Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter (sur YouTube)· 19 avril 2026 48 min

Qu'est ce qu'être un homme en 2026 ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

vous Fasse. Qu'est-ce qu'être un homme en 2026 ? C'est notre question ce matin.

Quand on éduque un garçon aujourd'hui, qu'est-ce que ça signifie vraiment ? Existe-t-il encore des valeurs spécifiquement masculines ? Alors que de plus en plus d'adolescentes et de jeunes femmes adoptent des positions progressistes, leurs homologues masculins semblent de plus en plus séduits par les discours masculinistes sur les réseaux sociaux.

Le masculinisme, c'est cette idée que les hommes devraient dominer les femmes. et et restaurer un ordre naturel. Comme le rappelle Nesrin Slawi, le masculinisme se présente comme une domination biologique inévitable et nécessaire.

Dans cette atmosphère de plus en plus tendue entre les sexes, certains, comme l'essayiste Vincent Cockbert, parlent même d'une guerre de sexessions. Alors existe-t-il vraiment une telle guerre entre les hommes et les femmes ? Existe-t-il vraiment une crise de la masculinité ?

Ou est-ce un marronnier ? Quid également des hommes dits déconstruits ? En avez-vous déjà croisé ?

Élément de réponse avec nos invités. Et vous dites-nous, selon vous, ce que signifie être un homme en 2026, au standard et sur WhatsApp, au 01 45 24 7000, sur l'appli Radio France et sur la page Facebook de l'émission. Bienvenue dans Grand Bien Vous Fasse, la vie quotidienne mode d'emploi.

France Inter. Grand Bien Vous Fasse. Aller réveiller.

Bonjour Joseph Agostini. Bonjour. Vous êtes psychanalyste et psychologue clinicien.

Vous publiez chez Duneau les faux virils. ces mecs qui sont qui font les mecs avec en couverture la photo d'un homme bodybuildé en forme de baudruche rose. Pouvez-vous définir ce qu'est le masculinisme en quelques mots ?

Parce qu'on va en parler pas mal au cours de cette émission. Je pense que c'est une défense contre la féminité, toutes les féminités d'ailleurs, et c'est une défense qui se cabre, qui se crispe. Et un masculin qui est en colère, qui est haineux, ce n'est pas un masculin serein, ce n'est pas un masculin qui s'assume entièrement.

Donc je dirais que le masculiniste est un homme malade. Comment votre livre est-il accueilli sur les réseaux sociaux masculinistes qu'on appelle la manosphère ? Très mal.

Je ne sais pas comment écrire mal d'ailleurs. Parce qu'effectivement, à force de vouloir être le mâle reproducteur et dominant, ces hommes-là sombrent en quelque sorte dans des caricatures de la masculinité. Et la caricature n'est jamais la réalité.

Bonjour Vincent Coqbert. Bonjour Ali. Vous êtes journaliste, conférencier, essayiste.

On vous doit, il y a quelques années, un très bel essai, La civilisation du cocon. Et vous publiez chez Arke, La guerre de sexession. Expliquez-nous en quelques mots ce qu'est cette guerre de sexession.

Sexession, ce mot valise qui mêle donc sexe et sécession. Tout à fait. Alors ce terme qui peut sembler un peu provocateur comme ça, c'était surtout une manière de me démarquer de cette idée de la guerre des sexes, qui est un discours un petit peu qui renvoie aux années 70, 80, avec un côté un peu vaudeville quelque part.

Ça fait penser aux pièces... du théâtre des deux ânes, les hommes contre les femmes.

Et là c'est quelque chose de plus profond et de sans doute plus silencieux qui est vraiment une désynchronisation des affects, des représentations, de la manière de voir le monde entre les jeunes hommes et les jeunes femmes et surtout une crise à la fois du lien et une crise de la projection dans un ensemble. Bonjour Arnaud Gonzague, vous êtes rédacteur en chef adjoint du Nouvelle Ops, vous publiez en hors-série...

Du Nouvel Obs, donc, 3000 ans de masculinité, ça s'appelle Il était une fois l'homme, où l'on côtoie en couverture Philippe Catherine, Donald Trump, Barack Obama, Louis XIV et David Bowie. Qu'est-ce qu'il est rassemblé ? Cherchez l'intrus, cherchez l'intrus.

Qu'est-ce qu'il est rassemblé ? Eh bien justement, des masculinités, le sous-titre de ce hors-série c'est 3000 ans de masculinité. Il y a aussi Héraclès, il y a aussi le statut d'Héraclès.

Héraclès, absolument. Un beau Hercule musclé. Eh bien justement, les masculinités, elles sont plurielles. il y a un S à masculinité.

L'idée, c'est justement de montrer que depuis 3000 ans, depuis grosso modo la naissance de notre civilisation occidentale, il y a des continuités dans ce qu'on appelle être un homme, avec beaucoup de guillemets, devient un homme, soit un homme. Et puis, il y a aussi beaucoup, beaucoup de différences. Ce qui a motivé peut-être la publication de ce hors-série, c'est le fait que les hommes sont extrêmement lents à s'emparer de la masculinité, comme le regrettait déjà en 2016 dans Les Inrocks, la romancière Virginie Despentes.

Et oui, c'est ça, on a constaté, Et on le constate. tout ce qu'effectivement c'est des questions qui sont omniprésentes dans l'actualité, que les femmes prennent la parole, prennent beaucoup la parole sur ces questions et à juste titre. Et alors les hommes, c'est pas silence radio, faut pas exagérer, la preuve sur ce plateau.

Mais la parole est quand même encore très timorée. Alors dans le Robert, la virilité c'est ce qui est propre à l'homme adulte, c'est ce qui a les caractères moraux, stéréotypés qu'on attribue traditionnellement à l'homme, actif, énergique, courageux. Quel regard portez-vous sur une telle définition, Joseph Agostini ?

C'est vrai, l'assertivité, le courage, la dignité, la fierté, ça n'a jamais été la haine, la colère, l'invective. Et le masculiniste est...

Tout sauf un homme, en réalité, c'est un enfant roi, c'est un enfant roi en plus avec une couronne en toque que lui a donné souvent une mère qui n'a pas su véritablement l'aimer. Il n'a pas été considéré comme un sujet en quelque sorte, un sujet désirant, un sujet parlant. C'est quelqu'un qui se calme, c'est quelqu'un qui fait une crise d'adolescence et puis qui trouve une position de sujet dans la société.

Or le masculiniste ne trouve pas sa place dans la mesure où il est toujours en colère, où il est toujours haineux envers l'autre, envers la femme en l'occurrence. Et c'est vrai que ce matin, on va... essaye d'esquisser ce qu'est être un homme en 2026, à l'aune de l'expansion incroyable du masculinisme, notamment chez les jeunes générations.

Et d'ailleurs, une série magnifique comme Adolescence, diffusée sur Netflix, montre bien cette séduction des adolescents pour ce mouvement masculiniste. Oui, absolument. Et puis Jamie, dans la série Adolescence, a 13 ans quand il tue Cathy. et effectivement...

