Appel de Marine Le Pen : un calendrier accéléré ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Voici la réponse de de Gaulle. En 48, il faisait l'éloge de la dissolution et pas du tout la critique du gouvernement des juges. - A.-E.Lemoine: On a encore tenté de faire dire n'importe quoi au général de Gaulle. - J.-P.Raffarin: Ca fait un moment que ça dure, ça.
Tout le monde y joue sa part. Je ne fais pas partie de ceux qui sont dans la très grande tristesse aujourd'hui. Je suis frappé de voir que notre démocratie, personne ne s'y intéresse.
En général, on ne va même pas voter. On a des maires qui sont élus avec des taux de participation très faibles. On voit un régime autoritaire qui se développe partout et nos démocraties abîmées.
On a un bon sujet: comment défendre la démocratie? Il y a 3 principes qui sont très clairs. D'abord, la loi.
On n'est pas obligé d'être d'accord, mais on est obligé de la respecter. La loi, c'est la majorité. Naturellement, on n'est pas forcément d'accord avec une loi, parce que les minorités ont aussi des lois dans ce pays, mais la loi se respecte.
Ceux qui la défendent doivent être défendus et protégés. Ca ne se discute pas. La loi doit être appliquée.
Il n'y a pas de discussion. Quand j'étais plus jeune, on me disait toujours: "Nous, responsables politiques, on ne commente pas une décision de justice." Je me souviens qu'il ne fallait pas commenter la décision de justice concernant A.Juppé.
On ne commentait pas. C'est un 1er point. La loi, elle se respecte.
Ceux qui l'ont prise se respectent aussi parce qu'ils le font au nom du peuple. Ensuite, par nécessité, une décision de justice peut avoir un impact politique. Ce n'est pas la 1re fois que je vous parle d'A.Juppé ou de D.Strauss-Kahn.
Qu'il y ait un impact politique, ça fait partie de la décision de justice. Ce n'est pas la justice qui choisit les calendriers. Pour D.Strauss-Kahn, il y avait des circonstances.
Que ça ait un impact sur la politique, ce n'est pas un scandale en soi. Naturellement, elle gère des calendriers. S'il y a un assassinat à la veille d'une élection, on doit prendre une décision de justice.
Qu'il y ait un impact politique, ce n'est pas en soi quelque chose de condamnable. 3e principe, la loi, ça se change. On n'est pas d'accord avec la loi, la loi a un processus.
Elle n'est pas éternelle. Il y a une Assemblée nationale. Je trouve qu'il y a des choses intéressantes sur la notion d'appel.
Ca fait partie de notre droit. Vous êtes condamné en première instance, mais vous êtes présumé innocent. S'il y a une décision exécutoire, aux yeux du peuple...
Je me souviens du maire de Toulon qui démissionne lors d'une décision exécutoire. - A.-E.Lemoine: C'est cette mesure d'exécution provisoire qui fait le plus débat.
E.Ciotti propose de la supprimer. - J.-P.Raffarin: Je pense que quand il y a des risques sérieux de récidiver, il faut bien empêcher la personne de récidiver.
La justice, si elle a fait ça, c'est qu'elle avait ses raisons. Je pense que cette loi n'est pas bien faite. Elle devrait être revue, en effet.
Ca, c'est un débat parlementaire. Respectons nos institutions. On a un débat, une majorité.
Je n'ai pas entendu ceux qui se plaignent du jugement se plaindre de cette loi. - A.-E.Lemoine: M.Le Pen défendait cette loi. - J.-P.Raffarin: C'est quelque chose qui est très important, je crois.
La démocratie, c'est la lutte contre l'arbitraire. Il faut qu'on ait, à un moment, des principes de décision qui se remettent en cause. C'est pour ça que la décision exécutoire reste ambigue.
C'est une première instance. On a droit à 2 instances. On peut éviter l'arbitraire comme ça.
Je trouve qu'il y a un certain nombre de circonstances...
Sur le maire de Toulon, que je connaissais bien, qui est un type bien, cette sanction populaire...
Il doit abandonner alors qu'il peut faire appel. Aux yeux de tout le monde, il est condamné. Il y a quand même une réflexion à avoir.
C'est une réflexion politique dans le cadre démocratique. Ce n'est pas des insultes, un débat de brutalité. C'est des principes démocratiques.
Protégeons nos institutions. Nous sommes entourés de gens qui n'ont pas d'institutions et qui prônent l'arbitraire. - A.-E.Lemoine: Est-ce qu'on protège la démocratie quand on entend des discours, au sein de l'Assemblée nationale, de la part du RN, qui dénoncent la tyrannie des juges, une violation de l'Etat de droit? - J.-P.Raffarin: Je pense que ce ne sont pas des inquiétudes démocratiques.
