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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 28 septembre 2022 8 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesAgriculture & alimentationNumérique

Inflation : "On est devant un tsunami de coûts dans le secteur alimentaire", explique Jean-Philippe André, président de l'Ania

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 30 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:01OuverteRéponse directe

    Les prix des produits dans les rayons des supermarchés vont-ils continuer à grimper ces prochains mois ?

  • 0:26OuverteRéponse partielle

    Les prix de l'alimentation ont déjà augmenté de quasiment 8% en un an. Est-ce que cette hausse va se poursuivre ?

  • 0:58RelanceRéponse directe

    C'est quasiment plus 20% sur l'année pour les pâtes et le couscous, plus 9% pour les chips, c'est quand même des chiffres conséquents.

  • 1:56FerméeRéponse directe

    Donc ce que vous dites, c'est que vos coûts de fabrication ont augmenté.

  • 2:01OuverteRéponse directe

    Mais est-ce qu'il faut continuer à augmenter ? Puisqu'on sait que par exemple l'énergie, ça fait partie de ce qui est le plus augmenté.

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Du coup, est-ce que les prix vont continuer à augmenter dans les rayons des supermarchés ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:19InvitéFait
    « L'inflation est à un pic, l'inflation est à un plateau. »
  • 0:45InvitéChiffre
    « l'inflation en France, objectivement aujourd'hui, sur les produits alimentaires, est de 8,40, 8,50. »
  • 0:53InvitéChiffre
    « Elle est pratiquement de moitié par rapport à ce que nous constatons actuellement en Espagne ou en Allemagne. »
  • 1:04PrésentateurChiffre
    « Plus 60% pour le blé, plus 100% sur les oeufs. »
  • 1:44InvitéChiffre
    « Quand il y a un an de cela, le dollar, c'était 1,17 par rapport à 1 euro. Aujourd'hui, c'est 1 à 1 quand tout va bien. »
  • 2:34InvitéChiffre
    « où le coût de l'énergie était de 2,5 millions en 2021. Ce coût passe à 6 millions maintenant. »
  • 2:39InvitéChiffre
    « Et le coût, parce que la personne, cette société, a déjà contracté pour l'an prochain, il passe à 14 millions. »
  • 4:10InvitéChiffre
    « Proposition qu'on faisait à nous ce matin. Il y a un an, on achetait ça à 100 euros. »
  • 4:54InvitéFait
    « Je dois passer ma réalité des coûts. »
  • 7:13InvitéChiffre
    « le SMIC a augmenté de 8 % »

Temps de parole

  • Invité77 %
  • Présentateur23 %

≈ 5,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Les prix des produits dans les rayons des supermarchés vont-ils continuer à grimper ces prochains mois ? Pour tenter d'y voir un peu plus clair, je reçois ce soir le président de l'Association Nationale des Industries Alimentaires. Bonsoir Jean-Philippe André. Bonsoir. Les prix de l'alimentation ont déjà augmenté de quasiment 8% en un an. Ce sont les dernières statistiques de l'INSEE. Vous représentez les industriels du secteur. Est-ce que cette hausse va se poursuivre ?

0:30
Invité

Écoutez, on a trop entendu ces derniers temps. L'inflation est à un pic, l'inflation est à un plateau. Donc n'attendez pas de moi que j'ajoute à la confusion. Et acceptez simplement, peut-être, d'avoir l'humilité dans la réponse de dire « on ne sait pas ». Par contre, pour tempérer ce que je dis, je sais que l'inflation en France, objectivement aujourd'hui, sur les produits alimentaires, est de 8,40, 8,50. Elle est pratiquement de moitié par rapport à ce que nous constatons actuellement en Espagne ou en Allemagne.

0:58
Présentateur

Oui, mais c'est quasiment plus 20% sur l'année pour les pâtes et le couscous, plus 9% pour les chips, c'est quand même des chiffres conséquents.

1:04
Invité

Plus 60% pour le blé, plus 100% sur les oeufs. Vous pouvez continuer. L'essentiel, c'est de dire « mais d'où ça vient, ça ? » Malheureusement, il y a une logique. Il y a un enchaînement. On en a déjà parlé, je crois, même ici à cette antenne. Après le Covid, on a repris, on manquait de tout, mais on pensait que c'était pour la bonne cause parce que l'économie allait reprendre. Il y a eu cette tragique guerre de l'Ukraine où le dérèglement qui existait a été multiplié par 10 parce qu'il manquait des matières premières, parce qu'on l'oublie, parce qu'on ne parle pas beaucoup en France, on ne parle pas beaucoup de finances.

