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interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 26 octobre 2025 10 min

Budget 2026 : «La taxe Zucman est simple à mettre en œuvre et efficace en terme de rendement» affirme Patrick Kanner

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Un week-end, 6h-9h, Alexis Delaflécher. Et à 8h13 sur Europe 1, Alexis Delaflécher, vous recevez maintenant Patrick Caner, président du groupe socialiste au Sénat.

0:13
Locuteur non identifié

Bonjour Patrick Caner. Bonjour Monsieur Delaflécher. Le parti socialiste a le destin du gouvernement entre ses mains, il en est bien conscient. Vous n'avez que 61 députés à l'Assemblée nationale, mais vous avez réussi en brandissant la menace de la censure à obtenir un amendement sur la suspension de la réforme des retraites. Il faudra d'ailleurs expliquer aux Français comment vous allez faire pour équilibrer le système. Mais maintenant, en tout cas, vous voulez forcer Sébastien Lecornu à adopter une taxe sur les ultra-riches pour financer les dépenses sociales. Que se passe-t-il Patrick Caner si le Premier ministre refuse ? Vous allez jusqu'au bout, jusqu'à la censure ?

0:49
Patrick Kanner

Déjà, permettez-moi de vous dire que nous sommes 69 à l'Assemblée nationale. C'est important pour mon collègue Boris Ballou. Simplement, vous savez, nous y allons étape par étape. Notre objectif premier est effectivement cette suspension de la réforme de Mme Borne. Nous l'avons obtenue dans le principe, encore faut-il qu'elle soit totalement adoptée dans le cadre du projet de loi de la Sécurité sociale. Mais pour financer la protection des Français, nous voulons épargner les Français les plus modestes, leur permettre finalement de se projeter dans cette année 2026, qui sera très difficile pour eux sans avoir à supporter de nouvelles coupes sur le plan financier ou social.

Eh bien, il faut des ressources. Eh oui, il faut de l'argent, il n'y a pas de miracle. Il faut faire des économies, bien sûr, mais il faut aussi réduire un peu plus d'argent.

1:36
Locuteur non identifié

Il faut aussi faire baisser les dépenses.

1:40
Patrick Kanner

Ah bien sûr ! Vous savez, on a prévu plus de 10 milliards de baisses de dépenses de l'État, notamment en particulier sur les agences de l'État, qui parfois peuvent être interrogées en termes d'efficacité. Mais il faut aussi des ressources nouvelles. Et ces ressources nouvelles, nous voulons aller les chercher, là et auprès de celles et ceux qui ont le plus bénéficié depuis 8 ans de l'hyper-bouclier fiscal de M. Macron, et donc de leur demander non pas de perdre de l'argent, mais de s'enrichir un petit peu moins vite. C'est ça la logique. S'enrichir un petit peu moins vite que ce qui était prévu. Et donc, alors, sous plusieurs formes.

Bien sûr, nous défendrons à partir de lundi, puisque vous avez vu que les dossiers de négociation avaient perdu un peu de temps cette nuit, et donc nous reprendrons le dossier de la taxe Zuckman, la fameuse taxe Zuckman lundi, avec un objectif nouveau pour ce qui nous concerne. Et on a bien entendu que nous étions mis à Matignon, que nous n'avions pas de majorité absolue en la matière. Et donc, nous avons entendu cette critique sur la taxe Zuckman, concernant notamment le patrimoine industriel, le patrimoine professionnel de celles et ceux qui pourraient être taxés en la matière.

2:54
Locuteur non identifié

Oui, c'est ce qu'a dit exactement d'ailleurs Marine Le Pen hier en déplacement. Elle ne veut pas soutenir la taxe Zuckman, justement parce que vous pointez du doigt les sujets, justement, qu'elle ne veut pas voir dans cette taxe.

3:05
Patrick Kanner

Oui, vous avez bien compris quand même que Mme Le Pen n'était pas mon alpha et mon méga en termes de réflexion politique. Surtout quand elle refuse de taxer les plus riches.

3:13
Locuteur non identifié

Elle aurait pu vous soutenir, mais elle ne le veut pas parce qu'elle considère qu'elle est mal faite.

3:19
Patrick Kanner

En tout cas, ce que nous disons, c'est que cette taxe Zuckman est simple à mettre en œuvre. Elle est efficace en termes de rendement, 15 milliards d'euros à minimum.

