Affaire Lyhanna : «Il faut que l’État se réarme à plusieurs niveaux», selon Frédéric Valletoux
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Europe 1 Matin Week-end, 6h-9h, Alexis de la Fléchère. Il est 8h11 sur Europe 1, Alexis de la Fléchère. Vous recevez ce matin Frédéric Valtout, député Horizon de Seine-et-Marne, président de la Commission des Affaires Sociales.
Bonjour Frédéric Valtout. Bonjour. Bienvenue sur Europe 1. Hier, 24h après les obsèques de la petite Liana dans le Gers, votre président de parti, Edouard Philippe, a parlé dans cette terrible affaire d'échec collectif. Il a dit également que l'indignation ne doit pas s'éteindre, tout en apportant son soutien à Gérald Darmanin. Quand Edouard Philippe parle d'échec collectif, qu'est-ce que ça veut dire précisément Frédéric Valtout ?
Ça veut dire que cette affaire, cette malheureuse affaire, cette terrible affaire, nous renvoie à des dysfonctionnements larges de l'ensemble de notre société. Ce n'est pas le fait d'une personne, ce n'est pas le fait d'une seule institution, c'est le fait aujourd'hui d'un fonctionnement général qui maltraite quelque part la parole des enfants, qui ne prend pas assez en compte le volume, l'importance de la pédocriminalité. Et c'est tout un système aujourd'hui qu'il faut repenser, et ce n'est pas uniquement le sujet de chercher un responsable, une responsable.
C'est beaucoup plus profond, et ce que dit Edouard Philippe ce matin, c'est effectivement d'appeler à un agendemento plus large, beaucoup plus large, c'est-à-dire une remise à plat d'un certain nombre de politiques publiques, de modes de fonctionnement, qui concernent la justice, qui concernent la police, mais qui concernent aussi l'éducation, qui concernent le soutien aux associations, et donc une approche très large du sujet.
Parce qu'on aura le résultat de l'inspection le 19 juin, mais c'est vrai qu'on s'interroge. Il y a bien à un moment donné un endroit bien précis où ça n'a pas fonctionné. Vous dites qu'il n'y a pas une personne, c'est-à-dire que ce n'est pas que le garde des Sceaux, les procureurs ou la gendarmerie, en fait c'est toutes ces couches-là de la société qui ont à un moment donné, a priori, une défaillance.
Non mais il y aura sans doute des faux personnels, et ça c'est les enquêtes administratives en cours qui le diront. Et le gouvernement, le Premier ministre l'a déjà dit, s'il y a des fautes personnelles, elles seront sanctionnées, et effectivement elles devront l'être. Mais si on s'arrêtait là, ce serait criminel. Le sujet est beaucoup plus vaste, c'est l'arbre qui cache la forêt. Le sujet est beaucoup plus vaste, et il faut s'atteler à reprendre, à revoir l'ensemble du fonctionnement des institutions.
Il y a énormément, regardez, ne serait-ce que le chiffre de 70 000 affaires qui concerne les violences sexuelles contre des mineurs, et qui aujourd'hui, j'allais dire quelque part, dorment dans les dossiers des services d'enquête ou de la justice. Voilà, c'est tout un système de protection de l'enfance qu'il faut aujourd'hui reprendre, et je pense que c'est l'ambition qu'il faut avoir.
Vous êtes pour l'ouverture d'une enquête parlementaire, c'est ce que propose Yael Broun-Pivet ?
Yael Broun-Pivet propose surtout qu'on prenne vite à bras-le-corps ce qu'elle appelle une loi intégrale, c'est-à-dire ce qui est une proposition-loi qui avait été co-signée par une centaine de députés, qui permet à travers, je crois, près de 80 articles, 79 exactement, de poser le sujet de la protection de l'enfance de manière très large. C'est le sens de ce qu'elle a fait en envoyant le texte au Conseil d'État pour effectivement ajuster les dispositifs dans leur écriture juridique et elle a demandé au gouvernement, et moi je soutiens cette demande, que dès le mois de septembre, dès la rentrée de septembre, le Parlement puisse se saisir de textes sur la protection de l'enfance.
Je pense que c'est important.
Frédéric Valtoux, vous êtes député. Vous avez vu cette déclaration sûrement peut-être très forte du plus haut procureur de France, Rémi Hetz, qui parle. D'une crise systémique. Le mot est lâché. Vous comprenez ce qu'il veut dire ?
