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interviewRMC (sur YouTube)· 30 septembre 2024

🔮 DIRECT - L'intĂ©grale de l'interview d’Élisabeth Borne, dĂ©putĂ©e du Calvados et ancienne PremiĂšre...

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Et elle s'adresse aux Français et elle s'adresse d'abord à la famille de Philippines. Elle dit « Je suis immensément triste, j'aimerais les réconforter, la réconforter, mais je ne fais face qu'au vide insupportable laissé par sa mort. J'ai tout fait pour que ce qui m'est arrivé ne se répÚte pas. » Et plus loin, elle dit « Pourquoi le systÚme pénitentiaire a-t-il failli à prévenir cette récidive ?

Pourquoi n'a-t-on pas su arrĂȘter cette escalade de la violence jusqu'au meurtre d'une jeune femme ? La dangerositĂ© de Tahao Ă©tait pourtant connue. » Qu'est-ce que vous rĂ©pondez Ă  cela ?

D'abord que la mort de Philippines, c'est un drame Ă©pouvantable. Et moi, je voudrais avoir Ă©videmment une pensĂ©e et adresser toutes mes condolĂ©ances Ă  sa famille et Ă  ses proches. Et Ă©videmment, personne ne peut comprendre comment ce monsieur qui Ă©tait repĂ©rĂ© comme Ă©tant quelqu'un de dangereux a pu ĂȘtre placĂ© en centre de rĂ©tention administrative, c'est-Ă -dire qu'il aurait dĂ» ĂȘtre envoyĂ© dans son pays, le Maroc.

Et comment a-t-il pu ĂȘtre libĂ©rĂ© ? Je pense qu'effectivement, il faudra que l'enquĂȘte puisse Ă©clairer tout le monde sur ce qui s'est passĂ©. Je pense que son placement en rĂ©tention a Ă©tĂ© prolongĂ©.

Et c'est la loi immigration qui a Ă©tĂ© votĂ©e Ă  la fin de l'annĂ©e derniĂšre qui a permis de prolonger prĂ©cisĂ©ment ce placement. Mais Ă  quelques jours prĂšs, il n'a pas Ă©tĂ© expulsĂ©. Effectivement, c'est forcĂ©ment de la rĂ©volte de la famille et de beaucoup de Français face Ă  ce qui s'est passĂ© qu'on n'ait pas pu empĂȘcher.

Vous avez été Premier ministre. Est-ce que vous vous dites quand vous voyez le drame qui est arrivé à Philippines, qui effectivement, on pourrait presque dire, était prévisible ? C'est-à-dire que quand on écoute en tout cas la lettre de cette femme, elle dit sa dangerosité.

Elle était connue. Elle dit on savait. Est-ce que vous vous dites en tant que Premier ministre de la France, voilà, moi j'ai dirigé ce pays, je sais qu'en effet, il y a des dysfonctionnements, il y a des trucs qui ne fonctionnent plus, il y a des enchaßnements qui ne se font plus ?

Ce que je me dis, c'est que si j'ai compris, et moi je ne fais pas l'enquĂȘte moi-mĂȘme, vous voyez, c'est que cette personne a Ă©tĂ© placĂ©e en centre de rĂ©tention administrative, avait une obligation de quitter le territoire français. Dans les dĂ©lais qu'il a passĂ©, dans le temps qu'il a passĂ© dans ce centre de rĂ©tention administrative, on n'a pas rĂ©ussi Ă  obtenir l'accord du Maroc pour qu'il puisse ĂȘtre renvoyĂ© dans son pays. Pour qu'il obtienne son laissĂ© passer.

Et ce qui est assez inexplicable, c'est que, alors mĂȘme qu'on savait qu'il Ă©tait dangereux, il a Ă©tĂ© remis en libertĂ©, donc forcĂ©ment il faudra en tirer les leçons. Je vous dis, on avait dĂ©jĂ  dans la loi immigration permis de prolonger le placement en rĂ©tention prĂ©cisĂ©ment pour obtenir l'Ă©voluement. Mais ce sur quoi elle insiste, cette jeune femme, c'est moins sur la question de l'OQTF.

