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interviewLe Média (sur YouTube)· 6 mai 2026 19 min

AFFAIRE MASTER POULET : LA GRANDE HYPOCRISIE DE BOUAMRANE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

En scène Saint-Denis à Saint-Touin, une rôtisserie n'a pas seulement attiré des clients, elle a aussi attiré des éditorialistes. Et certains sont partis loin mais alors très très loin. Clientélisme communautariste, ça peut menacer les valeurs de la République.

Refus de la mixité homme-femme, le refus de la laïcité, l'universalisme français doit s'appliquer partout. Voilà donc qu'on nous parle de communautarisme, de séparatisme et d'offensive identitaire. Ah rien que ça.

Le problème c'est qu'à force d'agiter les peurs d'un choc civilisationnel et de l'effondrement de la République, encore faudrait-il savoir de quoi et de qui l'on parle. Et chez Routel Criev, visiblement, ce n'était pas tout à fait le cas. On peut aussi voir dans cette dans cette attitude d'FI, bah comme Master Poulet s'affirme halal.

C'est affirmé halal. Mais de quoi on parle ? Juste pardon hein ?

Parce que j'ai pas compris. Il y avait d'autres fast food dans la ville et souvent ils sont aussi halal d'ailleurs, c'est-à-dire enfin pas réservés mais qui peuvent être consommés par des français musulmans. Ah d'accord.

Le fameux halal comme les prescriptions alimentaires imposées par le ramas à celles et ceux qui ne mangent pas de ralouf. Soyons clair, dire halal ce n'est pas juste une mauvaise prononciation, c'est une façon de rendre ce mot étranger et faire sentir que cette clientèle là ne serait pas tout à fait d'ici un sous-texte identitaire que l'extrême droite, elle comprend parfaitement bien. Et pendant ce temps-là, sur le même plateau, l'éditorialiste de LCI nous parle aussi d'une ville voisine, Saint-Denis.

Enfin, elle essaye. Mais ça m'a rappelé du coup le discours de Balo Bagayoko de Bali Bagayoko le maire de Saint-Ni. Tout le monde peut se tromper.

Bafouiller en direct ça arrive. Mais quand dans une même chronique a priori sérieuse, on écorche le nom d'un maire qu'on prononce àal comme un mot venu d'une langue imaginaire et qu'on finit par nous expliquer qu'une rôtisserie populaire pourrait annoncer demain le refus de la mixité et le refus de la laïcité. Il y a peut-être un léger problème, un problème d'exagération, un problème de sérieux et surtout un gros problème de regard déformant le réel.

Car voilà où on en est. Un fast food ouvre dans une ville encore populaire et en 6 minutes d'Ito, on passe des parpins de péton à la menace civilisationnelle. C'est ce que l'on va voir dans ce nouvel épisode de la VAR politique.

Car vous le savez au football la VAR VAR c'est l'assistance vidéo à l'arbitrage et au médias l'Avare c'est la vérification de la parole des politiques. Mais avant ça, ce message du média pour vous rappeler que nous avons besoin de vous pour continuer à vous informer et à construire un paysage audiovisuel plus juste, plus social et plus solidaire. Pour soutenir le média, si vous le pouvez, abonnez-vous ou faites un don défiscalisé.

Grâce à vous, le combat peut continuer. Master Poulet, est-ce que vous êtes pas en goûter quand même ? 6,50 € donc c'est effectivement le pouvoir d'achat quoi.

Est-ce que vous pourriez mordre un morceau que ce que non, c'est un suet un sujet sérieux, c'est c'est il y a pas de folclorisation. Revenons au point de départ. Dans l'affaire Master Poulet, on ne parle pas d'une rôtisserie au fin fond d'une zone industrielle.

Non, on parle d'un commerce installé en plein centre-ville à Saint-Toin, à deux pas de la mairie, à la sortie du métro. C'est un emplacement stratégique, très visible au cœur d'une ville en pleine mutation. Et c'est en ça que l'affaire Master Poulet est politique.

Car ce bras de fer porte pas seulement sur du poulet rôti cassé, il porte sur des questions beaucoup plus sensibles. Qu'est-ce qui a encore le droit d'exister au centre-ville ? Et pour qui ?

Car quand ce fast food s'installe, Karim Boamran et son équipe s'y opposent frontalement. D'abord avec des bloc de béton, puis après un revers en justice avec des bacs à fleurs. Officiellement, il s'agit de défendre l'ordre, le droit, la tranquillité des riverins et de lutter contre la prolifération d'une offre commerciale jugée mauvaise pour la ville.