Crise systémique, ça rejoint exactement le constat que fait Lédor Philippe. C'est-à-dire que c'est l'ensemble de la société qui doit se poser des questions. Il y a dans l'éducation nationale, dans le fonctionnement des administrations, dans ce qu'on apprend aux enfants, ce qu'on dit aux enfants, de la manière dont il doit se protéger. Il y a dans la chasse à la pédocriminalité sur Internet. Il faut se réarmer, il faut que l'État se réarme à tout niveau. Il faut mieux aider les associations d'aide aux victimes et d'accompagnement des victimes. Il faut ramasser le temps des procédures. Il y a un certain nombre de propositions qui, aujourd'hui, sont sur la table.
Il faut revoir le système de l'aide sociale à l'enfance. Il faut lutter contre le pas de vague dans les administrations aussi, qui fait que, parfois, on met de côté les sujets. Et on l'a vu dans le périscolaire à Paris, notamment. Et on déplace les personnes, pensant que ça résoudra les problèmes, ce qui n'est pas le cas.
Autre déclaration sur laquelle je voulais vous faire réagir, celle de Patrice Faure, le préfet de police de Paris. Il dit hier, dans la presse, avoir été extrêmement frappé par l'ultra-violence de l'ultra-jeunesse, dit-il. Il raconte avoir vu, après le sacre du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, des enfants de 11 ans impliqués dans des pillages, assis sur des caisses, à boire de l'alcool, sans peur de la police. Quand le préfet de police de Paris dit cela, est-ce qu'on n'est pas face à quelque chose de beaucoup plus profond, aussi, au sein de nos sociétés, qu'un simple problème d'insécurité ?
Oui, bien sûr. Il y a aujourd'hui, dans l'éducation, dans la manière dont on encadre la jeunesse la plus violente lorsque celle-ci s'exprime, il y a sans doute à rendre plus efficaces nos procédures. Il y a effectivement, aujourd'hui, des manifestations qui impliquent des jeunes. Il faut peut-être réfléchir à nouveau, à envisager, peut-être, des couvre-feux pour les mineurs à certaines occasions.
Ce qui est déjà le cas, d'ailleurs, en pleine Coupe du Monde de football, dans certaines villes comme Toulouse, par exemple, où ils instaurent ce type de mesures, par exemple.
Mais aujourd'hui, c'est la société dans son ensemble qui doit, effectivement, s'interroger sur ces sujets. Alors, l'ultra-violence des plus jeunes, c'est une chose. La pédocriminalité, malheureusement, s'en est une autre, qui est, pour moi, beaucoup plus profonde. Et aujourd'hui, les affaires que l'on voit, aussi malheureuses soient-elles, c'est la partie émergée d'un iceberg qui est, malheureusement, très profond et contre lequel il faut lutter. Ça sera une lutte forte, ferme, qui va durer des années, mais qui doit armer l'État de nouveaux moyens pour, effectivement, être, aujourd'hui, beaucoup plus efficace.
On le doit aux plus jeunes, c'est vraiment le cœur d'un projet politique, c'est de protéger les plus jeunes et d'assurer l'avenir aux plus jeunes.
Frédéric Valdoux, vous avez été aussi ministre délégué au travail, à la santé et aux solidarités. Est-ce qu'on n'a pas raté quelque chose avec une partie de cette jeunesse ? Est-ce qu'il n'y a pas un problème d'éducation, de cadre familial ? Une jeunesse, on a l'impression, parfois, je dis bien une partie de la jeunesse, qui est sans repère ?
Oui, bien sûr. La question de l'éducation, elle est importante. La jeunesse, toute la jeunesse n'est pas à mettre, à aborder de la même manière. Toute la jeunesse n'est pas en confrontation avec la société. Non, mais vous devez le constater dans votre circonscription. Toute la jeunesse n'est pas dans l'ultra-violence. Oui, il y a des phénomènes, effectivement, aujourd'hui, d'ultra-violence. Il y a du laxisme, qui, effectivement, fait que certains jeunes se retrouvent dans des situations où ils versent dans une violence que l'on ne connaissait pas jusqu'à présent. Bon, il faut traiter les sujets à leur juste place. Mais je reviens sur la pédocriminalité et ce que révèle l'affaire Liana.
