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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 30 septembre 2020 32 minActualité / polémiqueEurope & internationalDéfenseNumériqueEnvironnement & énergie

Lettonie - Conférence de presse avec le Premier ministre Arturs Krišjānis Kariņš

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 63 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 10:01OuverteRéponse directe

    Quelle était la réaction de vos collègues baltes à l'initiative de dialogue stratégique avec la Russie ? Quel résultat concret envisagez-vous ?

  • 11:00OuverteRéponse directe

    Quelle est votre réaction concernant cette initiative de M. Macron ?

  • 12:00OuverteRéponse partielle

    La Turquie est-elle responsable des affrontements au Nagorny Karabakh ? A-t-elle acheminé des combattants syriens ?

  • 13:00FerméeÉludée

    Faut-il reconfiner Paris face à la dégradation de la crise du coronavirus ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00A. K. KarinsFait
    « Nous avons signé une déclaration de la France, de la Lituanie et de la Lettonie, sur la protection des démocraties, qui démontre que les valeurs de base sont analogues entre nos pays. »
  • 4:00A. K. KarinsFait
    « On a beaucoup des entreprises qui sont petites, mais fortes, et quand on peut rapprocher de petites entreprises et de grandes entreprises, on a beaucoup de possibilités pour la création. »
  • 5:00E. MacronFait
    « Vous avez décidé à Sibiu de rejoindre l'initiative que nous avions prise à l'époque avec les Pays-Bas pour la neutralité carbone. »
  • 9:00E. MacronFait
    « Nous avons mis des sanctions qui ont eu peu d'efficacité. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-A. K. Karins : Cher Emmanuel, c'est un grand plaisir d'avoir la possibilité pour une conversation ici, à Riga, la capitale de la Lettonie.

C'est la première fois depuis presque 20 ans qu'un président de la France arrive ici, et je pense que la conversation était, comme toujours, très agréable, et nous avons beaucoup, beaucoup de points de vue qui sont très similaires. Le bout, l'Europe, une Europe forte, c'est commun pour la France et la Lettonie. Je vais continuer en letton.

Traductrice : Alors, c'était un grand plaisir de rencontrer aujourd'hui Emmanuel, ici, à Riga, la capitale de notre pays. Il fait beau temps. Donc on peut dire que vous avez apporté le soleil méditerranéen.

Parce que typiquement, en septembre, il devrait y avoir de la pluie et 10 degrés. Mais vous avez ramené du soleil avec vous. Pour nos deux pays, il existe beaucoup de choses en commun.

Nous avons travaillé au niveau européen sur les questions du changement climatique, sur le renforcement de la justice, et le combat contre la désinformation. Et nous avons signé une déclaration de la France, de la Lituanie et de la Lettonie, sur la protection des démocraties, qui démontre que les valeurs de base sont analogues entre nos pays. Et je me réjouis du fait que nous avons eu l'occasion de parcourir ces sujets, encore une fois.

Nous avons discuté sur des possibilités de coopération à grande échelle. Comme la coopération dans le domaine des hautes technologies. Ce peuvent être des technologies de quantum, 5G, et d'autres technologies de ce type, des technologies numériques.

C'est une synergie qui est possible, et qui existe déjà. Peut-être cela existe à un niveau de base, pour le moment, entre la France et la Lettonie, mais c'est une possibilité à évoluer. On a beaucoup des entreprises qui sont petites, mais fortes, et quand on peut rapprocher de petites entreprises et de grandes entreprises, on a beaucoup de possibilités pour la création, pour la créativité, et cet aspect de créativité est un atout de notre économie lettone.

Il y a 2 choses que nous voyons de manière pareille, comme le renforcement de l'UE. Le renforcement de l'UE pour l'avenir, pour être un acteur à l'échelle mondiale, dans le commerce et dans les autres domaines. Et avec une Europe forte, nous renforçons notre propre démocratie et l'indépendance.

Donc l'indépendance de tout le monde. Encore une fois, je remercie des conversations que nous avons eues lors du dîner d'hier, et de notre rencontre aujourd'hui. Et nous allons continuer notre coopération.