Elle dit que les raisons du dysfonctionnement sur la non-application des OQTF devront ĂȘtre Ă©claircies. Mais je ne voudrais pas cependant que cela oblitaire la question primordiale de la prĂ©vention de la rĂ©cidive. Il y a donc plusieurs niveaux de dysfonctionnement.

Bien sĂ»r, mais vous voyez, face Ă  un individu comme Tao, on aurait dĂ» avoir un suivi mĂ©dical, un suivi psychiatrique sans doute. Moi, je ne vais pas refaire l'enquĂȘte Ă  la place des enquĂȘteurs, mais manifestement, il y a des failles qui devront ĂȘtre comblĂ©es. Et on va revenir aussi sur la question du couple intĂ©rieur-justice, Ă  travers les questions que je vais vous poser aussi sur le discours de politique gĂ©nĂ©rale.

Elisabeth Borne, ce discours sera donc prononcĂ© demain. Vous avez vous-mĂȘme Ă©tĂ© dans ce moment d'exercice oĂč vous vous apprĂȘtiez Ă  donner ce discours devant une assemblĂ©e qui, elle-mĂȘme, n'avait pas non plus de majoritĂ© absolue. Vous avez fait face Ă  cette fragilitĂ©, mĂȘme si elle Ă©tait moindre, de la majoritĂ©.

Vous voulez diriger le parti macroniste Renaissance. Est-ce que ce parti sera dans l'opposition ou dans la majorité ? Vous voyez que ce parti, en tout cas certains de ses membres, participent au gouvernement.

Mais Ă©videmment, on retrouve une certaine libertĂ©. On n'assume pas seuls les responsabilitĂ©s. Et je pense que le rĂŽle d'un parti, alors mĂȘme que personne ne pourra appliquer son programme, alors mĂȘme que forcĂ©ment, face Ă  une assemblĂ©e aussi Ă©clatĂ©e, sans doute, il faudra peu lĂ©gifĂ©rer.

Il faudra bùtir des compromis en responsabilité. Il faut à la fois que le gouvernement et les parlementaires fassent preuve de responsabilité avec une priorité qui est de pouvoir adopter un budget. Mais donc, dans ce contexte, ça redonne aussi une certaine liberté.

Et puis, pour avoir fait la campagne, pour rencontrer beaucoup de nos concitoyens, moi, je vois qu'il y a beaucoup d'attentes, qu'il y a beaucoup d'impatience chez nos concitoyens. Et donc, je pense que le rĂŽle du parti, c'est aussi de se rĂ©inventer et d'ĂȘtre capable de proposer un projet pour les Français qui leur redonne de l'espoir. C'est quoi le projet qui redonne de l'espoir aujourd'hui ?

Je pense qu'il y a beaucoup de sujets sur lesquels les Français ont une forme de désarroi, voire parfois de la colÚre. Quand, par exemple, on passe toute sa vie au SMIC, c'est évidemment quelque chose qui ne vous donne pas de perspective. Si vous ne pouvez pas vous dire « ça ira mieux demain », « aujourd'hui c'est difficile, mais ça ira mieux demain parce que j'aurai une certaine promotion sociale », c'est assez désespérant.

Sauf qu'on a l'impression que vous ĂȘtes nombreux Ă  avoir dit qu'il fallait dĂ©smicardiser la France. Ça n'a pas Ă©tĂ© fait. Il y a des propositions qui ont Ă©tĂ© faites.

Moi, j'espÚre que le gouvernement pourra s'en saisir. Vous savez qu'on a des dispositifs trÚs compliqués qui créent des trappes à bas salaire. Mais au-delà de ça, il y a aussi une responsabilité des organisations patronales et syndicales pour travailler sur des parcours professionnels qui donnent des perspectives à nos concitoyens. avec de la formation, on a créé un compte personnel de formation, on a facilité la validation des acquis de l'expérience.