Donc, pour écrire ce livre, j'ai regardé des heures de vidéos TikTok des mascus. Ils ont 13 ans d'âge mental. C'est-à-dire qu'il n'y a pas beaucoup plus de mots de vocabulaire qu'un adolescent qui se chercherait, qui serait dans une quête forcément clivée.

Puisque, à l'adolescence, les défenses sont très coûteuses, sont très massives. Or, à l'âge adulte, quand on a 30-40 ans, on se calme. Si vous deviez croiser un extraterrestre, que lui répondriez-vous ?

S'il vous demandait ce qu'est un homme, en présupposant évidemment qu'il sache parler notre langue. Arnaud Gonzague ? Un homme, c'est le pendant un peu plus grand, un peu plus costaud et un peu plus poilu de la race humaine.

C'est la partie, voilà, auquel, bizarrement, je crois qu'un extraterrestre serait très surpris de voir que ça fait à peu près des millénaires qu'on dit qu'il doit se comporter d'une certaine manière. Effectivement, un peu comme le dit Joseph. Et j'ajoute à ce qui est dit, c'est-à-dire la virilité, le goût de la compétition, etc.

L'idée qu'il retient ses émotions. Un homme ça pleure pas, un homme ça n'a pas de problème psychologique, un homme ça n'a pas mal, il n'y a aucun problème, tout va bien, il serre les dents, ça c'est pour les femmes. Et c'est vrai que je pense que l'extraterrestre serait très surpris de voir que la moitié de l'humanité comme ça a une injonction à être dans la rétention en permanence.

Il verrait bien probablement qu'il ne se porterait pas très bien très longtemps. Vincent Coqbert ? Moi l'extraterrestre je lui dirais qu'il arrive à un moment de notre histoire où c'est compliqué de le définir.

Et ça a été pendant des siècles une définition simple, voire un peu trop simple, avec des rôles et des fonctions qui étaient gravés dans le marbre, et qu'aujourd'hui on poserait la question à dix personnes différentes, on aurait dix réponses différentes. Et ça dit aussi qu'on est dans une volonté, en tout cas, de redéfinition de la masculinité, mais sans forcément de boussole partagée. Donc c'est à la fois une opportunité historique assez réjouissante, et à la fois pour pas mal d'individus une source d'angoisse.

Joseph Agostini. Je dirais qu'un homme, c'est pas un enfant, déjà. Et je dirais qu'un homme, c'est quelqu'un d'initié.

C'est quelqu'un qui a pu faire avec son masculin, qui n'est pas une femme, effectivement. Il y a peut-être une distinction, mais ce n'est pas une distinction biologisante. C'est plus fin que ça.

C'est quoi ? C'est en quelque sorte une manière d'intégrer des idéaux sociaux, de se sentir à l'aise dans son identité subjective, mais de ne pas être à cran. Parce qu'au fond, quand on est à cran, quand on est dans la haine, on n'est pas véritablement dans une identité propre.

Arnaud Gonzague, vous le montrez bien dans votre hors-série, n'existe pas une, mais des masculinités, une grande diversité de la Grèce antique aux vingtenaires d'aujourd'hui qui exhibe bijoux et boucles d'oreilles et qui peut prendre soin de sa peau et de ses muscles. Je suis peut-être un peu caricatural là. En tout cas, c'est mon cas, moi qui suis un quinquagénaire.

Mais au-delà des looks, il existe certaines continuités dans la définition de la virilité depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. C'est ça qui est extraordinaire. Est-ce que les codes de la masculinité... ont fondamentalement changé depuis l'Antiquité.

Mais pas tant que ça. Vous imaginez ce qui a changé depuis l'Antiquité dans nos vies, dans notre rapport à Dieu, dans notre rapport aux autres, rapport aux technologies, à la planète, à que sais-je. La masculinité, quand vous regardez les injonctions des pédagogues grecs ou romains, avec ce côté « tu ne pleureras pas, tu seras fort, tu vas d'abord être un soldat, tu seras dans l'agonne » .

L'agonne, c'est un mot grec qui veut dire la compétition, etc. On voit bien que ça a peu changé, et puis il ne faut jamais oublier que le mot testicule vient du latin testis, qui veut dire témoin. Pourquoi diable est-ce qu'un humain a besoin d'avoir cette partie génitale qui témoignerait de quelque chose qu'il serait ?

Il y a toujours cette idée que la masculinité c'est quelque chose qui peut toujours se perdre. Il y a quelque chose de fébrile là-dedans. Joseph Agostini.

Oui, mais c'est vrai, quand on est sur le qui-vive, on est très angoissé. Vous savez, les marins étaient flippants. Flipé, tout flip, vient de cette idée qu'ils avaient peur d'être considérés comme des fiottes, comme des homosexuels.

Et en réalité, c'est ça. Sur le qui-vive du masculin, c'est avoir peur. d'être féminisé.

Or, quand on est terrorisé par ce féminin en soi-même, on n'est pas véritablement un homme. Un homme, c'est quelqu'un finalement qui n'a plus peur, qui n'est plus au bord du gouffre, qui peut tout à fait assumer sa bisexualité psychique. On ne parle pas de coucher avec des hommes et des femmes, là.

C'est simplement s'assumer...

C'est quoi la bisexualité psychique ? La bisexualité psychique, c'est le féminin et le masculin en soi, c'est-à-dire qui s'intriguent. On peut être à la fois sensible et parfois dominant.

C'est-à-dire qu'à certains endroits de la vie, on peut se sentir dominant sans être sacrifié sur l'autel de sa féminité. Vincent Coqbert ? Oui, je suis d'accord avec l'idée qu'il y a plusieurs masculinités.

Et surtout sur ces 60 dernières années, on en a vu en gros dans trois mouvements différents. Une masculinité de réforme, où des individus masculins qui ont pris cas qu'il y avait de nouvelles dynamiques de genre, de nouvelles dynamiques des sexes, qu'ils allaient devoir faire avec. Alors parfois dans la douleur, parfois souvent un petit peu de manière, dans des processus où ça grince.

Mais ce qu'on observe surtout aujourd'hui, c'est surtout des masculinités aussi beaucoup de défections. Donc des individus qui se disent qu'entre les coups et les gains de la masculinité, en fait maintenant je suis perdant, donc je vais un peu ne plus endosser ce rôle. Et surtout la plus inquiétante, donc celle qu'on observe c'est un étang, c'est surtout des masculinités de réaction.

Donc avec cette idée, c'était mieux avant, c'était surtout mieux pour moi. Donc il faut qu'on revienne finalement au canevas, qui est surtout aussi un canevas souvent un peu fantasmé. C'est un canevas absolument fantasmé, ça c'est très bien de le dire, c'est ce que montre très bien le hors-série, c'est qu'en fait les premières victimes de ces injonctions masculines derrière les femmes, et bien en fait ce sont les hommes eux-mêmes, c'est ça.

