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interviewyoutube.com· 14 octobre 2022 16 min

UMOP 2022 : entretien avec Valérie Pécresse

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

En direct de l'Université des maires de l'Ouest parisien avec Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. Bonjour. Bonjour. Vous êtes assez fidèle à cette université. Vous venez chaque année. Totalement. C'est à la fois la présidente de la région et l'élu des Yvelines qui vient. Oui, oui, à double titre, effectivement. Alors, quelles sont justement les relations du conseil régional avec les collectivités locales ?

0:31
Valérie Pécresse

Vous savez, la région, c'est un orchestre de maires. Quand la région veut faire quelque chose, si le maire est d'accord, ça se fait. Si le maire n'est pas d'accord, ça bloque. Donc moi, depuis le début, j'ai lié un lien, noué un lien. Un lien, oui. J'ai noué un lien absolument privilégié avec les maires. J'ai des boucles WhatsApp avec tous les maires, des Yvelines, des Hauts-de-Seine, de chaque département. Et je parle en direct avec eux. Et je leur propose un certain nombre d'actions. Quand nous décidons de faire un plan de lutte contre le réchauffement climatique, je l'envoie aux maires pour qu'ils puissent réagir et me dire « Là, j'ai besoin de revégétaliser les berges de Seine.

Là, j'ai besoin de créer un espace vert. Là, j'ai besoin de mettre des panneaux solaires. » Donc en réalité, on a un dialogue, mais vraiment très fluide, très direct, sans hiérarchie, parce que les maires, c'est vraiment les bras armés de la région.

1:26
Présentateur

— Absolument. Là, on va revenir sur un certain nombre d'actions qui ont été les vôtres ou qui sont les vôtres aujourd'hui. La première, sur le bouclier social que vous avez lancé, c'était au mois de juin. C'est 200 millions d'euros, je crois, pour protéger, au fond, les franciliens. Alors il y a beaucoup d'actions sur les cantines. Enfin on ne va pas rappeler toutes les actions, mais là, il va y avoir, semble-t-il, il y a déjà des hausses des prix à cause de la crise énergétique. Est-ce qu'il va falloir relancer encore un nouveau bouclier social d'ici quelques semaines ou quelques mois ?

2:03
Valérie Pécresse

— Alors dans le bouclier social, il y a toute une série de mesures, mais les deux plus emblématiques sont pour les familles. C'est le gel des tarifs des cantines dans les lycées d'Ile-de-France, parce que les prix alimentaires ne cessent d'augmenter, vous le savez, et qu'on a parfois des enfants qui n'ont qu'un seul repas équilibré, c'est celui qu'ils mangent à la cantine. Donc on a gelé les tarifs de cantine et on a mis un tarif à 50 centimes pour les revenus les plus modestes. L'idée est évidemment de ne pas faire la gratuité, parce que quand on fait la gratuité, les jeunes ne viennent pas déjeuner et on a du gaspillage alimentaire.

Donc pas de gratuité, mais un repas à petit prix à 50 centimes. Et le deuxième volet, c'était le pass imaginaire gelé. Les transports scolaires, les passes juniors gelés. Donc on a gelé ces passes pour la rentrée. Pourquoi ? Parce que, évidemment, les jeunes n'ont pas d'autre moyen de se déplacer que les transports en commun, et donc on ne voulait pas leur faire payer la hausse de l'énergie. Et maintenant, on est à la croisée des chemins, parce que le sujet, c'est qu'est-ce qu'on va faire pour les transports ? Comment on va réussir à payer les transports ? Et c'est là qu'intervient votre question. Est-ce qu'il y a une nouvelle étape du bouclier social ?

Oui, la nouvelle étape, c'est zéro augmentation du Navigo. Nous, on a fait une proposition au gouvernement hier. On a voté en Conseil d'administration d'Ile-de-France Mobilité un plan en disant qu'on peut faire zéro augmentation du Navigo en 2023, à condition que le gouvernement nous aide. et que tout le monde contribue. Donc les collectivités, moi je tiens à les saluer, la région, mais aussi tous les départements, la ville de Paris ont accepté d'augmenter de 7,5% leur contribution. Tout le monde augmente, c'est ça ? 7,5%. Il reste l'État. C'est l'inflation ferroviaire. Il reste l'État, j'y viens. J'ai obtenu de la SNCF et de la RATP, des ristournes pour 2003.

