Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com· 22 novembre 2011 12 min

Entretien avec Marine Le Pen 5/5

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Sur la base de ce que vous venez de dire, j'ose à peine vous demander à quoi ressemble une soirée type aujourd'hui, ce soir ou dans un mois de Marine Le Pen ?

0:15
Marine Le Pen

Ah ben une soirée type c'est coucher extrêmement tôt, endormi tôt et lever très tôt. Même pas regarder la télé avec un plateau ? Si si un peu, si si ça m'arrive, si si si j'essaie de regarder de temps en temps, mais j'arrive pas toujours à la fin du film, je vous cache pas.

0:32
Présentateur

Quel aspect de votre personnalité vous aimeriez mieux faire connaître aux gens ? Et donc vous l'estimez, et donc contrario qu'elle n'est pas assez connue.

0:43
Marine Le Pen

Ecoutez, vous savez c'est toujours difficile quand on fait de la politique, parce qu'on est amené à parler de choses difficiles, de choses sérieuses, parfois à proposer des solutions qui nécessitent de la fermeté. Et le grand danger évidemment c'est de passer pour quelqu'un de dur, pour quelqu'un qui peut-être a moins de cœur qu'il n'en a. C'est difficile de... C'est difficile de montrer son cœur, parce que moi j'ai aussi été élevé dans une famille où tout ce qui concerne les sentiments est aussi lié à une certaine pudeur. On ne met pas son cœur en bandoulière, on ne met pas sa boîte de Kleenex en bandoulière comme le font trop souvent les responsables politiques.

Et donc cette sensibilité que nous avons, quand on est un responsable politique, à cacher, c'est vrai qu'il faudrait de temps en temps essayer de briser un peu l'armure, et puis montrer un petit peu ce qu'on a à l'intérieur de soi, mais il faut se faire violence un peu pour ça.

1:49
Présentateur

Justement si vous brisiez l'armure, quelle qualité metteriez-vous en avant ?

1:53
Marine Le Pen

Justement cette sensibilité, cet intérêt à la souffrance des autres, cette compassion, parce que c'est ça qui anime quand on fait de la politique. Ça va paraître peut-être cucu, mais... La politique c'est de l'amour, ça n'est que ça. La politique c'est l'amour des autres. Parce que si on n'aime pas les autres, et si on ne s'intéresse pas à leur situation, et si on ne cherche pas à l'améliorer, on ne s'occupe que de soi. Il y a beaucoup de gens qui ne s'occupent que de soi, qui somme toute se disent qu'après tout leur situation leur suffit, et qui, lorsqu'ils ont des éléments d'indignation, ne concernent qu'eux-mêmes. Ma situation se dégrade et donc je suis indigné.

Être capable de s'indigner pour ce que vivent les autres, je crois que c'est une marque de générosité, et ça souvent, c'est vrai, ça n'est pas perçu, parce que la politique est vue aujourd'hui, à cause des responsables politiques, d'ailleurs à cause des hommes politiques, avec un tout petit P, et rarement maintenant avec un grand P, donc c'est peut-être cet aspect-là que je voudrais montrer, c'est que quand je fais des propositions, quand je donne des solutions en matière de politique, ça n'est jamais par haine de quiconque. Ça n'est jamais ni pour blesser, ni pour faire du mal, ni parfois...

ça n'est jamais suscité par la froideur ou par le désintérêt, c'est parce que c'est nécessaire, et que parfois il est nécessaire aussi de mettre en place des solutions de fermeté, parce que ce sont ces solutions de fermeté qui permettent que le plus grand nombre vive mieux, c'est-à-dire que l'intérêt général soit pris en compte.

3:34
Présentateur

Sur la base de ce que vous venez de dire, il semble que la vie politique française manque d'amour avant toute chose, apparemment.

3:39
Marine Le Pen

Elle manque surtout de générosité. En réalité, le problème majeur de la vie politique française, c'est que l'intérêt général a été abandonné au bénéfice d'intérêts particuliers. Ce fameux égoïsme, cet égocentrisme même, a touché la classe politique bien avant de toucher notre société. Chacun ne pense qu'à lui-même. On est ministre pour pouvoir avoir l'appartement de fonction, la voiture de fonction, les avantages qui vont avec, et le Président de la République est tellement symbolique de cela. Je veux dire, il arrive, la première chose qu'il fait, c'est de augmenter de 174% ses indemnités, comme s'il considérait que comme on est Président de la République, il faut gagner de l'argent.

Mais être Président de la République, c'est autre chose que cela. C'est bien autre chose. Ce n'est pas un job. C'est une mission supérieure. Je veux dire, on n'est pas Président de la République pour gagner sa vie. Ce n'est pas une carrière. Et ça, ça a été tellement révélateur de tout ce qui sera, en fait, le mandat, et ce qu'a été, a posteriori, le mandat de Nicolas Sarkozy. Donc si on pensait un peu à l'intérêt général et qu'on arrêtait de tomber dans cette sorte d'émotivité qui vous fait passer pour quelqu'un de sensible, alors qu'en réalité, derrière cela, il n'y a que de l'insensibilité et du silence. Il n'y a que du cynisme.