Et je pense que chacun est en droit d'attendre de progresser tout au long de sa carriĂšre. Et puis, les jeunes sont en droit d'attendre quand ils font des Ă©tudes, d'ĂȘtre bien orientĂ©s, d'aller dans des filiĂšres. En fait, votre projet pour le parti Renaissance, c'est votre discours de politique gĂ©nĂ©rale il y a un an ?

Non, je pense que, vous voyez, moi j'ai aussi, toutes les campagnes s'appellent Ă  beaucoup d'humilitĂ© quand on entend les attentes, l'impatience de nos concitoyens, je vous dis, sur le pouvoir d'achat, sur le logement, sur l'autoritĂ©, sur la sĂ©curitĂ©, sur la santĂ©. Sur tous ces sujets, il y a un travail de fond Ă  faire. Évidemment, il faudra essayer d'apporter des rĂ©ponses.

J'ai aussi noté, moi, dans les campagnes auxquelles j'ai participé, la campagne des européennes, la campagne des législatives, qu'il y a aussi beaucoup de mesures qui ne sont pas connues. Moi, j'entendais sur votre antenne qu'il y a des personnes ùgées qui vivent avec des tout petits revenus. Vous savez qu'une personne sur deux qui a droit au minimum vieillesse ne le demande pas.

Puis il y a des réformes qui ne sont pas appliquées. Donc, on doit déjà agir à ce niveau-là. Et puis, il y a des sujets de fond.

Je pense qu'il faut écouter, comprendre et construire les nouvelles...

Ce que j'entends quand mĂȘme dans ce que vous dites, c'est que vous avez quand mĂȘme eu cette phrase que vous avez glissĂ©e. Vous avez dit, il faudra sans doute peu lĂ©gifĂ©rer. Ça veut dire qu'en fait, Ă  la veille de ce discours de politique gĂ©nĂ©rale, vous avez envie de lui dire, Ă©coutez, dans la situation dans laquelle on est, monsieur le Premier ministre, dĂ©jĂ , appliquez ce qui existe, mais n'ayez pas forcĂ©ment l'ambition de faire des nouvelles lois ?

C'est compliqué pour un Premier ministre d'accepter cette logique-là. Je pense que le gouvernement peut agir sans forcément légiférer beaucoup. Il y a une priorité, c'est de doter notre pays d'un budget.

Je pense que les Français n'imaginent pas, parce que ça ne s'est jamais passé ce qui se passerait si on n'avait pas de budget dans le pays. C'est une option. C'est possible.

Vous savez, moi, j'ai dĂ» recourir 49-3. On le sait bien. 10-49-3 pour faire adopter un budget.

Je pense qu'il faut que chacun l'ait en tĂȘte. La procĂ©dure budgĂ©taire fait qu'il faut 10-49-3 pour faire adopter un budget. Je crains que mon successeur ne trouve pas de majoritĂ© pour voter le budget.

Peut-ĂȘtre qu'il aura aussi Ă  recourir Ă  ce fameux article 49-3. Mais donc, je pense que la prioritĂ©, c'est Ă©videmment de doter le pays d'un budget. Le risque, c'est quoi ?

Vous savez, si vous n'avez pas de budget, les fonctionnaires ne sont pas payés. Votre carte vitale ne fonctionne plus. Donc, je ne voudrais pas inquiéter les Français parce que je pense qu'il y a beaucoup, aujourd'hui, d'inquiétudes déjà dans le pays parmi les chefs d'entreprise, parmi nos concitoyens.

Mais c'est impĂ©ratif qu'en responsabilitĂ©, le gouvernement, les groupes parlementaires puissent trouver des compromis. Mais c'est la responsabilitĂ© de qui ? C'est-Ă -dire, est-ce que ça veut dire que le gouvernement, tant qu'il n'a pas le budget et mĂȘme aprĂšs, ne doit pas ouvrir des nouveaux fronts, hier, le ministre de l'IntĂ©rieur, Bruno Retailleau, a Ă©voquĂ© des nouvelles lois sur la question de l'immigration.

