5 DÉCEMBRE : DESTINATION FINALE POUR LE POUVOIR | INCIDENT AUTOUR DU PRÉFET ÉBORGNEUR
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 4:01OuverteRéponse partielle
Comment expliquez-vous le maintien du préfet Lallement malgré les incidents ?
- 6:01RelanceRéponse partielle
Pourquoi le gouvernement ne démettrait pas le préfet Lallement ?
- 8:01OuverteRéponse partielle
Pourquoi sanctionner François Ruffin pour ses interventions ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:10Fait
« Il y a un moment il faut se poser la question très clairement de reculer l’âge de la retraite. »
- 2:30Chiffre
« Le déficit du système de retraite devrait osciller, en 2025, entre 7,9 milliards et 17,2 milliards d’euros. »
- 5:00Fait
« Manuel Timili a été grièvement blessé au visage par une grenade lacrymogène provenant d’un tir tendu. »
- 6:20Fait
« L’action de la préfecture de police était juste et légitime. »
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Il y a un moment il faut se poser la question très clairement de reculer l’âge de la retraite. Comme par hasard, juste avant les manifestations, on a besoin d’un bouc émissaire. La vraie question qui est posée s’agissant des retraites c’est “que voulons-nous pour nos vieux jours ?”.
Il faut faire des choix courageux aujourd’hui. L’action de la préfecture de police était juste et légitime. En choisissant le camp de la répression, le préfet Lallement a quitté le camp de la République.
Adressez-vous au ministre de l’Intérieur ou au Premier ministre. Arrêtez immédiatement vos hurlements. Le gouvernement qui s’active en coulisses pour gagner la bataille de l’opinion à la veille de la journée du 5 décembre, les suites de la manifestation de la place d’Italie qui déclenchent un incident dans l’hémicycle.
On en parle tout de suite dans le numéro 54 du P’tit coup de Bourbon. Le 5 décembre, c’est dans deux semaines. Une journée de grève pour la sauvegarde des retraites qui s’annonce massive.
Et qui pourrait bien devenir un tournant du quinquennat Macron, surtout si les arrêts de travail sont reconduits. La bataille de l’opinion sera déterminante. Et le gouvernement a déjà tiré quelques salves discrètes.
Ainsi ce rapport incendiaire de la Cour des comptes sur la gestion des ressources humaines de la SNCF. Il a été rendu public lundi. Que dit ce document ?
Que la SNCF ne supprime pas assez de postes. 1200 disparaissent pourtant chaque année depuis 2012. Pour la Cour des comptes, il faudrait porter ce chiffre à 2000.
Le rapport met également en cause le taux d’absentéisme, la progression des salaires en fonction de l’ancienneté, les primes et les billets de train gratuits attribués aux cheminots. Il recommande également de renégocier l’organisation du travail et de développer la polyvalence des salariés. Un refrain connu, entonné en 2018 au moment de la réforme de la SNCF.
Mais pourquoi ce document sort-il maintenant ? Comme par hasard, juste avant la manifestation on a besoin d’un bouc émissaire. Moi je pense qu’il y a des problèmes à la SNCF, c’est sûr, mais pour autant en faire le bouc émissaire de tous les problèmes c’est indigne.
Donc c’est facile de crier haro sur la SNCF et de détruire le système par répartition sous prétexte qu’il y a des dysfonctionnements à la SNCF. Donc réglons les dysfonctionnements et ne foutons pas en l’air la retraite par répartition pour aboutir au système suédois à points qui est le début de la capitalisation. Moi j’alerte sur les retraites, il y a une immense manipulation.
On désigne des méchants, après on dit qu’il y a un grand déficit, alors qu’en fait le déficit est mineur, après on va foutre en l’air, ils vont foutre en l’air le régime par répartition pour ouvrir les fonds de pension. C’est ça la réalité. Ce sentiment d’être en face d’une manœuvre, plusieurs députés le partagent.
Certains confiaient que le gouvernement aurait pu demander, discrètement, à la Cour des comptes de différer la remise du rapport de quelques semaines, histoire de ne pas braquer une catégorie sociale qui a les moyens de bloquer le pays. Matignon ne l’a pas fait, Préférant sans doute pointer du doigt, une nouvelle fois les cheminots qui seront la cheville ouvrière de la journée du 5 décembre. On entend déjà la dénonciation de ces “nantis” qui “prennent en otage” les braves gens.