La moindre chose qui se passe, on va dire, ah, comment ça, mais vous ne pouvez pas proposer ça, mon Dieu, les pauvres, et tout ça, c'est faux. Tout ça, c'est cynique. C'est pour tenter de se faire passer pour ce que l'on n'est pas. Au contraire, encore une fois, je pense que dans un certain nombre de domaines, faire preuve de fermeté, c'est, au contraire, avoir justement une vision de l'humain. Je vais vous donner un exemple. Dans l'affaire de Lampedusa, tous ceux qui viennent vous dire, mais enfin, c'est scandaleux. Il faut accueillir tous ces gens, sachant que nous n'avons plus rien à leur proposer.

Eh bien, ils incitent des milliers d'hommes à monter sur des barcasses au risque, et c'est ce qui arrive toutes les semaines, évidemment, d'y perdre la vie. Que la barcasse se retourne et que 100, 150 clandestins se noient. Ma solution à moi, celle qui consiste à arraisonner ces bateaux, à ramener, toute sécurité ces clandestins dans leur pays d'origine, c'est celle-là la vraie solution humaniste. Parce qu'en faisant cela de manière ferme, eh bien, je mets fin à l'incitation à ce voyage qui souvent est un voyage mortel. Donc vous voyez que ceux qui ont du cœur ne sont pas toujours ceux que l'on croit.

6:29
Présentateur

Et de Nicolas Sarkozy à ses pairs, on va passer aux vrais gens. Avec votre expérience, quelle est la qualité de plus chez des vrais gens ? Et quel est le défaut qui est rédhibitoire chez eux,

6:39
Marine Le Pen

pour vous ? Je crois que la plus grande qualité, c'est la droiture. C'est vague, la droiture. C'est dans tous les actes de la vie, la droiture. La droiture, c'est la loyauté à ce qu'on est et au sien. C'est la franchise, c'est-à-dire l'inverse du mensonge. La droiture, c'est l'inverse des courbes. Les gens qui, en permanence, prennent des courbes. Moi, j'aime la droiture. Même si elle fait mal, même si elle blesse. Je préfère la droiture, encore une fois, à la simulation, à la manipulation. Or, en matière de simulation et de manipulation, il faut bien dire que, comme disait Mao,

7:33
Présentateur

le poisson tourne toujours par la tête. Et là, une question aux confins que je voudrais savoir. Si vous étiez élu président de la République, est-ce qu'il y a une mesure concernant la trinité sur mer

7:45
Marine Le Pen

que vous encourageriez particulièrement ? Non, parce que je n'ai pas cette vision-là. Le jour où je serai président de la République, je crois que je serai complètement imprégné de ma fonction. Je penserai à l'intérêt de tous les Français. Et je ne profiterai pas, somme toute, de cette fonction pour tenter d'améliorer ma ville, ma région. Non, je ne crois pas. Honnêtement, je ne ferai pas cela. Et puis, la trinité va bien. Il y a des endroits qui ne vont plus mal.

Il y a beaucoup, beaucoup de millions de Français qui vont mal et qui attendent qu'on s'occupe d'eux et qu'on prenne les bonnes décisions et parfois les décisions courageuses mais qui sont nécessaires à la persistance de notre nation et peut-être même de notre civilisation.

8:35
Présentateur

Mme Le Pen, une question éminemment personnelle. La limite de l'indiscrétion. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous voudriez changer en vous ?

8:43
Marine Le Pen

Il y a beaucoup de choses. Vous savez, je me trouve très imparfaite. Grandir, mûrir, c'est être capable d'assumer ses imperfections.

8:51
Présentateur

Tout en continuant

8:53
Marine Le Pen

à tenter de lutter contre elles. Ce n'est pas évident. C'est une forme de sagesse que l'on acquiert avec le temps. Il y a beaucoup de choses que je voudrais changer. Voilà. Vous savez, la fonction que je brigue est une fonction avec une responsabilité qui est immense. On veut toujours être meilleur que ce que l'on est pour pouvoir au mieux remplir cette mission-là. Mais ce qui est sûr, c'est que je la fais avec le fond de mon cœur, de mon âme et de cette sincérité-là je crois que personne ne peut douter.

9:33
Présentateur

Pour conclure, un exercice encore obligé mais très bref, un questionnaire de Proust très raccourci.

9:41
Marine Le Pen

Je déteste ça. Je déteste me résumer à une plante, à un animal. Allez, je vais quand même me soumettre à cet exercice.

9:51
Présentateur

Il n'y aura pas de plante dans ce questionnaire. Est-ce que vous étiez un personnage historique ?

9:59
Marine Le Pen

J'ai tellement... Jeanne d'Arc a été tellement un personnage fondateur en même temps de ma vision du patriotisme, du courage, du don de soi, que j'ai du mal effectivement à ne pas penser immédiatement à elle. C'est la raison pour laquelle j'ai appelé ma fille Jeanne. Et voilà, c'est un personnage tellement hors du commun, tellement extraordinaire. Et quand j'entends les féministes aujourd'hui, écoutez, vous réclamez la place de la femme. Mais regardez l'histoire de France. Il y a des femmes qui ont eu des places qui ont été fantastiquement importantes pour l'avenir, pour le cours d'ailleurs

10:51
Présentateur

de l'histoire avec un grand H. Quelque chose de plus léger, mais si vous étiez un acteur ou une actrice, vous aimeriez vous réincarner ?

11:02
Marine Le Pen

Morgan peut-être. Michel Morgan ?

11:06
Présentateur

C'est pas un mauvais choix. Je serais pas loin de le ratifier. Marine Le Pen, merci. C'était vraiment un très court questionnaire de pause, mais une interview très intéressante. Merci.