Le sujet c'est qu'on a une multiplication, une prolifération des mêmes types de commerce qu'on appelle la junk food. On a plus qu'il n'en faut de de commerce déjà de poulet qui engendre des nocivités sonores olfactives. Le fait qu'il y en ait trop, ça pose problème dans la diversité de vos commerces.

Et l'objectif justement, c'est de multiplier la diversité des commerces, du bon, du beau et la démocratisation de l'excellence. Dit comme ça, cela peut paraître souhaitable. Qui serait contre le bon, le beau et la qualité ? personne évidemment.

Le problème, on va le voir, c'est que ce vocabulaire est loin d'être inoffensif car lorsqu'une conseillère municipal explique qu'on a plus qu'il n'en faut de commerce de poulet, difficile de ne pas entendre comme un écho. Pas une copie conforme hein, pas la même tonalité identitaire mais un écho quand même avec ce que disait en 2015 un certain Robert Ménard. Il a donc décidé de prendre dans sa ville des mesures antibebab.

Je trouve qu'à un moment donné trop c'est trop. Le fait qu'il y en ait trop, ça pose problème dans la diversité de vos commerces. Dans le domaine alimentaire, dans le domaine de la restauration, je trouve que trop de kebab, c'est trop.

On en a on a plus qu'il n'en faut de de commerce déjà de poulet. Le parallèle ne s'arrête pas à la quantité, au trop. Le parallèle touche aussi à l'esthétique au beau.

Robert Ménard a également décidé de partir en guerre contre les vendeur de kebab officiellement au nom de la sauvegarde du centreville. Je protège la ville. Regardez si elle est belle la ville.

J'essaie de le rendre le plus beau possible. L'objectif justement c'est de multiplier la diversité des commerces du bon du beau. Rendre le plus beau possible.

Mais parlait de la beauté de son centre historique. Boamran lui parle du beau et du bon. Ce n'est pas la même idéologie certes, mais on voit la même volonté du pouvoir municipal qui trie, qui hiérarchise, qui décide ce qui mérite d'être vu, senti, consommé, toléré au centre-ville.

Et puis il y a cet autre registre, ce vocabulaire tout aussi dérangeant, celui des nuisances sonores et olfactive. Là encore, soyons précis, Karim Boanran ne tient évidemment pas le discours de Jacques Chirac sur le bruit et l'odeur. Ce n'est pas le même contexte, ce n'est pas exactement le même sujet, mais il est tout de même troublant de voir réapparaître dans un conflit sur des pratiques populaires cette vieille ficelle politique parlé de gênes, de sensation, d'odeur pour stigmatiser une présence soi-disant trop envahissante.

Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, et bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. La junk food qui engendre des nocivités sonores, olfactives, sonore olfactive. Dans les deux cas, on ne dit pas franchement les choses.

On ne dit pas "Je ne veux pas de ces gens-là". On préfère dire ça gêne, ça sent, ça fait trop de bruit, ça prolifère. Et c'est comme ça que ce qui relève en réalité du rejet de l'autre, du racisme ou d'un conflit commercial finit par être présenté comme une évidence, presque comme une question de bon sens.

Mais le discours de Boamran a une autre faiblesse, une faiblesse de taille. Il se présente comme un mère anti malbouffe alors que sur ses réseaux sociaux, il a lui-même laissé beaucoup de traces d'une passion certaine pour la junk food. À Bal Caviar, vive le kebab !

C'est une photo postée par Karim Boamran qui le dit avec humour avec ce commentaire tweeté fin 2020 revendication culinaire révolutionnaire hashtagebab. Pourquoi pas ? C'est plutôt drôle.

Mais alors, une question assez simple se pose. La junk food, cette nourriture trop grasse, trop sucrée ou trop salée, c'est quand exactement ? Parce que là, ce n'est plus un clin d'œil, c'est presque une incitation à la débauche.

On voit le maire et une partie de son équipe attablé dans un kebab de Saint-Toin, une scène de convivialité municipale en plein cœur de cette junk food qu'il pointe du doigt quand il s'agit de poulet rôti. Sur compte Instagram, le restaurant voit cette scène comme un exemple à suivre. Vous aussi, faites comme monsieur le maire, profitez de la terrasse.