Et c'est pas simplement les hommes efféminés, sensibles, artistes, etc. C'est tous les hommes. Pourquoi ?

Parce que quand on se donne pas le droit d'être fragile, quand on ne se donne pas le droit de réfléchir à faire autre chose que ce pour quoi on a été fait, quand on ne s'interroge pas sur ses propres normes, en fait on est aliéné, frustré, triste. Et nous accueillons Eva. Bonjour Eva.

Bienvenue. Bonjour, merci. D'où appelez-vous Eva ?

Je vous appelle de Gex. Alors, quel est votre témoignage, votre regard sur la question du jour ? Qu'est-ce qu'être un homme en 2026 ?

Alors moi ce que je trouve génial, c'est quand les hommes ont le courage de remettre en cause les dictates de la société pour reprendre leur liberté et leur vraie vie. C'est pas mal, développez, parce que c'est tellement intéressant ce que vous nous dites. Eva, allez-y, vous avez le temps de développer.

Parce qu'en fait, souvent, ils sont dictés par leurs propres insécurités et ce que la société leur dit de ce qu'est être masculin. Et on voit plus les insécurités qui apparaissent plutôt que la vraie force et le vrai courage qu'il y a derrière. Et des hommes qui sont capables d'aller sur, par exemple, des domaines féminins, et qui sont capables de savoir exactement ce qu'ils veulent pour eux-mêmes et qui arrivent à conquérir leur liberté, ça c'est génial.

Frédéric, c'est tellement sexy. Joseph Agostini. Oui, c'est ça Eva.

Et puis moi je dirais des hommes qui arrivent à séduire avec leur liberté, à séduire les femmes, les hommes, peu importe, on est sur l'orientation sexuelle, mais je crois qu'assumer sa subjectivité jusqu'au bout. Ils vous séduisent ces hommes-là, ces hommes courageux ? Oui, parce que dans le cadre hétérosexuel, c'est vrai, c'est aussi des hommes qui ne seront pas écrasants et dominants et qui seront là pour être un vrai compagnon de vie.

De quelle génération êtes-vous, Eva ? Et est-ce que vous constatez chez les hommes de votre génération un trouble dans la masculinité, dans la définition de ce qu'est un homme ? Alors...

Je suis, j'ai la quarantaine et ce que je trouve c'est que c'est très difficile pour eux parce que c'est la première fois qu'on leur demande de créer des relations qui ne sont pas normées, qui ne sont pas sous un axe de domination de tout temps. Ça a été ça, que ce soit au travail, à la maison, dans les cercles d'amis. Et cette redéfinition elle est à la fois incroyable pour eux mais à la fois hyper déstabilisante et c'est tellement beau à voir.

Vincent Colbert ? Oui, je suis tout à fait d'accord. Je crois qu'on a aussi passé beaucoup de temps, et c'est très bien, à essayer de définir ce qu'on ne voulait plus que soit la masculinité.

Donc, dominante, avec cette idée, en plus d'être dans cette injonction paradoxale d'à la fois porter, d'en souffrir, d'être dans un tissu affectif extrêmement pauvre. Mais je crois qu'on a encore du mal, pour l'instant, à donner un récit d'une masculinité adulte désirable. Et surtout on se retrouve un petit peu en prise avec encore une fois des injonctions contradictoires.

Et j'en veux pour preuve l'idée que historiquement, les premières études datent des années 1940, les parents voulaient plutôt des petits garçons. Et aujourd'hui on se rend compte, et surtout en fait chez les classiques, supérieurs, ils préfèrent avoir des petites filles parce qu'avoir des petits garçons c'est être un petit peu dans un paradoxe de la transmission où on se dit qu'en fait tout ce qu'on veut leur transmettre va entrer en contradiction avec ce que la société est encore. Vous acquiescez Joseph Agostini ?

Oui absolument, c'est très difficile aujourd'hui d'élever un garçon. Moi j'ai participé à Educo en office, le documentaire fameux vraiment de Marie-Christine Gambart pour France Télé où j'ai pu rencontrer justement des masques repantis. qui aujourd'hui essayent de...

Masculinistes. Oui, absolument, des masculinistes, d'essayer d'ériger finalement autre chose pour leur enfant, un autre modèle de société, un autre modèle de masculinité. Mais c'est encore très difficile parce qu'effectivement, le garçon est parfois pris à son insu dans un carcan masculiniste.

Aujourd'hui, on sait très bien que pour résister contre un féminin toujours très fantasmé, le progressisme féministe, les garçons mettent en place des lectures très clivées, très cruelles. qui les empêche d'être des hommes assumés. Arnaud Gonzague ?

Moi j'ai l'impression qu'il faut que le ridicule change de camp. C'est-à-dire que jusqu'à il n'y a pas très longtemps, était ridicule un homme un peu efféminé, un peu sensible, un peu attentionné, qui faisait attention aux autres, qui offrait des cadeaux, qui disait ses sentiments. Ça c'était ce qui était ridicule pour la génération encore de mon père.

Aujourd'hui, il faut que le ridicule devienne Donald Trump. deviennent les masculinistes dont parle Joseph. C'est pour ça que la couverture du livre de Joseph est très drôle, parce que la baudruche qui monte ses bras...

On dirait un peu Donald Trump, d'ailleurs, la baudruche. Absolument. Et il faut absolument enseigner aux petits garçons et aux jeunes garçons que c'est ça qui est ridicule.

Vincent Coqbert ? Oui, je suis très d'accord, mais par exemple, je trouve qu'il y a quelque chose...

Aujourd'hui, on parle beaucoup, on dit qu'il faudrait être vulnérable. Mais est-ce qu'au travail, dans les relations sociales, même dans la politique, la vulnérabilité de notre société est valorisée ? C'est aussi ça qui entre un petit peu parfois dans une contradiction, qui me semble qu'on ne veut pas trop Ali Rebeil.

Grand bien vous fasse. Sur France Inter. Qu'est-ce qu'être un homme en 2026 ?

C'est notre thème ce matin dans Grand bien vous fasse avec le journaliste du Novel Ops, Arnaud Gonzague, l'essayiste Vincent Coqbert et le psychologue, clinicien et psychanalyste Joseph Agostini. Deux messages très intéressants. L'Auréline qui nous dit, je suis maman de 4 garçons âgés de 3 à 7 ans. 16 ans, ils seront les hommes qu'ils ont envie d'être, avec leur fragilité et leur force assumée.

Je leur dis souvent que leur identité biologique est une partie seulement de ce qu'ils sont et que c'est à eux de trouver leur identité, ce qu'ils aiment, ce qu'ils veulent faire. Et Charline, la définition de la virilité, c'est une personne courageuse, énergique et active. En quoi ces qualités doivent-elles seulement être attribuables à l'homme adulte ?