Un autre document a également circulé en début de semaine. Cette fois, il s’agit d’une étude du Conseil d’orientation des retraites, le COR, rédigée à la demande de Matignon. Elle sera officiellement remise au Premier ministre aujourd’hui.
Selon cet organisme, le déficit du système de retraite devrait osciller, en 2025, entre 7,9 milliards et 17,2 milliards d’euros. Ce déficit, le gouvernement entend le combler avant le basculement vers le système à points. Pour y parvenir, le COR propose trois pistes : - Réduire le niveau des pensions - Relever le montant des cotisations - Relever l’âge de départ en retraite C’est la dernière proposition qui a la préférence du Comité.
L’âge légal de départ est actuellement de 62 ans. Le COR propose de le repousser de 2,5 à 5,4 mois par génération à partir de la génération née en 1959. Pas de chance, c’est la mienne… Et c’est là qu’il y a un gros souci.
Emmanuel Macron avait promis que les salariés qui sont à 5 ans de la retraite ne seraient pas impactés par le projet de réforme. Eh bien, si le gouvernement suit les recommandations du COR, cette promesse ne sera pas tenue. Une de plus !
À l’assemblée le député Olivier Véran de la République en marche s’employait à déminer la situation : Si l’objectif du gouvernement c’est de se dire “il faut qu’on réforme les retraites et qu’on parte d’un système qui est propre, qui est net, et qu’il n’y ait plus de déficit, Dans ce cas là ils pourront envisager éventuellement des mesures. Le COR n’est pas l’organisme qui fait les réformes dans notre pays, ça s’appelle le gouvernement. Moi je suis député donc je ne vais pas anticiper les propositions de réformes qui seront faites par le gouvernement une fois qu’ils auront pris connaissance d’un rapport qui n’est pas encore public.
Mais du côté des Républicains on s’impatiente. Il faut faire des choix courageux aujourd’hui. Pour l’instant il n’y a pas de réforme Emmanuel Macron.
Il y a la communication sur les retraites d’Emmanuel Macron. Depuis deux ans et demi qu’un délégué interministériel a été nommé, devenu depuis ministre, que s’est-il passé ? Rien.
Des centaines, peut-être des milliers de réunions, de palabres, et aujourd’hui on ne sait pas ce qu’ils veulent. Surtout, on est convaincus qu’il faut repousser l’âge du départ en retraite. Il y a un moment il faut se poser la question très clairement, de reculer l’âge de la retraite.
Il n’y a pas 50 solutions, ou on recule l’âge de la retraite, ou on fait baisser la valeur du point si on prend un système à points, ou on augmente les cotisations. Aucune de ces bonnes pistes ne semblent retenues. Donc il reste quoi ?
La variable du départ de l’âge à la retraite. Je crois que le gouvernement, après avoir dit non dans tous les sens et dans toutes les langues, va bien être obligé de prendre la mesure de cette question et le rapport du COR l’y oblige. Du côté de la France insoumise, on met l’accent sur les intentions du gouvernement.
Ça veut dire que le gouvernement s’apprête en quelque sorte, à nous dire “vous allez être de plus en plus nombreux à table, mais nous ne cuisinerons pas un gâteau plus gros”. Et donc la réforme par points ne permet qu’une seule chose : de découper de plus petites parts pour les distribuer aux gens. Mais Adrien Quatennens ne veut pas rester dans une posture seulement critique.
La vraie question qui est posée s’agissant des retraites c’est “que voulons-nous pour nos vieux jours ?”. Disons qu’il faut permettre de partir à un âge décent, c’est à dire à un âge où on est pas cassé par le travail, et on assume que la retraite est un nouvel âge de la vie, on a d’autres choses à faire.
Nous nous voulons proposer la liberté de partir à 60 ans. Maintenant c’est comment on finance cela ? Là dessus nous avons des pistes à proposer également.
Nous présenterons prochainement un contre projet complet et chiffré. Mais je pose quelques pistes que vous pouvez réfléchir. D’abord il y a une inégalité persistante entre les salaires des femmes et des hommes, de l’ordre de 20%.