Et ce n'est pas fini, je vous ai gardé le meilleur pour la fin. FAI bien sûr. Monsieur Hassan, le restaurant mythique du maire, le meilleur kebab de la terre, de la terre entière.

Et on s'était dit quoi un samedi 2 jours avant les élections ? Après la victoire après la victoire on va fêter ici donc la t tous les groupes poteau on va faire une petite fête ici avec ma spéciale sans aille et Hassan c'est un mec extraordinaire vraiment un cœur gros comme ça et c'est vraiment une fierté une fierté de t'avoir il a toujours envoyé de la force à tout le monde aux jeunes aux plus jeunes à nos parents à nos enfants franchement merci pour ce que tu fais Rassan on est fier de to merci à vous merci à vous à toute la ville là on est carrément dans la promo. Karim Bouamran parle de son restaurant mythique, du meilleur kebab de la ville.

Il appelle les Odoniens à venir. Il célèbre le patron, il vendent l'ambiance, l'accueil. Autrement dit, quand le kebab sert son propre récit local et électoral, il devient chaleureux, populaire, fédérateur.

Boamran ismême le kebab au rang de patrimoine municipal. Mais quand Master Poulet s'installe à un emplacement central, il devient une nuisance, une prolifération, une junk food à contenir. Ce n'est donc pas seulement une question de nourriture, c'est une question de hiérarchie entre des offres alimentaires.

Il y a des commerces qu'on juge légitimes et d'autres qu'on disqualifie. Et cette hiérarchie apparaît de façon encore plus flagrante quand Boamran parle d'accessibilité. pour toutes et tous au bon et au beau car monsieur le maire ne se contente pas de refuser le poulet rôti pricassé.

En parallèle, il met en avant un tout autre modèle alimentaire symbolisé par l'inauguration début 2024 d'une grande halle gourmande. On a réussi à mobiliser toutes les bonnes énergies avec une ambition forte faire en sorte que ce lieu soit unique. Unique en terme de qualité de produits, en terme de diversité de produits et surtout d'accessibilité pour toutes et tous. accessibilité pour toutes et tous.

Mais à Saint-toin, l'égalité d'accès au bons semble tout de même très relative. Dans cette halle gourmande que la mairie célèbre, les prix affichés racontent une toute autre réalité sociale que la promesse égalitaire mise en avant par le maire. Parmi les prix les plus abordables, j'ai par exemple relevé une crêpe au miel à 3,50 € quand chez Master Poulet pour le même prix, on peut manger un repas très simple à base de riz et de poulet.

À la communale, beaucoup de places se situent plutôt entre 12 et 15 €. Autrement dit, on ne s'adresse pas au même portefeuille que chez Master Poulet. Maintenant, écoutez bien ce témoignage.

C'est probablement le plus important à retenir dans toute cette affaire. Entre le maire et Master Poulet, Jean 4 a choisi son camp. Question de prix.

Le Rio Poulet, il est à 350 avec un de poulet là. Là, je viens de payer 7 €. J'ai un repas complet.

Il y a rien de moins cher aujourd'hui, plus accessible pour nous qui est sommes des jeunes, on est en alternance. Voilà, on n pas forcément les moyens. Tout vient d'être dit, un repas à 3,50 €.

De repas pour 7 €. Des jeunes en alternance, des budgets serrés, une réalité sociale que Karim Boamran semble ignorer ou au pire mépriser. C'est cette réalité-là qui disparaît complètement quand on remplace la question du prix, par le langage du goût, quand on remplace le faible pouvoir d'achat par le rêve municipal du beau et du bon.

Et c'est précisément pour ça que l'affaire Master Poulet n'est pas un simple conflit commercial, c'est un conflit de classe que le maire déguise en bataille de goût. Derrière la lutte contre la malbouffe et la junk food, il y a en réalité un tri, un tri des commerces mais surtout un tri des clientèles. C'est ce que l'on appelle une politique de gentrification, de mise à l'écart pour ne pas dire d'expulsion.

Et vous allez voir que ce n'est pas un accident isolé car à Saint-Touin, le maire n'a pas seulement voulu éloigner une ancienne locos du centre-ville, il a aussi déplacé plus loin ce qui faisait trop de bruit. Une aire de jeu pour enfants. Il y avait un grand toboggan donc qui montait vraiment très très très haut.