En tant que femme, cette définition me correspond complètement sur ces deux messages, Joseph Agostini. Oui, mais vous savez, on parle à tort et à travers de crise de la masculinité et je pense que malgré tout, on s'y retrouve. C'est-à-dire, malgré tout, ça se régule et ça se régule grâce aux parents.

Il y a des mères et des pères intelligents dans ce pays qui sont en train de penser véritablement le genre de leur enfant, qui sont en train de décliver tout ça, de débunker les crispations. et ce n'est pas pour justement quelques...

énergumènes sur TikTok qui essayent justement de prêcher autre chose et qui essayent de créer une civilisation de la haine que tout est perdu. C'est-à-dire, moi je pense qu'il y a un vrai progressisme à l'œuvre et ça commence chez les femmes mais ce n'est pas par hasard parce que finalement la femme, si longtemps cantonnée à son rôle de sexe faible, essaye de se défendre davantage avec plus d'intelligence et de subtilité que les hommes, mais ça va contaminer les hommes et ça va permettre enfin d'en finir avec une sorte de caricature patriarcale. Et nous accueillons Claire.

Bonjour Claire. Oui, bonjour Ali. Bienvenue.

D'où appelez-vous Claire ? J'appelle du nord de Bordeaux, de Margaux précisément. Alors racontez-nous un petit peu ce qu'est pour vous être un homme en 2026.

Est-ce que vous en discutez avec votre mari et avec votre fils ? Oui, c'est tout à fait ça. Déjà, je bois les paroles de vos invités. et j'ai eu envie de réagir moi je suis entourée de 4 enfants 4 fils et mon mari 4 fils et ce que j'ai voulu dire c'est que j'ai voulu partager des lectures actuellement je lis Titou le coq, les grandes oubliées le rapport à l'argent plein de choses qui ouvrent les perspectives on va dire et quand j'essaie d'aborder ce sujet en famille alors tout de suite suite, je deviens la féministe de la famille.

Il n'y a pas véritablement d'accueil de ce que je voudrais partager. Limite, je fabule, on va dire, maman qui est partie dans les grandes stratosphères. C'est ce que je voulais évoquer là.

Comment aborder ces sujets ? Je pense qu'en tant que maman, on a des responsabilités d'ouvrir. C'est pour ça que je partage pleinement.

Mais c'est compliqué d'amener sur un terrain qui n'est pas naturel. Est-ce que je peux parler de souffrance ? Je ne sais pas, peut-être de décalage.

Mais en tout cas, le sujet n'est pas craqué aujourd'hui, en tout cas de mon expérience. Quel âge ont vos fils ? Ils ont entre 18 et 25 ans, donc 18, 20, 22, 25.

Et même mon mari, aujourd'hui, me dit « Ouais, t'es encore petit » . parti dans tes délires. Ça veut dire quoi exactement pour eux, les délires ?

Et quand ils vous reprochent d'être féministes, parce qu'on sait très bien qu'il existe des féminismes, qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce qu'ils veulent vous dire, au fond ? En fait, je pense que ça redéfinit cette définition de l'univers.

Alors là, en l'occurrence familiale, mais même place de l'homme dans la société. la part qu'il prend ou qu'il ne prend plus ou qu'il devrait prendre. Et je pense que, même en tant que femme, je pense que c'est compliqué aussi, nous, de déconstruire ce qu'on a appris aussi au travers de notre éducation.

Donc, je pense que ça définit un trouble de savoir où est aujourd'hui le juste milieu, d'une certaine façon, puisque la femme est quand même tournée sur le soin. Vous imaginez cinq enfants, enfin cinq hommes à la maison, le soin est une charge. L'absu vous avez mis votre mari parmi les enfants.

Arnaud Gonzac sur les propos très intéressants de Claire. Bah oui, on voit, moi c'est toujours là-dessus que je trouve intéressant d'interroger le mot crise. Parce que la crise, beaucoup d'éditorialistes vont parler de crise de la masculinité pour dire en fait on est des braves types, on fait ce qu'on peut.

On ne comprend pas tout au féminisme. La première chose, c'est que moi je veux bien entendre qu'il y a des hommes qui sont de très bonne volonté et moi je me prétends... moi je suis père de trois garçons, donc je ne prétends pas avoir été parfait et avoir fait tout ce qu'il fallait.

Simplement, la première chose à faire peut-être pour échapper à la crise, c'est déjà de se poser et d'écouter. D'écouter ce que les femmes ont à dire, de se écouter ce que les hommes ont à dire, les hommes homosexuels. des construits différents, nouveaux, qui ont un autre discours.

Et c'est vrai que le discours de Claire, parce que les propos de Claire sont extrêmement intéressants, parce qu'on voit que la première réaction manifestement masculine face à ces interrogations, à ces questions, c'est de dire, on ne va pas recommencer avec ces histoires. Alors qu'en fait, il ne faut jamais oublier que le féminisme n'est pas l'envie de donner des privilèges aux femmes, c'est simplement une envie d'égalité entre les sexes. Il ne faut jamais oublier ça.

Joseph Agostini ? Oui, moi j'ai une fille de 17 ans et je l'écoute et je me suis rendu compte que c'est elle qui m'apprend des choses et qu'en aucun cas je ne dois être dans une position de pédagogue, de sachant, puisqu'effectivement nos enfants recréent une société. Il faut le savoir, c'est-à-dire qu'il y a vraiment une recréation du lien à l'autre qui se fait seconde par seconde.

Il y a de nouvelles féminités, de nouvelles masculinités qui se créent et je crois que vraiment le maître mot c'est la... confiance dans cette nouvelle génération et absolument pas de jugement de valeur.

Vincent Coqbert ? Alors moi je crois pas qu'il y ait une crise de la masculinité, parce que s'il y avait une crise de la masculinité c'est que s'il y avait une crise de la féminité. En fait ça ne peut pas exister aussi à mon avis sans dialectique.

Mais il y a probablement aussi quand même une crise de l'individu. C'est que cette promesse de la modernité, de l'invention de soi aujourd'hui, elle est de plus en plus incertaine, elle est de plus en plus dure à mettre en oeuvre. On parlait, Alain Arnberg parlait dans les années 90 de la fatigue d'être soi.

Je pense qu'on est même aujourd'hui passé à la colère de ne pas pouvoir être soi. Parce que ces deux promesses qui étaient l'émancipation et la probabilité continuelle, aujourd'hui sont complètement mises en incertitude. Donc le mouvement, pour beaucoup d'individus, c'est de repli sur une identité qui va être une identité bastion, une identité bunker.

C'est aussi ça qui fait à un moment donné cette crispation et ce qu'on peut observer entre les jeunes hommes et les jeunes femmes sans faire d'équivalence morale. Il y a cette idée d'un peu de rivalité de ressenti qui se joue, où chacun se sent ou se dit victime. Il y en a qui l'ont peut-être plus que d'autres.