Quand il y a un an de cela, le dollar, c'était 1,17 par rapport à 1 euro. Aujourd'hui, c'est 1 à 1 quand tout va bien. C'est-à-dire que tout ce que vous achetez, c'est renchéri en dollars à minima de l'ordre de 20%.

1:56
Présentateur

Donc ce que vous dites, c'est que vos coûts de fabrication ont augmenté.

1:58
Invité

Mais il y a le climat qui est passé par là.

2:01
Présentateur

Mais est-ce qu'il faut continuer à augmenter ? Puisqu'on sait que par exemple l'énergie, ça fait partie de ce qui est le plus augmenté. Forcément, enfin en tout cas, les prix de l'énergie, a priori, ne vont pas continuer à baisser. Du coup, est-ce que les prix vont continuer à augmenter dans les rayons des supermarchés ?

2:12
Invité

Je suis obligé de rebondir sur l'histoire de l'énergie. Vous parlez de l'énergie. Voilà un élément qu'on n'avait pas du tout évoqué sur les 8 derniers mois. On est devant, moi j'appelle ça un tsunami de coûts rien que sur l'énergie. Je prends l'exemple, je pourrais prendre ma société, mais c'est pas... Mais j'ai en tête, Haribo pour ne pas la nommer, mais j'ai en tête des sociétés qui relèvent de la charcuterie, où le coût de l'énergie était de 2,5 millions en 2021. Ce coût passe à 6 millions maintenant. Et le coût, parce que la personne, cette société, a déjà contracté pour l'an prochain, il passe à 14 millions. Il y a un moment où il faut parler en argent.

Le chef d'entreprise qui passe de 8 millions à 14 millions, grosso modo, il engage, on va parler français pour que tout le monde fasse, le bénéfice de l'année précédente.

2:58
Présentateur

Alors justement, qu'est-ce qu'il fait, cet industriel, ce chef d'entreprise, aujourd'hui ? Il ne paye pas sa facture, il attend comme le préconise Emmanuel Macron, il se tourne vers Bercy qui a mis en place un dispositif d'aide au paiement des factures. Qu'est-ce qu'il fait, cet industriel, aujourd'hui ?

3:13
Invité

Où il arrête ses fours et ses frigos ? Alors, vous ne vous adressez pas à n'importe quel industriel, en l'occurrence. Parce que c'est un industriel de l'agroalimentaire. Est-ce que, je vous renvoie à la question, est-ce que se nourrir est une option ? Je pense que la réponse est évidente, c'est non. Le combat qu'on a aujourd'hui, c'est, est-ce que produire doit être un combat ? On doit continuer à nourrir, on doit continuer à produire. Par contre, vous ne pouvez pas produire si vous perdez de l'argent.

Donc, à très court terme, des fois, la politique internationale et les relations européennes arrivent même dans les plus petites des 16 000 entreprises que j'ai le plaisir de représenter aujourd'hui. Pas plus tard que d'ici la fin de la semaine, il va y avoir un sommet européen pour traiter le problème de l'énergie. Je peux vous assurer que jamais, comme auparavant, les gens se disent, « Aujourd'hui, vous achetez, on vous fait des propositions sur le prix de l'électricité à 690 euros le mégawatt-heure. » Proposition qu'on faisait à nous ce matin. Il y a un an, on achetait ça à 100 euros.

4:14
Présentateur

Alors, qu'est-ce qu'il fait l'industriel ? Je repose ma question. Il arrête de produire, il ne paye pas ses factures.

4:19
Invité

Alors, l'industriel, il payera ses factures parce qu'il a le respect d'une chaîne. Il payera son fournisseur. Si le fournisseur n'est pas payé, il n'est pas livré. Les salariés, il n'y a pas d'option. Il va les payer, non ? Et même les salariés leur demandent d'ailleurs d'augmenter les salaires.

4:33
Présentateur

De salaire, il y a une journée d'action demain là-dessus.

