Alain Juppé, l’anti Nicolas Sarkozy ? - L’Édito de Patrick Cohen - C à vous - 12/09/2023
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En lisant les mémoires d'Alain Juppé, avez-vous compris, Patrick, qui il était ? Oui, j'ai compris qu'il n'était pas, que vous n'étiez pas, M. Juppé, Nicolas Sarkozy. Je n'y échauffe pas. L'ancien président qui était assis à votre place il y a quelques jours, il y a une semaine, et dont le dernier livre est aussi différent de vos mémoires que vos personnalités sont dissemblables. Quand Sarkozy envoie des baffes presque à chaque page, avec une pour vous d'ailleurs, parce que vous avez levé un sourcil lors du débat sur l'identité, il vous voit intoxiqué par la gauche, vous, vous ne dites du mal de personne.
A peine quelques coups de griffe pour Édouard Balladur, une mini-vacherie sur Bruno Le Maire, avec d'ailleurs une faute d'orthographe sur son nom, et c'est à peu près tout. Si vous êtes passé à côté de votre destin politique, si vous n'avez pas pu franchir cette dernière marche qui mène à l'Élysée, vous semblez n'en vouloir à personne. Il y aurait pourtant à dire et à écrire sur ceux qui ont voulu vous abattre, sur ceux qui ont voulu abattre le meilleur d'entre nous, comme avait dit Jacques Chirac, sur l'origine de vos malheurs judiciaires, sur cette déchéance politique et cette peine d'inéligibilité qui vous ont si profondément meurtri, ça vous l'écrivez, au point de vous exiler au Canada.
Mais excepté pour les juges qui ont eu la main lourde, ceux de première instance voulaient vous rendre inéligible à vie, vous avez l'élégance de ne vous en prendre qu'à vous-même. Avec un autoportrait sans concession. Dominé par un trait de caractère que vous n'avez jamais su masquer, l'orgueil, ce sentiment de supériorité, cette distance vis-à-vis d'autrui aggravée par une timidité naturelle, c'est vous qui écrivez et qui expliquez ainsi la fameuse froideur ou roideur qui vous a collé à la peau tout au long de la vie publique. Mais tous les politiques sont orgueilleux, Patrick. Orgueilleux et ambitieux, mais chez vous, on peut se demander si l'orgueil n'a pas primé sur l'ambition.
Et puis pour ce qui vous concerne, il s'agit de l'orgueil du premier de la classe, pas de celle du chef de bande. Chirac et Sarkozy ont été des chefs de bande, et vous savez qui fait la loi dans une cour de récréation, qui sont les meneurs, les chefs de bande, pas les premiers de la classe. C'est ce qui vous laisse libre, mais sans royaume, écrivez-vous en conclusion, seule, mais avec une expression de lucidité assez rare à ce niveau de responsabilité politique.