C'est ce qui crée aussi ce que je vois comme des synchronisations, avec finalement des fractures de genre qui deviennent des fractures affectives, culturelles et parfois politiques. Merci beaucoup Claire de nous avoir appelé. Je rappelle juste que les discours autour de la crise de la masculinité existaient déjà dans l'Antiquité.

On parlait de crise de la virilité, par exemple à Rome en 195 avant Jésus-Christ. Qu'attend l'Ancien, affirmé, je le cite, que les femmes sont devenues si puissantes... que notre indépendance et compromise à l'intérieur même de nos foyers est ridiculisée et foulée au pied en public.

Arnaud Conzard. Oui, on voit qu'Eric Zemmour a un parti qui date d'il y a très longtemps. Non mais, au-delà de ça, on en sourit, mais c'est pour montrer à quel point, quand vous entendez « il n'y a plus d'hommes aujourd'hui » , « elles nous ont déconstruits, châtrés dans les années 70 » , parce que ça n'a aucun sens. « Un homme en vrai » , c'est le titre d'un chef-d'œuvre du romancier américain Tom Wolfe.

Mais c'est aussi une expression qu'on entend dans la vraie vie ou sur les réseaux sociaux. Je vais te montrer ce qu'est un homme en vrai. Mais ça veut dire quoi, Joseph Agostini, être un vrai homme ?

Il existerait donc des faux mecs ? Et qui sont donc ces faux mecs ? Là, c'est une question gigogne.

Vous savez, quelqu'un qui dit « je suis un homme en vrai » , c'est souvent un faux. C'est-à-dire, quand on se défend à l'excès de qui on est, il y a 400 000 ans qu'on a articulé le fantasme au langage. Claude Lévi-Strauss.

Et c'est vieux cette histoire, c'est-à-dire tout est langage. Et on est affligé du semblant, disait Jacques Lacan. On se force dans la vie, on essaye de tenir une posture.

Tout ça parce que derrière la posture, il y a le noir et le vide. Il y a aussi, à un moment donné, on doit jouer un rôle dans la vie. Mais ce sont des masques sociaux.

Et quelqu'un qui va bien sait que ce sont des masques. Quelqu'un qui se prend pour lui-même, en quelque sorte, qui se prend pour un homme, un vrai, et quelqu'un qui n'a rien compris. C'est un jeu de dupe.

Vous êtes d'accord Arnaud Gonzague ? Bien sûr, Jean-Paul Sartre parlait de mauvaise foi. La mauvaise foi pour lui c'était que vous savez que vous avez un masque social, alors là ce serait un masque genré, mais vous voulez à aucun prix l'enlever.

A aucun prix vous voulez l'enlever. Et lui il appelait ça les salauds, ceux qui ont cette mauvaise foi. Vincent Coqbert ?

Oui, je suis d'accord. Pour moi, un homme, un vrai, c'est en tout cas un homme qui a fait la paix avec sa masculinité, qui n'a pas besoin à la fois ni de s'en excuser, ni de l'abrandir comme un étendard. d'un côté comme de l'autre.

C'est un individu qui va bien, un homme à vrai. Vincent Coquemert, vous écrivez à propos de la guerre de sexession. C'est le titre de votre nouvel essai.

Il s'agit d'un des plus grands conflits souterrains du XXIe siècle. On a sous-estimé cette guerre de moins en moins sourde entre les hommes et les femmes. Exemple, avant de vous laisser répondre, de cette guerre de sexession, une enquête sociale européenne consacrée au positionnement idéologique des jeunes hommes et des jeunes femmes. montre un fossé idéologique grandissant avec des jeunes femmes qui adoptent des positions de plus en plus progressistes et des jeunes hommes qui s'orientent vers des idées de plus en plus conservatrices.

Oui, alors en fait si c'est une guerre, c'est une guerre sans lutte, ou du moins une guerre de retrait. C'est pour ça que j'ai utilisé plutôt l'idée de succession, ensuite guerre de succession. Ça sonnait bien, il y a aussi un petit jeu pour marquer les esprits.

Mais ce qui s'observe dans ces fractures de genre qui deviennent des fractures politiques, c'est que l'amitié entre les hommes et les femmes est en chute libre. Le nombre de couples est plutôt en baisse, le nombre de relations sexuelles aussi. In fine, la natalité est en baisse.

Je crois aussi qu'il y a des débats culturels de plus en plus polarisés entre les jeunes hommes et les jeunes femmes. Parfois, ça se transforme en des votes complètement différents. Et ce qu'on observe, c'est pour ça que je dis que c'est un conflit souterrain qui peut avoir des effets anthropologiques très importants.

C'est qu'une société ne tient pas si ses récits affectifs et politiques se dédoublent sans jamais se croiser. C'est ce qu'on observe de plus en plus. Chez ces jeunes hommes de plus en plus séduits par le conservatisme, il peut y avoir un glissement progressif vers la haine des femmes.

Joseph Agostini, et donc à une... séduction des thèses masculinistes.

Oui, alors c'est les incels notamment, les célibataires involontaires. C'est ça, incel. Oui, absolument.

Et c'est une mouvance qui peut se radicaliser. C'est-à-dire, l'incel part du principe que comme il n'est pas un homme, un mâle alpha, c'est-à-dire un homme dominant, c'est une expression qui nous vient de la zoologie, c'est quelqu'un qui ne peut pas séduire les femmes. Et donc, par haine, par dépit, par rancœur, il est capable de vouloir soumettre ses femmes à son dictat et vouloir le corps de ses femmes, ses Stacy ça c'est tout un jargon effectivement qu'ils adoptent alors les Stacy ce sont les femmes qui vont avec les mâles alpha qui vont avec les tchads, les mâles alpha tchad c'est un prénom en vogue dans le monde anglo-saxon et le tchad c'est quoi ?

Alors, c'est le mâle alpha, c'est celui qui a les femmes. C'est le mâle reproducteur, le mâle dominant. Et effectivement, à partir du moment où les incels se considèrent comme pleutres, impossibles, grotesques, en quelque sorte, de par leur physique, de par leurs caractéristiques psychologiques, ils en appellent à la haine, voire à la mise à mort de ces femmes qui vont... irrésistiblement avec les mâles dominants.

Mais ce qu'il y a vraiment dans cette rhétorique, il y a d'abord une lâcheté évidente, dans la mesure où plutôt que de se remettre en question, le célibataire involontaire va s'en remettre à la biologie. C'est comme ça, c'est injuste, et donc j'en appelle à la mise à mort des femmes. Comment expliquez-vous que de plus en plus d'adolescents, de jeunes hommes soient de plus en plus séduits par les sirènes du masculinisme ?

C'est quoi ? C'est une réaction de plus en plus radicale aux avancées du féminisme ? aux remises en question des normes patriarcales, c'est ça, c'est réactif ?

C'est évident que plus les femmes se défilent, plus les femmes refusent en quelque sorte cette position-là et ce conservatisme-là qui consiste à en faire des... des mères au foyer, des bourgeoises qui ne demandent rien d'autre que d'être l'été de l'homme.

