Les discours de passation de Michel Barnier et François Bayrou en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Chère François, il fait une fraîcheur roborative qui nous rappelle celle du Béarn ou de la Savoie. En tout cas, M. le Premier ministre, cher François, bienvenue. Et mes premiers mots seront évidemment pour vous dire mes voeux personnels et amicaux. Nous nous connaissons depuis longtemps pour l'action que vous allez désormais engager avec votre nouveau gouvernement. Je sais depuis longtemps, en effet, votre ténacité et votre engagement pour notre pays et pour l'Europe. Mesdames et Messieurs, notre pays est dans une situation inédite et grave.
Je savais depuis le premier jour, le 5 septembre, que le temps de mon gouvernement était compté, sous la menace d'une alliance improbable entre des forces politiques que tout oppose, mais réunis dans des circonstances, dans une volonté de blocage et de confusion. Ce temps très bref, nous avons essayé de l'utiliser au mieux. Avec le gouvernement, nous avons remis l'État en marche après les trois mois de turbulences qui ont suivi la dissolution de l'Assemblée nationale. Nous l'avons fait méthodiquement et sérieusement, dans tous les domaines, avec des ministres engagés, des fonctionnaires motivés, et en cherchant toujours le dialogue en particulier avec le Parlement.
Nous avons lancé des chantiers et commencé à mettre en œuvre les engagements pris pour les agriculteurs, pour la sécurité, pour l'hôpital et la santé mentale, dont j'avais proposé, dont j'ai proposé qu'elle soit une grande cause nationale en 2025, pour la simplification administrative qui est tant attendue par tant d'entrepreneurs, pour l'environnement et la prévention des risques qui se multiplient, pour la maîtrise de l'immigration, et pour tant d'autres chantiers encore. Des engagements qui pourront, je l'espère, monsieur le Premier ministre, être confirmés, poursuivis, consolidés. Nous avons proposé un budget, un budget difficile, ou tout était difficile, pour réduire notre déficit.
Et avec une majorité de parlementaires, en particulier au Sénat, nous étions proches d'un accord équilibré. Ce déficit n'a pas disparu, comme par enchantement d'une motion de censure. On aurait tort d'oublier ce déficit et la dette qui l'accompagne, faute de quoi ils se rappelleront brutalement à nous tous. Une telle dette, un tel déficit, ce sont des impôts pour nos enfants. Nous avons enfin tenté de faire de la politique autrement, avec peu d'effet d'annonce, en parlant moins, en agissant plus, avec de l'écoute, du dialogue, du respect, notamment envers les organisations syndicales et professionnelles que je veux remercier, avec les élus locaux et tout simplement avec les Français.
Je continue à croire que notre pays a besoin de vérité, d'apaisement, de dignité, de réconciliation. Notre pays a aussi besoin de justice. Trop de Français ont aujourd'hui le sentiment que leurs préoccupations quotidiennes ne sont pas prises en compte par les gouvernants. Ils ont le sentiment de ne pas être considérés, parfois même d'être oubliés. Oui, je redis ici ma conviction, qui est ancienne, que chaque homme, chaque femme est nécessaire et que chaque citoyen a une valeur ajoutée pour notre République. Je crois profondément et depuis toujours que la politique doit servir à construire un progrès collectif, souvent de petits progrès, parfois de grands progrès, pour nos compatriotes.
Cette politique, elle ne doit pas se réduire, et elle ne peut pas se réduire à un champ de manœuvre dans une sorte d'entre-soi d'où les citoyens sont exclus. Et pour cela, je le dis aux Français qu'ils vivent dans l'Hexagone, qu'ils vivent dans nos Outre-mer, qu'ils vivent à l'étranger. Je dis en particulier aux plus jeunes de nos compatriotes, il faut vous engager. Il faut vous engager au service de l'intérêt général. En politique, mais aussi dans une association, dans un syndicat, à travers le bénévolat, qui est le ciment essentiel de notre République. Voilà.