Nous allons trouver des moyens pour rapprocher la France et la Lettonie, et pour renforcer la société européenne que nous avons en commun. Merci. -E.

Macron : Merci beaucoup, M. le Premier ministre, cher Krisjanis, merci pour ces mots et cet accueil, et nous sommes très heureux d'avoir pu partager ce moment, en effet, de discussions libres et stratégiques dans un lieu comme celui-ci. Nous sommes collectivement en délégation, et moi-même très heureux de poursuivre aujourd'hui les échanges commencés hier soir.

Et vous l'avez dit à l'instant, de regarder comment nous pouvons faire davantage ensemble sur le plan bilatéral, ensemble dans la région, et ensemble en Europe, et avec nos voisins. Sur le plan bilatéral, le Premier ministre l'a dit, nous avons évoqué plusieurs sujets, et en particulier la volonté de renforcer nos coopérations scientifiques, technologiques et économiques sur certains sujets clés, en particulier la 5G, le quantique, les nouvelles technologies. Et donc sur l'ensemble de ces sujets, des échanges entre entreprises et chercheurs seront structurés pour justement poursuivre le travail que nous avons commencé, et qui est, je crois pouvoir le dire, véritablement une volonté de défricher de nouvelles relations, et d'essayer de voir des coopérations bilatérales nouvelles.

Ensuite, nous avons évidemment évoqué d'autres types de partenariats. Vous l'avez évoqué, nous aurons tout à l'heure un débat avec le président et des intellectuels et des engagés du sujet. Je crois que le texte, la déclaration que nous signons avec la Lettonie, la Lituanie et la France, est extrêmement important pour la protection des processus électoraux et de la lutte contre la désinformation en Europe.

C'est d'abord un mode de coopération entre nous qui va permettre de déclencher ensuite, j'en suis sûr, véritablement tout un processus européen, mais qui montre aussi notre attachement à une réponse très concrète contre des phénomènes que vous avez eu à vivre, que nous avons eu à vivre, et face auxquels nous devons protéger notre Europe. Nous avons aussi souhaité renforcer le dialogue stratégique entre nos pays, et en particulier avec l'ensemble des Etats baltes. Et donc il a été décidé qu'un format entre les trois Etats baltes et la France serait mis en place, au niveau des ministres des Affaires étrangères, pour justement poursuivre ce dialogue stratégique et pouvoir échanger de manière régulière sur nos agendas.

Ensuite, il y a tout ce qu'on fait ensemble en Europe. Et donc nous avons là-dessus une discussion, je crois, extrêmement importante sur l'agenda climatique. Moi, je n'oublie pas, j'ai eu l'occasion de le dire hier, que vous avez décidé à Sibiu de rejoindre l'initiative que nous avions prise à l'époque avec les Pays-Bas pour la neutralité carbone.

Nous étions deux au début. Nous sommes ensuite devenus 8 plus 10. Mais votre arrivée avait été un élément extrêmement important parce que beaucoup de pays regardaient au fond la région en disant jamais ils n'iront vers un tel engagement.

Vous avez décidé d'accélérer la transition de votre pays et de prendre des engagements très forts pour la neutralité carbone. C'est ce qui nous a permis ensuite d'arriver non seulement à un accord au niveau du Conseil européen, mais de porter ce "green deal" voulu par la Commission, et les investissements que nous avons décidés en juillet. Maintenant, ce sera une question de mise en oeuvre et un renforcement de ce marché carbone européen, et surtout d'une vraie transformation de nos industries.

Et nous avons pu voir combien nous sommes d'accord aujourd'hui pour qu'un mécanisme d'inclusion carbone soit mis en place et que nous donnions plus de substance, de cohérence à cet agenda climatique, compatible avec notre compétitivité au niveau de l'Europe. Bien évidemment, nous avons également parlé des sujets géopolitiques et régionaux. J'ai eu l'occasion hier de rencontrer l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa.