Si on solutionne les choses en supprimant cette inégalité, songez y, ça fait beaucoup de cotisations en plus pour financer à court terme les retraites. Augmenter les salaires, comme nous le disons, ça permet aussi d’améliorer les comptes sociaux. 1% d’augmentation des salaires, c’est jusqu’à 2,5 milliards de cotisations en plus.
Quand nous parlons de planification écologique, de relance de l’activité, par exemple la transition agricole, c’est beaucoup d’emplois. Rien que 100 000 emplois c’est 1,3 milliard de cotisations en plus. Ça c’est à court terme, à plus long terme nous posons l’hypothèse de mettre à contribution les revenus financiers, les revenus du capital qui ne contribuent pas aujourd’hui au financement des retraites.
Or la richesse produite elle l’est bien par le travail. Hier, mercredi, c’était l’annonce du plan d’urgence pour l’hôpital. Nous savons tous ce que nous avons dû, ou ce que nous devons à l’hôpital public.
C’est pourquoi sous l’autorité du président de la République, nous voulons agir et être à la hauteur de leurs attentes. Nous avons entendu leur colère, nous avons entendu leur épuisement, nous avons entendu leur désarroi, et c’est pour répondre à cette colère, à cet épuisement et à ce désarroi, que nous avons préparé avec Madame la ministre le plan d’urgence pour les hôpitaux que je vais vous présenter à ses côtés. Un plan en trompe-l’œil.
Prenons sa principale disposition, l’augmentation de l’enveloppe consacrée aux dépenses de santé. Celles-ci pourront croître de 1,5 milliard sur trois ans. Soit 300 millions en 2020.
Pas mal, dites-vous. Enfin les cordons de la bourse se desserrent. Le gouvernement a compris le malaise.
Sauf qu’il y a un loup. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale présenté par le gouvernement au début du mois d’octobre et voté en première lecture contraint les hôpitaux à faire 800 millions d’économie. En réalité, le plan d’urgence du gouvernement vient juste réduire de 300 millions le montant des économies demandées aux hôpitaux.
L’effort à faire n’est plus que de 500 millions. 800 moins 300. Même topo pour le désendettement des établissements hospitaliers.
Le gouvernement annonce que l’État va reprendre 10 milliards à sa charge. Sauf que la dette se monte à 30 milliards. Et que les intérêts de celle-ci vont continuer à pénaliser le fonctionnement des établissements.
Enfin, il y a les primes qui vont être distribuées : - Une prime annuelle de 800 euros pour les 40 000 infirmiers et aide-soignants de la région parisienne qui touchent moins de 1900 euros par mois. - Une prime annuelle "pour l'engagement" d'un montant moyen de 300 euros. Elle concernera 600 000 professionnels. - Enfin, une prime mensuelle de 100 euros net pour les aide-soignants qui exercent auprès de personnes âgées et qui ont acquis une compétence spécifique en gériatrie.
Pourquoi des primes et pas une revalorisation salariale ? Il y a une bonne raison à cela. Relever les traitements de la fonction publique hospitalière ouvrirait la porte à une revalorisation des rémunérations de tous les fonctionnaires.
Et ça, il n’en est pas question pour Matignon. Ces mesures suffiront-elles à calmer la situation ? Le 30 novembre, les personnels de santé seront à nouveau dans la rue pour une manifestation nationale.
On aura alors la réponse. Samedi, sur la place d’Italie, lors de l’acte 53 des Gilets jaunes, un manifestant pacifique, Manuel Timili, a été grièvement blessé au visage par une grenade lacrymogène provenant d’un tir tendu. Il a perdu un œil.
Ugo Bernalicis, député FI, est revenu sur le maintien de l’ordre dans la capitale ce jour-là, lors de la séance des questions au gouvernement. Vous avez démis de ses fonctions le préfet de police Michel Delpuech pour raison de mauvaise gestion d’une manifestation de Gilets jaunes. Or, ce week end après une gestion calamiteuse de la manifestation parisienne, le préfet Didier Lallement, lui, reste.