Monsieur le Premier ministre, je vous remercie naturellement le président de la République, Emmanuel Macron, les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, Gérard Larcher, Yael Brown-Pivet, les membres du gouvernement et leurs équipes, toutes leurs équipes. Évidemment, mon cabinet, qui a été formidable, et tous les services de Matignon, que je salue collectivement. Tous et chacun, vous pouvez être fiers de votre travail. J'ajoute peut-être enfin un mot plus personnel de remerciement à mon épouse Isabelle, à mes enfants et à toute ma famille, qui a été solidaire. En ce qui me concerne, je reste un citoyen engagé pour la République, pour notre patrie, pour l'unité de l'Europe.
Je reste, et je resterai au service des Français et du côté des Français.
Monsieur le Premier ministre, cher Michel, vous avez dit que nous nous connaissions depuis longtemps. C'est absolument vrai. Notre premier engagement ensemble, c'était dans un mouvement qu'on appelait les rénovateurs. Et en effet, c'est une tâche qui est encore devant nous aujourd'hui. Je veux commencer en vous exprimant un sentiment de gratitude.
Gratitude de citoyen pour le risque que vous avez pris de vous engager dans cette fonction, pour avoir affronté la difficulté des temps, et Dieu sait que cette difficulté des temps est importante, pour le désintéressement que vous avez manifesté qui donne de l'engagement politique une image que vous et moi et beaucoup de millions de Français nous aimons. Et donc, je voulais vous dire merci pour cet engagement et pour ce risque. Alors, je ne serai pas très long pour ne pas m'exposer à des incidents que je redouterais, étant donné votre verve. Je veux dire des choses très simples. La première de ces choses, c'est que nul plus que moi ne connaît la difficulté de la situation.
J'ai pris des risques inconsidérés dans ma vie politique pour poser dans les élections les plus importantes, dans les échéances électorales essentielles, la question de la dette et des déficits. J'ai même conduit des campagnes présidentielles sur ce thème et tout le monde, nous en disions un mot avec le sourire tout à l'heure, tout le monde disait « mais il est complètement fou, on ne fait pas une campagne sur la dette ».
Eh bien, je crois que cette question-là, déficit et dette, c'est une question qui pose un problème moral, pas un problème financier seulement, un problème moral, parce que se débarrasser de ces charges sur ces enfants dans les pays comme les nôtres, dans les pays de montagne, d'enracinement, c'est très mal vu, à juste titre. Et donc, votre message sur la gravité de la situation, je le reçois et je le partage. C'est le premier point. Et c'est pourquoi, devant une situation d'une telle gravité, ma ligne de conduite sera de ne rien cacher, de ne rien négliger et de ne rien laisser de côté.
Je sais que la tentation est dure, écoutez, prenez, un ou deux sujets, concentrez-vous là-dessus et laissez faire le reste dans la médiocrité. Je ne choisirai pas cette ligne. Je pense que nous avons le devoir, dans un moment aussi grave pour le pays, pour l'Europe et devant tous les risques de la planète. Nous avons le devoir d'affronter les yeux ouverts sans timidité la situation qui est héritée de décennies entières dans lesquelles on n'a pas regardé comme nécessaire et urgent la recherche des équilibres sans lesquels on a du mal à vivre. disons simplement que les dernières années, l'accumulation de crise a été telle que les explications sont parfaitement compréhensibles.
Je veux dire simplement que j'ai deux obsessions. La première obsession qui est pour moi un des risques les plus graves, c'est le mur de verre qui s'est construit entre les citoyens et les pouvoirs. Entre la base, les femmes et les hommes, les familles, ceux qui travaillent, ceux qui cherchent du travail, ceux qui sont à la retraite, ceux qui mènent la vie des Français dans le voisinage, ceux qui affrontent des difficultés dont ils ne voient pas le relais dans la vie publique. Ce mur de verre, cette séparation, cette rupture, pour moi, c'est un ennemi à combattre.