J'ai obtenu de l'État qui nous écoute, mais il manque pour moi une hausse du versement mobilité des entreprises en petites couronnes, mais surtout à Paris. Les grandes entreprises de plus de 11 salariés, enfin les petites et grandes entreprises de plus de 11 salariés, pourraient augmenter elles aussi leur contribution de 7,5%. C'est l'inflation ferroviaire. Mais pour faire ça, j'ai besoin que l'État vote un nouveau taux de versement mobilité parce que c'est le Parlement qui vote les taux d'impôt, ce n'est pas nous. Donc on a un problème, c'est qu'il faut que les entreprises puissent contribuer. Et puis j'ai demandé à l'État de baisser la TVA de 10% à 5,5% sur les transports.

Ça peut être temporaire, mais aujourd'hui les transports, on le voit avec la pénurie d'essence que l'on connaît, sont des biens essentiels. Et pour la transition écologique, si on coupe l'offre de train, alors on commettra une faute morale, en plus d'une faute sociale. Donc j'ai demandé à l'État de baisser la TVA de 10% à 5,5% sur les transports pour nous rendre l'argent et qu'on puisse ne pas augmenter le Navigo.

5:06
Présentateur

Donc le passe Navigo, il est à quoi ? 75 euros un peu plus ?

5:08
Valérie Pécresse

Aujourd'hui, tu es à 75 euros.

5:09
Présentateur

On parle de 100 euros ?

5:10
Valérie Pécresse

Oui. Aujourd'hui, il me faut trouver 750 millions d'euros. C'est 10 milliards les transports. Il faut 750 millions d'euros pour payer la SNCF, pour payer la RATP, pour payer les bus. Donc le sujet, 750 millions d'euros, c'est 7,5% d'augmentation. Les collectivités ont dit oui. J'aimerais que les entreprises disent oui. J'aimerais aussi que l'État dise oui.

5:35
Présentateur

Il y a un autre sujet d'ailleurs sur les transports dans lesquels vous êtes engagé, qui faisait la une du Parisien l'autre jour, c'est le manque de chauffeurs. Il n'y a plus de chauffeurs à la RATP dans les bus ?

5:43
Valérie Pécresse

Alors la situation est très contrastée. On a la Grande Couronne, où on a une pénurie de chauffeurs de 2%, avec quelques points noirs. Quelques points noirs, on en a dans les Yvelines, on a Poissy, de mémoire, on doit avoir aussi Verneuil. On a deux réseaux sur les Yvelines qui ont des problèmes vraiment lourds en Vallée de Seine. Et ça, pardon, et Saint-Germain-en-Laye. Poissy et Saint-Germain-en-Laye. Et on a un certain nombre de réseaux qui vont bien. Et puis on a une situation très singulière, c'est celle de la RATP. La RATP, on est à 25% de services non réalisés, un quart des bus qui ne circulent plus. Que dit la RATP ? Elle dit qu'elle a 17% qui sont liés à la pénurie de chauffeurs.

Elle a 6% qui sont liés aux travaux dans Paris et aux bouchons. Et elle a 2% qui sont liés à des mouvements sociaux, liés très directement à l'ouverture, à la concurrence qui aura lieu en 2025. Donc la RATP, dans une situation tout à fait particulière et singulière, on ne comprend pas ce qui se passe. Ils ont eu 500 arrêts maladies frauduleux. Ils ont 150 conducteurs qui sont aujourd'hui en procédure disciplinaire de licenciement pour arrêts maladies frauduleux. Donc il y a un climat social très tendu à la RATP, peut-être à cause de cette ouverture à la concurrence qui doit arriver en 2025.

7:13
Présentateur

Peut-être à cause de l'insécurité parfois aussi, enfin ça peut jouer. Non, ce n'est pas forcément...

7:17
Valérie Pécresse

Ce n'est pas ce qui remonte... Ah ben non, Paris, ce n'est vraiment pas les endroits où on est le plus insécure, du tout, du tout, du tout sur le réseau. Donc moi ce que je crois, c'est qu'il y a effectivement un début de mouvement social à la RATP, préventif, parce que l'ouverture à la concurrence, elle se fait en grande couronne, mais elle ne se fait pas en petite couronne. Alors ce qui est un peu paradoxal, c'est que la RATP est contente de candidater sur les réseaux de bus de grande couronne. Elle est contente quand elle gagne un appel d'offre de mise en concurrence, mais elle ne veut pas la concurrence dans Paris. Alors pourquoi est-ce que nous on défend la mise en concurrence ?