Et effectivement, les hommes sont en difficulté. Dans la mesure où, effectivement, si on ne s'identifie qu'à ça, au bon père de famille, au bon mari, si on veut, comme les célibataires involontaires... avoir une femme, vous voyez, un possessif comme ça, insupportable, avoir une femme, avoir le corps d'une femme, eh bien, ça devient insupportable pour eux.

Il faut l'avoir et après, il faut la tenir. Il faut tenir sa femme. Oui, tenir sa femme comme on tient, effectivement, comme on tient.

Une chienne en laisse, d'ailleurs, sur les commentaires, effectivement, de ces vidéos-là, on retrouve les mots salope, chienne, c'est-à-dire à partir du moment où une femme refuse son statut, et refuse de faire partie, en quelque sorte, de l'équipe du mâle, elle est accusée, d'ailleurs, forcément, elle est très vite accusée d'homosexualité. Vous savez, les incels réduisent, justement, ces femmes qui se défilent à des homosexuels plus ou moins refoulés. Alors, Joseph Agostini, le masculinisme, ce n'est pas une idéologie nouvelle.

Pour vous, c'est une forme d'angoisse qui a traversé le temps. Quelle est donc cette angoisse ? Mais c'est une angoisse qui est extrêmement répandue dans la mesure où quand on ne travaille pas sur soi-même, on est fatalement dans une peur de l'autre, dans une peur du lien à l'autre.

Vous savez, le masculin est une défense. On se bat, on va à la guerre, on se bat sur les stades, on se bat dans les salles de sport. Qu'est-ce qu'on cherche ?

Pourquoi il y a une telle tension dramatique dans les salles de sport ? Parce qu'un homme n'est jamais un homme pour l'éternité. Il doit se battre pour montrer qu'il l'est.

Il doit gagner ses galons d'homme. Donc, fatalement, c'est un combat. Mais c'est un combat qui peut aussi se pacifier.

C'est un combat qui peut, à un moment donné, trouver une issue favorable si on lâche un peu cette toute-puissance. Il y a chez les masculinistes cette angoisse de ne pas apparaître suffisamment virile. D'ailleurs on a parlé de la haine des femmes, mais il faut aussi s'attarder sur leur haine de l'homosexualité masculine.

Ah oui, l'homosexuel, alors tout dépend aussi parce que dans l'homosexualité masculine, on trouve aussi des personnes qui ont très peur de leur féminin. Vous voyez bien qu'aujourd'hui, la pholophobie, ça existe. C'est-à-dire la peur de la folle, c'est-à-dire de l'être maniéré, qui n'hésite pas à mettre en avant, en quelque sorte, sa féminité.

Ça fait peur à beaucoup d'homosexuels. Je pense que, vraiment, le clivage n'est pas entre homo-hétéro, pas du tout. Je pense que le clivage est entre homme tétanisé par le féminin, le féminin en l'autre, le féminin en soi, et l'homme qui est capable d'être initié au masculin et de trouver une quiétude.

Arnaud Gonzague ? Oui, il y a cette idée aussi que dès l'école, on voit que les résultats scolaires des garçons sont inférieurs à ceux des femmes. Ils ne comprennent pas pourquoi eux qui sont des petits rois à la maison, qui ont été élevés là-dedans, pourquoi est-ce qu'ils réussissent aussi mal à l'école ?

On voit que de plus en plus, évidemment, dans les entreprises, même s'il y a encore beaucoup de travail, les femmes acquièrent des postes de pouvoir. Dans les politiques, elles commencent à avoir une représentativité, elles commencent à être partout. Et c'est vrai qu'il y a une partie des hommes... qui se disent, mais moi, pourquoi est-ce que je vais me pousser ?

L'idée d'une démocratie, c'est aussi l'idée de qui vous laissez la place ? Si vous vous poussez, à qui vous laissez la place ? Et je pense que là, on est dans un discours qu'on pourrait entendre chez les gens qui ne veulent pas payer d'impôts.

Vous savez, ce n'est pas plus compliqué que ça. Il y a un égoïsme de genre comme il y a un égoïsme de classe. Vincent Coqbert ?

Oui, je crois qu'il y a quand même des affiliations sociales, des hommes peu diplômés, qu'elles soient économiques, symboliques, tout ce qu'on veut. Malgré tout, je vais aussi penser un peu contre mon camp. Et je trouve que depuis maintenant une vingtaine d'années, on parle évidemment de la masculinité à travers la domination, le privilège, parfois la toxicité.

Et c'est des discours qu'on peut tout à fait entendre quand on a une trentaine, quarantaine d'années, parce qu'on est déjà construit, parce que si on est bien avec son...

Avec sa masculinité, cet exercice critique-là peut même être tout à fait fertile. Mais quand on a 12-13 ans et qu'on est imprégné de ces discours sociaux-là, je me dis que c'est quand même très compliqué de se construire dans une identité aussi négative. Donc, quelque part, on parle de masculinisme, mais il y a les entrepreneurs du masculinisme et il y a ceux aussi qui sont une sorte de masse, ils ne sont pas tous pareils.

Et je pense qu'il y a eu beaucoup d'embrigadements. Et quand, à un moment donné, on est imprégné d'un discours qui est souvent très critique et très... de remise en cause alors qu'on est soi-même en train de se construire, on peut aussi se laisser séduire par des discours qui sont beaucoup plus simplistes, potentiellement très toxiques, mais qui d'un seul coup vont nous renvoyer une identité qui est beaucoup plus sûre, qui est beaucoup plus stable et qui peut être paradoxalement positive.

Joseph Agostini ? Oui, c'est vrai, c'est ce qu'on disait tout à l'heure. À l'adolescence, tout est possible.

Et les pires écueils sont parfois commis parce qu'on ne se construit que dans l'adversité. Et surtout quand on est un garçon. Effectivement, vous avez raison, il y a quand même quelque chose.

On va se frotter à la violence. On va se frotter à quelque chose d'une domination symbolique. Mais pour en revenir.

C'est-à-dire, l'important, c'est d'en sortir. Et c'est la possibilité, avec un travail sur soi, de dépasser ces clivages internes. Pourquoi le corps est-il aussi central chez de nombreux adolescents et jeunes hommes ?

Comment expliquer ce surinvestissement ? le sociologue...

Guillaume Vallée a bien montré l'importance de la musculation dans la construction identitaire. Évidemment, là, on déborde les adeptes du masculinisme. Mais pourquoi c'est important à cet âge-là ?

Vous parliez de construction à 12-13 ans. C'est vrai qu'on voit de plus en plus de jeunes garçons, d'adolescents investir les salles de musculation. Oui, mais de toute manière, le sport, c'est une communauté. d'appartenance.

Le sport, ça convoque le mimétique, c'est-à-dire être comme son ami, aussi musclé que lui, aussi fort, aussi dominant. Et ça, pourquoi pas ? Le problème, c'est quand ça devient une sorte d'addiction à la domination.