C'était vraiment une grosse tour. Il était plein de couleurs. Il y avait plein de petits jeux aussi tout autour pour sauter, pour courir.

C'était un chouette de jeu. Quand vous avez du bruit en continu, en continu, en fait ça vous rend fou. Non, c'est ça, c'est ça le problème.

C'est pas le bruit de temps en temps, c'est le bruit qui est continu. Mais il ne s'agit pas seulement d'un conflit de voisinage. C'est un arbitrage politique, un arbitrage sur ce qu'une ville accepte ou n'accepte plus au pied de ces nouveaux immeubles chèement payés.

Car en face, il y a aussi une autre réalité. Des dizaines et des dizaines d'enfants, mais aussi des nourrices, ont pris l'habitude de se retrouver chaque jour autour de ces jeux. C'est Yoyoland.

C'est tous les jeunes parents qu'on pas pu acheter à Paris qui sont venus ici. C'est énormément d'enfants. Il y a beaucoup d'écoles.

Beaucoup d'enfants, beaucoup d'éco et donc fort logiquement un besoin d'espace de jeux. Ces jeux pour enfants ne sont pas un luxe, ce sont des équipements de base. Or, que se passe-t-il ?

Un sondage local est organisé. En juin, 348 personnes participent à un sondage pour ou contre les aires de jeu. La majorité est favorable à leur maintien.

Et pourtant, le jeu a été démonté puis déplacé quelques centaines de mètres plus loin en plein soleil. Le coût du déménagement et du réaménagement est tout de même évalué à 300000 €. Ce qui est frappant dans cette affaire, c'est que la réponse municipale consiste une nouvelle fois à déplacer ce qui gêne plus loin.

Le parallèle saute d'ailleurs aux yeux. Les enfants bruyants, comme les commerces trop populaires ont fini par poser problème. Et à chaque fois, c'est la même solution, éloigné ce qui fait trop populaire, trop vivant, trop visible.

C'est une politique sélective de l'espace public qui est menée. Mais à Saint-Toin, il n'y a pas que des poulets à éloigner et des jeux à déplacer. Il y a eu aussi un projet encore plus brutal, démolir des logements sociaux pourtant en bon état.

D'ici quelques mois, son logement ainsi que 246 autres va être détruit et remplacé par une promenade piétonne. C'est celui qui est juste en face avec les petits galets sur la deventure. Le nôtre est en très bon état et pourtant il est détruit.

Un projet lancé par la mairie de Saint-Touin qui mène une politique de rénovation urbaine avant d'accueillir le village olympique dans moins d'un an. Pourquoi détruire un immeuble en bon état ? Am mairie à sa réponse.

Ces bâtiments ont été conçus il y a 50 60 ans. On doit les repenser différemment en terme d'embellissement de végétalisation. Embellissement, voilà, le mot est lâché.

On retrouve le même registre que pour Master Poulet et que pour l'air de jeu. Ce qui est populaire ne correspond plus à l'image que la municipalité socialiste veut donner. Alors, on embellit, on végétalise, on repense.

Au bout du compte, sous la pression des habitants et d'un recours judiciaire, les logements promis à la démolition ont finalement été épargnés. L'honneur est sauf. Mais Karim Mohamran, lui continue de dire que son objectif c'est de mettre le paquet sur le beau.

Le beau encore. La gentrification est toujours en marche. Déplacer le poulet, déplacer les habitants, déplacer les enfants, c'est toujours le même mouvement, toujours dans le même sens. celui d'une ville pensée de moins en moins pour celles et ceux qui ont le moins.

Les premiers à payer l'addition sont hélas toujours les mêmes. L'affaire Master Poulet est un révélateur, un révélateur de ce que devient Saint-toin sous la direction de Karim Boamran. Une ville qui se transforme, qui s'embellit, qui monte en gamme et où on spécule sur un immobilier à la hausse et qui se faisant tries habitants.

À Saint-toin, le conflit n'oppose pas seulement un mer, à un poulet rôti, à une aire de jeu ou à un immeuble ancien. Il oppose deux visions de la ville. D'un côté, une ville populaire, dense, vivante, parfois bruyante, imparfaite, mais une ville faite pour celles et ceux qui y vivent déjà.

Et de l'autre, une ville plus belle, plus rentable, plus désirable à condition que les classes populaires sachent se faire plus discrètes. Voilà, c'est terminé. Merci d'avoir suivi ce nouvel épisode de la Var politique.

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