Je pense qu'il y a une évolution à l'Assemblée nationale et une présence de la brutalité verbale. Je pense que la violence monte dans notre société. Ca devient de plus en plus banal.
Remarquez combien l'idée de guerre, qui dans ma génération était une idée inacceptable, une idée impensable...
Personne ne pensait que la guerre pouvait revenir. Aujourd'hui, la banalisation de la guerre est en train de s'installer. La guerre et la violence sont des soeurs jumelles.
On banalise la destruction de l'autre. Quand je vois de la violence au Parlement, je suis profondément choqué. Vis-à-vis de l'opinion publique, on considère la violence comme quelque chose de banal.
Ce n'est pas une voie d'expression. - A.-E.Lemoine: Est-ce que les juges ont pris une décision politique hier? - J.-P.Raffarin: Ils ont appliqué la loi.
Il y a une loi. J'étais avec J.Chirac d'un bout à l'autre sur ces questions. - A.-E.Lemoine: L'application d'inéligibilité immédiate n'était pas prévue.
Elle est laissée à l'appréciation des juges. - J.-P.Raffarin: C'est pour ça que si on pouvait avoir la peine dans un calendrier électoral qui ne remette pas en cause la candidature de madame Le Pen, ce serait mieux.
Je crois que c'est une décision qui appartient à la justice, mais qui irait dans le bon sens. Il faut qu'on respecte les lois et qu'on en revienne à ce principe républicain: on ne commente pas une décision de justice. - A.-E.Lemoine: Donc F.Bayrou a eu tort de faire part de son trouble? - J.-P.Raffarin: Ca aurait pu être un projet de loi, une discussion dans le cadre des institutions.
Quand je vois aussi les soutiens à l'étranger...
C'est tous les brutaux qui font de l'arbitraire et de la brutalité...
Je suis contre l'escalade de la brutalité. La violence ne conduit nulle part. Quand je vois de la violence, je dis que ça ne sert à rien de monter les peuples les uns contre les autres.
Il y a un moment où il faut s'apaiser. La violence ne conduit nulle part. Pourquoi on fait de la politique?
Pourquoi il y a des institutions? C'est pour éviter que les gens se battent. Les règles sont changeables.
Si les règles n'étaient pas changeables, on serait destinés à avoir une loi qui s'impose, mais on a un Parlement qui peut changer les règles. Faisons en sorte que, quand on n'est pas contents...
Si on veut vraiment que les lois changent, on va voter, on participe à la démocratie et on la respecte. - A.-E.Lemoine: Vous vous félicitez de l'accélération du calendrier de la cour d'appel qui envisage ce procès à l'été 2026.
Les délais pour des affaires similaires ont dépassé les 2 ans. Est-ce que M.Le Pen reste une justiciable comme les autres, avec un calendrier judiciaire qui a été avancé? - J.-P.Raffarin: Elle ne peut pas être considérée comme une justiciable comme les autres à la veille d'une élection présidentielle.
On doit veiller, dans l'exercice du calendrier, à ce que les choses soient compatibles. On dit qu'on ne change pas une loi électorale avec un certain délai, je pense qu'il faut un certain délai. Ca fait suffisamment longtemps que madame Le Pen est dans le paysage politique pour qu'on soit informé qu'elle doit avoir sa place dans ce débat.
Si la justice confirme...
Une décision de justice, je la respecterai. - E.Tran Nguyen: Vous êtes plutôt contre cette peine d'inéligibilité concernant M.Le Pen? - J.-P.Raffarin: Non.
Je suis contre la décision exécutoire. Je pense qu'après une 1re instance, d'une manière générale, on est présumé innocent jusqu'à la 2e instance. Là, on est dans une situation tout à fait ambiguë.
On peut faire appel sur certains sujets, mais il faut exécuter quelques autres. Pour l'opinion publique, vous êtes condamné parce que vous êtes obligé de démissionner. Même si vous pouvez faire appel et gagner après, l'opinion publique considère que vous avez été sanctionné parce que vous devez démissionner.
C'est là qu'il y a une ambiguïté. Il vaudrait mieux traiter cette ambiguïté. Dans la démocratie, pour traiter une ambiguïté, on fait un projet de loi.
Le maire de Toulon, c'était il y a 2 ou 3 ans. On a eu le temps de faire un autre texte. - E.Tran Nguyen: Ces critiques ont poussé le procureur général de la Cour de cassation à réagir ce matin sur RTL. - Ce qui est inadmissible dans cette affaire, ce sont les attaques très personnalisées contre les magistrats et les menaces.
Des menaces qui peuvent d'ailleurs faire l'objet de poursuites pénales. On ne peut pas, dans un Etat de droit, dans une démocratie, s'en prendre directement aux juges et les menacer. Il y a eu des pressions, des critiques, voire des menaces sur les procureurs.