On ne peut pas sortir en quelque sorte du registre de la supériorité. Et là, ça confie nos régimes autoritaires, au fond. Parce qu'on cherche à mettre, on cherche à faire. partie de la brigade du maître et en quelque sorte, on veut avilir, assujettir les autres qui n'en sont pas.

Il y a une ambivalence, les sociologues montrent bien qu'il y a une ambivalence chez les jeunes garçons qui vont à la salle, faire du muscle. C'est qu'à la fois, il peut y avoir un discours affreusement masculiniste, viriliste, il va être costaud, plus costaud que le voisin, et en même temps, il y a quelque chose qui peut être considéré comme positif, moi je le vois chez mes garçons, c'est qu'ils se regardent enfin, c'est-à-dire...

Vous savez, il y a cette idée du mal gaze, le regard masculin, qui en général est porté sur les femmes. L'homme n'est qu'un oeil, et puis il juge ce qui est bien et pas bien selon son oeil. Là, il y aurait enfin des hommes qui se regardent eux-mêmes, qui se voient, beaux, pas beaux, comme si, comme ça, en train de changer, et adopter des looks.

Et ça, ça c'est très positif, parce que quand on commence à se regarder, on commence aussi à mieux regarder l'autre. Arnaud Gonzague, là je feuillette votre hors-série, et consacré à 3000 ans de masculinité, on se dit que, voilà, je tombe... sur le chapitre ruban, bas et perruque et on se dit que les fanfreluches, les costumes, les perruques, les bas portés par une partie de l'aristocratie de l'ancien régime sont assez éloignés de l'imagerie virile contemporaine.

Et alors qu'à cette époque-là, nul ne serait venu remettre en question leur virilité. Ce qui est intéressant dans ce papier de mon ami François Reynard, effectivement, c'est qu'il montre que jusqu'au XIVe siècle, donc c'est quand même tardif, Habiller homme, habiller femme, il n'y a pas de différence. Vous vous rendez compte ?

Le pantalon, il arrive vraiment à la fin du XIVe siècle. Et effectivement, pendant très longtemps et jusqu'à la Révolution française, grosso modo, être un homme, c'est porter des couleurs chatoyantes, des bas, du maquillage, des postiches, etc. Et c'est parce que toutes ces couleurs signifient l'aristocratie décadente qu'à partir de la Révolution, il y a une grande remise en cause de tout ça et qu'être un homme, c'est être habillé en couleur sombre.

Vincent Coqbert. Oui, mais c'est très intéressant parce que ça fait écho aussi aux larmes. Par exemple, on pense qu'un homme, ça ne pleure pas.

Mais jusqu'au 19e, un homme qui perdait son ami ou à qui il arrivait quelque chose de dur et qui ne pleurait pas était considéré comme un rustre. Et c'est qu'en fait, ce régime des larmes a totalement changé à la fin du 19e, début du 20e. Parce que quelque part, il fallait créer aussi le nouvel homme capitaliste.

Et on est passé du poète de la sensibilité au travailleur aliéné. Et d'un seul coup, ça a accompagné finalement cette dureté dont avait besoin quelque part la seconde révolution industrielle. Comment expliquer ce renversement ?

Parce que c'est vrai qu'au XVIIe siècle, les hommes pleuraient abondamment, ne se cachaient pas pour pleurer. Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, c'est associé à un manque de virilité, de masculinité, dans certains milieux évidemment ? Oui, bien sûr, parce que paradoxalement, la révolution française a remis en avant l'idéal antique.

Et effectivement, dans l'Antiquité, pour le coup... pleurer à un enterrement, on disait que vous vous comportiez comme en moulier britaire, c'est-à-dire comme une femme, c'était considéré comme un déshonneur.

Et même éternuer au Sénat, quand vous étiez sénateur, c'était un déshonneur. Vous n'étiez pas capable, ou baillé, de vous retenir. Les pulsions qui ne se retiennent pas.

Donc c'est ce retour en grâce de l'Antiquité, d'une certaine manière au XIXe siècle, qui a fait que certains codes de la masculinité antique sont redevenus des normes. Qu'est-ce qu'être un homme en 2026 ? J'attends vos réponses au 01 45 24 Qu'est-ce qu'être un homme en 2026 ?

C'est notre thème ce matin. Alors on a évoqué les masculinistes et si on s'attardait un peu sur les hommes déconstruits. C'est quoi un homme déconstruit d'ailleurs, Arnaud Gonzague ?

Pour qu'il y ait déconstruction, il faut qu'il y ait eu construction. Donc déjà le mot est intéressant parce qu'à la fois il n'est pas très violent. Déconstruire, on voit bien que ce n'est pas détruire, ce n'est pas démolir.

Et en même temps ça dit bien qu'autour de l'homme... de ce que doit être un homme de la convention, il y a un certain échafaudage qui a été monté au fil des siècles et qu'il est bien d'aller déjà l'interroger.

Avant d'enlever les premières pièces de l'échafaudage, déjà c'est l'interroger. Donc se déconstruire, je pense qu'il n'y a pas d'hommes déconstruits, je pense qu'il n'y a que des hommes en déconstruction. C'est important de garder l'idée d'un processus.

L'essayiste Francis Dupuis-Derry, interrogé dans votre hors-série, nous dit que l'homme déconstruit renvoie à l'idée que la masculinité peut être épurée de ses éléments virilistes, machistes et sexistes. C'est un homme débarrassé de toute toxicité. Il faut y croire vraiment à cet homme déconstruit.

Lui, il préfère parler plutôt de masculinité progressiste. Progressiste, ça veut dire qui croit que c'est d'abord une question d'égalité. Avant d'être une question de genre, de biologie, etc.

C'est d'abord une question politique. Nous visons tous ensemble, hommes et femmes, l'égalité. Et nous accueillons Noelia Fillol.

Bonjour. Bonjour. Vous collaborez à Grand Bien Vous Fasse.

Vous avez tout juste 20 ans. Et vous, dans votre entourage, Noélia, vous fréquentez pas mal d'hommes qui se disent déconstruits. Moi, ce qui m'amuse, c'est d'avoir votre regard de jeune femme de 20 ans.

Oui, effectivement, c'est beaucoup de personnes de mon entourage qui se revendiquent comme déconstruits. Après, quand je leur demande ce qu'eux, ils mettent derrière le terme déconstruit, c'est assez variable. Qu'est-ce qu'ils mettent derrière ?

Alors, parfois, c'est employé avec un peu d'humour. Ça peut être, bon, on va rejeter les normes virilistes, on va rechercher l'égalité homme-femme parfaite. mais dans les faits, C'est vrai que c'est quelque chose qui est quand même plutôt posé comme une étiquette, plus sur une personne plutôt que sur un comportement.