Les sujets de violence sexuelle sont profonds et n'affectent pas que, malheureusement, les enfants. Vous avez rappelé mon passage au gouvernement à la santé. J'avais travaillé sur ces sujets dans le monde de la santé, dans l'hôpital, dans le monde de la santé en général. Et c'est vrai que partout, il faut que la société s'interroge sur, effectivement, ces sujets-là en apportant des réponses très précises pour protéger les victimes et pour, finalement, rendre plus efficace la répression vis-à-vis des fauteurs de trouble.
Alors, pour l'instant, le patron d'Horizon, Edouard Philippe, n'a pas fait de grandes propositions. En revanche, Gabriel Attal, lui, est allé assez vite monter au créneau après l'affaire Liana en demandant, par exemple, de la prison à vie pour les pédocriminels, qu'ils soient d'ailleurs mis au même niveau que les terroristes. Est-ce que, justement, c'est une bonne chose d'avancer, comme Gabriel Attal, assez vite sur cette affaire Liana, avec des propositions choc ?
Je pense qu'il faut être crédible. Et être crédible, c'est ne pas voir les sujets par le petit bout de la lorgnette et penser qu'une mesure permettrait tout d'un coup d'effacer des sujets qui sont profondément ancrés dans la société et qui appellent une réponse qui soit une réponse systémique, comme le disait le procureur général de la Cour d'appel de Paris, ou, en tous les cas, qui soit une réponse qui permette de jouer sur plein de leviers différents. Et je pense que la réponse d'Edouard Philippe, elle est plus complète. Elle s'interroge sur beaucoup plus de dysfonctionnements.
Il n'y a pas une solution miracle, sinon ça se serait, qui permettrait, effectivement, tout d'un coup, d'endiguer le phénomène de la pédocriminalité. Il y a, effectivement, à être plus répressif, mais il y a, je le redis, au niveau de l'éducation, au niveau du fonctionnement de nos institutions, au niveau des moyens qu'on leur donne, au niveau de la manière dont on bâtit la réponse pénale et son efficacité, il y a là des leviers à réfléchir et qui appellent à une réponse beaucoup plus globale.
Et pour conclure, Frédéric Valtoux, si je vous pose la question, c'est aussi parce qu'il y a match entre Edouard Philippe et Gabriel Attal. Dans un sondage Opinion Way pour le JDD, on voit que, pour l'instant, Edouard Philippe tient la corde, mais à un moment donné, il faudra bien, peut-être, que l'un ou l'autre cède en fonction des sondages. Il reste du temps, on est à moins d'un an de la présidentielle. Mais est-ce que vous croyez à un moment donné au retrait de Gabriel Attal ou d'Edouard Philippe afin de vous unir pour espérer être au deuxième tour de la présidentielle ?
Je crois que toute façon, nécessité fait loi. Et que si on veut éviter le drame que serait un second tour qui serait entre l'extrême-bauche et l'extrême-droite, alors il y a un moment où la raison doit l'emporter. Cette raison, effectivement, ce sera de constater qu'à un moment, les propositions de l'un, la dynamique de l'un, la candidature de l'un, l'emporte, finalement, et a la préférence des Français. Et que ce jour-là, il faudra que, dans ce grand bloc central, de ceux qui ont une approche qui partage des valeurs démocrates, il faudra trancher, et bien, effectivement, se rallieront aux uns aux autres. Moi, je suis serein. Edouard Philippe lance sa campagne le 5 juillet.
Il a déjà dit des choses fortes. Tout à l'heure, vous disiez, il dit des choses un peu Mezzo-Voce. Moi, je ne le trouve pas. Il a dit des choses sur le rapport à l'Algérie. Il a dit des choses, là encore, ce matin, sur la manière dont il faut en profondeur réformer nos institutions pour répondre à ces enjeux de pédocriminalité. Il a dit des choses fortes sur la maîtrise des dépenses publiques. Bref, je ne vais pas lister. Et il en dira plus.
Et le 5 juillet, je vous invite tous, effectivement, à parler. Edouard Philippe qui lance sa campagne. Edouard Philippe qui a pris, en tout cas, ses distances avec Emmanuel Macron sur de nombreux sujets. Merci à vous, Frédéric Valtoux, d'avoir été avec nous ce matin en direct sur Europe 1. Je rappelle que vous êtes député Horizon, vous êtes député en Seine-et-Marne, député Horizon, et président également de la Commission des Affaires Sociales. Merci à vous.
Frédéric Valletoux