Maintenant, c'est sur les juges. Il faut absolument que les magistrats, dans ce pays, puissent faire leur travail, rendre leur office dans la sérénité et sans être exposés à titre personnel. - E.Tran Nguyen: Ces attaques autour du travail des juges, on les a aussi beaucoup entendues il y a quelques jours après les réquisitions contre N.Sarkozy.
Il y a cette petite musique qui monte en France sur une défiance de la justice, une décision de justice qui serait peut-être politisée. - J.-P.Raffarin: Je pense que les magistrats doivent être respectés.
Il a tout à fait raison. Ils font ça au nom du peuple, au nom d'une loi. Si on n'est pas content, c'est la loi qui doit être la cible.
Je pense vraiment que c'est une faute. Il peut y avoir des magistrats qui ne sont pas corrects, des chefs d'entreprises qui ne le sont pas avec des syndicalistes...
Il y a des imperfections partout. Globalement, on doit respecter ceux qui appliquent la loi. Si on conteste ceux qui appliquent la loi, on est dans un pays qui va vers son plus grand désordre.
Avec notre tempérament un peu chaud, on va vers des attitudes subversives. Je pense qu'il faut calmer tout ça et respecter nos institutions. C'est un 1er point.
Il peut y avoir des débats. Quand on condamne quelqu'un après avoir écouté un avocat, c'est quelque chose qui me choque un peu. Moi, je changerais la loi.
On peut avoir des désaccords. Dans l'affaire des écoutes de N.Sarkozy, il y a eu des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord.
Dans une démocratie, on a le droit de ne pas être d'accord avec la loi, mais on doit la respecter et l'appliquer. Si on n'est pas d'accord, on essaye de la changer. C'est le principe démocratique.
Dans des décisions, on peut dire qu'on a des positions qui ne sont pas les mêmes, mais dans ce cas-là, on propose une loi. Je pense que je n'aurais pas voté ce type de choses. On peut Avoir cette idée-là, mais naturellement...
Les parlementaires, ce sont les premiers qui doivent respecter le gendarme, l'instituteur, le professeur, le magistrat, ceux qui font vivre la République. Comment voulez-vous que notre République vive si ceux qui sont chargés des peuples ne respectent pas la loi? On peut avoir des désaccords et les exprimer poliment.
On peut changer la loi. Elle n'est pas éternelle. On fait tout ça dans l'ordre.
On ne prend pas les gens en faisant des procès individuels. Ca peut être aussi des journalistes. Quand ce n'est pas la loi, on a des éthiques personnelles.
On a inventé la politique pour apaiser. Contester tout ça, c'est faire l'autoroute de la violence. - A.-E.Lemoine: Et le populisme? - J.-P.Raffarin: Le populisme, c'est la violence.
Le populisme, c'est celui qui se bat contre le rassemblement. "Je veux vous gouverner, je veux vous rassembler. Je veux la majorité la plus large possible." Le populisme, c'est: "J'en prends 2 seulement, mais je vais les chauffer pour qu'ils aillent bloquer les routes.
Je radicalise les gens. Peu importe, il faut qu'ils croient tout ce que je leur dis. Il faut qu'ils me suivent." Avec 15 % de gens radicalisés, vous pouvez espérer gouverner à un moment, surtout avec des taux d'abstention très forts.
Le populisme, c'est la radicalisation et la montée de la violence. Le rassemblement, c'est plutôt le vivre-ensemble. Dans ce match, dans ce monde où les régimes autoritaires sont dominants et menaçants, il faut qu'on défende notre démocratie et il faut la défendre au nom des principes qui protègent les individus.
Elle a des imperfections et on peut les changer, mais pas par la violence. - P.Lescure: Dans cette défense de la démocratie bien comprise, il faut surtout continuer à protéger la légitimité absolue de l'élection au suffrage universel, le truc le plus important en France.
Je pense à la réflexion qu'avait dès hier le porte-parole du RN, qui disait: "Qu'importe le candidat élu à la prochaine présidentielle, il ne pourra pas revendiquer une totale légitimité." Il se plaçait dans la perspective d'une M.Le Pen empêchée.
Il faut que tout concourt à donner toute sa légitimité à l'élection présidentielle? - J.-P.Raffarin: Il est clair que les piliers de notre démocratie s'effondrent.
En plus de 50 ans de politique, je n'ai jamais eu une réunion avec d'autres démocraties...
On voit aujourd'hui que l'Allemagne a des problèmes, l'Angleterre aussi, les Etats-Unis aussi. On n'a pas cherché à se protéger, à avoir des bonnes pratiques.
Marine Le Pen