Donc derrière, on ne va pas avoir d'actions qui seront vraiment concrètes. Des exemples sans citer évidemment de noms, mais sur ce décalage entre ceux qui se disent déconstruits et puis la réalité du quotidien. C'est vrai que ça va être vraiment des actions qui sont un peu performatives, dans le sens où on va se revendiquer... très souvent, tous les jours, pratiquement, déconstruit et recherché une égalité parfaite.

Mais au final, ça va même parfois favoriser des comportements qui peuvent être problématiques sous le fait que c'est avéré que c'est quelqu'un de déconstruit, alors qu'il n'y a pas d'action vraiment derrière. Il n'y a pas d'action derrière. C'est vrai que le problème, c'est que déconstruit ou pas, les hommes continuent à être avantagés par rapport aux femmes, Joseph Agostini.

Oui, et puis on parodie aussi beaucoup, je trouve, l'homme déconstruit. C'est vrai qu'on entend souvent un peu des blagues à ce sujet-là. Et je pense qu'il n'y a pas d'idéal.

C'est-à-dire, déjà, je pense que s'il y a une envie de penser un petit peu le masculin et le féminin différemment, c'est déjà bien. Et surtout à l'adolescence, à la sortie d'adolescence, après, il y a quand même quelque chose. Les hommes de bonne volonté, les garçons de bonne volonté, je crois, Noelia.

Oui, c'est ça. Merci beaucoup. Ça part d'une bonne attention, donc c'est toujours mieux comme ça.

Il y a encore du travail. Il y a encore du travail. Merci beaucoup Noelia Fiole.

Et nous accueillons Roger. Bonjour Roger, bienvenue. Oui, bonjour.

Bonjour. Alors, que vous inspire notre question du jour ? Ouh là là, moi j'ai été très heureux d'entendre.

D'abord, je vais fayoter un peu, j'aime beaucoup vos émissions. C'est gentil à vous Roger. Et là, je me suis dit, c'est un truc pour moi, parce que j'ai 73 ans. et j'ai fait un travail j'ai fait un métier dit de femme j'étais infirmier j'ai vraiment été construit comme on dit comme dans les années 50-60 et moi je trouve que ce qui se passe actuellement je suis vraiment à 200% pour j'ai beaucoup d'amis parce que je suis à la campagne c'est encore très masculin et les masculins ils disent on perd du terrain et moi je dis mais non c'est pas ça du tout et il y a vraiment enfin Aller vers l'égalité dans notre société, j'ai l'impression que c'est très compliqué.

Et surtout l'égalité avec les femmes. Et moi, je l'ai beaucoup vécu en tant qu'infirmier parce que j'étais dans un milieu très féminin, mais gouverné par des hommes. Parce que dans les années 80, c'était surtout les 80-90, les médecins, c'était des hommes.

Maintenant, ça change et c'est très bien. Mais qu'est-ce que vous leur dites, Roger, à ces hommes qui ont l'impression de perdre du terrain ? Et de quel terrain parlent-ils, d'ailleurs ?

On ne perd rien du tout. Enfin, on ne perd rien du tout. Une relation...

Merci. qu'elles soient amoureuses, qu'elles soient amicales, qu'elles soient dans le travail ou dans la vie, c'est des relations. Alors bon, c'est vrai que moi, j'aimerais qu'on soit dans une société égalitaire.

On n'est pas du tout dans une société égalitaire. On est même dans une société qui a tendance à vouloir les inégalités, les multiplier. Mais on ne perd rien.

Mais moi, je ne perds rien du tout. Qu'est-ce qu'on perd quand on...

C'est complètement ridicule. Je trouve ça par contre. Mais ça passera, Roger, par l'éducation des garçons en brisant des stéréotypes de genre qui influencent encore pas mal l'éducation des petits garçons.

Oui, oui. Oui, oui. Parce que dans les cours de récréation, moi je suis un peu loin de ça.

Parce que je ne suis plus tellement avec des enfants. Enfin, je vois des enfants. Mais effectivement, le petit mec, il a envie de faire voir qu'il est plus fort.

C'est des clichés, c'est vraiment des stéréotypes. C'est ça qu'il faut faire péter. Est-ce que je peux sortir du sujet ?

Oui, rapidement. Je suis un grand déçu parce que je n'ai pas été pris auprès du livre Inter. J'ai envoyé ma lettre.

Eh bien, vous envoyez un mail à notre très très cher Eva Bétan. Non, mais moi, je veux leur dire par l'intermédiaire de la radio, je leur fais des gros bisous et surtout à Laurent Mauvignier, que j'aurais voulu rencontrer, mais bon, voilà. Merci.

Bravo, France Inter. Merci pour votre pêche, Roger. Et on finit l'émission avec Julie.

Bonjour, Julie. Oui, bonjour. Bonjour.

J'avais une question. Oui. Alors, j'ai une question.

Est-ce que la mode androgyne chez les hommes, par exemple, on a Timothée Chalamet, qu'on voit, qui est devenu par exemple, est-ce que chez les hommes aujourd'hui, ça remettait en cause le mal gaze ou est-ce que c'était juste une tendance à viser vraiment marketing pour avoir un public plus large ? et toucher plus de monde. C'était vraiment une vraie prise de position engagée vers les femmes.

Très intéressant parce qu'il y a dans le hors-série du Noël Ops un chapitre consacré à la masculinité de Timothée Chalamet. Chalamasculinité, on appelle ça. Effectivement, dont on a vu aussi récemment qu'elle pouvait...

Vous voyez, c'est intéressant parce que Timothée Chalamet, à la fois, il a représenté à un moment quelque chose d'une sensibilité... d'une androgynie assumée, de quelque chose de très hétéro mais en même temps de très doux.

Et puis on a vu qu'il a aussi tenu des propos un peu virils, un peu costauds, un peu méprisants. Donc ça veut dire que là aussi la déconstruction c'est une phase en permanence renouvelable et qu'il n'y a pas de modèle parfait. Joseph Agostini ?

Oui, pas d'idéal, c'est le secret. Juste une visée, une manière de tendre vers quelque chose. Et c'est déjà bien, effectivement, de se souvenir aussi que nous sommes tous boiteux, que nous sommes tous claudiquants.

Et le but du jeu, c'est aussi de se sentir fragile, imparfait, incomplet, mais malgré tout, d'aller vers un progrès. Et comme le dit Nesrine Slaoui, dans son petit manifeste sur le masculinisme, il faut accepter collectivement qu'un homme peut être sensible sans être faible et qu'une femme peut être forte sans être dangereuse. Merci à toutes et tous.

Merci Arnaud Gonzague. Leur série du Nouvel Obs, Il était une fois l'homme, 300 ans de masculinité. 3000 ans. 3000 ans, qu'est-ce que j'ai dit ? 300, 3000.

Il était une fois l'homme, donc, en kiosque et en version numérique. Merci Vincent Coqbert. La guerre de succession s'est publiée chez Arke.

Merci Joseph Agostini, il est faux mec. Ces mecs qui font les mecs, c'est publié chez...

Les faux virils. Les faux virils.