L'idĂ©e mĂȘme de changer peut-ĂȘtre la Constitution pour permettre un rĂ©fĂ©rendum, pour adopter de nouvelles lois sur l'immigration. Est-ce que ça, vous vous dites, c'est le moment ? Ou est-ce que vous dites, attention, la prioritĂ© des prioritĂ©s, c'est le budget, quoi ?

Vous savez, je pense que l'heure n'est pas Ă  tenir des propos qui vend. Et je pense que le ministre de l'IntĂ©rieur, il est maintenant en responsabilitĂ©. Donc, du coup, ce que j'ai pu entendre sur le fait que l'État de droit n'Ă©tait pas quelque chose de sacrĂ©, si je pense que l'État de droit dans une dĂ©mocratie, c'est quelque chose de sacrĂ©.

Et quand on est aux responsabilitĂ©s, je pense qu'il faut absolument avoir des propos apaisants, Ă©viter des propos clivants, a fortiori, quand on est face Ă  l'AssemblĂ©e telle qu'elle se prĂ©sente aujourd'hui. Il a eu des propos qui font comme s'il Ă©tait encore dans l'opposition, vous voulez dire ? Je pense qu'ĂȘtre en responsabilitĂ©, c'est Ă©viter de crisper le pays dans un moment oĂč on voit bien, et c'est ce que traduit l'AssemblĂ©e, qu'il peut y avoir des attentes contradictoires, qu'il y a aussi beaucoup de dĂ©sarroi ou de colĂšre dans notre pays.

Et puis, c'est ne pas renvoyer Ă  une hypothĂ©tique rĂ©vision constitutionnelle les rĂ©ponses qu'on propose aux Français. Donc, j'invite chacun Ă  se saisir des dispositifs qui existent, Ă  veiller Ă  leur mise en Ɠuvre et Ă  apporter des rĂ©ponses concrĂštes et rapides. Je pense que c'est ce qu'attendent les Français.

Un point encore, d'ailleurs, il a promis de rĂ©former l'AME, l'Aide mĂ©dicale d'État, pour la transformer en aide mĂ©dicale d'urgence. Il a mĂȘme laissĂ© entendre, et GĂ©rard Larcher aussi, que vous y Ă©tiez favorable. Qui dit vrai ?

Non, je pense que j'ai répondu à Gérard Larcher. On a eu ce débat. Moi, j'ai souhaité avoir un rapport.

Non, mais attendez, j'ai souhaitĂ© demander un rapport Ă  deux personnalitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes, Patrice StĂ©phanini et Claude Évin, qui sont l'un de droite et l'autre de gauche. Je crois qu'il y a eu une tribune rĂ©cemment des ministres de la SantĂ©, qui disent que c'est un dispositif qui est utile, globalement maĂźtrisĂ©, qui est un enjeu de santĂ© publique. Donc, on peut peut-ĂȘtre amĂ©liorer les choses, ĂȘtre plus exigeant sur le panier de soins, veiller Ă  ce qu'il n'y ait pas des fraudes.

Mais vous refuserez toute suppression de l'AME ? Sans aucun doute. Elisabeth Borne, il y a aussi la question des impĂŽts.

Il y a dĂ©jĂ  20 dĂ©putĂ©s de chez vous qui signent une tribune avec GĂ©rald Darmanin, disant qu'ils n'accorderont pas leur confiance Ă  ce gouvernement, s'ils prĂ©voient des hausses d'impĂŽts. Et vous ? Évidemment, je pense qu'il ne faut pas casser la dynamique Ă©conomique qu'on a pu crĂ©er ces derniĂšres annĂ©es, qui s'est traduite par la crĂ©ation de 2 millions d'emplois.