3:28
Locuteur non identifié

Ah, Patrick Cannaire, est-ce que vous nous entendez ? J'ai l'impression que la liaison a été coupée. Mais on va peut-être essayer de vous reprendre dans quelques instants. Patrick Cannaire, vous ne nous entendez pas ? Mais bon, on va passer en attendant de pouvoir vous reprendre, Patrick Cannaire, le son de Marine Le Pen. Justement, on parlait de la taxe Zuckman. Marine Le Pen, elle est opposée à cette taxe Zuckman. On l'écoute, Marine Le Pen.

3:48
Présentateur

Nous ne la soutiendrons que si elle correspond exactement à l'impôt sur la fortune financière que nous avons proposé, c'est-à-dire en retirant la résidence principale ou la résidence unique de cet impôt, qu'évidemment, la contrepartie, c'est la suppression de l'impôt sur la fortune immobilière, parce que ça ne peut pas s'agréger, si vous voulez, déjà à un impôt que nous considérons comme profondément toxique et qui vise à lutter contre l'enracinement. Et si les 75% de parts qui sont investies dans les PME et les ETI sont préservées de cet impôt, parce qu'il faut continuer à accélérer précisément le soutien à nos entreprises.

4:26
Locuteur non identifié

Voilà, Marine Le Pen, donc, sur la taxe Zuckman, la présidente, la chef de file des députés RN, qui est donc vraiment opposée à cette taxe Zuckman, dont on parlait donc avec Patrick Cannaire, qui est à nouveau avec nous en ligne. Monsieur le sénateur, c'est pas grave, vous m'entendez, monsieur le sénateur ?

4:45
Patrick Kanner

Je vous entends.

4:46
Locuteur non identifié

Donc, on vient d'entendre Marine Le Pen sur la taxe Zuckman, justement. Elle ne veut pas la voter en l'État. Elle a évoqué différents points, notamment sur le patrimoine, sur les entreprises. Est-ce que vous comprenez qu'il puisse y avoir des réticences, quand même, sur cette taxe Zuckman ?

5:02
Patrick Kanner

Madame Le Pen n'est pas mon alpha et mon méga en matière politique, mais nous avons effectivement envie de faire avancer les dossiers. Il faut des ressources nouvelles. Et donc, c'est pour cela que nous avons imaginé, notamment avec nos collègues de l'Assemblée nationale, une évolution de ce que nous demandons en la matière, peut-être en épargnant les entreprises familiales, en épargnant les fameuses licornes, vous savez, comme Mistral, par exemple, qui sont des produits d'une grande richesse sur le plan économique, mais qui ne rapportent pas toujours à leurs propriétaires.

Donc, oui, nous sommes prêts à faire évoluer les choses, mais en n'oubliant pas quand même que d'autres vecteurs sont possibles en termes de recettes. La fameuse flat tax que nous pouvons augmenter sur les dividendes, la taxe sur les superdividendes. Et j'ai envie de dire, tout ce qui peut permettre la justice fiscale, ce que je veux vraiment faire entendre...

5:52
Locuteur non identifié

C'est ce que dit Laurent Wauquiez aussi sur la flat tax, je me permets de l'ajouter.

5:55
Patrick Kanner

Oui, mais vous voyez bien qu'il y a un compromis qui est possible. C'est une bonne nouvelle, mais c'est parce que le 49.3 a été écarté par le gouvernement à notre demande. Donc, nous pouvons avancer, nous pouvons cheminer, trouver des majorités ligne par ligne, article par article, avec un objectif pour nous qui est simple, ne pas faire payer au plus modeste toutes les erreurs qui ont été commises en matière d'incurie budgétaire par les gouvernements successifs de M. Macron, et il y en a épuisé des premiers ministres et des ministres, ainsi que vous le savez.

6:27
Locuteur non identifié

Hier, les députés ont approuvé la défiscalisation de toutes les heures supplémentaires, d'une mesure de Nicolas Sarkozy à l'époque. Également, il y a eu l'indexation du barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation, ce qui va éviter quand même, je le précise, une hausse d'impôt pour 200 000 foyers. Vous ne pouvez pas gagner, Patrick Caner, toutes les batailles à l'Assemblée nationale. C'est aussi ça l'idée du compromis, on en parlait. Cette menace, vous ne pouvez pas la brandir de la censure à chaque fois, parce qu'il y a un moment donné, s'il y a dissolution, le gouvernement tombe et il faut repartir devant les Français, en campagne.