D'abord parce que c'est la norme dans toutes les régions de France, et que ça permet d'améliorer la qualité de service et le prix. Parce que quand on est mis en concurrence Transdev, Keolis, RATP, Savac-Lacroix, et bien forcément, il y a une forme d'émulation, on essaie de faire le meilleur service au meilleur prix. Et donc cette concurrence, elle est saine, et elle permettra aux usagers à terme de faire des économies et d'avoir un meilleur service.

8:12
Présentateur

Alors je voudrais qu'on aborde aussi la question de l'environnement, puisque vous venez de lancer le PRAC, le plan régional d'adaptation au changement climatique. C'est un plan de 2 milliards, je crois, d'euros d'ici à 2030. C'est un milliard d'euros d'ici à 2030. Donc c'est un plan extrêmement ambitieux, avec plusieurs points là aussi. Pourquoi c'est à la région de s'occuper justement du changement climatique ? On a l'impression que ça devrait être une prérogative de l'État, ou une charge de l'État.

8:44
Valérie Pécresse

Moi je crois qu'en matière écologique, il faut penser global. Donc il y a effectivement, l'État a un rôle de régulation, mais il faut agir local. Je vous ai parlé des maires, ce PRAC, il va se décliner grâce aux communes. C'est quoi le PRAC ? C'est de dire, nous allons construire un espace vert à moins de 10 minutes de chez vous, pour vous faire un abri climatique, pour que vous ayez des points d'ombre. On va vous mettre 1000 fontaines en Ile-de-France, pour que vous ayez des points d'eau. On va vous mettre des ombrières. On va revégétaliser 5000 hectares en Ile-de-France, dans les villes, pour pouvoir justement, là encore, faire baisser la température de quelques degrés.

On va lutter contre les inondations. Donc tout ça, ça se fait commune par commune. Nous avons identifié 138 communes, dans lesquelles il y a des terrains d'au moins 5 hectares, qu'on peut revégétaliser. Et on va travailler avec elles, et on va les aider à faire ça. Et on va travailler aussi avec la société civile. Je rappelle qu'il y a ce qu'on appelle le budget participatif environnemental. Toutes les associations de toutes les communes peuvent demander à faire financer leurs micro-projets environnementaux, leurs potagers urbains, leurs lampadaires LED, leurs abris vélo, tout ça, par la région. Jusqu'à 10 000 euros, c'est 100% la région qui paye.

Parce que tous ces micro-projets, en fait, vont permettre des changements concrets. concrets et qui sont visibles. Et c'est ces petits ruisseaux qui vont faire la grande rivière du sauvetage de la planète.

10:15
Présentateur

Et d'ailleurs, c'est un plan préventif pour un certain nombre de choses, sur la santé notamment, prévenir la santé des plus fragiles, etc. Mais c'est aussi un plan offensif, c'est-à-dire que vous associez les entreprises, vous permettez aux agriculteurs aussi de changer leur méthode de travail, de s'adapter au changement climatique. Donc c'est aussi un plan d'avenir. C'est pas juste le protecteur.

10:37
Valérie Pécresse

Absolument. Et on va faire quelque chose de très innovant avec France Carbone Agri. On va permettre que tout le carbone qui va être économisé grâce à la transition écologique de nos agriculteurs et de nos exploitations agricoles puisse être acheté par des entreprises qui ont besoin de compenser leurs émissions carbone. Donc on va faire payer la transition carbone des exploitations agricoles par les entreprises via une délégation régionale de France Carbone Agri qui va nous aider. Et la région sera partenaire de cette transition écologique pour rapprocher les entreprises qui polluent et les agriculteurs qui dépolluent leurs exploitations.

11:21
Présentateur

Alors on voit bien que ce plan d'adaptation au changement climatique, évidemment c'est un effort collectif. Il y a la région, vous disiez, il y a les villes. Est-ce que justement, il y a tous les Français, est-ce qu'on n'est pas justement, on manque aujourd'hui dans une société qui est un peu fracturée, qui est parfois un peu désespérée, de grands projets collectifs comme ça ?

11:44
Valérie Pécresse

Je crois que si on veut redonner aux Français confiance dans la politique, et c'est vrai que ça part un peu dans tous les sens, je pense qu'il faut avoir une vision. Il faut leur dire où est-ce qu'on veut aller. Nous, en Ile-de-France, on veut aller vers une métropole équilibrée. On veut réconcilier la ville, l'homme et la nature. On veut continuer à construire du logement, mais à en construire mieux et sans grignoter sur les espaces agricoles. Donc, on veut mettre de l'emploi près de chez l'habitant. On veut qu'on se transporte moins. On veut avoir des transports propres.