Et baisser le chÎmage, créer des emplois, c'est quelque chose de trÚs important. Poursuivre la réindustrialisation du pays, vous savez, j'étais dans les Hauts-de-France, c'est un des territoires qui a été dévasté par la désindustrialisation. Et aujourd'hui, on recrée des gigafactories dans des domaines d'avenir, les batteries, les panneaux solaires.

Évidemment, il ne faut pas casser cette dynamique. Donc, il faut faire trĂšs attention. Et moi, je ressens de l'inquiĂ©tude chez des chefs d'entreprise s'ils entendent parler d'impĂŽts supplĂ©mentaires.

Donc, il faut faire trÚs attention à ne pas casser cette dynamique économique. Je sens que vous allez dire un mais. Il faut...

Ah, vous n'osez plus le prononcer, mais on l'entend. Non, non, attendez. Il faut évidemment aussi ne pas décourager ceux qui travaillent.

Est-ce qu'il reste un espace d'augmentation d'impÎts ? Je pense que ce qui peut se regarder, et il y a un travail qui a été fait par les députés du groupe Ensemble pour la République, c'est qu'avec des niches fiscales, vous savez, des dispositifs, on va dire, d'optimisation, on peut se rendre compte que des trÚs grandes entreprises ou des personnes trÚs riches finissent finalement par avoir un taux d'imposition qui est plus faible que les classes moyennes, que les PME. Donc, regardez ces niches, c'est quelque chose...

Pourquoi vous ne l'avez pas fait, vous ? C'est-Ă -dire que la situation dont hĂ©rite aussi, en tout cas, c'est comme ça qu'il le dit, Michel Barnier, il dit, j'ai trouvĂ© une situation trĂšs dĂ©gradĂ©e, beaucoup plus dĂ©gradĂ©e que cela n'avait mĂȘme Ă©tĂ© dit. Un dĂ©ficit public est aujourd'hui Ă  plus de 6%.

Alors, vous n'ĂȘtes pas la derniĂšre premiĂšre ministre, il y a eu entre-temps Gabriel Attal, mais que n'avez-vous pas stoppĂ© cette dĂ©rive ? Je pense que ce qu'il faut avoir en tĂȘte, c'est que ce dont je suis en train de vous parler, ce n'est pas comme ça qu'on va rĂ©duire notre dĂ©ficit. C'est en faisant des Ă©conomies.

Et je peux dire que, pour ma part, j'ai portĂ© des rĂ©formes, y compris des rĂ©formes impopulaires, qui permettront 30 milliards d'euros d'Ă©conomies Ă  horizon 2030. Donc, moi, je n'ai pas hĂ©sitĂ© Ă  porter des rĂ©formes, l'assurance chĂŽmage, les retraites. Je pense que chacun l'a bien en tĂȘte, parce qu'il y a des sujets sur lesquels il faut qu'on puisse faire des Ă©conomies, porter des rĂ©formes structurantes, et que c'est comme ça qu'on peut rĂ©tablir nos comptes publics.

Et ça n'est certainement pas en augmentant les impĂŽts, mĂȘme s'il y a des mesures de justice fiscale. Donc, au fond, vous dites certaines mesures de justice fiscale, oui, mais ce n'est pas l'essentiel. Mais imaginez qu'on redresse les comptes en remettant des impĂŽts, en taxant les entreprises ou ceux qui travaillent, ça, ça n'est pas possible.

Mais j'ai bien compris que vous vous disiez, un scénario à la grecque n'est pas totalement insensé. Et c'est là. Il faut impérativement qu'on réduise notre déficit et en responsabilité avec le gouvernement, c'est sur ces sujets-là prioritairement que les parlementaires devront travailler.

Vous avez entendu GĂ©rald Dermannin hier, puisque vous Ă©tiez vous-mĂȘme Ă  Tourcoing pour la rentrĂ©e politique. Il parle de la prĂ©fĂ©rence aux travailleurs, non pas d'une prĂ©fĂ©rence nationale, comme le voudrait le Rassemblement national, mais d'une prĂ©fĂ©rence aux travailleurs, c'est-Ă -dire quelle que soit leur nationalitĂ©, que quand on cherche un logement social, quand on cherche des aides au transport, quand on cherche une place en crĂšche, ce soit les travailleurs qui soient prioritaires. Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne chose ?