4:36
Invité

Pour boucler, tout à fait. Et c'est légitime. On peut comprendre l'inquiétude des salariés. Mais je dis, pour boucler ce cercle vertueux, il doit se retourner vers son... Ça s'appelle un client. Et à son client, il doit dire, « Écoute, cher client, on travaille ensemble depuis 20 ans. Depuis 20 ans, je suis plutôt en déflation. Mais là, maintenant, je suis devant ce choc de coût. Je dois passer ma réalité des coûts. Et comme on le fait dans d'autres pays, c'est pour ça que quand je commence à dire l'inflation alimentaire est infiniment plus basse en France qu'à l'étranger, c'est positif dans un certain sens pour le consommateur.

Mais réfléchissant à deux minutes, il y a bien quelqu'un qui absorbe ce coût. Aujourd'hui, je vous le dis, c'est parce qu'on ne passe pas les coûts. Ce sont les entreprises qui prennent ces coûts.

5:17
Présentateur

Est-ce que vous vous tournez vers Bercy, qui a mis en place un dispositif d'aide au paiement des factures pour les chefs d'entreprise ? On se tourne. On dit que c'est visiblement assez compliqué. Alors, on ne refuse évidemment pas l'aide de l'État.

5:28
Invité

Et si Bercy peut mettre en place... Ils ont mis en place un système qui va essentiellement, pour l'instant, à destination des toutes petites entreprises de 2 millions. Et on peut imaginer que le bloc froid d'un boucher charcutier ou le bloc d'un poissonnier a besoin de ça. Nous, on parle d'industrie. Et là, on est sur les sociétés de plus grande dimension. La deuxième chose, je crois que tout le monde le reconnaît, y compris à Bercy, le dispositif est assez compliqué. Et il faut avoir fait Bac plus 14 pour s'en sortir. Mais il ne faut pas toujours, en tant que Français, en appeler à l'État. Il faut se dire, tiens, est-ce que nous, on n'arrive pas à réguler nous-mêmes cette situation ?

Bon, le bénéfice de l'expérience et de l'âge fait que dans les années 80, on avait de l'inflation comme ça. On a passé l'inflation. À un moment, c'est passé.

6:08
Présentateur

Donc, ça veut dire qu'il faut ouvrir de nouvelles négociations avec les distributeurs, avec les supermarchés ?

6:14
Invité

Il faut, madame, déjà, terminer les négociations en cours. Je vous rappelle que sur ce qu'on appelle le deuxième round, ce qui est venu après l'Ukraine, à peu près la moitié des entreprises n'ont pas encore conclu avec l'ensemble de leurs clients. Alors que nous sommes aujourd'hui fin septembre. Et que la logique voudrait qu'on se projette déjà dans la préparation des négociations de l'an prochain. Donc, de grâce, terminons ce round de négociations. Regardons ce qui va se passer au niveau européen. Si le prix de l'énergie baissait, je parle au conditionnel, ça donnerait un peu de respiration à tous les gens.

6:44
Présentateur

Vous pourriez absorber, du coup, les hausses de prix ?

6:46
Invité

Je pense que ça permettra de voir les comptes de l'entreprise différemment. Et si ce n'est pas le cas, moi, j'ai vraiment une crainte, une anxiété et une crainte liées à ces incertitudes, c'est que nous sommes 16 000, on veut être 16 000 à la fin de l'année prochaine. Et on ne veut pas que dans d'autres secteurs, se retrouvaient à avoir des faillites d'entreprise.

7:05
Présentateur

Donc, on peut se retrouver face à des hausses des prix dans l'alimentaire d'ici la fin de l'année.

7:09
Invité

Des hausses justifiées, de la même manière que le SMIC a augmenté de 8 %, ce que tout le monde trouve normal, il faut imaginer que les hausses de prix doivent aussi être impactées au niveau du rayon et donc au niveau du consommateur.

7:22
Présentateur

Et vous pensez que les distributeurs sont prêts à entendre ce que vous dites ?

7:25
Invité

Ce n'est pas sûr au niveau de la compréhension immédiate. Je n'attends pas un oui immédiat, parce que le oui, il dure depuis le mois de mars. Mais si à la fin, il en va de l'équilibre de la première industrie de France, je pense que même les distributeurs, j'entends certains d'entre eux dire cela, ils ont besoin de leurs fournisseurs. Sinon, plus de fournisseurs, il n'y a plus rien dans les rayons.

7:45
Présentateur

Merci beaucoup Jean-Philippe André, président de l'ANIA, Association des industries alimentaires, invité éco de France Info ce soir.