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interviewyoutube.com· 17 février 2013 13 min

BFM Politique : l'interview de Bruno Le Maire par Olivier Mazerolle - 17/02

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:15
Présentateur

Bonsoir Bruno Le Maire. Vous publiez chez Gallimard ce livre « Jour de pouvoir ». C'est un récit sur les deux dernières années de la présidence de Nicolas Sarkozy. Vous étiez son ministre de l'agriculture et vous ne restituiez à Nicolas Sarkozy plus vrai que nature. On a l'impression de le voir, de l'entendre. Tellement votre récit est fidèle à la réalité. Un Sarkozy avec son coup d'œil, une sacrée vision sur les événements et en même temps, il faut bien le dire, ses approximations également. Mais je voudrais vous donner une de ses réflexions qui porte sur le pouvoir des politiques.

Nicolas Sarkozy vous dit un jour, vous êtes plusieurs ministres là, et puis vous savez, la vraie question que se posent des gens, la seule, c'est est-ce que ces cons là-haut, ils ont encore pris sur les événements ? Voilà la vraie question. Donc il faut montrer qu'on a pris sur les événements. On a pris sur les événements quand on fait de la politique ?

1:16
Bruno Le Maire

Je crois que c'est effectivement devenu la vraie question et que pour beaucoup de gens en France, les responsables politiques, ce sont des guignols. C'est-à-dire qu'ils s'agitent dans leur théâtre, ils se battent entre eux à coups de battes de bois, mais ils n'ont plus prise sur la réalité. Et je crois que pour tout jeune responsable politique, la question qu'on doit se poser, c'est comment est-ce qu'on reprend prise sur la réalité ? Comment est-ce qu'on arrive à associer les citoyens aux décisions pour que vraiment nous puissions changer les choses sur les questions principales qui sont le chômage, l'emploi, l'avenir des jeunes, les délocalisations ? C'est ça la vraie question.

Sinon, nous resterons un théâtre de guignols.

1:52
Présentateur

Alors on va essayer de parler de tout ça durant cette émission. Bon, l'actualité de la semaine nous mène tout droit à l'action politique avec la crise du cheval, de la viande chevaline, le scandale. Le gouvernement a agi très vite, a retiré son agrément à la société Spanguero. C'était justifié ? Pas trop rapide ?

2:12
Bruno Le Maire

On verra si la décision n'a pas été trop hâtive, puisqu'ils ont une réunion demain. En tout cas, moi, ce qui me frappe, c'est à quel point cette affaire est grave. Et dès le week-end dernier, j'avais alerté sur la gravité de cette situation et sur les conséquences qu'il fallait en tirer. À la fois sur la traçabilité des aliments et puis sur l'étiquetage des produits industriels. Moi, je me suis battu comme ministre de l'Agriculture pour qu'on ait un meilleur étiquetage de ces produits industriels, que les gens sachent d'où viennent les produits qu'ils consomment, comment ils ont été réalisés, dans quelle région, et même de manière encore un peu plus précise, dans quel lieu de cette région.

Et puis, on a à chaque fois une opposition très forte des industriels, des intérêts économiques, parfois des intérêts financiers, qui disent « ça coûte trop cher, c'est pas la peine, c'est techniquement trop compliqué, on ne le fera pas ». Et c'est quand on va y arriver ? S'il y a une leçon à tirer de cette affaire, c'est que dans les prochaines semaines, la Commission, avec, je l'espère, le soutien des États membres, va s'engager à un étiquetage plus précis de ces produits cuisinés qui sont vendus aux consommateurs. Elle a même recommandé des tests ADN. – Oui, mais les tests, ça permettra de savoir qui est responsable, très bien.

Moi, ce que je crains toujours dans ce genre d'affaires, c'est qu'on se limite à retrouver les responsables, ça c'est nécessaire, on doit les retrouver et on doit les sanctionner. Mais on doit aussi en tirer toutes les conséquences sur la chaîne alimentaire. Comment est-ce que l'on garantit une meilleure sécurité sanitaire aux consommateurs ? Comment est-ce qu'on garantit une meilleure traçabilité ? Et comment est-ce qu'on leur donne l'origine des produits ? Les gens ont le droit de savoir, quand il y a marqué « viande de bœuf », si c'est de la viande de bœuf française ou de la viande de bœuf hongroise ou de la viande de bœuf irlandaise. On doit donner l'indication de l'origine des produits.