Nous avons évoqué, hier soir et ce matin, le sujet de la Biélorussie, et je veux ici redire notre détermination commune pour qu'une solution politique, pacifique, et une transition soient trouvées, réitérer la non-reconnaissance du résultat des élections de l'Europe, et redire tout notre soutien et notre admiration au courage des manifestants. Nous avons parlé des sujets de sécurité et de défense, hier soir comme ce matin, évidemment, de l'OTAN et de notre présence militaire dans la région et dans ce cadre, mais aussi du voisinage et en particulier de la Russie. Et je crois pouvoir dire que nous progressons là aussi sur ce sujet, à la fois parce que je pense que nous avons clarifié les intentions qui sont les nôtres de réengager un dialogue sans complaisance ni naïveté avec la Russie, la nécessité d'aborder tous les sujets, et, au fond, de renvoyer l'absence de réponse à la responsabilité de l'autre partie.

Mais la Lettonie sait ô combien il est important d'avoir justement une démarche exigeante, mais qui permette de lever les ambiguïtés, d'essayer de réengager notre voisinage sur ce sur quoi on peut le réengager, d'être extrêmement fermes sur des situations comme l'Ukraine, d'être extrêmement claires sur des situations comme la Biélorussie, mais de bâtir cet agenda exigeant. Nous avons eu une longue discussion d'ailleurs, sur les moyens d'avoir un agenda positif, mais aussi des méthodes, si je puis dire, dissuasives dans ce dialogue. Mais je crois pouvoir dire que c'est cette confiance qui est entre nous qui permettra seule d'avancer.

Notre volonté est en tout cas que l'ensemble du dialogue que nous conduisons avec la Russie soit un dialogue partagé, pleinement transparent, prenant en compte les enjeux de sécurité de l'ensemble de nos partenaires de l'Union européenne, et évidemment, au premier chef, la Lettonie, et à chaque étape, pleinement partagée. Nous verrons d'ailleurs ce que ce dialogue peut produire comme résultat positif parce que je considère que c'est notre responsabilité de l'engager, de le mener, mais aussi vrai qu'il faut être deux pour faire du tango, il faut être deux pour dialoguer. Et donc ça dépend aussi de la volonté de la partie engagée d'avancer ou pas sur tel ou tel sujet.

Mais je crois que c'est véritablement notre volonté. Les ambiguïtés qu'il y avait pu avoir ou incompréhensions sont progressivement levées, et c'est aussi notre volonté d'avoir véritablement une grande implication et intrication de nos équipes pour que ce travail soit mené ensemble. Voilà les quelques points que je voulais faire en complément, mais je partage tout ce qui a été dit par M. le Premier ministre.

Et merci encore, cher Krisjanis, pour l'accueil, la franchise de nos discussions, et surtout, le goût de l'avenir que nous partageons. Parce qu'au fond, nous avons surtout ce matin parlé de nos volontés de faire davantage ensemble, d'innover, de bâtir l'Europe du futur, et je crois que c'est très important dans cette période. Merci beaucoup. -Merci.

Est-ce qu'il y a des questions ? Présentez-vous, s'il vous plaît. Indiquez quel média vous représentez et à qui vous adressez votre question. -Bonjour.

La télévision de la Lettonie. J'adresse ma question au président Macron. Vous avez mentionné le dialogue stratégique avec la Russie, vous avez mentionné cela en Lituanie et ici, en Lettonie.

Vous avez souligné ce sujet. Quelle était la réaction de vos collègues baltes à cette initiative de dialogue stratégique avec la Russie ? Et une question supplémentaire.

Quel résultat concret vous envisagez lors de ce dialogue ? Et j'adresse ma question à M. Karins.

Quelle est votre réaction concernant cette initiative de M. Macron ? M.

Macron vient de mentionner le fait qu'il fallait engager tout le monde dans le dialogue bilatéral. Quel est le point de vue de la Lettonie ? Merci. -E.

Macron : Merci beaucoup pour votre question. Alors, sur la réaction de mes partenaires lettons, je laisserai le Premier ministre répondre. Ca me semble plus honnête.