Moi, je n'ai pas de doute qu'il faut encourager le travail. Alors pour les places en crĂšche, Ă©videmment, c'est une compĂ©tence des communes, mais je pense que les communes ont bien en tĂȘte qu'il faut favoriser les personnes qui ont un travail. Il faut aussi penser aux personnes qui recherchent un emploi.

Et là aussi, quand je vous parle des réformes qui ne sont pas nécessairement appliquées, vous savez que j'avais annoncé le service public de la petite enfance, il y a beaucoup d'argent qui a été prévu au niveau des caisses d'allocations familiales. Encore faut-il que les communes s'en saisissent pour créer des solutions de garde d'enfants. Et moi, j'ai discuté avec souvent des femmes au chÎmage qui me disaient, moi, je veux bien chercher un emploi, mais j'ai besoin de pouvoir faire garder mon enfant.

Donc on a besoin aussi d'apporter ces rĂ©ponses. Les dispositifs sont lĂ , il faut qu'ils soient mis en Ɠuvre. – Elisabeth Borne, je vous repose la question que je vous ai posĂ©e en dĂ©but d'interview.

Est-ce que vous estimez que le parti Renaissance sera un parti de majoritĂ© ou d'opposition ? – Le parti Renaissance, il sera en soutien parce que je pense qu'on a besoin que ce gouvernement rĂ©ussisse. C'est essentiel pour notre pays, mais il a aussi sa libertĂ©.

Et Ă©videmment, il a des marqueurs auxquels il tient, notamment la crĂ©ation d'activitĂ©s, l'encouragement du travail, la transition Ă©cologique. Et sur ces sujets-lĂ , il sera vigilant et on a une certaine libertĂ©. – Est-ce que ça veut dire que vous continuez Ă  dire que quand il y a les 20 dĂ©putĂ©s qui disent « Ah, on pourrait ne pas voter la confiance », quand il y en a mĂȘme deux dĂ©putĂ©s Renaissance qui disent « Je pourrais mĂȘme aller jusqu'Ă  voter la dĂ©fiance », est-ce que, vous vous dites, ils n'ont pas leur place dans le parti Renaissance qui est quand mĂȘme lĂ  pour que ce gouvernement Barney rĂ©ussisse ? – J'imagine que le Premier ministre ne va pas demander un vote de confiance, mais qu'il aura par contre une motion de censure.

Et je crois que la motion de censure, avant mĂȘme de l'avoir laissĂ©e agir, ça n'est certainement pas la bonne mĂ©thode. On a aussi besoin de stabiliser. – Les deux dĂ©putĂ©s qui menacent Ă©ventuellement de voter cette motion de dĂ©fiance, est-ce que s'ils le font, ils n'auront plus leur place dans les rangs Renaissance ? – Enfin, on va attendre d'avoir la dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale.

Je pense que Michel Barnier a bien compris ce que sont les attentes de Renaissance et qu'il y sera attentif. Et on a aussi besoin de stabilitĂ© dans notre pays. Moi, je vous dis, l'urgence, c'est d'avoir dĂ©jĂ  un budget pour le pays. – Qu'est-ce que vous allez faire dans cette galĂšre de la direction d'un parti, Elisabeth Borne ? – Vous savez, je pense qu'un parti politique, et c'est important parce que les Français n'ont pas forcĂ©ment une bonne image de la classe politique, des partis politiques.