– C'est compatible avec les règles européennes ? – À chaque fois, la réponse qu'on vous donne, c'est « c'est pas compatible avec le droit de la concurrence ». L'Union européenne ne peut plus être fondée exclusivement sur le droit de la concurrence. Elle doit changer. Moi, ce que je souhaite, c'est qu'on privilégie l'intérêt des consommateurs et aussi derrière, parce qu'on en parle assez peu malheureusement, l'intérêt des producteurs. C'est l'intérêt de nos producteurs bovins, de nos producteurs porcins qu'on indique précisément sur l'emballage. Voilà, cette viande bovine, elle vient de France. – Donc le gouvernement a plutôt bien agi jusqu'à présent ? – On verra, moi je jugerai le résultat.

– Premier jour ? – Pour le moment, vous savez, quand on est en situation de crise, ce qui compte pour moi, c'est qu'on trouve des solutions, c'est pas de taper gratuitement sur le gouvernement. – Donc plutôt, pour l'instant, ils agissent plutôt bien ? – Je les trouve très nombreux à agir. Ça, c'est une remarque à part sur tous les sujets. À force d'avoir un gouvernement pléthorique de 37 membres, on a toujours l'impression qu'ils se marchent un peu sur les pieds.

4:40
Présentateur

– Mais pourquoi vous ne pouvez pas dire, bon, voilà, sur cette affaire-là, ils ont plutôt bien agi ?

4:44
Bruno Le Maire

– Mais s'ils obtiennent, je jugerai au résultat. Moi, je veux une meilleure traçabilité européenne et je demande un étiquetage plus précis des aliments.

4:51
Présentateur

– Sur les rythmes scolaires, c'est le monde à l'envers. On ne comprend plus rien du tout. On voit la droite maintenant appuyer les instituteurs et les enseignants qui disent qu'on ne veut pas d'une réforme, alors que tout le monde trouvait que ce passage à 4 jours et demi était plutôt une bonne réforme, que c'était pour le bien des enfants.

5:10
Bruno Le Maire

– Moi, je ne crois pas que ce soit une bonne réforme. Et je crois que la manière dont elle a été mise en œuvre, c'est-à-dire comme très souvent de la part des socialistes, de manière autoritaire, de manière administrative, sans consulter ceux qui sont directement concernés, c'est-à-dire les professeurs des écoles, les instituteurs, ça ne peut pas marcher. Si vous ne consultez pas, si vous n'associez pas ceux qui sont directement concernés, ça ne marchera pas. – Il dit qu'il a consulté, Vincent Payon. – Ce n'est pas visiblement l'avis des instituteurs ou des professeurs des écoles.

5:35
Présentateur

– Vous voyez qu'il n'y a pas de corporatisme du côté des enseignants ?

5:37
Bruno Le Maire

– Ce n'est pas l'avis non plus, je vais vous dire, de tous les maires des petites communes et des communes moyennes, à qui on dit qu'il va falloir que vous vous débrouillez pour trouver 1h30, pour garder les enfants à l'heure du déjeuner. Débrouillez-vous. En matière de ramassage scolaire, il va falloir que vous vous débrouillez, vous les départements, pour garantir un meilleur ramassage scolaire sur la semaine de 4 jours et demi. Si ça coûte un peu plus cher, vous vous débrouillerez. Tout ça n'est ni fait ni à faire. – Mais ce n'est pas mieux 4 jours et demi que 4 jours ?

– Je pense qu'il y avait d'autres solutions, notamment le raccourcissement des vacances d'été, qui sont trop longues, et de toutes les manières. Quand vous agissez comme ça dans la précipitation, sans consulter ni les maires des communes, pour qui ça coûte cher, c'est compliqué à mettre en œuvre. Et on n'apporte aucune solution. On leur dit, c'est comme ça, il n'y a pas à discuter, vous vous débrouillez, vous trouvez des cars pour transporter des gamins, vous trouvez les moyens d'assurer la garde des gamins, ils ne savent pas faire.