Moi, je peux vous dire pourquoi j'ai voulu engager cette démarche, pourquoi je suis venu aussi pour en parler, et ce que je ressens. Nous avons une géographie et une histoire. Et la Russie a aussi une histoire de puissance européenne, et nous avons une géographie, nous sommes voisins, et je le dis tout particulièrement ici.

Nous sommes voisins et il y a aussi la réalité des populations. Je m'exprime ici devant vous, dans un pays qui a une communauté russe ou d'origine russe qui n'est pas négligeable, et une partie de la population, y compris à Riga, qui est d'origine russe et russe qui n'est pas négligeable. Est-ce qu'on peut faire comme si la Russie n'existait pas ?

Non. Nous avons pendant longtemps au fond considéré que ce qui structurait notre discussion avec la Russie, nos échanges, c'était l'OTAN. Et donc nous l'avons déléguée à la relation transatlantique.

Je pense que nous arrivons à un moment où nous devons la repenser davantage par nous-mêmes. Ca ne veut pas dire renoncer à la relation transatlantique, au contraire. Je crois avoir plusieurs fois clarifié ce point, mais ça veut dire avoir une capacité des Européens pour eux-mêmes et par eux-mêmes à penser leur relation avec la Russie, parce que c'est ce qui nous permettra de construire une relation beaucoup plus stable dans le temps et plus protectrice.

J'en veux pour preuve que les traités qui régissaient jusque récemment le désarmement en Europe étaient des traités qui étaient entre la Russie et les Etats-Unis d'Amérique. Nous n'étions même pas partie à ces traités. Et durant les quinze dernières années, ces traités ont été déchirés.

Nous ne sommes plus protégés. Le dernier étant le fameux traité dit FNI, qui nous protégeait et dont les Américains sont sortis considérant que les Russes ne le respectaient plus. Qu'est-ce que nous avons à la place ?

Rien, parce que nous n'avons pas construit les voies d'un dialogue du désarmement concernant l'Europe avec la Russie et nous-mêmes. C'est une erreur. Ensuite, quand on regarde l'évolution des dernières années, nous avons à juste titre une relation qui s'est durcie avec la Russie en raison du conflit ukrainien, de l'occupation de l'Ukraine après la guerre menée par la Russie.

Nous avons mis des sanctions qui ont eu peu d'efficacité, mais ce que je pense, c'est que nous ne devons pas rester dans une situation où, en raison de ce conflit, nous ne parlons plus du reste. Et donc, l'agenda de discussions est un agenda très large qui doit aller des sujets défensifs aux sujets offensifs, mais qui consiste à voir quel est le chemin qui nous permettra d'aller vers une forme de normalisation de nos relations avec la Russie. Parce que nous partageons le même espace, parce que nous voulons qu'il n'y ait plus de cyberattaques, qu'il n'y ait plus de déstabilisation de nos démocraties, un règlement des conflits régionaux, l'Ukraine au premier chef, mais l'ensemble des conflits régionaux.

Et donc nous avons des points où nous sommes en désaccord avec la Russie, où la Russie vient déstabiliser nos démocraties, ou a envahi l'Ukraine. Nous avons des sujets sur lesquels nous pouvons travailler avec la Russie. Ce qui se passe par exemple au Nord Karabagh est un bon sujet.

La Russie, les Etats-Unis et la France font partie de ce que l'on appelle le groupe de Minsk, nous sommes censés travailler ensemble. Et si nous n'engageons pas la Russie, nous ne réglerons pas tous ces conflits régionaux. Et puis, nous avons les sujets d'avenir où la question est posée aux Russes de savoir s'ils veulent travailler avec nous et comment.

Et puis, nous avons notre sécurité collective qui impose, compte tenu de notre géographie, d'avoir une discussion avec les Russes. On ne réglera jamais le sujet du désarmement et de la protection du sol européen sans avoir une discussion avec la Russie. Donc, vous voyez, tous ces sujets justifient de réengager un dialogue, parce que si nous nous tournons simplement le dos avec sanctions contre sanctions, nous ne réglons pas ces sujets, et nous, Européens, nous ne nous protégeons pas bien parce que notre relation avec la Russie ne peut pas être simplement déléguée aux liens transatlantiques.