On défend une vision d'une région qui sera zéro carbone, qui sera zéro ressource nette, donc complètement circulaire avec du recyclage, et qui sera zéro artificialisation nette. Ça veut dire qu'on va renaturer la ville pour pouvoir construire en grande couronne. Donc, vous voyez, on a une vision. Alors, cette vision, elle est parfois contraignante. Parfois, ça m'oblige à faire des choix. Parfois, ça m'oblige à dire non à certaines choses. Mais quand on sait où on va, je pense qu'on peut entraîner les Français avec soi.

12:43
Présentateur

Avec soi. Et quand vous avez fait lors de la campagne présidentielle, vous avez beaucoup parlé du faire, l'action. C'est vrai que les maires qui sont là, ils voient réellement le résultat de leurs actions. Est-ce que quand on est président dans le conseil régional, on a aussi cette visibilité ou c'est plus long ?

13:02
Valérie Pécresse

Écoutez, il se trouve qu'aujourd'hui, on est à Port-Marli. Et donc, je suis allée avec le maire de Port-Marli visiter les nouvelles berges de Port-Marli. Ces berges, c'était une décharge à ciel ouvert. Eh bien, grâce à la région, on les a complètement revégétalisées. On les a réaménagées. On les a consolidées pour éviter les inondations. Eh bien, ça, c'est du concret. Je peux vous dire que tous les habitants de Port-Marli le voient et le voient au quotidien. Ce qu'il faut peut-être, c'est le faire plus savoir, faire plus savoir ce que fait la région. Les lycées neufs, les transports neufs, la réhabilitation des villes, la rénovation urbaine.

Tout ce que la région finance, à mon avis, doit être davantage mis en valeur. J'avoue que pendant la campagne présidentielle, je me suis promenée. Évidemment, j'ai visité toute la France, tous les chemins de France. Et j'ai été en Occitanie, j'ai été en Rhône-Alpes-Auvergne. Je me suis aperçue qu'il y avait des présidents de région qui savaient mieux faire savoir quand un équipement a été financé par la région. Donc, je vais m'en inspirer.

14:02
Présentateur

Et quand vous vous promenez comme ça dans cette région ou en France, comme vous l'avez fait, vous êtes plutôt optimiste sur l'avenir de ce pays ?

14:09
Valérie Pécresse

Moi, je vais vous dire, on est un pays extraordinaire. Mais il faut de temps en temps qu'on voit le verre à moitié plein et pas à moitié vide. Et de temps en temps qu'on soit fier de nous. Je vous donne un exemple. L'accessibilité dans les transports. Moi, je me suis un peu fâchée ce matin avec le ministre des Transports. Parce qu'on est en train de faire un plan d'accessibilité en tout type de handicap dans les transports de 2,4 milliards. C'est historique. On n'a jamais fait un effort comme ça. SNCF, RATP, les bus, tout. Même les handi-vélos. Et on fait ce plan de 2,4 milliards. On va être à 85% accessible en 2024 pour les JO. Et j'entends dire, ce n'est pas assez.

Mais vous voyez, Londres a organisé les JO. Tokyo a organisé les JO. Et bien, ils étaient moins accessibles que nous. Et qu'est-ce qu'ils ont dit quand ils ont organisé les JO ? Ils ont dit, regardez comme nous avons fait un effort. Comme nous sommes bons sur l'accessibilité. Comme c'est magnifique. Oui, parce que c'est des Japonais et c'est des Anglais. Et eux, ils sont fiers d'eux-mêmes. Ils sont fiers de leur réalisation. Ils sont fiers du travail qu'ils accomplissent. Ils ne sont pas tout le temps en train de voir le verre à moitié vide. Et de dire, on n'a pas tout fait bien. Et ça, c'est le problème de la France. Soyons un peu plus fiers de nous.

Faisons un tout petit peu moins d'autodénigrement. Franchement, on a des entreprises formidables. On a des Français qui sont formidables. On fait des choses formidables. Soyons-en un peu plus fiers.

15:27
Présentateur

En tout cas, vous avez la niac, comme vous dire.

15:29
Valérie Pécresse

Bah écoutez, oui, sinon j'arrêterai la politique.

15:31
Présentateur

Merci beaucoup, Valérie Pécresse.

15:33
Valérie Pécresse

Merci.