Comment expliquez-vous ce deux poids deux mesures ? Est-ce parce qu’il respecte parfaitement vos consignes, à savoir gouverner par la peur ? La peur quand on voit la vidéo de ce gilet jaune du nord, Manuel Timili, en train de discuter tranquillement, qui perd un oeil sur un simple tir de grenade lacrymogène.
Réponse du secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez. L’action de la préfecture de police était juste et légitime. Ugo Bernalicis répond à son tour au ministre.
Dans les travées, les protestations fusent. En choisissant le camp de la répression, le préfet Lallement a quitté le camp de la République. Vous devez le démettre de ses fonctions.
Votre volonté est de dissuader les Françaises et les Français de manifester le 5 décembre. Merci monsieur le député. S’il vous plaît.
Il ne s’agit pas d’empêcher le libre exercice du droit de manifester. D’ailleurs samedi ce droit à pu s’exercer partout en France, quand il n’y a pas eu de violences. Et il s’exerce presque tous les jours monsieur le député, vous le savez très bien.
La préfecture de police comme les préfectures en sont les garantes. C’est à ce moment que Richard Ferrand sanctionne François Ruffin qu’il estime trop remuant. Une amende de 1600 euros sera retenue sur son indemnité de parlementaire.
Monsieur Ruffin je vous rappelle au règlement, et ce sera inscrit au procès verbal. Monsieur le ministre vous avez la parole. Simplement vous dire, monsieur le député, au même titre que le Premier ministre rappelait il y a un peu de temps, qu’il n’existait qu’une seule communauté, la communauté nationale.
Il n’existe dans ce pays, monsieur le député, qu’un seul camp qui nous réunit tous. Qui réunit les forces de l’ordre, le gouvernement, les membres de la représentation nationale et tous ceux qui veulent manifester paisiblement. Ce camp c’est le camp de la République.
Et l’incident se poursuit. Arrêtez immédiatement vos hurlements. Asseyez vous, s’il vous plaît.
Vous vous asseyez. Notez l’huissier qui s’avance dans les travées pour inviter Jean-Luc Mélenchon à se rasseoir. Un peu de calme.
On ne peut pas passer son temps à stigmatiser la violence et donner ce spectacle de violence verbale. Sachez vous tenir. Regagnez votre place, asseyez-vous, asseyez-vous immédiatement.
Regagnez votre place. Une dizaine de minutes plus tard, c’est Édouard Philippe qui vient au secours du préfet Lallement. Sur tous les bancs nous en sommes d’accord, en tout cas je l’espère, mettre en cause nommément un fonctionnaire, qui exerce sa mission au service de l’État et qui, dans cet hémicycle, ne peut pas répondre puisqu’il ne peut pas parler et qu’il ne peut pas s’y présenter, me semble ne pas exactement correspondre aux exigences que nous avons à poser d’une démocratie, d’une démocratie mûre.
Si vous avez à mettre en cause l’action d’un fonctionnaire, alors adressez-vous au ministre de l’Intérieur ou au Premier ministre. L’argument du premier Ministre mérite qu’on s’y arrête. Laurent Nunez, pourtant secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur ne serait pas assez qualifié pour répondre de l’attitude du préfet Lallement.
Mais alors, à quoi sert donc ce secrétaire d’État ? À la sortie de la séance des questions au gouvernement, Ugo Bernalicis est revenu sur l’incident. Je trouve très inconvenant, il serait temps qu’il s’en aille et qu’ils arrêtent de matraquer les gens, les éborgnés et de ne pas avoir un seul mot, même pas un mot, pour ce Gilet Jaune qui est du nord, il se trouve qu’il est du nord, il est sur Valenciennes et il manifeste régulièrement sur Lille.
Là il est allé à Paris cette fois ci. On le voit sur une vidéo, en train de discuter très tranquillement, très posément, et là bim d’un coup une grenade lacrymogène qui vient lui exploser dans l’oeil. Enfin on peut au moins dire que c’est pas acceptable quoi.
Cette obstination dans la défense du préfet éborgneur est symptomatique. Elle démontre que le gouvernement ne mise plus que sur la violence pour s’opposer au mouvement social. En cela, il s’éloigne du camp de la République.
Jean-Pierre Bataille