Tout cela a suscité, quand je l'ai lancé, beaucoup de craintes, de réactions que je comprends, parce qu'il y a la force de l'histoire. Et je le dis dans votre pays qui a subi l'oppression, la domination soviétique, et qui a reconquis par son courage propre son indépendance. Et donc je le dis avec beaucoup de respect et beaucoup d'humilité, une volonté de comprendre aussi toutes ces blessures qui sont très récentes, et avec, je pense quelque chose que j'espère j'ai clarifié, qui est de dire : "A aucun moment ce dialogue ne sera "un dialogue qui met en cause ou qui compromet votre sécurité, ou qui nie votre histoire." Mais ma conviction, c'est que notre avenir, y compris l'avenir de la Lettonie, se construit d'autant mieux que nous avons un dialogue en Européens avec la Russie.

Parce que ma volonté, c'est de ne jamais laisser seule la Lettonie dans un face-à-face déséquilibré compte tenu de ce qu'elle a vécu dans son histoire. Et donc c'est dans cet esprit-là que nous avançons. Et vous savez, je crois que la France est crédible lorsqu'elle dit qu'elle est prête à protéger la souveraineté de ses partenaires de l'Union européenne.

Nous l'avons encore montré l'été dernier au sud de l'Europe, lorsqu'il faut aller défendre la souveraineté de la Grèce ou de Chypre, regardez le nombre d'Européens qui bougent vraiment. La France est là. Donc ce dialogue n'est pas un dialogue de compromis, ou de négociation pour réduire notre vigilance, ou laisser faire, c'est un dialogue d'exigence, mais parce qu'on a besoin d'avoir cet échange stratégique.

Je crois, moi, ressentir...

D'abord, j'ai mieux compris le poids de cette histoire et les craintes qu'il y a. Je sens chez beaucoup de mes interlocuteurs, si je peux me permettre cette qualification sous le contrôle du Premier ministre, en Lituanie comme en Lettonie, il y a parfois un doute qui pointe sur la sincérité que la Russie peut avoir dans la construction d'un tel dialogue, mais je crois que personne ne peut nier le fait qu'on a besoin d'essayer de trouver des chemins, et que c'est plus protecteur et constructif de le faire en européen que de laisser chacun avoir sa politique en ordre dispersé. Et donc je pense que les choses avancent et que les malentendus se lèvent.

Mais encore une fois, il faudra du temps. Je vous ai donné les grands chantiers. Ca n'est pas des choses qui se construisent du jour au lendemain, mais si on ne s'y prend pas maintenant, nous n'aurons pas de résultat dans un temps utile.

Mais ce sont des choses qui prendront plusieurs années à coup sûr. -A. K.

Karins : Je vous remercie de votre question. Nous ne pouvons pas nier le fait que la Lettonie et l'Europe font face à beaucoup de défis. La Chine est un défi pour nous.

Les conditions de jeu inéquitables dans nos relations avec la Chine, dans les relations commerciales est un défi. La Russie est un défi. Nous nous rappelons très bien des... manifestations militaires lors des occupations de la Géorgie, en 2009.

Nous nous rappelons de l'occupation de la Crimée en Ukraine, et la guerre qui est toujours menée à Donbass. Nous sommes conscients du fait que la Russie a vécu l'attentat contre monsieur Navalny, qui reste sans investigations. On a tous des défis et beaucoup plus d'autres.

Alors la question se pose : comment pouvons-nous faire face à ces défis ? Il existe une approche, l'approche que nous avons réalisée jusqu'à maintenant, quand il y a des pays à part qui essaient de se débrouiller avec la Chine ou la Russie elle-même. Et moi, j'ai une hypothèse : cette approche ne marche pas.

Quand nous agissons d'une manière individuelle, nous ne pouvons pas réaliser. Qu'est-ce que la Chine fait ? Qu'est-ce que fait la Russie ?