7:02
Patrick Kanner

La censure et la dissolution ne sont pas pour nous des acteurs, je dirais, normaux d'une bonne gestion du pays. Soyons très clairs. Nous le faisons parce que nous estimons qu'il y a encore des gains à obtenir pour nos concitoyens, notamment, encore une fois, les plus modestes. Face à cela, l'objectif qui est nôtre, c'est d'aménager les chauveillés. Quand vous évoquiez la défiscalisation des heures supplémentaires, c'est une victoire pour peut-être celles et ceux qui ont beaucoup d'heures supplémentaires. Mais le plafonnement qui avait été imaginé à l'époque par M. Macron pouvait être aussi compris.

De la même manière, sur l'impôt sur le revenu, on aurait pu, malgré tout, geler le taux de cet impôt pour les plus hauts revenus, en laissant profiter, finalement, de cette mesure, les plus bas revenus. Donc, il y a encore du chemin. Vous savez, on est au début de la négociation. Il va y avoir le passage au Sénat. Je suis sénateur. Il va y avoir des évolutions aussi au Sénat. Et c'est la commission mixte paritaire qui, au bout du bout, sera le juge de paix qui permettra, je l'espère, de donner à la France un budget, encore une fois, juste sur le plan social, sur le plan fiscal et sur le plan écologique que je n'oublie pas.

8:12
Locuteur non identifié

En vous écoutant attentivement ce matin, Patrick Caner, j'ai quand même l'impression que la menace de la censure s'éloigne. C'est-à-dire que le Parti Socialiste est plus dans une démarche de compromis ce matin et moins dans une démarche de dire, justement, à Sébastien Lecornu, attention, si vous ne voulez pas évoluer sur certains sujets, on va censurer dès lundi. C'est ce qu'a dit Olivier Faure. Au départ, demain, lundi, vous vouliez censurer le gouvernement si rien n'était fait sur les ultra-riches.

8:37
Patrick Kanner

Aujourd'hui, la question de l'ultra-riche n'est pas du tout évoquée à ce stade. Ça commencera vraiment dans le débat lundi. Donc, je ne peux pas vous dire aujourd'hui, ce matin, sur Europe 1, à 8h15, qu'il n'y aura pas de censure à partir de lundi ou de mardi. Donc, M. Lecornu connaît les enjeux. Moi, j'espère qu'il fera bouger. Vous savez, il a l'article 20 dans les mains, à savoir qu'il détermine et conduit la politique de la nation. Et donc, nous allons lui dire que s'il n'y a pas de justice fiscale, ce n'est pas uniquement un slogan, c'est une manière de concevoir l'avenir budgétaire de ce pays, l'avenir social de ce pays. Et bien, effectivement, la censure est toujours possible.

9:17
Locuteur non identifié

Vous êtes le président du groupe socialiste au Sénat et Gérard Larcher, président du Sénat, a dit « Je rétablirai la réforme des retraites ». Qu'est-ce que vous lui répondez ? Essayez toujours ?

9:26
Patrick Kanner

Vous savez, M. Larcher, que je respecte beaucoup, c'est le président de la Haute Assemblée à laquelle j'appartiens. Vous savez, il est LR. Avec Barnier, ça n'a pas été un grand succès. Il faut le reconnaître. Avec M. Bayrou, les ministres LR n'ont pas réussi à empêcher l'auto-censure de M. Bayrou. Et M. Rotaillot, LR, a fait tomber le gouvernement le cornu 1 dans les conditions qui sont vraiment improbables. Donc, voilà, je le respecte, mais l'intérêt de la France est supérieur à l'intérêt catégoriel d'un sénateur, même quand il est président du Sénat.

10:02
Locuteur non identifié

Merci beaucoup, Patrick Cannaire. Je rappelle que vous êtes le président du groupe socialiste au Sénat. On espère évidemment que les discussions qui vont reprendre demain sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale vont se passer dans de bonnes conditions. Merci en tout cas, M. le sénateur, d'avoir été ce matin en direct sur Europe 1.

Budget 2026 : «La taxe Zucman est simple à mettre en œuvre et efficace en terme de rendement» affirme Patrick Kanner — Patrick Kanner · Pourquijevote