Karim Bouamrane, maire PS de Saint-Ouen-sur-Seine, est l'invité politique de la matinale
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Karim Bouamran. Mardi, le Premier ministre présentait les grandes orientations de son budget. Il a frappé fort un plan sur 4 ans, près de 4 milliards d'euros d'économie à faire dès 2026. D'abord, est-ce que vous partagez son constat ? Est-ce que c'est la dernière station avant la falaise et l'écrasement de la dette ?
M. Bayrou a voulu nous faire du Churchill ou du Margaret Thatcher, mais sans vision politique, même si je ne partageais pas du tout la vision politique de Mme Thatcher.
Mais il exagère ? Il n'y a pas une urgence absolue sur la dette de la France ?
La dette de la France, la dette française est effectivement dans une situation très compliquée, mais ce qui est encore plus compliqué, c'est la trajectoire politique dans laquelle il nous a mis. On n'a pas d'espoir, on n'a pas d'espérance. Mme Bouillaguet, le budget c'est un moyen, ce n'est pas une finalité. Et là aujourd'hui, effectivement, la trajectoire budgétaire, nous sommes à 5-4 en termes de déficit. Et dans une trajectoire budgétaire de moins de 3% pour 2029, il fallait passer par, on va dire, une épure budgétaire de désendettement, mais pas au prix. C'est pas ce qu'il a fait là ? Comment vous le qualifiez d'ailleurs, ce budget ?
Lui, il parle d'un budget exigeant. Pour vous, c'est quoi ? Un budget d'austérité, de rigueur, de sang, de larmes ?
C'est un budget d'une incurie politique incroyable. C'est-à-dire qu'on n'a aucune vision. Concrètement, si vous dites aux Françaises et aux Français, vous allez avoir un meilleur service public, une meilleure santé publique, plus de moyens en termes de sécurité, plus de policiers, plus d'éducateurs.
Mais ça coûte des sous, ça, M. Boimane.
Non, mais attendez. Donc, une trajectoire politique et des moyens. Là, aujourd'hui, M. Bayrou a réussi ce qu'on appelle un strike. Donc, aucune formation politique a validé la trajectoire budgétaire qu'il nous a donnée. Oui, ils font un désendettement, mais ils font un projet politique. Donc, la situation politique du pays est dans une situation catastrophique. Le pouvoir d'achat, les retraités, les classes moyennes, la sécurité et les collectivités territoriales. C'est une catastrophe.
Alors, on entre dans le détail de ces propositions. Il a confirmé, effectivement, une année blanche, c'est-à-dire le gel de toutes les prestations sociales et des pensions, du barème de l'impôt sur les revenus, des salaires des fonctionnaires, sans tenir compte de l'inflation. Finalement, tout le monde prend sa part. Est-ce qu'il n'y a pas une forme de justice ?
Non, non, non. Tout le monde ne prend pas sa part, madame. Et les grandes fortunes ?
Les grandes fortunes, elles auront une contribution spécifique.
Quand et combien ? Donc, on avait une mesure qui faisait l'unanimité à gauche. Première formation qui arrivait première lors des dernières élections. Parce qu'il y a quand même eu un marqueur politique. On ne parle pas de rien, madame Bouillaguet. Mais si, ne serait-ce que la taxe Zuckmann, on aurait pu avoir la moitié de l'épure budgétaire sur laquelle M. Bayrou s'était focalisé. Et je me pose la question. Huit mois, huit mois pour nous pondre ce sujet-là ? Huit mois, huit mois pour faire en sorte que les Françaises et les Français vont se retrouver sur le carreau pour les cinq prochaines années ? Mais il y a où l'espoir ? Il y a où l'espérance ?
Mais je ne comprends pas. Cette année blanche, qu'est-ce que vous lui reprochez à cette année blanche ?
Très concrètement, cette année blanche, moi, en tant que maire de Saint-Ouen, ça signifie moins de 5 milliards pour tous mes collègues maires et tous les collègues responsables des collectivités territoriales. Ça signifie moins de moyens pour des policiers municipaux. Ça signifie moins de moyens pour une politique de l'enfance. Ça signifie moins de moyens pour l'égalité femmes-hommes. Ça signifie moins de moyens pour soigner les Françaises et les Français. Mais M. Bayrou, je l'invite à venir un matin ou un soir aux urgences. Il va comprendre l'état du pays. Moi, ce que je reproche, ce n'est pas faire preuve, on va dire, d'une immaturité politique sur notre trajectoire financière.