Consciemment ou pas, ils utilisent le fait que l'Europe n'est pas totalement unie. Donc ils réalisent le principe : séparer et régler les choses de sa propre manière. Donc, si nous, en Europe, travaillons ensemble d'une façon unie, si nous apprenons comment avoir des relations commerciales, comment franchir nos frontières et comment réunir toutes nos forces pour faire face aux défis de la Chine et de la Russie ensemble, nous pouvons agir.

Si l'Europe est éclatée, si elle est séparée, si les pays essaient d'agir séparément, j'en suis sûr, cela ne peut pas avoir du succès, mais si nous essayons de définir nos objectifs de façon commune, avoir une approche unifiée, nous pouvons réaliser ce que nous voulons. Par exemple, nous pouvons regarder les dimensions de la Russie, sa population, ses activités commerciales, nous voyons que l'Europe est plus forte dans toutes les dimensions. Mais les pays membres individuels sont plus petits ou ont moins de moyens militaires ou quelque chose d'autre.

Mais si nous sommes unis, tous les pays de l'Europe, si nous sommes unis, nous sommes la force de l'avenir. Et c'est le fait que je voudrais souligner en tant que chef de gouvernement letton, c'est la dimension dont je veux travailler. Je ne veux pas parler des façons dont nous pouvons échouer, je veux parler des façons dont nous pouvons avoir du succès.

Nous pouvons trouver une stratégie commune. Demain, nous allons nous rencontrer avec des collègues, à Bruxelles. Nous allons parler de la Chine, de la Turquie, et partiellement nous allons discuter des questions de la Russie.

Mais nous devons parler dans le même contexte. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut être d'accord sur nos objectifs, il faut être d'accord sur la façon dont nous allons réaliser ces objectifs.

Donc il faut aller plus loin que le marché unique et les autres questions internes. Il faut être uni sur les autres choses. Monsieur Macron et moi, nous deux, nous parlons de la nécessité de renforcer l'Europe.

Et on ne fait pas ce renforcement au détriment de quelque chose. On le fait parce qu'il n'existe pas un seul pays de l'Europe qui peut faire face à tous les défis. Mais si nous sommes unis, nous tous, nous pouvons définir les conditions de commerce, les exigences climatiques, etc.

Parce que c'est pas juste que nous exigeons à nos industries européennes d'être plus vert, mais nous importons des produits qui ne sont pas produits dans une façon optimale, écologique. Nous devons être en force, être capable de réaliser notre vision commune. Si nous voulons aboutir à des résultats et réaliser nos objectifs climatiques, nous devons travailler ensemble.

Nous avons des outils pour le faire. Si nous sommes isolés, si nous restons à part, nous n'aurons pas les outils. Ensemble, nous les avons.

Encore une question ? -Bonjour, M. le Premier ministre, M. le président.

Mes questions s'adressent à vous, M. le président. Vous avez mentionné brièvement...

Pardon. Piotr Smolar du journal "Le Monde". Vous avez mentionné tout à l'heure brièvement le Nagorny Karabakh, où des affrontements très graves se produisent en ce moment entre forces karabakho-arméniennes et les Azéris.

Ce n'est pas seulement un affrontement entre 2 peuples, c'est évidemment aussi une crise géopolitique. Est-ce que vous en tenez la Turquie aujourd'hui pour responsable ? Est-ce que vous avez connaissance d'acheminements de combattants syriens dans cette zone par la Turquie, éventuellement ? 2e question qui concerne la crise du coronavirus en France.

La situation semble se dégrader de plus en plus. Faut-il reconfiner Paris ? -E.

Macron : Sur la 2e question, je ne ferai pas de réponse depuis ici, il y a un suivi qui est constant, une transparence quotidienne, et j'ai tenu un Conseil de défense lundi matin, et jeudi, le ministre de la Santé et les membres du gouvernement compétents auront à s'exprimer pour, comme chaque semaine, et comme je l'ai dit, annoncer les décisions prises et les ajustements. Chaque semaine, le gouvernement doit pouvoir prendre des mesures additionnelles nécessaires en fonction de l'évolution de l'épidémie, et chaque mesure prise a un temps de vie de 15 jours parce que c'est le temps qui permet de voir son efficacité. C'est comme ça que les choses fonctionnent, mais je ne vais pas faire de déclaration depuis ici.