Et de l'autre côté, moi je pense effectivement aux professeurs des écoles et aux instituteurs, que l'on n'a pas suffisamment consulté, et qu'ils disent, nous on ne sait pas faire.

6:34
Présentateur

Je les comprends parfaitement. – À droite, vous êtes heurté au corporatisme des enseignants, et subitement de vous voir les appuyer, ça surprend quoi.

6:42
Bruno Le Maire

– Que vous me voyez soutenir les enseignants, ça ne devrait pas vous surprendre. J'ai été moi-même enseignant. Je pense simplement que l'éducation nationale demande une réforme beaucoup plus en profondeur, et des changements beaucoup plus importants que la simple question des rythmes scolaires, et que sur cette question des rythmes scolaires, malheureusement, la réforme a été bâclée. C'est ni fait, ni à faire, ni les maires, ni les professeurs, ni les instituteurs n'ont été associés.

7:08
Présentateur

– Tout à fait autre chose dans l'actualité. Lundi dernier, le monde a été stupéfait par l'annonce de Benoît XVI, qu'on réécoute.

7:15
Invité

– Après avoir fait à plusieurs reprises mon examen de conscience devant Dieu, j'en suis venu à la certitude que mes forces, dues à mon âge avancé, ne sont plus adaptées à l'exercice adéquat du ministère pontife. Dans le monde d'aujourd'hui, les forces de l'esprit et du corps sont nécessaires, des forces qui pour moi se sont détériorées ces derniers mois. Pour cette raison, en toute conscience de la gravité de mon acte et en toute liberté, je déclare renoncer au titre d'évêque de Rome, successeur de Saint-Pierre.

7:49
Bruno Le Maire

– Belle leçon d'humilité. – Belle leçon d'humilité et belle leçon de sagesse, surtout. Quand on est pape, c'est une responsabilité lourde. Je trouve que reconnaître qu'on ne peut pas assumer cette charge jusqu'au bout, c'est une leçon d'humilité, c'est une leçon de sagesse. Il se trouve que j'ai eu la chance de rencontrer Jean-Paul II dans la dernière année de sa vie. Et j'avais vu un homme très diminué physiquement, qui lui avait fait un choix différent, qui était de porter sa charge jusqu'au bout. Je trouve que le geste de Benoît XVI est un geste qui mérite le respect.

8:23
Présentateur

– Alors vous en parlez de Benoît XVI dans ce livre, parce que Nicolas Sarkozy l'a rencontré, vous dites même… – Il l'apprécie beaucoup. – …qu'il en parle comme un gamin qui a croisé son idole. Un gamin, ça ne doit pas trop lui plaire, Nicolas Sarkozy. Et il dit, ah j'ai demandé au pape pourquoi il croyait, il m'a répondu parce que c'est raisonnable. Et effectivement, c'est le corps même de l'enseignement de Benoît XVI. La foi est raisonnable.

8:43
Bruno Le Maire

– Oui, ce qui est peut-être plus surprenant, c'est de savoir, mais on l'apprend dans le livre, que Nicolas Sarkozy a eu des discussions assez approfondies avec Benoît XVI sur la foi. Et je relate effectivement dans ce livre une discussion avec Nicolas Sarkozy sur la foi, Benoît XVI et le pari pascalien. – Oui. – Et Nicolas Sarkozy croit au pari pascalien et me dit, dans cet avion qui nous transporte, je ne sais plus dans quelle exploitation rurale, moi je crois au pari de Pascal, faire le choix de la foi, c'est un choix raisonnable. – Raisonnable parce qu'il dit… – Parce qu'on ne sait jamais.

9:14
Présentateur

– Parce qu'il y a peut-être un truc après, donc on ne sait jamais, donc ça restreint l'exercice du pouvoir. – Exactement. – Ça ramène un peu sur Terre. – La Tunisie, et hier encore, il y a eu une manifestation du parti islamiste, Enarda, pour défendre le pouvoir actuel. Et on est donc là, à la croisée des chemins dans les printemps arabes. Il y a eu la Libye, la Tunisie, l'Égypte, on se pose des tas de questions au sujet de la Syrie. Et là, dans ce livre, vous rapportez la réflexion de Nicolas Sarkozy qui dit, mais c'est une inflexion majeure dans la politique étrangère de la France. Jusqu'alors, on avait fait le pari de la stabilité.