Oui, bien sûr, il faut que notre pays se redresse sur le plan des finances, sur le plan des finances publiques, sur le plan de la gestion des finances publiques. Vous savez ce que je lui reproche ? C'est que derrière, quand vous regardez ce projet, cet épure budgétaire, je pense à mes enfants, je pense à nos enfants, ceux qui sont ancrés dans l'21e siècle. Quel est l'espoir ? Quelle est l'espérance ? C'est-à-dire que vous vous levez le matin et vous dites...
Excusez-moi, il remet quand même la valeur travail au centre du projet. L'accent justement mis sur les jeunes, sur les seniors, une réforme du droit du travail pour faciliter le recrutement, de simplification, de compétitivité. Il s'attaque aussi, peut-être plus à la marche, mais à des réformes structurelles.
M. Bayrou est totalement à côté de la plaque. Il y a la plaque qui est là, il est à côté. Le travail ne paie plus. Le travail ne paie plus. Aujourd'hui, c'est le capital qui paie. Aujourd'hui, c'est l'héritage qui paie. Moi, j'aurais souhaité que justement, s'il part sur une trajectoire budgétaire de 2,8 sur 2029, qu'il s'attaque aux gros revenus, qu'il s'attaque aux héritiers et pas du tout à la valeur travail.
Mais encore une fois, les plus hauts revenus vont écoper d'une contribution de solidarité. François Bayrou veut aussi traquer les fraudes, l'optimisation fiscale. Normalement, la gauche devrait applaudir.
Il y a un rapport excellentissime de mon collègue et ami Fabien Guet, sénateur communiste, où il parle justement de la contrepartie des aides données aux entreprises à 200 milliards. Donc, vraiment, le minimum minimum, on aurait pu aller chercher 10%, 20 milliards. Avec la taxe Zuckman, c'est 20 milliards. Là, il nous dit, on sait très bien qu'on va taper sur les personnes porteuses de handicap, les collectivités territoriales, les politiques écologiques, les politiques de protection sociale, les retraités, les classes moyennes, le logement. Et derrière, il nous sort de je ne sais où, l'espèce d'un côté à brâtre à caisse. Pardon, le mot était compliqué.
Surtout, il vient de Jacques Chirac.
Il vient de Jacques Chirac, justement, un côté magicien. Il nous dit, ne vous inquiétez pas, les grandes fortunes vont pouvoir être taxées. Ben non, j'ai du mal à y croire. Et la question, c'est que, est-ce que M. Beyrou cherche à préparer sa sortie ? Ou est-ce qu'il veut faire preuve d'une responsabilité ? S'il fait preuve d'une responsabilité, qu'il arrête.
Il a annoncé la suppression de jours fériés, lundi de Pâques, le 8 mai. Quand on regarde un petit peu les voisins, les Français travaillent, par exemple, 100 heures de moins que les Allemands. Est-ce qu'il n'y a pas là aussi une forme de rééquilibrage ? Produire plus, travailler plus ?
Non mais, franchement, le 8 mai, le lundi de Pâques, à un moment où nous sommes dans une situation politique extrêmement compliquée, c'est vraiment, vraiment, vraiment, vraiment de la rigolade. Et qui a une part plus collective ? En plus, la symbolique. Hier, je saluais la mémoire des justes dans ma ville, qui ont sauvé des milliers de juifs. Faire en sorte que le 8 mai ne soit plus férié, franchement, en tant que républicain.
Général de Gaulle, dont on ne peut pas ignorer son combat contre le nazisme, lui-même a décrété que le 8 mai ne devait plus être férié. C'est François Mitterrand qui l'a remis. On ne peut pas lui faire ce procès-là, François Bayrou, sur cette date.