Sur le Nord Karabakh, vous avez raison de souligner l'importance évidemment de la crise qui depuis dimanche se joue, et de son importance, évidemment, pour l'Arménie, l'Azerbaïdjan, et toute la région. D'abord, je réitère l'appel très clair et ferme que la France a lancé dès dimanche matin, qui est un appel au cessez-le-feu sans conditions. J'ai eu l'occasion d'appeler le 1er ministre Pashinyan et le président Aliyev et de leur indiquer très clairement cette voie, en particulier parce qu'il est établi qu'il y a eu des tirs venant de l'Azerbaïdjan.

J'ai demandé à ce que cette attaque cesse, et condamné très clairement ces mesures qui semblaient disproportionnées, quand bien même il y aurait eu des échauffourées ou des éléments à la frontière ou dans la région. On sait qu'il en existe depuis le mois de juillet. Je suis très prudent sur ce sujet.

Enfin, il est établi dimanche que les tirs venaient d'Azerbaïdjan, et donc je veux ici dire que chacun doit revenir au calme, au cessez-le-feu. Et j'ai une pensée pour toutes les familles des victimes. Dans ce contexte-là, je suis extrêmement prudent sur les conséquences ou les attributions qu'on a pu entendre ces dernières heures et ces derniers jours.

A ce stade, nous n'avons pas en propre d'éléments qui nous permettent de parler d'une régionalisation du conflit, et d'attribuer l'ensemble des actes. Donc ce que depuis dimanche, j'ai demandé aux ministres et services compétents, c'est d'établir, en lien avec tous nos partenaires, les éléments de fait, avant dimanche, et depuis dimanche, pour qu'on comprenne exactement ce qui s'est passé et où sont les responsabilités. On a vu hier des déclarations dans tous les sens sur lesquelles je reste très prudent parce que je ne parle que sur la base d'informations certifiées, je ne veux pas réagir sur ces sujets-là à des informations de presse.

Sur ce sujet, il y a un groupe international compétent en charge de la médiation, qui est ce qu'on appelle le groupe de Minsk. Etats-Unis, Russie, France. Nous avons pris l'attache de nos partenaires sur ce sujet dès les premières heures, au niveau du ministre des Affaires étrangères, et à mon niveau.

J'aurai ce soir le président Poutine, et je pense demain le président Trump sur ce sujet, pour pouvoir justement échanger et proposer une voie de sortie. Dès aujourd'hui, les ministres du groupe de Minsk auront à s'exprimer. Demain, je rendrai compte de ces démarches au Conseil européen, et nous aurons aussi à partager l'information.

Donc à ce stade, je reste extrêmement prudent, mais nous savons que c'est une situation très embrasée. Par contre, j'ai noté les déclarations politiques de la Turquie qui, je pense, sont inconsidérées et dangereuses. Et je le dis en particulier à l'égard de l'Arménie, la France, au sein du groupe de Minsk, dans son rôle qui suppose l'impartialité, qui justifie ma prudence, demeure extrêmement préoccupée des messages guerriers que la Turquie a eus ces dernières heures, au fond décomplexant l'Azerbaïdjan dans ce qui serait une reconquête du Nord Karabagh.

Et ça, nous ne l'accepterons pas. Je le dis très clairement là aussi à l'Arménie et aux Arméniens, la France sera dans son rôle, et nous serons vigilants là aussi au respect des familles, du peuple, de la souveraineté. Nous n'accepterons aucun message d'escalade.

Voilà. Voilà ce que je peux vous dire à ce stade en ayant conscience que je ne réponds pas à toutes les questions que vous vous posez, mais parce que je veux être factuel et très précis. J'espère que les prochaines heures nous permettront d'objectiver ces informations. -M.

Karins : Merci. Est-ce qu'il y a un commentaire ? Non ?

Merci. La conférence de presse est terminée. Bonne journée.