Moi, peut-ĂȘtre avec mon Ăąge qui est ce qu'il est, je me suis engagĂ©e au service de mon pays. Et je pense que c'est trĂšs important qu'on fasse ce travail de construction d'idĂ©es, de construction de projets, qu'on le fasse en partant des territoires, en Ă©coutant nos concitoyens, en Ă©tant proche de leurs prĂ©occupations. Et je pense que c'est comme ça qu'on prĂ©pare aussi l'avenir de notre pays. – Pierre, ne serait-ce qu'Ă  Tourcoing, vous vous ĂȘtes retrouvĂ©s face Ă  GĂ©rald Darmanin, Gabriel Attal, Édouard Philippe.

Est-ce que vous allez rĂ©ussir Ă  faire en sorte que tout ça travaille en harmonie, que ce soit vous la bosse ? – Vous savez, en tant que Premier ministre, moi, j'ai Ă©tĂ© chef de la majoritĂ©, j'ai travaillĂ© avec les dĂ©putĂ©s en maintenant la cohĂ©sion de notre groupe. Et je suis convaincu aussi qu'on partage beaucoup avec nos partenaires du Modem et d'Horizon.

Je crois beaucoup Ă  la force de ce centre, de ce bloc central qui permet de porter des rĂ©formes dans la durĂ©e. Et donc, c'est quelque chose qui me tient Ă  cƓur. Et je pense qu'il faut qu'on redonne confiance dans la politique, mais ça suppose qu'on fasse preuve de beaucoup d'humilitĂ©, qu'on Ă©coute les prĂ©occupations de nos concitoyens. – Ce n'est pas exactement l'humilitĂ© qui caractĂ©rise les trois dont je viens de vous parler. – Je pense que ce que les Français attendent, c'est qu'on soit Ă  l'Ă©coute de leurs prĂ©occupations, que les collectivitĂ©s attendent aussi les Ă©lus locaux, qu'on Ă©coute davantage ce qu'ils ont Ă  dire. et c'est la dĂ©marche que je souhaite avoir. – Le congrĂšs du parti, ce sera le 30 novembre prochain.

Pour l'instant, vous ĂȘtes seule candidate en lice. Est-ce que vous estimez que vous ĂȘtes la candidate naturelle et qu'il faut que ça reste comme ça ? Ou est-ce que vous vous dites qu'il y en a d'autres qui envisagent d'ĂȘtre candidat aussi ? – Écoutez, on verra ce qu'il en est.

Ce que je peux vous dire, c'est que je souhaite mettre mon expĂ©rience au service de ce parti pour ĂȘtre Ă  l'Ă©coute de nos militants. – Mais Ă  ce stade, il n'y a pas d'autres candidats ? On est bien d'accord ? – On verra, on verra.

On verra, en tout cas, je pense que moi j'ai montrĂ© que je pouvais garder la cohĂ©sion de notre famille politique, travailler avec nos partenaires, ĂȘtre Ă  l'Ă©coute des militants. Je me dĂ©place beaucoup dans le pays. – Mais Gabriel Attal, que vous avez vu hier, en marge de ce rassemblement, ne vous a pas dit « Bon, Elisabeth, moi je vais y aller aussi ». – On n'en a pas parlĂ©, on aura certainement l'occasion de se voir.

Ce que je vous dis, c'est que je pense que c'est bien et on a besoin de l'Ă©nergie de tout le monde. On a besoin des talents et de l'Ă©nergie de Gabriel Attal, qui est du reste le prĂ©sident de notre groupe. – Ça suffit quoi ? – Il y a beaucoup de talents dans notre famille et je pense qu'il faut qu'on mobilise tous ces talents et je vous dis, nos militants, nos cadres locaux, nos Ă©lus locaux, nos parlementaires, les ministres, les anciens ministres, on a besoin de tout le monde.

Et moi, ce que je souhaite, c'est rassembler, faire travailler un collectif pour produire des idĂ©es, des rĂ©ponses pour les Français. – Merci Elisabeth Borne d'ĂȘtre venue ce matin dans le Face Ă  Face. Vous ĂȘtes donc dĂ©sormais dĂ©putĂ©e et ancienne premiĂšre ministre. – Merci. – Merci. – Merci. – Merci.