce que nous devons continuer à faire, et nous l'avons dit, c'est d'agir par tout ce qui dépend de nous pour que le gouvernement iranien ne prenne pas la décision de sortir du JCPoA. Dans ce contexte, il est clair que j'aurais voulu que nous puissions faire davantage.

Vous aurez néanmoins noté que c'est parce que l'Europe a été là, et en particulier les 3 pays que j'évoquais, que d'ores et déjà après la décision américaine, les Iraniens ne sont pas sortis. C'est parce que nous sommes là que les Iraniens, même s'ils ont accru les menaces suite aux levers d'exemptions, continuent à rester dans l'accord de 2015. C'est parce que nous avons nous-mêmes travaillé à des véhicules de financement, d'investissement, que nous avons pu crédibiliser cette position.

Donc je pense qu'il serait erroné de dire que l'Europe est restée ou inerte ou impuissante dans ce contexte. Mon souhait c'est que nous arrivions à ramener toutes les parties autour de la table et qu'on arrive à réenclencher une discussion qui ne soit pas pour reculer, mais plutôt pour avancer et gagner en ambition collective sur ce sujet. Maintenant l'exemple des discussions sur l'Iran, pour moi, donne une illustration parfaite de ce que je disais tout à l'heure sur l'importance d'une plus grande intégration économique et sociale de l'Europe.

Parce qu'à la fin, ça dit quoi ? Pour partie, notre incapacité jusqu'alors à avoir fait de l'euro une vraie monnaie internationale de référence qui assure une pleine souveraineté monétaire à ses entreprises. Regardons les choses en face.

Et donc tous ceux qui nous expliquent chaque jour : il faut que la France soit forte dans le concert des Nations, il faudrait que la France soit plus forte, s'exprime plus clairement...

Typiquement sur l'Iran. La France a été forte. Elle s'est exprimée.

On a obtenu des résultats. La seule manière d'aller plus loin, c'est d'avoir une France qui peut tenir tête à l'extra-territorialité du dollar. Le seul moyen de le faire, c'est d'avoir un euro plus fort.

Le seul moyen de le faire, c'est de suivre les propositions d'ailleurs que nous avons faites d'ailleurs à plusieurs reprises, avoir un vrai budget de la zone euro, d'avoir une zone euro plus intégrée qui puisse bâtir une vraie monnaie de réserve et de référence alternative au dollar. Le jour où vous avez réussi ça, il n'y aura plus une banque et une entreprise européenne qui vous dira : "J'ai peur d'aller faire du commerce en Iran, "parce que je peux avoir les sanctions américaines, "et dans ces cas-là, même en Europe, "je ne peux plus exercer mon travail." Tout est lié.

On a fait beaucoup, mais sur ce sujet, la condition pour aller plus loin, c'est convaincre les parties prenantes, c'est ce qu'on va faire sur le plan diplomatique, mais c'est aussi à l'intérieur bâtir notre propre force. C'est la politique que nous voulons conduire. Deux dernières questions. (Propos en anglais) (...) -E.

Macron : Ecoutez. D'abord, l'Iran n'est pas sorti de ce deal. Premier point.

Ben, deuxième point, si l'Iran est sorti de ce deal, ça sera la responsabilité des Etats-Unis d'Amérique. On va pas inverser les rôles et dire ce serait les Européens. Donc il nous faut, dès le jour d'après, réenclencher des discussions avec toutes les parties prenantes pour avoir quelque chose de plus ambitieux.

Mais il me semble que ce que nous devrions plutôt faire collectivement, c'est nous mettre en situation d'obtenir plus de garanties que l'accord de 2015 sur différents sujets et donc qu'il y ait une logique de discussion de négociation qui se réenclenche. En tout cas, c'est ce que je porterai pour ma part et c'est une invitation que je fais à la fois à l'Iran et aux Etats-Unis d'Amérique. Il faut, sur ce dossier, à tout prix éviter l'escalade, parce que la sortie sèche de cet accord, l'escalade de tensions, même diplomatiques, dans un premier temps peut, dans la région, conduire au pire.

Nous le savons bien. Ca n'est pas ce que je souhaite. Et donc je mettrai toute mon énergie à ce qu'on puisse préserver ce cadre et en parallèle ou si les deux protagonistes principaux décidaient d'en sortir, et bien que nous puissions collectivement réenclencher des discussions les plus efficaces possibles.

En la matière, je crois dans la négociation et je crois ensuite dans la surveillance internationale. Et au demeurant, depuis que l'accord a été signé à l'été 2015, constatons les choses : l'AIEA a constamment dit que cet accord était respecté. Les inspections ont été positives.

Les documents qui avaient été révélés concernaient la période précédente, et d'ailleurs rendaient encore plus nécessaire une telle surveillance. Mais donc cet accord a eu un effet utile. Une toute dernière question. -Bonjour, M. le Président.

Alison Tassin pour TF1 et LCI. Vous parlez beaucoup de participation dans la démocratie. On est ici en Roumanie, pays du référendum.

Aujourd'hui, le Conseil constitutionnel a rendu une décision, qu'on peut qualifier d'historique, en validant l'hypothèse d'un référendum d'initiative partagée sur la privatisation d'Aéroports de Paris. Une décision contre laquelle votre gouvernement s'était indigné, cette initiative de référendum. Comment vous accueillez cette décision ?

Est-ce que vous êtes prêt à prendre le risque d'aller jusqu'à ce référendum ? -E. Macron : Je vais répondre très simplement deux choses.

La première, je ne commente pas la vie politique française depuis l'étranger et, a fortiori, c'est la deuxième, je ne commente pas des décisions du Conseil constitutionnel compte tenu de la place qui est la mienne et du rôle qui est le mien. Mon rôle est d'être le garant de nos institutions, de leur bon fonctionnement, et m'assurer justement que ce qui est écrit dans notre constitution soit bien suivi. Le Conseil a été sollicité sur le plan juridique.

Il s'est exprimé, et les choses doivent ensuite suivre leur cours. Je n'ai absolument aucun commentaire à faire sur ce sujet par ailleurs. Merci beaucoup, mais, vous l'avez vu, l'Europe est essentielle et ô combien sur ces sujets.

Donc je rejoins ce que vous avez dit : expliquons-le à nos jeunesses. Merci à vous. Merci beaucoup.