Maintenant, on fait le choix des peuples plutôt que le choix de la stabilité. Quand on voit tout ce qui se passe à l'heure actuelle, c'est un bon choix ?

10:00
Bruno Le Maire

– Moi, je crois que c'est un bon choix de faire le choix des peuples et de soutenir les mouvements qui aspirent à plus de liberté. C'est conforme, je pense, à ce qu'est le génie français et à ce que sont les traditions françaises. Ensuite, moi, je ne cache pas mon inquiétude profonde sur le développement des mouvements islamistes, que ce soit en Tunisie, que ce soit en Égypte, autour des frères musulmans. Tout ça est profondément préoccupant. Et je crois que c'est l'intérêt, non seulement de la France, mais de l'Europe tout entière, de rappeler de manière très claire ces principes. Nous sommes opposés à tout islamisme radical.

Et nous sommes prêts à appuyer tous ceux qui combattront l'islamisme radical. On ne doit pas faire preuve de mollesse sur ces sujets-là. Pas faire preuve de trop de compréhension, d'explication. Il y a des principes qui doivent être respectés. Tous ceux qui ont fait la révolution en Tunisie et dont la liberté est volée aujourd'hui, est bafouée par les islamistes radicaux. Nous devons être de leur côté.

10:55
Présentateur

– Allez, on revient en France. Paris, la capitale. Eh bien, l'UMP a une candidate qui défraie la chronique. C'est Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle a dit qu'elle allait déménager avec un ticket de train RER de Longjumeau jusqu'à Paris. Bon, il y a Rachida Dati aussi qui veut se présenter. Il va y avoir des primaires. Ça peut être sanglant, non ?

11:18
Bruno Le Maire

– Moi, j'espère que ce sera des primaires pacifiées. Nous n'avons pas le droit, quand je dis nous, c'est l'actuelle opposition de droite républicaine, à la moindre querelle de personnes. Ça nous est interdit. Les militants ne nous le pardonneront jamais. On a vu ce que ça donnait, les querelles. On a été bien placés pour le savoir. On a donné un spectacle lamentable pendant la dernière élection de l'UMP. Qu'il y ait des primaires, si c'est nécessaire, pour départager les candidats, très bien. Qu'il y ait des querelles de personnes, jamais. Qu'il y ait des débats de fond, projet contre projet, sur l'avenir de Paris, très bien.

Qu'il y ait des petites phrases, des petites pics, des remarques assassines entre les uns et les autres, jamais. – Mais vous avez peur que ça dérape ? – Non, j'ai fait confiance à chacune des candidates ou chacun des candidats pour être responsable. Moi, j'ai indiqué qu'Étel Nathalie Kosciusko-Morizet, à mes yeux, était une très bonne candidate. Je pense que Nathalie Kosciusko-Morizet correspond au profil de la capitale, correspond au profil de Paris. Et je vous redis ma conviction profonde, la droite va gagner Paris. Et derrière Nathalie Kosciusko-Morizet, si nous arrivons à nous rassembler tous, nous pouvons créer la surprise.

Chacun voit bien qu'il y a une usure à Paris, que l'ère de la Noé finit, que la succession est toujours très compliquée, qu'il y a un certain nombre de projets qui sont contestés. nous avons une occasion historique de reprendre Paris. Alors, sachons-nous rassembler. Mettons-nous derrière la candidate qui aura les faveurs des militants et des sympathisants et faisons preuve d'un peu de solidarité. Si la droite, pour une fois, pouvait montrer qu'elle est capable d'être solidaire, de travailler de manière coopérative plutôt que d'être toujours divisée, ce sera un sacré progrès.

12:54
Présentateur

La TNKM, ça peut être raisonnable. Je l'espère. Eh bien, écoutez, on va reparler de l'UMP plus abondamment dans la prochaine séquence qui est celle du reportage. On va voir si vous pouvez surmonter l'absence de Nicolas Sarkozy. A tout de suite. Sous-titrage Société Radio-Canada