C'est la raison pour laquelle je salue le travail de François Mitterrand. Et c'est pour ça qu'en tant que républicain, je trouve ça regrettable que même symboliquement, le humet, la mémoire, la transmission, c'est extrêmement important. Quand vous analysez le nombre de personnes, le nombre de collégiens qui n'ont pas entendu parler de la Shoah, je trouve ça regrettable. Mais restons dans l'essentiel. Aujourd'hui, ce budget, c'est le budget du désespoir, c'est le budget de la désespérance, c'est le budget technique.
Donc vous ne lui trouvez aucune vertu, ça veut dire quoi ? Ça veut dire quoi qu'il arrive, les socialistes vont censurer ce budget à l'automne ?
C'est-à-dire que les socialistes, c'est-à-dire que les responsables politiques, c'est-à-dire que tous les maires, si jamais M. Bayrou ne change pas de méthode et ne prend pas conscience qu'il a réussi à faire l'unanimité contre lui, effectivement, il va se retrouver censuré. Mais la question de fond, c'est qu'est-ce qu'il cherche ? Est-ce qu'il cherche un compromis ? S'il cherche un compromis, qu'il change de méthode et qu'il se tourne et qu'il envoie un message clair aux progressistes et aux gens de gauche, ou s'il cherche à préparer sa sortie, si c'est ça, dans ces cas-là, effectivement, il est bien parti.
Parce que vous regardez les déclarations, il a réussi exceptionnellement à faire l'unanimité contre lui. Même les plus mesurés, qui étaient dans le compromis, qui étaient dans la recherche d'une méthode pour arriver à une responsabilité collective, se sont dit qu'on ne peut pas cautionner ce budget.
Mais est-ce que ça veut dire que les socialistes, que vous, vous acceptez finalement de porter la responsabilité et de faire tomber le gouverneum, ça veut dire un nouveau Premier ministre, une France bloquée, un budget qui est à nouveau reporté ? Est-ce que vous pensez que les Français vont comprendre ?
Mais comme disait... Vous n'êtes plus un parti de gouvernement, les socialistes ? Mais je suis au gouvernement tous les jours, je suis en responsabilité tous les jours, j'ai un gouvernement local, nous sommes plusieurs responsables politiques à être sur le terrain du matin au soir, nous sommes dans le réel. C'est M. Bayrou qui n'est pas dans le réel. En ayant une trajectoire budgétaire qui part de 5,4 à 2,8 en l'espace de 4 ans, c'est M. Bayrou qui décide de supprimer les aides aux collectivités territoriales. Mais je suis lucide ! La lucidité c'est 75% des investissements publics qui sont portés par les collectivités territoriales, en plus à un an des municipales.
C'est une hérésie ce qu'il est en train de faire.
Oui mais la Cour des Comptes dit qu'il y a encore des marges de manœuvre, contrairement à ce que disent les collectivités locales qui se disent à l'os.
Écoutez, vous allez recevoir le premier président de la Cour des Comptes à 8h30 dans votre antenne. Je ne pense pas que ce qui porte M. Moscovici, c'est sacrifier les collectivités territoriales. Je pense que justement la Cour des Comptes parle d'une dépense...
Pas sacrifier, mais disent que les collectivités territoriales peuvent se serrer encore un peu la ceinture.
À quel niveau on peut se serrer la ceinture ? Comment on fait aujourd'hui pour construire les écoles ? Comment on fait aujourd'hui pour protéger les femmes victimes de violences conjugales ? Comment on fait aujourd'hui pour loger une partie des jeunes ? Comment on fait aujourd'hui pour faire en sorte que la végétalisation, la démocratisation du beau donnait de l'espoir et de l'espérance si jamais 75% de l'investissement public est grévé de 5 milliards ? Très compliqué. La culture, j'étais la semaine dernière au Festival d'Avignon, vous avez plus de la moitié des collectivités territoriales qui ont dû baisser leur budget culture. La culture, c'est ce qui fait sens, c'est ce qui fait récit.
Aujourd'hui, nous sommes dans une situation où M. Bayrou soit...
Mais il y a encore une petite lure d'espoir où la censure, c'est...
Il faut l'inviter, s'il change de méthode, s'il donne des perspectives, s'il donne de l'espoir et de l'espérance et un budget non pas comme finalité mais comme moyen, effectivement il y aura de l'espoir. Mais ce sera lui de le demander.