Et notamment, la compréhension de ce que nous disons, les mots qu'on utilise pour décrire la situation, les éléments de langage, comme on dit. Si je peux, j'ai une absolue conscience de la difficulté de la tâche. Si je peux, j'essaierai de débarrasser notre vie publique et nos débats des paroles artificielles, des mots dont on a le sentiment qu'ils étaient écrits bien avant qu'on les prononce, et d'ailleurs, qu'on aurait pu deviner à l'avance ce que ceux qui les prononcent allaient dire. Ça, c'est le premier point. et le deuxième point qui était l'essentiel de la promesse du président de la République élu en 2017.
Ce que le président de la République élu avait porté devant les Français, c'était l'idée qu'on ne pouvait pas se trouver devant un destin dont on n'était plus maître et dans lequel on n'avait aucune chance de progression. et c'est pourquoi naturellement je pense à l'école dont je me suis occupé pendant des années et qui n'a pas cessé d'être dans ma vie un point fixe. L'idée que parce qu'on est né dans un quartier ou dans un village, on aurait tort d'oublier les villages. Parce qu'on est né dans un quartier ou dans un village, parce qu'on porte un nom parce qu'on pratique une religion ou qu'on est attaché à cette religion. L'idée que en réalité, les portes ne sont pas ouvertes pour vous.
L'idée que c'est ceux qui ont les codes qui savent comment se diriger, ceux-là connaissent la carte et ont la boussole pour se diriger dans la vie. Et si vous ne les avez pas, cette carte et cette boussole, ces connaissances, ces réseaux, ces moyens, alors vous vous trouvez aujourd'hui, je le crains dans une situation qui est moins ouverte qu'elle ne l'était il y a quelques décennies. Et pour moi, ceci est insupportable. Je viens de là. Je viens de... au pied des Pyrénées, bleu. Je viens de milieux sociaux et de villages et j'ai fait toute ma vie sans les quitter. Je viens de milieux sociaux et de villages qui n'ont pas la chance d'être protégés, favorisés.
Je trouve que notre devoir de citoyen, de père de famille, de... notre devoir de républicain, c'est que nous soyons obsédés pour rendre des chances à ceux qui n'en ont pas. C'est pour moi un devoir sacré et je n'ai pas l'intention de le négliger. C'était la promesse du président de la République et c'est à cette promesse que je compte être fidèle dans les fonctions si difficiles que vous me transmettez. Je sais que les chances de difficulté sont beaucoup plus importantes que les chances de succès.
Je n'ignore rien de l'Himalaya qui se dresse devant nous de difficultés de toute nature, la première et budgétaire naturellement, puis politique et puis de l'éclatement de la société où nous sommes. Je sais tout ça. je pense qu'il faut essayer et je pense que si on essaie, peut-être pourra-t-on trouver un chemin inédit et ce chemin, en tout cas, je sais de quoi il est marqué. Il est marqué de la volonté de réconciliation. Il se trouve que, comme tout le monde l'a noté, c'est aujourd'hui l'anniversaire de la naissance d'Henri IV. Comme vous savez, c'est un ami pour moi. Un des seuls amis que j'ai eus toute ma vie et un des seuls qui m'est vraiment donné un coup de main.
Je lui ai consacré beaucoup de livres et c'est une figure très importante. Il a fondé sa rencontre avec la France dans des temps aussi difficiles et plus difficiles que ceux que nous vivons aujourd'hui. il a fondé cette rencontre sur la nécessité de sortir des guerres stupides ou des guerres secondaires pour se retrouver sur l'essentiel qui est l'avenir du pays. Si je peux, à mon tour, j'essaierai de servir cette réconciliation nécessaire. Et je pense que c'est là le seul chemin possible vers le succès. Merci de votre présence et de votre amitié. Merci.
François Bayrou